Pu De Rennes

  • Nuit debout : des citoyens en quête d'une réinvention démocratique Nouv.

    Les luttes sociales et culturelles n'occupent pas toujours la place qu'elles méritent. Ainsi, il ne faudrait pas que Nuit Debout, née en mars 2016, disparaisse de l'imaginaire collectif et de l'histoire pour passer aux oubliettes, parce que rattrapée par d'autres mouvements ou événements ultra-médiatisés, dont les Gilets jaunes, puis le Coronavirus.

    Comme d'autres luttes du début de ce siècle, Nuit Debout a donné à voir, de façon particulièrement spectaculaire, une ferme volonté populaire d'occuper l'espace public pour crier haut et fort de multiples formes de mécontentement, et exprimer une volonté partagée de changement politique, économique et social.

    Pour la première fois, un ouvrage de référence passe au crible le "phénomène" Nuit Debout, et l'observe sous toutes ses coutures, pour mieux comprendre ce qui a "mis le feu aux poudres", mais aussi ce qui a poussé des milliers de Français à s'assembler, plusieurs mois durant, sur nos places publiques. Conciliant enquêtes sociologiques de terrain et analyses théoriques de la démocratie, ce livre donne à voir la singularité de ce mouvement, tout en permettant de mieux appréhender son inscription dans le contexte social très particulier des "mouvements des places".

    Nuit Debout, phénomène spectaculaire, unique, certes, expression particulièrement alarmante d'une époque ne pouvant laisser nos politiques indifférents. Nuit Debout, affirmation de citoyens en quête d'une réinvention démocratique.

  • Bad brains : la psychiatrie et la lutte des noirs américains pour la justice raciale, XXe-XXI Nouv.

    Aux États-Unis, la notion de "race" est utilisée de manière routinière par les médecins en tant que variable biologique, culturelle ou sociale, selon les situations de soins. Croisant les notions de citoyenneté, de responsabilité et de droits civiques, ainsi que les questionnements autour de la politisation de la science, cet ouvrage retrace l'histoire de la médicalisation du corps noir par la profession psychiatrique aux États-Unis, du XXe siècle jusqu'à l'époque contemporaine.

    Conjuguant l'histoire et la sociologie, il est ainsi question de retracer les différents régimes par lesquels la notion de race a été jugée pertinente par les psychiatres pour naturaliser les différences corporelles des années 1920 jusqu'à l'époque contemporaine.

    En s'appuyant sur un corpus d'archives personnelles de médecins, d'institutions de soins et de centres de recherche en psychiatrie, ainsi que sur une enquête qualitative réalisée auprès de psychiatres en Californie, ce livre démontre que la catégorie de "race" irrigue encore et toujours les pratiques et les discours institutionnels, aussi bien dans les représentations que les médecins véhiculent des corps soignés, que dans les stratégies de naturalisation du social employées pour prendre en charge leurs patients.

  • Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours.

    Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies; ruine quelques évidences...

    La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf.

    Émergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen...

    Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien.

    Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h.

    Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.

  • Les psychologues cliniciens qui exercent en institution voient leurs pratiques et leurs références théoriques mises en question par les exigences de l'époque soit la gestion, l'évaluation et la marchandisation des prestations, qu'elles soient sociales, sanitaires, éducatives, thérapeutiques ou psychologiques. Cette confrontation n'est pas sans effets sur le quotidien d'une pratique clinique, particulièrement lorsqu'elle s'oriente à partir de la psychanalyse. Celle-ci, depuis Freud, nous invite, non sans raisons probantes, à renoncer à vouloir soigner à tout prix et à tracer la voie d'une éthique nouvelle qui permet d'envisager le symptôme non plus comme un trouble à éradiquer mais comme une source d'enseignements salutaires voire salvateurs pour le sujet souffrant, quel que soit son âge.

    Aussi cette confrontation au discours contemporain vient-elle interroger, sur le plan déontologique, l'aptitude du clinicien à ne pas s'y soumettre totalement; sur le plan éthique, elle renvoie à une certaine conception du Sujet, de ses rapports à l'autre et à l'objet, des conditions de possibilité de sa formation et, si nécessaire, de sa restauration ; et d'un point de vue épistémologique cette confrontation questionne la place et la validité de la psychanalyse en tant que théorie de référence dans les pratiques cliniques actuelles des psychologues en institution et dans leur formation.

