• Sommes-nous bien certains de nous comprendre lorsque nous parlons ensemble des mêmes choses avec les mêmes mots ? Certains de savoir toujours ce que nous disons exactement lorsque nous nous exprimons ? Certains que les termes que nous choisissons ne disent pas autre chose que ce que nous pensons dire ?
    Deux volumes du DICTIONNAIRE DES CONCEPTS NOMADES, publiés en 2010 et 2016, avaient cherché à répondre à ces questions au croisement de l'histoire conceptuelle et de l'histoire des idées politiques, en décrivant les conditions historiques, politiques et linguistiques d'apparition de concepts centraux de sociétés modernes. Ils ont suscité assez de discussions et de prolongements pour qu'il soit aujourd'hui légitime de s'en faire l'écho dans ce volume d'un genre inédit : un dialogue entre politistes, historiens, philosophes sur les enjeux, les méthodes et les perspectives de l'histoire des concepts.
    Nous vivons une dérégulation sans précédent de la langue politique, dont témoignent à leur façon l'importation continue de termes anglo-saxons, l'acclimatation du lexique du management au champ politique, la multiplication des querelles de mots ou encore la prolifération des néologismes.
    S'ils peuvent apporter un renouvellement des catégories d'intelligibilité d'un monde en pleine transformation et une compétence linguistique accrue offerte à chacun d'entre nous dans la participation aux affaires publiques, ces changements lexicaux et conceptuels recouvrent parfois aussi une véritable dépossession démocratique en nous enfermant dans des alternatives simplistes, des questions mal posées et des perspectives théoriques sans issue dont certains « débats publics » donnent régulièrement des exemples.
    En s'interrogeant sur la fabrique de la langue, sur les concepts dont l'apparente familiarité ne tient qu'à notre ignorance de leurs conditions d'apparition et de circulation, sur ce qu'ils disent des hommes et des contextes qui les autorisent, sur ce qu'ils nous obligent parfois à penser et sur ce qu'ils font par conséquent à nos sociétés, cet ouvrage poursuit une ambition à la fois théorique et politique :
    Construire les outils de la réfl exivité critique sur les usages conceptuels et contribuer par là à la refondation démocratique du débat public.

  • LA RÉPUBLIQUE EST UNE ET INDIVISIBLE, ASSURAIENT LES RÉ- VOLUTIONNAIRES. Son histoire, en revanche, ne l'est pas.
    Il n'est plus possible aujourd'hui de l'écrire d'un bloc ou comme une longue généalogie qui ferait de nos démocraties les héritières plus moins fi dèles d'Athènes, de Sparte ou de Rome.
    Résolument européen, ce volume a donc pour ambition de retracer l'ensemble des traditions politiques, des doctrines philosophiques ou religieuses et des aspirations collectives qui ont dessiné l'histoire des républicanismes et des régimes républicains. De Rome à Florence, de la Révolution anglaise aux Révolutions américaines et françaises, des oligarchies urbaines à la République sociale, il souligne la diversité des expériences historiques concrètes et rappelle les obstacles, les échecs, les détours rencontrés au cours de celles-ci dans la poursuite des idéaux de liberté, d'égalité ou de justice.

  • L'élection n'a pas toujours été tenue pour le moyen le plus équitable, le plus efficace et le plus transparent de distribuer les charges et les honneurs publics ou de désigner ceux qui devaient contribuer à la fabrication de la Loi. Longtemps, d'autres systèmes ont joui d'un prestige égal sinon supérieur, qu'il s'agisse du tirage au sort, de l'hérédité, de la cooptation ou de l'appel à l'Esprit Saint.
    Les élections existaient pourtant, dans d'innombrables lieux et institutions : les villes et les villages, les ordres religieux et les conclaves - où agissait justement l'Esprit Saint - les universités et les académies. Mais elles servaient en réalité d'autres fins que la sélection des meilleurs représentants et la juste répartition des charges, comme la reproduction sociale des élites, la défense de l'orthodoxie. Elles n'avaient finalement pas grand-chose à voir avec la démocratie.
    C'est ainsi l'idée d'un progrès linéaire des institutions représentatives depuis la fin du Moyen Âge jusqu'aux révolutions du XVIIIe siècle que met en cause Olivier Christin. Une contribution importante aux débats contemporains sur la démocratie représentative.

