Karthala

  • Si les biopolitiques consistent à faire entrer la vie humaine en politique, en classant et en hiérarchisant les populations, en agissant sur les formes de reproduction, c'est bien sur les corps qu'elles s'exercent, et en particulier les corps des femmes. Selon les époques et les lieux, le biopouvoir s'est pratiqué sous les formes étatiques, religieuses ou privées. Dans le cadre des empires coloniaux en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique, la mondialisation des biopolitiques a donné à l'appropriation et au contrôle des femmes une autre dimension. Les études de cas qui composent cet ouvrage tentent de l'éclairer.

    Le contrôle du corps féminin s'est mondialisé avec l'accaparement des terres et des corps chez les peuples conquis des Amériques. L'accès immédiat au plaisir sexuel devint l'une des motivations premières de la prise de possession. Mais cette quasi-mise en esclavage avait pour objectif à plus long terme de capter la force de travail des vaincus et leurs capacités reproductives, afin d'assurer l'existence d'une main-d'oeuvre nécessaire et d'accroître les profits qu'il en était tiré, entraînant des conflits d'intérêts entre dominants et dominés. Cet ouvrage met en évidence divers fonctionnements de ce biopouvoir (administration coloniale, Églises, philanthropes, tenancières de maison close) et de leurs effets sociaux.

    Face à l'oppression, les femmes ont néanmoins disposé de moyens de résistance : esclaves restant obstinément stériles ou supprimant leur enfant, prostituées essayant de s'enfuir des bordels, mères congolaises boudant les visites médicales pour nourrissons... Si elles n'ont pas changé la structure des rapports de genre, de classe ou de « race », ces résistances individuelles ont laissé entrevoir une conscience qui ne manquera pas, par la suite, d'en modifier la forme.

  • La maltraitance et l'infanticide des jeunes enfants n'ont cessé d'interroger l'humanité. Toutes les époques ont apporté des réponses, tant sur l'origine que sur le mode de traitement. Aujourd'hui ce phénomène touche tous les milieux sociaux, devenant ainsi un véritable problème de santé publique en France.
    Cet ouvrage restitue les travaux de praticiens psychologues thérapeutes, de psychanalystes, d'éducateurs anthropologues et d'enseignants-chercheurs, autour de la question du sens du passage à l'acte du parent maltraitant comme un acte manqué qui s'adresse à un autre (Autre/Loi sociale), pour être entendu comme une expression d'un fantasme d'infanticide actif qu'il agit sur son enfant à travers la maltraitance.
    Liés par ce fantasme, l'enfant maltraité et son parent maltraitant doivent être pris en charge dans leur souffrance, afin que soient dissociées les deux histoires et restaurée la différence des générations se trouvant entravée par un télescopage des deux temps, le passé et le présent. Dans la mesure où l'inconscient ignore le temps, cette confusion peut s'affirmer comme une vérité pour le parent, provoquant la répétition et entraînant l'enfant à réagir, ultérieurement, de façon identique.
    Cet ouvrage ouvre la perspective d'une profonde réflexion sur les dispositifs d'accompagnement des enfants maltraités et de leurs parents dans le domaine de la protection de l'enfance, ainsi que sur une politique de prévention à travers la formation des professionnels et la sensibilisation des parents.

  • Peu d'études ont été réalisées à ce jour sur la maltraitance des enfants à Madagascar. Tout se passe comme si elle n'existait que dans le silence, à l'abri des regards, et qu'il était difficile, voire malvenu, d'en parler. Pour permettre d'en débattre, cet ouvrage présente ce que l'on peut connaître actuellement de la réalité de la violence, de ses effets et surtout de ses causes multiples.

    La préoccupation de « protéger » l'enfant résulte d'abord de l'effort de l'État malgache pour mettre en oeuvre la Convention des droits de l'enfant signée par lui en 1991. Une multitude de textes officiels en témoignent. Mais plus intéressante est la mutation silencieuse qui commence à apparaître. Attendu traditionnellement avec impatience pour perpétuer le nom, apporter sa contribution à la survie économique de la famille et assurer la continuité du culte des ancêtres, l'enfant commence à mobiliser les acteurs. L'enfant roi, l'enfant désiré, choisi, précieux, mais aussi l'enfant au travail, l'enfant domestique, victime, rejeté, coexistent dans la Grande Île. Contribuer à construire une vision collective nouvelle de l'enfant, propre à la société malgache et qui soit en rupture avec la vision traditionnelle, constitue une autre ambition de ce livre.

    Fondé sur vingt ans d'expériences de l'auteure dans le domaine social et sur des échanges avec des professionnels et des parents, l'ouvrage fait apparaître la complexité entre les traditions coutumières propres à la culture malgache (mariage précoce, rejet des jumeaux...) et les exigences relatives aux droits de l'enfant.

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