  • Comparée à d'autres groupes sociaux, la noblesse d'Ancien Régime a davantage de moyens et de raisons d'émigrer. Certaines familles, parmi les plus puissantes, disposent d'une envergure européenne et cosmopolite qui leur permet de faire carrière dans différents pays. D'autres encore prennent la route de l'exil pour fuir les persécutions qu'elles subissent dans leur pays natal.

    La France est particulièrement touchée par cette mobilité internationale : elle connaît une forte émigration, provoquée notamment par les conflits religieux des XVIe-XVIIe siècles et la répression de la communauté protestante ; mais elle bénéficie également d'une abondante immigration nobiliaire, portée par l'attractivité des carrières qui s'offrent dans l'administration et l'armée royales.

    Les flux sont intenses avec l'Empire et l'Europe centrale. Cet ouvrage les étudie donc de manière privilégiée, sur une longue durée de quatre siècles. Il permet de comprendre les espoirs des migrants, les conditions concrètes de leurs voyages et leurs capacités d'intégration dans les pays d'accueil.

  • Ravages et héritages de la Grande Guerre : 1900-2020 Nouv.

    En confrontant les archives (municipales, départementales, nationales, diocésaines et militaires des différents pays belligérants) avec toute une littérature d'interprétations (poèmes, romans, récits, correspondances, témoignages), Chantal Dhennin-Lalart élabore le récit d'une histoire sociale, économique et culturelle du sud des Weppes (Nord de la France) pendant la Grande Guerre. Cette démarche est complétée par l'étude de l'inscription de la Grande Guerre durant tout le XXe siècle jusqu'à aujourd'hui : qu'en reste-t-il, 20 ans après, 60 ans après, 100 ans après ? La Grande Guerre est visible dans les paysages et l'environnement géographique autant que dans les souvenirs familiaux réactivés.

  • La crise sanitaire mondiale qui bouleverse en profondeur les mondes du travail nous incite à considérer avec d'autant plus d'intérêt la nouvelle question posée aux concours (CAPES et agrégation), qui interroge les mutations économiques, sociales, politiques, culturelles et environnementales entraînées par l'industrialisation de l'Europe occidentale des années 1830 aux années 1930. La désindustrialisation qui s'accélère depuis les années 1970 ne se réduit pas à un recul de la production industrielle. Elle signifie aussi l'effritement d'une civilisation industrielle ainsi que la disparition de la centralité du travail qui érigeait la question ouvrière en enjeu politique et social majeur. Ce dossier réunit des spécialistes qui présentent et commentent des sources de natures variées - correspondances, photographies, textes législatifs, pétitions, caricatures, etc. - produites tant en France qu'en Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Italie et Espagne. Il permet d'éclairer les mutations de l'organisation du travail, leurs impacts sur les conditions de vie et de travail des mains-d'oeuvre artisanales et industrielles, et la place de la question sociale dans la constitution du mouvement ouvrier et des États sociaux.

  • Lorsqu'il meurt le 22 mars 1950, Emmanuel Mounier n'a que 45 ans. C'est un coup de tonnerre bien traduit par Jean Daniel, futur patron du Nouvel Obs : « Je n'ai jamais eu l'occasion de dire ce que pouvait représenter Mounier pour moi et pour tout un groupe d'Alger. Je suis désarmé par l'accablante nouvelle de sa mort subite ». Même écho, chez tant d'autres comme René Cassin, le cardinal Gerlier, Louis Althusser, Bazaine, Chagall... Il laisse une oeuvre déjà considérable et la forte empreinte de son personnalisme communautaire sur la pensée et l'action de son époque. En des temps de flottement intellectuel et spirituel, ce « personnalisme » demeure aujourd'hui encore une ressource de première grandeur à la fois pour alimenter les existences individuelle et collective, et pour fonder philosophiquement une alternative à notre crise de civilisation sans doute plus radicale encore que celle des années 1930. Après avoir retracé à grands pas le parcours du fondateur de la revue Esprit de la fin des années 1920 à 1950, ce livre d'entretiens s'attache à mettre en valeur l'étonnante actualité pensée de l'évènement. Que ce soit sur le versant économique ou sociétal, culturel, politique ou éthique, sa réflexion livre un puissant socle d'intuitions, de convictions et de valeurs pour une alternative d'ampleur civilisationnelle.