  • Nous vivons une dérégulation sans précédent de la langue politique, celle des discours des partis, des «débats de société», des experts invités dans les médias à «décrypter» l'actualité. Quelques querelles récentes sur la laïcité («ouverte» ou «fermée», «positive», «restrictive» ou «inclusive»), sur la république et la démocratie, sur la nation et la citoyenneté, les immigrés et les immigrants, en sont des illustrations parmi d'autres. À leur manière, elles disent très bien la confusion des sens qui s'établit dans la sphère publique à la faveur des stratégies de communicants, des éléments de langage répétés en boucle, de la réduction des enjeux et des défis à des slogans qui servent à marquer les positions des uns et des autres sans dessiner de véritables propositions politiques.
    Car s'ils peuvent signifier un renouvellement nécessaire des catégories d'intelligibilité d'un monde en pleine transformation et une compétence linguistique accrue offerte à chacun d'entre nous dans la participation aux affaires publiques, ces changements lexicaux et conceptuels peuvent aussi recouvrir une véritable dépossession démocratique en nous enfermant dans des alternatives simplistes, des questions mal posées et des perspectives théoriques sans issue.
    Il sera ici question de Race et de Civilisation, de Multiculturalisme et de Nation, de Dévouement et de Corporatisme, de Populisme et de Citoyenneté, de Terrorisme et de Victime, etc.
    Réalisé par des politistes, des sociologues, des historiens et des archéologues, ce dictionnaire a pour ambition de décrire ce que sont réellement ces concepts apparemment familiers, ce qu'ils disent des hommes et des contextes, ce qu'ils nous obligent parfois à penser et ce qu'ils font à nos sociétés. Il veut en proposer des usages enfin critiques.

  • En partie inspir d'entreprises antrieures, ce dictionnaire regroupe des textes consacrs quelques-uns des termes ou des concepts travers lesquels les sciences sociales et l'histoire pensent le monde social et se pensent elles-mmes.
    Mais la diffrence des prcdents ouvrages qui avaient choisi un champ bien prcis (le vocabulaire des groupes sociaux, les concepts centraux des idologies ou des formes constitutionnelles...) et surtout une seule aire linguistique, aucune discipline, aucune nation, aucune langue n'est privilgie. Au contraire, les articles rassembls ici et confis des spcialistes reconnus et de nationalits diffrentes dcrivent la naissance, la carrire et la circulation, travers les poques et les langues, de noms communs, d'expressions idiomatiques ou de termes apparemment techniques dont on porte au jour le caractre de constructions idologiques et de produits de l'activit des acteurs sociaux.
    On y rencontrera donc des vocables, des concepts, des expressions de nature trs htrogne et ne prsentant pas les mmes caractres de variabilit : certains relvent de la description des groupes sociaux par eux-mmes et par les sciences sociales (Avant-garde, Mouvement ouvrier, Junker...), d'autres des sciences de l'tat et du savoir administratif (Administration, Moyenne, Droit musulman...), d'autres encore de constructions idologiques particulires dont les conditions d'mergence et d'imposition de sens appellent une mise en perspective (Occident, Lacit, Absolutisme...). L'essentiel n'est donc ni dans le choix des termes, ni dans la poursuite d'une forme d'encyclopdisme. Seules importent la dmarche et l'exemplarit de l'analyse, tournes vers la dnaturalisation et l'historicisation des usages lexicaux qui font des exemples retenus autant de cas d'cole, c'est--dire de cas exemplaires sur lesquels penser ce que les structures acadmiques, les usages linguistiques, les routines et les inconscients intellectuels imposent de manire subreptice.

    Renonant tout but normatif, ce dictionnaire a l'ambition d'apporter sur quelques cas significatifs des exemples d'enqutes mticuleuses, associant smantique historique, comparatisme et objectivation critique des conditions sociologiques et historiques de possibilit et d'oprationnabilit des concepts et des usages lexicaux des sciences sociales, qui montrent que les rapports et les conflits de sens sont galement des rapports et des conflits de force. En mettant en avant la dimension " nomade " des concepts historiques, il s'agit ainsi de favoriser les bases d'un dialogue dans les sciences sociales europennes, conscient du poids des hritages socio-linguistiques.

    Liste des contributeurs (universitaires) :
    Giorgia Vocino (Universit Ca' Foscarini de Venise), Simone Bellezza (Universit de San Marino), Anna Boschetti, Gilda Zazzara (Universit Ca' Foscari de Venise), Michele Nanni (Universit de Padoue), Sandro Landi (EHESS), Guillermo Zermeno Padilla (Universit El Colegio, Mexico), Alfonso Mendiola (Universit Ibro-amricaine de Mexico), Irne Herrmann (Universit de Genve), Lothar Schilling (Universit de Fribourg).

