• Sur les télescripteurs, les nouvelles crépitaient comme des rafales de mitrailleuses. Partout, en effet, les vieux se révoltaient. C'est quand l'avocat général lança ses ultimes cris de haine que j'aperçus, grâce à un effet de manche spécialement grandiloquent, les bourrelets d'un gilet pare-balles. Ferdinand me fit observer que ça "protégeait moins bien la tête" et la suite lui donna raison dix secondes plus tard, quand un octogénaire excité abattit le magistrat d'une balle dans l'oeil, depuis le public où il était paisiblement assis. Il avait accompagné son geste d'un hurlement : "On les aura, comme en 14 !"

  • Oui, bien sûr les méchants, ceux qui piquent le sac des petites vieilles dans la rue, qui tapent leur femme et leurs mômes, qui conduisent pochtronées.
    Doivent être sanctionnés. oui, bien sûr, les très méchants, ceux qui massacrent, détruisent, torturent, tuent. doivent être mis hors d'état de nuire. oui, bien sûr. pour autant, la prison est-elle la bonne réponse à ce désir, légitime, de sanctionner et de mettre hors d'état de nuire ? rolland hénault a enseigné pendant plusieurs décennies en prison. et il a donc eu l'occasion de rencontrer des foultitudes de prisonniers.
    Des célèbres, comme carlos. des politiques comme les militants basques et ceux d'action directe. des voyous, des voleurs de poules. des dérangés de la tête. de simples gens ayant traversé, un jour, en dehors des clous. dans ce livre, il a choisi de brosser le portrait d'une trentaine d'entre eux en leur laissant largement la parole. et c'est peu dire qu'on n' ressort pas indemne. car, à travers chaque histoire particulière, c'est toujours la même histoire qui revient.
    Celle du quotidien d'un enfermement visant à humilier et à détruire les prisonniers et leurs familles. ceux qui refusaient de croire que l'armée française puisse torturer en algérie ne manqueront pas de hurler à la mort à la lecture de ce livre. quant à tous ceux et toutes celles qui, simplement, s'interrogent, nul doute qu'ils trouveront là, matière à comprendre pourquoi, lors de toutes les insurrections et de toutes les révolutions, on commence toujours par.
    Ouvrir les portes des prisons. a l'heure du délire sécuritaire actuel, il était logique que ce livre qui prône l'abolition de la prison ait obtenu le grand prix " ni dieu, ni maître " en 2006.

  • Marie est Berrichonne et Bretonne. Une double appartenance, comme celle des «minorités visibles » d'aujourd'hui... Marie, s'est exilée en Berry dans les années 20, par nécessité de survie...
    Ce livre, c'est d'abord son histoire, celle d'une paysanne animée d'un courage quotidien, incarnation de la dignité. Une trajectoire de près d'un siècle, à travers laquelle se dessine l'évolution de son terroir d'adoption, la Champagne berrichonne.
    Et voilà la grande originalité de cet ouvrage : Rolland Hénault, au fil de cette vie, trace le portrait de « son» pays, cette « terre sans paysages », ignorée, méprisée ou enviée... Une terre où il plonge ses racines, au creux d'une « enfance sublime, lumineuse » et qu'il entend réhabiliter en convoquant souvenirs personnels et évocations littéraires. Mais une terre bousculée, aussi, peut être plus qu'ailleurs, par la «modernité » et les effets de la révolution agricole. Jusqu'à y perdre son âme.
    Ce récit, tendre et révolté, est un témoignage d'amour à ce qui fut : une campagne pleine, dure, mais solidaire.

  • Une région de France assez peu souvent décrite, la Champagne berrichonne, et pourtant caractéristique de ces campagnes de la moitié nord de lHexagone. Un plat pays ou presque, où lon est confronté sans cesse au mystère de linfini, dans le temps et dans lespace. Un terroir qui suscite lémerveillement aussi bien que des inquiétudes essentielles sur le sens de la vie. Au centre, une ville, Issoudun, qui fut une cité frontière importante au Moyen Age et, après la fin de la drôle de guerre, un lieu de retrouvailles fraternelles les jours de marché. Dans ce parcours initiatique, la mère apprend à lenfant comment naviguer sur locéan des âges. Sa mort sera vécue comme une tragédie, ce qui nempêche pas les passages drôles, où lon se prend à rire de la barbarie des hommes derrière une apparente naïveté enfantine. Le fond de lair est bleu illustre merveilleusement la formule de Boris Vian : « Lhumour est la politesse du désespoir. » Rolland Hénault est connu pour son écriture de pamphlétaire libertaire, son goût pour la littérature subversive des grands solitaires. Son humour tendre ou féroce passe tour à tour du passé au présent, de lamour de lhumanité à lhorreur de la violence.

  • Rolland hénault lève aujourd'hui le voile sur un écrivain berrichon aussi talentueux qu'injustement ignoré : au fil des pages du " temps d'apprendre à vivre ", oú raymonde vincent conte son itinéraire des campagnes de l'indre au montparnasse d'avant-guerre, l'auteur - en amoureux fidèle et en lecteur scrupuleux - nous révèle l'extraordinaire richesse littéraire et humaine de celle qui fut, peut-être avant tout, une femme libre.

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