  • Le savoir pathologique : la psychanalyse entre le texte et le contexte Nouv.

    Peut-être l'interprétation psychanalytique se rapproche-t-elle de la parrhesia, au sens où cette opération comporte, si délicate soit-elle, une brutalité structurale. Il n'est pas possible, dit Jacques-Alain Miller, de psychanalyser des rois ou des barons, car l'interprétation doit nécessairement pouvoir être insolente. Son efficacité en dépend, puisqu'elle opère en subvertissant le codage social qui régit le fonctionnement civilisé du sujet. Tel le dire de la parrhesia, l'interprétation qui touche sa cible vient déstabiliser la configuration discursive à laquelle le sujet se trouve aliéné, en générant des effets de transformation qu'aucun contrat ne saurait fixer à l'avance. Mais si elle dispense le protocole de permission, au sens où la vérité qu'elle détermine n'a pas de garantie externe à son dire, d'où retire-t-elle la nécessité qui s'impose en urgence à celui qui l'énonce ? Comment penser cette vérité qui s'énonce dans la parrhesia comme pur effet du langage, tout en reconnaissant le devoir éthique de son imposition ? Faudrait-il accepter l'idée qu'un discours puisse s'obliger à la condition qu'il a, lui-même, créée ?

  • On entend aujourd'hui par caricature une "image tendant, par déformation ou accentuation des traits d'un modèle, des caractères d'une scène, à les rendre grotesques ou risibles" (La Grande Encyclopédie Larousse). Qu'en est-il pour les sociétés de l'Antiquité ? La plupart des spécialistes modernes de la caricature ont considéré qu'il s'agissait d'une invention de la fin du XVIe siècle, inadaptée aux cultures et aux sociétés du monde antique. Confrontant pour la première fois sur ce sujet les points de vue de spécialistes des textes et des images, cet ouvrage a pour ambition de partir à la recherche d'une possible caricature antique, en discutant ses conditions d'existence, en essayant d'identifier des auteurs d'oeuvres caricaturales, des domaines et des genres artistiques et littéraires plus particulièrement propres à la production de caricatures, en mettant en relief aussi des problèmes de sources ou de catégorisations.

  • "L'illimité !", "No limit!", nous clament les voix publicitaires d'aujourd'hui, comme autant de promesses d'une grande libération où l'être parlant parachèverait ce rêve d'être enfin comblé. Toutefois, les publicités ne sont pas seulement promesses mais aussi "réclames" poussant chacune et chacun à exiger "Toujours plus !" Paradoxe pour qui devait être comblé. Cet ouvrage propose, à partir de la psychanalyse, une relecture de ces paradoxes de la limite dans notre monde contemporain, notamment dans cet espace sans bornes que serait ledit monde numérique. Ces paradoxes seront situés en logique à partir de la clinique de la sexuation, avant que d'être questionnés dans leurs effets de symptômes sur un plan subjectif, autant que dans le lien social. Car c'est bien à vouloir transgresser le réel d'une certaine limite, démontre Jacques Lacan, que s'en suivront en retour des effets d'angoisse, autant que de ségrégations, multiples. 11 faudra dire laquelle.

  • La femme sauvage est une figure qui hante les arts et les lettres, du Moyen Âge au monde contemporain. Marquée par l'altérité, la femme sauvage est souvent marginalisée. Parfois valorisée, quand elle promet un Âge d'or ou un paradis idyllique, fréquemment inquiétante quand elle met en cause les normes qui émanent souvent d'autorités masculines, tantôt anti-femme, exception, monstre, tantôt femme essentielle, elle connaît des infléchissements notables, avec le christianisme et la redistribution des genres qu'il suppose, la découverte de l'Amérique et des "Indiens", les Lumières et leur questionnement sur la classification des espèces, le XIXe siècle, son exaltation, mais aussi son questionnement du progrès et de la civilisation, le XXe siècle et l'époque actuelle, avec le féminisme, la psychanalyse mais aussi l'écologie (qui redessine les contours du monde sauvage).