    Naima Ghermani (Universit Grenoble II), Thierry Jacob, Nadine Beligand (Universit Lyon II Lumire), Gilles Bertrand (Universit Grenoble II), Laurent Jeanpierre (IEP de Strasbourg), Etienne Couriol (Universit Lyon III), Laurent Baggioni (ENS-Lsh Lyon), Claude Prud'homme (Universit Lyon II Lumire), Florence Buttay (Universit Bordeaux III), Benedicte Zimmerman (EHESS), Eric Brian (INED), Oissila Saaidia (IUFM de Strasbourg), Samim Akgnl (Universit Marc Bloch Strasbourg II-CNRS), Igor Moullier (ENS-Lsh Lyon).

    Liste des concepts :
    Absolutisme, Administration, Ancien Rgime, Avant-garde, Cacique/Cacicazgo, Cacique/Caciquisme/Caudillisme, Confession, Droit musulman, Fortuna, Frontire, Grand Tour, Haut Moyen ge, Histoire contemporaine, Humanisme civique, Humanitaire, Intelligentsia/Intellectuels, Junker, Lacit, Mouvement ouvrier, Moyenne, Narratio/rcit, Occident, Opinion publique, Travail.



    Olivier CHRISTIN, n en 1961, ancien lve de l'ENS de Saint-Cloud, agrg d'histoire, membre de l'Institut universitaire de France (1999-2004), prsident de l'Universit Lumire Lyon II (2008-2009), est spcialiste de l'histoire religieuse du dbut de l'poque moderne. Il est actuellement professeur d'histoire moderne l'Universit de Neuchtel.
    Il est l'auteur entre autres de Une rvolution symbolique : l'iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Minuit, 1991 ; Les Rformes. Luther, Calvin et les protestants, Gallimard, 1995 ; La Paix de religion. L'autonomisation de la raison politique au XVIe sicle, Le Seuil, 1997 ; Les Yeux pour le croire. Les Dix commandements en image (XVe-XVIIe sicle), Le Seuil, 2003 ; Confesser sa foi, Champ Vallon, 2009.


  • En 1527, pour illustrer le commentaire de Luther sur les Dix Commandements, Lucas Cranach décide de ne plus retenir les saynètes de la vie quotidienne mais de s'inspirer de l'Ancien Testament.
    Cette rupture iconographique accompagne une rupture pastorale commune aux protestants et aux catholiques : il s'agit, en abandonnant la thématique des péchés capitaux, de construire socialement une éthique moderne centrée sur les devoirs d'états (le père de famille, la mère, le fils, le maître d'atelier, etc.) et le métier. L'historien, outre qu'il analyse cette rupture, en profite pour éclairer les jeux sociaux qu'elle sert : les jeux des clercs, ceux des chefs de lignées, des artisans, etc.
    Nous sommes loin alors d'un modèle dans lequel une classe dominante impose sa volonté à des dominés qui finissent par intérioriser des règles. En envisageant la production et la diffusion des gravures du Décalogue, l'auteur tente de réinterroger le statut de l'image à l'époque de l'invention de l'Art, de rendre compte plus exactement des conflits religieux aux temps du duel Réforme/Contre-Réforme et, enfin, de faire interagir les uns sur les autres les modèles destinés â expliquer la naissance du monde moderne en cours aujourd'hui chez les historiens.
    Peut-on réécrire l'Ethique protestante et l'Esprit du capitalisme en s'appuyant non sur des textes mais sur des images, et pour montrer qu'en fait de protestantisme il s'agit surtout d'éthique moderne, qu'elle soit catholique ou protestante ? C'est bien ce à quoi s'attache Olivier Christin dans ce livre au sujet apparemment ténu et aux enjeux en réalité immenses.

  • Au début du xvie siècle, humanistes et théologiens s'élèvent contre les abus du clergé et entrent en rébellion contre l'eglise, prônant un retour à une religion plus simple.
    A leur tête, luther et, quelques années plus tard, calvin, dont les idées de réforme se propagent dans presque toute l'europe, avant de la diviser profondément. l'eglise réagit, puis persécute. les massacres de la saint-barthélemy signent en lettres de sang l'ère des guerres de religion, qui ne prendront fin qu'avec l'édit de nantes, en 1598. mais le temps de la tolérance est encore loin. olivier christin nous fait traverser cette europe déchirée par la réforme.

