• 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences.
    A Payerne, ville de charcutiers " confite dans la vanité et le saindoux ", le chômage aiguise les rancoeurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un " gauleiter " local, le garagiste Fernand Ischi, et du pasteur Lugrin, proche de la légation nazie à Berne, s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux.
    A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre roman, splendide d'exactitude, à l'atmosphère lourde, que nous donne Jacques Chessex. Les assassins sont dans la ville.

  • L'ogre

    Jacques Chessex

    À travers une histoire très concrète, très proche du quotidien, très charnelle, c'est un drame fondamental que traite Jacques Chessex : la mort du père. Mais son roman ne remue pas des idées ; on y sent au contraire passer toutes les rumeurs de la vraie vie.

    Jean Calmet approche de la quarantaine. Il est professeur de latin au lycée de Lausanne. Nous le découvrons le jour des obsèques de son père, le Dr Calmet, au crématoire de la ville, par un matin de soleil sur le lac. Va-t-il être, par cette mort, libéré ? L'ombre du disparu va-t-elle au contraire le poursuivre, finissant par pénétrer chaque circonstance de chaque jour du froid et du vertige de la destruction oe Le Dr Calmet était un " personnage " : tyran familial, force de la nature, porté sur le vin blanc de Lavaux et les servantes d'auberge, troussant à l'occasion la gamine de 20 ans que son fils, adolescent, poursuivait gauchement de sa tendresse et de son désir sans oser la traiter comme elle l'attendait : en fille. Partout, toujours, Jean Calmet a cru sentir l'oeil de son père qui le guettait, son énorme appétit de vie qui rendait dérisoires les scrupules et les inappétences de son fils. Et voilà que, le père mort, son pouvoir mystérieusement s'amplifie, s'aggrave, se fait obsédant. Réduit en cendres, et ses cendres enfermées dans une urne de marbre, le père est toujours là, omniprésent, prêt à continuer de dévorer ses survivants comme il a toujours dévorés ses compagnons de vie. Et ce n'est pas, dans ce combat inégal, la vie qui triomphera...

    La force du roman de Jacques Chessex est d'envelopper son histoire d'un réseau de faits vrais, de paysages, d'impressions fugitives ou cruelles. Les amours de Jean Calmet avec une étudiante des Beaux-Arts, la maladie et la mort d'une de ses élèves et la dernière promenade que font avec elle ses camarades de classe, la rencontre, un soir, au bord du chemin, d'un hérisson qui se hâte vers une haie : autant de pages riches, bouleversantes, qui donnent tous les chauds parfums de la vie à ce roman-méditation sur la mort.

  • Ce récit posthume de Jacques Chessex aurait pu s'appeler La Mort du voisin. En effet, lorsqu'un voisin nonagénaire meurt de sa mort naturelle, et qu'une cérémonie a lieu dans la chapelle du village, l'écrivain s'y rend. Tout son talent va consister à rendre la palette d'émotions qui le saisit et nous saisit. Bonheur et honte de survivre, et certitude, hélas, de ne pas survivre longtemps. Mais aussi le retour du passé, en images fulgurantes et superbes, un fou qui hante les rues de Ropraz, un visage de jeune homme suicidé, une amante au sexe de miel.

    « Dans cet ultime récit, l'ogre suisse, de son écriture granitique, se prépare à la mort, finit par accepter le face-à-face avec Dieu - ou l'absence de Dieu -, se met en paix avec ses fantômes, leur pardonne, se pardonne. » Fabienne Pascaud, Télérama.

    « Plus qu'un livre, Hosanna est la longue et troublante épitaphe d'un mort qui continue d'écrire. » Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur.