  • Mouvements de géographie rend compte des déplacements récents du discours de la géographie en France et, secondairement, dans le monde francophone. De visée épistémologique, l'ouvrage essaie de prendre la mesure de la performativité des turns transdisciplinaires sur la "culture disciplinaire" propre à un univers cognitif dans lequel la géographie se pense, se construit et se recompose en français. Sont ainsi explorés dans une perspective réflexive et critique les effets de son acclimatation aux modes de dire et de faire mondialisés de la pensée anglophone aujourd'hui dominante. Mouvements de géographie orchestre un assemblage de voix singulières conviées à mettre en mots les positions de la discipline dans leur domaine de recherche.

    L'ouvrage est destiné en priorité aux étudiants de master et aux jeunes chercheurs qui y trouveront vingt contributions dédiées à l'analyse réflexive, mais aussi programmatique, de mouvements épistémologiques et/ou théoriques, thématiques ou encore méthodologiques. Il associe des contributions qui revisitent des domaines traditionnels de la discipline pour en marquer les repositionnements et d'autres qui prennent en charge l'avènement de domaines récents pour en exposer la généalogie et les enjeux.

    Cet ouvrage fait valoir les multiples dimensions d'une "géopolitique du savoir géographique". Il met en évidence la part d'épistémologie politique du savoir et plaide pour l'urgence d'installer ce champ de recherche en géographie dans le contexte d'un monde globalisé, postmoderne et néolibéral.

  • Jacques Maritain (1882-1973), philosophe, converti au christianisme avec son épouse Raïssa et sa soeur Véra, est l'auteur d'une oeuvre riche et complexe. Ce livre est axé essentiellement sur sa pensée politique et sociale.

    Contrairement à quelques idées reçues, Maritain n'est pas un penseur confessionnel. Disciple de Thomas d'Aquin, il a aussi voulu faire oeuvre créatrice. Sa philosophie est encore fortement pertinente dans son analyse des phénomènes totalitaires, du racisme et de l'antisémitisme, de la technocratie. On le voit sensible aux luttes non-violentes, compréhensif à l'égard des contestations des années soixante. En ce sens, il est aussi un philosophe des contre-pouvoirs, persuadé que l'avenir est aux petits troupeaux, aux minorités de choc prophétiques.

    Avec lui, l'horizon de la pensée politique et sociale ne s'arrête pas au néolibéralisme triomphant qui mène le monde à la catastrophe sociétale et écologique. Il a voulu, par son humanisme intégral, promouvoir une nouvelle civilisation. Cependant, il reste en premier lieu, un croyant, un métaphysicien préoccupé par la condition humaine et hanté par le problème de la souffrance et du malheur frappant les innocents.

    La pensée de Maritain apparaît donc comme une réponse possible à la déconstruction de la postmodernité.

  • Pendant toute la période coloniale, la France s'est fortement impliquée dans l'organisation des déplacements et du séjour des pèlerins musulmans de son empire aux Villes saintes de l'islam. Cet investissement n'a pas été sans difficultés. Interdit aux non-musulmans, le pèlerinage à La Mecque (hajj) a souvent été à l'origine de peurs et de fantasmes, entraînant en retour chez les voyageurs et autres explorateurs le désir de transgresser ce tabou.

    Quand les agents coloniaux et consulaires y voyaient un foyer de fanatisme où se tramaient des complots contre la domination européenne, les médecins sanitaires s'inquiétaient des conséquences pour l'hygiène publique de la réunion annuelle de plusieurs centaines de milliers de pèlerins dans une province dépourvue de toute protection sanitaire.

    /> C'est cette longue familiarisation des Français avec les Lieux saints de l'islam que ce recueil propose au lecteur de découvrir. Les différentes dimensions du hajj, politiques, religieuses, diplomatiques, sanitaires ou encore anthropologiques y sont abordées selon une double entrée, chronologique et thématique, à travers toute une série de documents inédits où les récits de voyage côtoient les rapports sanitaires et les témoignages de pèlerins font écho aux dépêches diplomatiques et autres reportages.

    L'ensemble de ces documents comme les correspondances qu'ils entretiennent les uns avec les autres nous invitent à considérer les relations contemporaines de la France et du monde musulman sous une lumière différente et à mesurer à quel point pèlerinage à La Mecque fut bien à cette époque une affaire française.

