• Paru pour la première fois en 2000, Une leçon de flûte avant de mourir a obtenu un succès considérable auprès de la Critique et du public.
    Avec quatre romans et deux recueils de nouvelles, Jacques-Étienne Bovard est devenu, avant le cap de la quarantaine, l'un des auteurs romands les plus appréciés du public.
    . Les thèmes dominants d'Une leçon de flûte avant de mourir sont à la fois ceux de la filiation et de la reconnaissance réciproque entre générations. Le motif central est le partage d'un trésor qui relève à la fois du savoir et de l'expérience existentielle, de l'art de vivre et de l'art tout court. Rien là-dedans de la thèse, mais une façon de « jouer » des personnages, affectivement très vibrants, comme de véritables instruments de musique se révélant l'un l'autre. Cette manière concertante d'évoquer les relations humaines est d'autant plus émouvante et belle, ici, que l'atomisation et la solitude, le rejet des vieux ou l'éclatement de la communauté fondent le bruit du monde actuel. À celui-ci, Jacques-Étienne Bovard oppose la musique des êtres sans se perdre dans l'évanescence.
    Ainsi la pauvre Malamondieu fait-elle finalement partie du «concert» dont la résonance intime après lecture mêle le rire et la peine, la joie de vivre de la jeunesse et la mélancolie du grand âge, les humeurs quotidiennes et leur sublimation mélodieuse.
    JEAN-LOUI S KUFFER, 24 Heures

  • Une nuit, comme mon adjoint Rodriguez était allé rejoindre une dame, je me suis posté à la réception-bar du garage, où un ordinateur clignotait, et me suis mis à écrire une histoire, comme ça, pour voir ce que ça faisait, un oeil sur les Lamborghini et autres babioles exposées.
    Au retour du cavaleur, peu après l'aube, j'avais les douze premières pages de Lu Chute à l'envers. Je me sentais bien. Cela faisait un moment que cette histoire me mijotait clans le fond de la tête, et que d'autre part j'épluchais les tourniquets à bouquins du supermarché voisin. Une maison d'édition nommée Weekend, en particulier, présentait une ribambelle de petits volumes souples, aux couvertures pimpantes, deux cents pages aérées, qu'un public divers jetait souvent par deux ou trois dans son caddie, parmi les légumes et les boîtes.
    Les titres se renouvelaient sans cesse. Il fallait bien des gens pour les écrire, qui évidemment n'étaient pas des écrivains : des amateurs, des débutants, des refusés, des modestes, enfin des gens, quoi, pareils à mes Aînés qui mouillaient vaillamment leur kimono pour obtenir la ceinture jaune. Nom de Dieu, alors pourquoi pas moi ?

  • Exemplaire.
    C'est sans doute le qualificatif qui correspond le mieux au recueil de nouvelles que . vient de publier l'auteur de La Griffe et de Demi-sang suisse. Exemplaire, parce qu'il nous montre avec brio ce que devrait être le rôle de l'écrivain romand d'aujourd'hui : quelqu'un qui observe, dissèque, montre la société dans laquelle il vit, en en faisant ressortir les signes les plus distinctifs. L'écriture doit s'impliquer et s'engager.
    Exemplaire encore par le choix du genre littéraire. Démonstration est faite ici que la nouvelle n'est pas un genre mineur. Prenons celle qui inaugure le livre. Intitulée La fondue crée la bonne humeur, elle justifie à elle seule l'achat du livre. Henri-Charles Dahlem, Coopération. Cela, on ne l'avait pas vu depuis longtemps. Depuis ces pages qui vous restent en troublante mémoire. Et qui sont par exemple ces histoires de fonctionnaire chez Adolf Muschg, du laitier chez Peter Bichsel ou encore cette ironie particulière de Jean-Marc Lovay qui invente la vacuité des écrivains romands dans l'exil de ses Conférences aux antipodes.
    Jean-Dominique Humbert, La Liberté.

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