  • Jacques Chessex fut un de nos très grands écrivains, travaillé par la question du mal, du désir, du salut - que les paysages et montagnes vaudoises ne purent jamais enserrer ou résoudre. Dix ans après sa mort, nous publions ce recueil de magnifiques nouvelles inédites, toutes teintées d'érotisme et de mysticisme. Plusieurs d'entre elles se déroulent dans un espace clos : hôpital psychiatrique ou pensionnat, qui ne sont pas sans rappeler le monde de l'enfance de Chessex - approché autrefois dans L'économie du ciel et dans Monsieur.
    Ainsi la première, Le Portier, met en scène des jeunes filles, livrées, ou plutôt se livrant, aux attouchements du portier. Celui-ci, égaré, voit en elles des brebis, dont il est le berger et le consolateur. Dans Innocenti, les pensionnaires d'un établissement religieux sont abusées par des religieuses et une infirmière. Chez Chessex, le monde de dieu n'est jamais loin, mais inatteignable - et son calvinisme austère toujours transgressé : toute laideur peut devenir grâce, quand l'écriture et l'envie s'en mêlent.
    Il y a dans ces pages une vitalité, un goût pour l'extase, pour l'amour en toutes ses formes, et une écriture sublime, provocante et tendre, que n'oubliera jamais le lecteur - familier ou découvrant cette oeuvre.

  • En 1903 à ropraz, dans le haut-jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite. un matin, on trouve le cercueil ouvert, le corps de la virginale rosa profané, les membres en partie dévorés. stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme. puis, à carrouge et à ferlens, deux autres profanations sont commises. le nommé favez, un garçon de ferme, est le coupable idéal. condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace en 1915.
    à partir d'un fait réel, jacques chessex donne le roman de la fascination meurtrière. qui mieux que lui sait dire la « crasse primitive », les fantasmes des notables, la mauvaise conscience d'une époque ?

  • "Carabas" publié en 1971 à Paris et à Lausanne constitue un livre charnière dans son oeuvre. Ecrit à l'âge de trente-six ans, l'âge des grandes conquêtes, Jacques Chessex se libère de l'héritage de ses ainés qui ont influencé son oeuvre de jeunesse. Il en profite pour écrire un autoportrait baroque où l'on sent la rage de vivre et d'écrire. Ne disait-il pas en privé qu'il avait écrit ce livre avec des gants de boxe, ce qui ne l'empêche pas de saluer au passage ses frères d'écriture les Normands Flaubert et Guy de Maupassant et le poète valaisan Maurice Chappaz. "Carabas" est aussi un livre de règlements de comptes mais d'abord un règlement de comptes avec lui-même. Un ouvrage généreux écrit avec fougue et maestria où la lumière oscille entre le noir intense et l'orange de Fra Angelico.

  • Qui est cet homme de soixante-quatorze ans enfermé à l'hospice de Charenton, au printemps 1814, qui a commis tant de crimes et semble ne se repentir en rien ? Fuyard, brûlé en effigie, embastillé, sodomite, blasphémateur, soupçonné d'inceste, et pourtant encore là, bouillant d'idées et d'ulcères, désireux de poursuivre l'oeuvre de chair. Cet homme se nomme Donatien-Alphonse de Sade. Il meurt en décembre 1814. En 1818, sa tombe est ouverte, et son crâne passe dans les mains du docteur Ramon, le jeune médecin qui le veilla jusqu'à la mort. Relique, rire jeté à la face de toutes choses, effroi érotique, le crâne de M. de Sade roule d'un siècle à l'autre, incendiant, révélant et occupant le narrateur de ce roman.
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  • Le 9 octobre 2009, Jacques Chessex succombe à une crise cardiaque. Il vient de terminer L'Interrogatoire, qu'il destine à la publication. Littérature, sexe, jalousie, religion, mort... sous la forme d'une interview imaginaire, l'auteur se livre à un examen de conscience et nous offre un autoportrait sans complaisance. « Je ne me moque ni de mourir, ni de la mort, ni de ma poussière de mort [...]. Quelque chose en moi, qui parle de retour, me donne irrésistiblement la force de remonter de la poudre où je serai diffus [...], je vous l'avais dit : " Je reviendrai. " »On ne le lit pas sans intense émotion. On croit entendre, intacte, mélodieuse et calme, la voix d'outre-tombe de Jacques. La forme choisie [...] ajoute à notre trouble. Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur.Il faut lire les pages magnifiques et poétiques, nimbées d'une allégresse sereine, que Chessex consacre à l'écriture. Christine Rousseau, Le Monde des livres.

