Archives Contemporaines

  • Les espaces francophones sont caractérisés par des pluralités linguistiques et culturelles fortes, croisées par un usage commun de formes transversales de français. Ces partenariats dynamiques entre spécificités locales et rapports à un ensemble de français véhiculaires parta-gés stimulent des usages symboliques des langues. Dans ces situations de « contacts » l'hybridation ou le « métissage » sont le moteur de ces innovations émergentes, inscrites dans le temps et l'espace. Les journées scientifiques inter-réseaux de Damas (27-29 mai 2009)* ont permis de réunir et de confronter des travaux portant sur trois axes clés de cette problématique et venant de chercheurs reconnus et de jeunes chercheurs des cinq continents : l'émergence de nouvelles formes, normes et identités linguistiques « métissées » ; l'émergence de nouvelles compétences dites « plurilingues et interculturelles » notamment au regard de la didactique des langues, et leur prise en compte en termes d'expression culturelle et de relations interculturelles ; l'émergence d'expressions culturelles centrées sur des « endonormes » innovantes notamment analysées en littérature francophone.
    Au delà d'une synthèse d'informations scientifiques, un questionnement théorique transversal est suscité : quels cadres, quels modèles, quels concepts communs aux différentes disciplines et réseaux de chercheurs peuvent rendre compte de ces dynamiques d'émergence et d'innovation, et permettraient de rendre leur exploitation constructive ?
    La rencontre de Damas visait également à accompagner le développement de groupes de recherches structurés, notamment dans les universités dites « du Sud ». Dans cette logique de développement, le lecteur trouvera ici bien des idées innovantes sur les questions que soulèvent ces objets émergents.

    * Programme « Langue française, diversité culturelle et linguistique » de l'Agence universitaire de la Francophonie.

  • L'innovation est au coeur de l'enseignement des langues: l'espoir du changement, les mutations, les ruptures créatrices s'y sont succédé, depuis la Grammaire latine de Lhomond et la linguistique de Saussure, aux technologies du son, de l'image et de l'informatique; de l'analyse des besoins et des profils d'apprenants aux processus d'acquisition; du rôle de l'enseignant, médiateur, passeur de cultures, jusqu'aux NBIC, nano- et biotechnologies, sciences cognitives, numérique et intelligence artificielle, dont nous entrevoyons seulement les possibilités. Au regard de ce champ complexe, la tâche de la didactique des langues porte sur le repérage et la théorisation de l'innovation. Que retenir de la nouveauté (manuel, méthode, dispositif...) mise sur le marché? Comment concilier ce qui, par expérience, fonctionnait, et ce qui remet en question les habitudes?

    L'hypothèse de travail est qu'une nouvelle perception et une mise en réseau des ressources peuvent animer, mais surtout orienter la réflexion. Des sciences du langage aux NBIC, une didactique réticulaire invitera à repenser ensemble moyens et dispositifs. Dépassant la notion d'éclectisme, elle se fonde sur l'analyse systémique des régions de réalité, au sens de Heisenberg, et de leur connexion, pour en tirer des principes d'action: concepts et moyens n'existent et ne font sens que dans la relation. Cependant, loin d'inciter à se précipiter dans les technosciences, réinventer l'enseignement en langues consistera d'abord à se demander pourquoi les apprendre, et pour quoi (en) faire.

    On n'écartera donc ni les fondamentaux hérités de l'histoire de l'éducation, ni les conditions sociétales et la logique culturelle propres à notre siècle, qui est celui d'une postmodernité telle que la définit Jameson. On ne cherchera pas à renvoyer à une méthodologie, qui enfermerait, mais à une philosophie de l'éducation, qui doit inspirer l'action: quand les technosciences proposent à l'école leurs applications, c'est à l'école de prendre le contrôle de l'innovation.

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