Sciences humaines & sociales

  • La sociologie étatsunienne n'existe pas au singulier.
    Deux grands savoirs s'y côtoient. Le plus ancien est anglo-saxon. Né peu après la Guerre civile, il détiendra une position hégémonique jusqu'à la révolution culturelle de la décennie 1960. L'autre savoir éclôt à la fin du XIXe siècle. Édifié par des Noirs, il prend appui sur des prémisses idéologiques fort différentes de celles qui inspirent la mainstream sociology anglo-saxonne. Le présent essai reconstitue cette fascinante aventure de l'esprit critique selon une méthode qui croise les apports de l'histoire des idées, de la sociologie de la connaissance et de l'épistémologie.
    Il dévoile les mécanismes de marginalisation les plus criants auxquels ont dû s'attaquer les premiers sociologues de couleur pour tenter d'accéder à l'autonomie scientifique, notamment William E.B. Du Bois, Edward Franklin Frazier, Charles Spurgeon Johnson, Horace Roscoe Cayton, J.G. St.Clair Drake et Oliver Cromwell Cox. L'ouvrage montre que ces intellectuels ont été scientifiquement inventifs et provocants dans un contexte sociohistorique qui a beaucoup fait pour réduire leur héritage spécifique - leur génome culturel - à de l'insignifiance voire à de la nullité totale par comparaison au patrimoine blanc.

  • Ce livre porte sur l'é mergence et le dé clin du roman sociologique amé ricain, spécialement sur le roman comme mode d'accè s privilé gié à la compré hension de la culture de cette socié té . D'emblé e, une question surgit : quelles sont les différences entre le genre roman social - assez bien connu par ailleurs, Zola en France, Dickens en Angleterre, Steinbeck aux É tats-Unis, etc. - et le roman sociologique que l'auteur distingue du premier genre ?
    C'est durant une courte pé riode, qui va du dé but des anné es 1930 jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, que ce genre s'affirme. Les auteurs ont parfois une formation sommaire en sociologie - d'abord et avant tout la sociologie urbaine qui prend forme au Dé partement de sociologie de l'Université de Chicago - et ils ont souvent exercé le mé tier de journaliste d'enquê te. Sous la banniè re de l'espoir retrouvé et du changement social, ils voient dans la sociologie urbaine et ses méthodes le meilleur instrument scientifique pour mettre au jour une représentation rigoureuse de la ré alité des ghettos ethniques de Chicago, de leurs normes et de leurs dé viances particulières. Ce milieu apparaît, sous la plume de ces auteurs, caractérisé par le dé terminisme environnemental, la violence interethnique, l'utopie prolé tarienne, le tout enrobé dans une litté rature de victime. Ce dernier livre de Pierre Saint-Arnaud s'inscrit dans la suite de ses ouvrages sur la socié té étatsunienne publié s dans la collection « Sociologie contemporaine » aux Presses de l'Université Laval.

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