  • Jacques Chessex (1934 - 2009) est l'auteur d'une oeuvre considérable. Romancier à succès, Prix Goncourt (L'Ogre, 1973), Prix Goncourt de la poésie (Allegria, 2004), Grand prix Jean-Giono (Le Vampire de Ropraz, 2007), il était autant un poète délicat qu'un nouvelliste subtil, un pamphlétaire redoutable qu'un épistolier savoureux. Entre mars 2000 et août 2001, il fut chaque quinzaine chroniqueur pour le newsmagazine de Suisse romande L'Hebdo. Au final, une trentaine de textes personnels, nés du mariage entre l'air du temps et l'intemporalité. D'une vivacité et d'une élégance d'écriture rares, ces chroniques, jamais encore rassemblées pour publication, évoquent son amour de la peinture, du jazz, de la littérature, du cinéma et quelques amitiés fortes. Parce qu'une chronique, « C'est justement le lieu où l'on dit «je» dans le temps qui passe ».

  • Ce ne sont pas exactement des portraits, mais des visages taillés, comme issus des cavernes du fond des âges, que jacques chessex nous donne ici à toucher.
    Il y en a de célèbres. voici un françois nourissier en « jeune chien cruel », un robbe-grillet en « tête à fraise au lieu de l'écharpe de laine rouge », un hibou jean paulhan, un « légat de césar » nommé yves berger, le profil sarrasin de maurice chappaz, ou le stendhalien jérôme garcin, pour ne citer qu'eux.
    Il y en a d'anonymes, têtes recuites par la mémoire, surgies de la nuit du passé ou de la lumière du jour.
    Il y a celle de l'auteur aussi, qui s'observe singulièrement.
    Entre une série d'eaux-fortes et la chirurgie des chairs, à la manière du peintre giacometti, entre l'exercice d'admiration et le croquis du physionomiste, jacques chessex invente ici, non sans humour, un genre nouveau : la galerie de têtes.

  • Jacques Chessex appartient à la grande tribu des flaubertiens impétinents. Il a lu, relu, vécu, chacune des pages de Gustave Flaubert ; il s'est laissé intoxiquer par leur sève ; il est devenu une sorte de possédé dont la religion célèbre les seuls cultes d'Emma, de Bouvard, de Salammbô, de saint Julien, de Pécuchet et de saint Antoine. C'est donc par piété, autant que par passion, qu'il a voulu, aujourd'hui, écrire "son" {Flaubert} et s'immerger, corps et âme, dans la rhétorique du Maître. Ce faisant, l'auteur de {l'Ogre} n'a pas écrit un livre de plus sur l'ermite de Croisset. Il a souligné en écrivain, en complice, tout ce qui, dans l'ordre de la création, le lie à une oeuvre dans la lumière de laquelle il inscrit la sienne.

  • Jacques Chessex
    Sosie d'un saint

    Un homme dont la haine envers la femme qui l'aime ne cesse de croître ; une inconnue qui s'efforce de séduire un jeune pasteur, dans le seul but de lui faire découvrir les mortifications qu'elle s'inßige ; un écrivain dont le sosie hante les rues de la ville, abordant les femmes et quittant les restaurants sans payer. Tels sont quelques-uns des personnages dont Jacques Chessex entreprend ici de nous faire découvrir les secrets troublants, parfois terribles.
    Depuis trente ans, l'auteur de L'Ogre (prix Goncourt 1973) et de Judas le transparent bâtit une des oeuvres les plus singulières de ce temps, rigoureuse dans sa forme, hantée par les thèmes de la sexualité, du salut, du péché, de la mort. Il en concentre ici toutes les perspectives, avec une souveraine maîtrise de son art.

    Entre le sage et le fou, entre la chair fraîche et l'insaisissable spectre, Jacques Chessex ne choisit et ne respecte que ceux qui, sur terre, marquent seulement leur passage : le saint, le pécheur, le provocateur, l'innocent. Ils se reconnaissent entre eux. Il se reconnaît en chacun.
    André Brincourt, Le Figaro littéraire.