  • Préface de Marie-Jean Sauret En 1858, un avoué périgourdin du nom d'Antoine de Tounens, âgé de 33 ans, s'embarque à Southampton sur un paquebot anglais en partance pour le Chili. Plusieurs mois s'écoulent, certainement en recherche de soutiens et en préparatifs secrets. À l'automne 1860, le voici qui franchit le Bio-Bio, pénètre en territoire mapuche et, après une tournée de quelques semaines des tribus locales parvient à se faire élire roi. Capturé par les Chiliens lors de ses pérégrinations, il sera emprisonné, expertisé puis expulsé. De retour en France, De Tounens, loin de se résigner face à un destin contraire, va revendiquer haut et fort ses droits de suzerain et ne renoncera jamais à régner sur les terres indiennes les plus extrêmes de l'Amérique du Sud. Il y reviendra à trois reprises dans des expéditions de plus en plus rocambolesques. S'appuyant sur une masse de documents d'époque, sur les écrits du personnage comme des historiens et des écrivains qui se sont penchés sur son extraordinaire destin, Jean-Luc Gaspard reconstitue minutieusement la logique et l'essai de rigueur que constitue la saga d'Antoine de Tounens. Fauteur retrace sa biographie à la lumière de la psychanalyse et décrit le laborieux développement de ce que l'on pourrait considérer comme une "psychose en actes". Nourrie des idéaux de son temps, la passion nobiliaire de notre personnage aura eu pour mérite de défendre la cause de peuples indiens voués à la lente dépossession de leurs terres. Cet ouvrage historique et clinique permet de poser le problème délicat du rapport entre revendication, déraison et lien social.

  • Les relations entre France et Amérique à l'ère des révolutions relèvent bien souvent d'une suite de lieux communs autour de l'aide française aux Etats-Unis naissants ou de la perte sanglante de Saint-Domingue. L'historiographie a fort heureusement fait de belles avancées en la matière et ce volume voudrait à la fois en témoigner et aller plus loin encore en suivant trois grandes directions. D'abord en insistant sur le travail des sources, en montrant que les historiens ont encore du pain sur la planche, des gisements connus à explorer à nouveaux frais et d'autres plus inattendus à explorer, en ouvrant les horizons et variant les méthodes.
    Ensuite parce ce le projet collectif dont est ici cet ouvrage veut voir large dans l'epace et dans le temps : il ne s'agit ni de se limiter à une première courte séquence révolutionnaire ni à l'Atlantique Nord, mais bien de couvrir un siècle de tensions créatrices autour des concepts de révolution et de nation, deux moteurs de l'évolution des sociétés de ces temps-là, tout en construisant la réflexion à l'échelle du continent américain dans son entier.
    Le lecteur arpentera donc un vaste monde, de la France au Pérou et à New York. Enfin, les auteurs réunis ici ne se contentent pas de réécrire une histoire diplomatique, même rénovée, mais pratiquent une histoire relationnelle complexe, abordant les circulations atlantiques sous de multiples angles et au travers de multiples groupes sociaux : exilés, migrants, combattants, intellectuels, etc...

  • Ce volume étudie, dans les textes littéraires du Moyen Age au XXIe siècle, le brouillage des normes et des stéréotypes de genre : le concept de genre, qui a profondément transformé l'approche des sciences sociales et humaines, restait encore peu exploité dans les études littéraires. Subversions, brouillages, défaussements explicites ou clandestins, appropriation des attributs assignés à l'Autre, redistribution des catégories, physiques, mentales, sociales...
    Quels sont les moyens spécifiquement littéraires mis en oeuvre pour mettre en question un système binaire figé ? Comment ces stratégies littéraires et leurs enjeux varient-ils à la fois en diachronie et selon les genres littéraires ? Qu'ils soient de l'ordre du jeu ou qu'ils relèvent d'une résistance politique et de perturbations esthétiques, les phénomènes d'hybridation et de réversibilité des codes viennent défier les performances traditionnelles du genre.
    Si le travestissement reste pendant des siècles l'outil principal du brouillage, la modernité sonde les voies d'un au-delà multiple du genre, allant d'une érotique subversive à des interpénétrations existentielles et identitaires de fond, particulièrement sensibles dans les littératures contemporaines d'expression française de par le monde.