  • Chercher Dieu jusqu'au bout. Jusqu'à se perdre, jusqu'à humilier, frapper ou mutiler son corps pour prendre congé du monde et libérer son âme, jusqu'à attendre la mort avec impatience et couper toute relation inutile avec ses semblables, y compris sa famille, jusqu'à se plier aux règles les plus strictes et les plus arbitraires pour s'interdire toute liberté et toute marge d'interprétation. Certaines expériences religieuses présentes ou passées conduisent à ces comportements de rupture excessifs et peut-être compulsifs. C'est à retracer l'une des plus spectaculaires d'entre elles - celle des mystiques et des saintes sans Église du XVIIe siècle - et à en montrer les prolongements contemporains dans un monde partiellement déchristianisé que s'attache ce livre.

  • La fracture religieuse du XVIe siècle ne fut pas constituée que de querelles de clercs et de professionnels de la foi. Elle bouleversa aussi la vie des fidèles et fit très vite à chacun l'obligation de se déterminer, avec plus ou moins de courage et de clarté, et donc d'affirmer sa foi, par la parole bien sûr, mais aussi par d'innombrables gestes de la vie quotidienne. Débats publics soigneusement organisés, querelles de tavernes, disputes de marché, nécrologies, portraits et médailles des réformateurs devinrent ainsi autant d'occasions et de moyens de confesser sa foi à Dieu, à soi-même et aux autres, de dire ce que l'on croyait et comment. C'est à retracer ces lieux et ces signes de la construction des identités confessionnelles moderne, en France mais aussi dans l'Empire et en Suisse, que s'attache ce livre, adossé à une ample documentation inédite en français.

  • Dans le discours public, la république et ses « valeurs » sont invoquées en permanence, suscitant souvent l'indifférence et parfois l'irritation.
    Devant ce constat, il importait de redonner du sens aux mots, car la vie démocratique et la construction de l'intérêt général sont aussi une affaire de langue. Comment poursuivre une forme ou une autre de « vivre-ensemble » sans se parler et sans se comprendre ?
    Ce livre fait donc le choix de donner la parole à des chercheurs européens qui interrogent les mots de la République et du républicanisme dans une perspective internationale et sur la longue durée, des démocraties grecques aux enjeux contemporains.
    Son ambition : inviter le lecteur à prendre du recul et à penser la République non comme un dogme, mais comme un objet vivant où doivent se conjuguer l'intérêt commun et la liberté de tous.

  • À New York, il est presque impossible de marcher, de rouler, de nager, de pratiquer un sport, de s'asseoir ou même de dormir sans utiliser la création d'un certain Robert Moses, véritable équivalent new-yorkais du baron Haussmann. De 1930 à 1970, cet architecte va littéralement transformer le visage de la Grande Pomme en construisant quelques-unes de ses structures les plus célèbres comme le pont de Verrazano. Grand urbaniste, il créera également de nombreuses aires de jeux, des piscines ou des écoles et bâtira 150 000 logements, remplaçant ainsi ceux qu'il avait fait détruire pour dégager de soi-disant taudis et faire passer ses routes... Car par ses grands travaux, Moses deviendra un homme controversé, faisant peu de cas des populations défavorisées et des minorités en se rendant notamment responsable de la « ségrégation invisible ».
    Dans cet élégant roman graphique, le célèbre Pierre Christin, passionné d'architecture, choisit de nous raconter le destin de ce personnage hors norme mais encore méconnu en France, qui fut pourtant l'un des principaux maîtres d'oeuvre de la plus célèbre ville du monde. La ligne claire revisitée d'Olivier Balez se révèle dans le style architectural, restituant à merveille la grande New York et ses structures majestueuses.

  • La Réforme n'a pas accouché comme par magie d'un homme nouveau, plus croyant et plus rationnel, plus moderne surtout, laissant ces projets et ces illusions à d'autres révolutions. Elle a cependant bouleversé pour les hommes et les femmes du XVIe siècle les manières de croire et de prier, de lire la Bible et d'entendre la Parole de Dieu, mais aussi de manger, de dormir, de se vêtir, d'aimer, de parler, de se repérer dans le temps ou de préparer sa mort, imprimant une transformation profonde aux sociétés européennes et aux identités individuelles et collectives dont nous sommes encore les héritiers.
    Née d'une aspiration à la rénovation de l'Eglise dans sa tête et dans ses membres, la Réforme a bien été en cela une révolution. C'est à prendre la mesure de ce changement à la fois anthropologiques, politique et social que s'attache ce livre, qui pour la première fois réunit historiens, théologiens, linguistes, philosophes, historiens de l'art ou encore spécialistes de l'histoire des femmes pour porter au jour l'héritage de cette naissance de la modernité.

  • Dans ces espaces andins toujours illimités, Se perdre en altitude dans le grand rien reste parfaitement possible.
    Et c'est là que, Comme avec les antennes d'Alma écoutant l'infini, on découvre que le vide est en réalité plein de choses.

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