  • Au centre de ces quatre nouvelles de l'auteur de L'Ogre, qui excelle dans l'art du récit court (style sûr, trait précis, structure dense et sans faille), réapparaissent des thèmes familiers : la nature, la femme, la mort.
    L'écrivain veut restituer, à travers les paysages, l'élémentaire et sa force. Les sous-bois, les oiseaux " qui exaltent et qui calment " forment l'arrière-plan heureux de ces récits tragiques. Postface d'Anne Marie Jeton.

  • Jacques Chessex n'a jamais été un enfant: il prétend n'avoir pas connu ce bonheur, ni la nostalgie de ce bonheur.
    (...) Né en 1934 en terre calviniste, il a grandi sur les bords du lac Léman en simulant chaque jour la joie, la politesse, l'insouciance. Cette enfance-là n'en finissait pas: il rongeait son frein, aspirait à être un homme. A quinze ans, il découvrit l'amour, et, encouragé par son professeur, Jacques Mercanton, publia ses premiers poèmes dans sa vingtième année. C est alors que son père, Pierre Chessex, directeur de collège, étymologiste du Pays de Vaud, se tira une balle dans la tête.
    Pendant quatre jours, le fils veilla celui dont, tout à son impatience de devenir adulte, il n'avait pas su écouter le désespoir ni comprendre la violence. je n'aurai jamais assez de regret pour sonder et revivre le regret de cet aveuglement, écrit Jacques Chessex dans un livre magnifique et déchirant, un livre d'éternel orphelin où il explore son passé avec rage, explique sa propre autodestruction par l'alcool et conclut: Il y a en moi un poids de la douleur que rien, je le sais calmement, n'épuisera.
    Depuis Carabas, en 1971, Chessex n'avait pas écrit de texte autobiographique. Il s'était consacré au roman, à la nouvelle, à la poésie, à l'essai. Il s'évitait. Voici qu'il se retrouve sans s'épargner dans ce texte âpre qui témoigne d'une étonnante mémoire olfactive odeurs de la terre, du lac, des femmes almées, des tartes aux cerises que sa mère préparait, de la poussière de blé, odeur de son père qui agonise dans une chambre d'hôpital où son fils a laissé son âme et conçu, à tout jamais, une fascination pour " l'imparfait " et ses ruines.
    Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur

  • « J'ai vingt-six ans, lui trente-trois. À l'époque il est long, maigre, souple, rapide, rieur et même moqueur. Le teint coloré, tirant sur le carmin en fin de repas, le sourire inquiété d'une petite cassure à une incisive. Quarante-huit ans d'amitié sont nés là, je veux dire de mutuelle curiosité, d'histoires de livres, d'enfants, de maisons, de séparations, dans l'exigence légèrement consentie d'une communauté de sentiment sur nos lieux, nos origines, notre proximité, - une totale indépendance des esprits et des mouvements. L'un et l'autre sachant ce qu'écrire pèse de silence, de travail contre soi et le monde, et d'exposition aux coups. »
    Dans ce récit où le temps, la poésie et la folie ont leur part, une amitié apparaît. François Nourissier et Jacques Chessex sont liés depuis quarante-huit ans par une singulière affection dans la liberté et la curiosité mutuelles. La Suisse, pays inattendu, y joue son rôle et en arrière-fond la lumière du travail et de la mort.

  • Les essences d'espèces rares et d'espèces communes, je les aurai cherchées dans le sexe des filles, et les autres traces, signatures, preuves, sentiers de l'odeur dans l'autre odeur, urines évaporées ou tièdes, lieux louches, lits à sueurs et autres restes de haltes amoureuses,de passages solitaires, de brûlure,d'écume, de jubilation stupéfaite.
    J. c.