  • Soixante-dix ans après la mort d'Emmanuel Mounier, il est temps de renouveler notre regard sur ce penseur majeur du XXe siècle. On sait combien les quatre volumes des Oeuvres (éd. P. Mounier, Seuil, 1961-1963) ont marqué plusieurs générations d'intellectuels, de femmes et d'hommes d'action de par le monde. Le besoin se fait sentir à présent d'avoir accès à l'ensemble du corpus de Mounier, avec ses nombreux articles, conférences, notes, recensions... Le premier des sept volumes que comptent les ?uvres complètes devrait agir comme un révélateur. Gageons qu'il en ira ainsi pour ceux qui, à la faveur de cette parution, s'initieraient à l'oeuvre de Mounier et pour ceux qui connaissent déjà tout ou partie de ses écrits. La plupart découvriront un jeune homme à plusieurs facettes : non seulement son ancrage philosophique, mais, tout aussi fort quoique mal documenté jusqu'à présent, son ancrage religieux, à nette tendance mystique, accompagné d'un intérêt aigu pour les champs social et littéraire. Ecrits entre sa dix-septième et sa vingt-septième année, les textes ici recueillis, quelquefois rares ou inédits, vont de ses dissertations de terminale au Lycée de Grenoble à sa longue intervention au congrès de Font-Romeu, qui posa les bases du mouvement et de la revue Esprit. Si cette période est dominée par son important mémoire sur Descartes (1927) et son ouvrage pionnier sur Charles Péguy (1931), imprégnés de la philosophie d'Henri Bergson et des dialogues avec Jacques Chevalier et Jacques Maritain, ses articles et conférences n'entendent pas moins fonder les principes de la personne comme présence et action. Tout agir ayant besoin d'une direction, il s'agit de se donner des règles de conduite pour y tendre en vérité. A défaut, l'être humain se replie dans l'individualisme, avec pour corollaire une certaine médiocrité morale, un conformisme plus ou moins conscient. Mounier se propose ici d'étudier à frais nouveaux ce qui sépare l'animal de l'homme et l'homme de Dieu à travers ces champs d'expérience que sont la psychologie, le langage, le droit, le politique et le sentiment religieux. Cette édition est présentée et établie par Yves Roullière, avec la collaboration de François Denoël, Nadia Yala Kisukidi, Jacques Le Goff et Jean-François Petit.

  • Le projet de création de l'aéroport du Grand Ouest, initié dans les années 1970, relancé au début du XXIe siècle, est définitivement abandonné en 2018. Il aura divisé la population locale, suscité une opposition inédite (la ZAD), nécessité l'intervention des forces de l'ordre, généré un abondant contentieux, justifié la mise en place d'un référendum ad hoc...

    Cet ouvrage propose une étude rétrospective des causes de l'abandon, et prospective sur les leçons à en tirer pour de futurs projets. Les contributions universitaires montrent la nécessité de concevoir un aménagement du territoire respectueux des exigences sociétales actuelles, écologiques et démocratiques. À défaut, le prix à payer par les autorités publiques est élevé, au plan économique comme symbolique. L'ouvrage restitue également les interventions d'acteurs locaux qui se sont exprimés sur la définition de l'intérêt général attaché à un tel projet et le réaménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique.

    Le fiasco de Notre-Dame-des-Landes constitue un cas d'école, susceptible d'inspirer les décideurs pour améliorer les outils existants dans différentes disciplines et pacifier les rapports sociaux autour des grands projets.

  • La génèse de la gauche plurielle : 1993-1997 Nouv.

    Élections législatives de mars 1993 : les socialistes subissent un échec, au soir du second septennat mitterrandien. En parallèle, le monde communiste est en déclin et l'influence écologiste limitée. Quatre ans plus tard, en juin 1997 : la gauche plurielle emporte la majorité à l'Assemblée nationale et Lionel Jospin est nommé premier ministre. La majorité plurielle, rassemblant notamment socialistes, communistes et écologistes, se prépare à gouverner la France pendant cinq années.

    C'est l'écart en apparence mystérieux entre ces deux situations que le présent ouvrage se propose d'analyser. Pourquoi une telle évolution en si peu de temps ? Comment est née la gauche plurielle, conséquence d'un rapprochement entre les partis de gauche et écologiste ? Quelles en sont les causes internes et externes ?

    En 1997, ce rapprochement est en réalité ambivalent, presque inachevé. La gauche plurielle rassemble des partis unis pour diverses raisons (restaurer une stabilité interne, approfondir un renouveau, conquérir une place dans le paysage politique français) mais avec des histoires différentes et des cultures politiques parfois divergentes. L'alliance a été le fruit d'un processus complexe, influencé par le contexte de chaque parti et par l'évolution de leurs relations. Ce processus est mis au jour grâce à un grand nombre de documents d'archives, issus des différentes formations politiques, et à des témoignages d'hommes et de femmes politiques de premier plan.

  • De Gethsemani au Golgotha : la passion dans l'art et dans la littérature Nouv.

    Du jardin des Oliviers à la mise au tombeau, la Passion du Christ est un motif récurrent de l'art et la littérature. L'Église a joué un rôle essentiel dans la diffusion des oeuvres promouvant l'imitation des souffrances du Christ comme voie du Salut. Mais indépendamment de sa valeur théologique, le récit des Évangiles possède une force dramatique et émotionnelle propre à toutes les transpositions, qu'elles soient fidèles au message chrétien, le transforment ou le subvertissent. Comment représenter le Christ souffrant et les personnages qui l'entourent ? Dans quel but ? Que devient la Passion alors que la société se sécularise ? Peut-on séparer la visée esthétique et la visée religieuse ?

    Les textes rassemblés dans ce volume répondent à ces questions à travers un vaste corpus d'oeuvres, du Moyen-Âge au XXIe siècle, empruntées à différents domaines : littérature française et étrangère, théâtre, cinéma, peinture, musique.

  • Pourquoi des femmes s'engagent-elles dans les armées sous la Révolution et l'Empire ? Quelles sont les spécificités de leur expérience féminine du monde militaire? Quels discours produisent-elles sur leur parcours lors de leur retour à la vie civile ?

    Entre 1791 et 1815, plusieurs dizaines de femmes intègrent les troupes révolutionnaires, contre-révolutionnaires et impériales, pour défendre leur pays. Leurs parcours hors du commun illustrent l'implication des femmes dans les événements révolutionnaires et le caractère protéiforme de leur engagement. L'étude de leur passage à l'armée témoigne de la reconnaissance dont elles ont pu bénéficier de la part de l'institution militaire, malgré le caractère transgressif de leur démarche. En commentant leur passé militaire dans leurs récits autobiographiques, elles transmettent leurs propres représentations du monde militaire et prennent en charge le récit de leur histoire.

    Confrontant les sources militaires, l'iconographie révolutionnaire, les écrits personnels, les articles parus dans la presse, Maria Goupil-Travert examine une cinquantaine d'itinéraires biographiques de femmes aux armées. Elle questionne la nature de leur engagement, leur rapport au monde militaire et à la violence, ainsi que leur capacité d'action individuelle pour contourner les contraintes liées au genre.

  • "Je fis, d'abord, alliance avec André Pironneau... II... publia quarante articles" (Charles de Gaulle).

    Ce livre n'aurait pas été conçu sans la découverte que les articles de L'Echo de Paris cités par le mémorialiste étaient principalement de sa plume - à lui, de Gaulle ; et que leur objet, politique et géopolitique, dépassait de loin la seule chose militaire. Un chapitre justifie, après la précision du contexte qui éclaire les preuves, l'attribution de ce qu'on appelle en conséquence "la source Pironneau-de Gaulle".

    Ces articles n'ont jamais été lus par les historiens de Charles de Gaulle. Ils constituent donc une source inédite au sens où elle n'a jamais été attribuée à son auteur principal. Ils courent de 1933 à 1937 ; mais leur croisement avec archives, documents diplomatiques français et britanniques, presse et témoignages permet de suivre l'histoire de huit ans, de 1932 à 1940. C'est dire qu'on a la source la plus considérable sur de Gaulle dans les années trente ; et sur d'autres personnages, qui peuvent être considérés comme de premiers gaullistes. Elle confirme combien le regard de Charles de Gaulle annonçait en lui l'homme d'État, embrassant l'horizon international le plus large.

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