    Ainsi parle jules-henri mangin, se remémorant sa vie entière à traquer les odeurs de femmes, et surtout un certain été de 1960. un été jurassien, sec, enflammé, jaune. cet orphelin tranquille sert la messe et aide à la mise en scène d'une pièce de roger vailland. entre le garçon qu'obsèdent les odeurs du vice et le libertin au regard froid,se noue une amitié faite d'initiation progressive au plaisir. le petit amateur de théâtre ne sera plus jamais le même. jusqu'au scandale qui éclabousse le bourg...

  • Contemporain de Claudel et de Stravinsky, Charles-Albert Cingria va son chemin dans le Moyen-Age des antiphonaires et la plus libre invention moderne. C'est qu'il vit comme personne l'instant et l'intemporel, soucieux de Dieu, de style. d'images, de stupeur inspirée au choc des figures et des choses.
    Prosateur au génie dru, conteur d'histoires enluminées comme autant de miracles quotidiens, il pratique la disgression du chat et la halte du pèlerin comblé par la grâce d'être là. Ecrivain sauvage, mondain, intransigeant, et l'un des styles les plus élaborés et printaniers du vingtième siècle.

  • Etrange comédie qui se noue aux rives du lac Léman, dans cette clinique Valmont dont le nom évoque Laclos, et le décor Rilke, lorsqu'un vieil homme malade, et qui se sait condamné, offre sa jeune femme à un écrivain de passage afin qu'il soit son amant. Benoît Rouvre accepte l'offre, par désoeuvrement et parce qu'il pressent tout ce que l'aventure pourrait lui révéler de ses propres mystères.
    Dès lors l'amour, le regret, la jalousie, la frénésie sensuelle et les hantises religieuses vont se mêler dans une danse funèbre et païenne, où l'auteur de. Judas le transparent et de Morgane Madrigal nous ouvre de nouvelles portes sur son univers intérieur.

  • Le poète se lève tôt. Chaque matin, à Ropraz où il habite face aux montagnes, le voit s'abandonner à l'exercice qui consiste à rassembler sa pensée en peu de mots : « Ainsi j'apprends à être rien / A l'heure matinale où commencent à jaillir des cris d'oiseaux. » Ce magnifique recueil tend vers la blancheur de la neige, métaphore de l'effacement de l'auteur, qui flotte entre le dedans et le dehors, la prose et la poésie, la sensation et le souvenir, le vacarme et le silence. Autant qu'une métaphysique de la blancheur, ses poèmes font entendre le bruit prosaïque du quotidien : un chat qui passe, des bols qu'on lave au matin, le cimetière de Ropraz, ce lieu tant de fois revisité, « la terre des porcs et des filles / montre les dents ». C'est aussi à l'aube que la pensée des morts hante ce vivant qu'obsède la chair : il jette alors ses poèmes à la face des disparus, les inconnus qu'il croise et ceux qui lui furent le plus proches, comme sa mère, « et toujours de ne pas t'aimer assez la plaie vive ».

  • « Je suis figé au bord de la route, mon père s'est arrêté lui aussi, maintenant il vient sur moi, il me saisit durement par le bras, le chapeau est baissé sur les yeux, sur les lunettes, le col du manteau relevé, mon père est pâle, les yeux bleus terriblement brillent. Il me tient toujours par le bras, il regarde autour de lui, devant, derrière. « Il n'y a personne » dit sa voix que je reconnais mal. « Personne. Et toi tu ne m'as pas vu. Souviens-toi. Toi tu ne m'as pas vu à ce moment et sur ce chemin.» Il m'a lâché, il ne me regarde pas, déjà il marche à grands pas, le chapeau enfoncé, le col haut, sur la route où il n'y a personne. » Pourquoi le père du narrateur rôde-t-il sur cette route, où il n'a que faire, dans la lumière cotonneuse de l'automne ? De quel prix un secret peut-il se payer ? Les morts réclament-ils d'avoir la paix ?
    L'enfant de huit ans, auquel on a demandé de se taire, se confesse enfin, des années après. En un récit implacable, où chaque mot pénètre la conscience du lecteur et la marque à l'acide de la vérité, Jacques Chessex diffuse le secret qui l'a rongé pendant si longtemps. Roman des origines, enquête sur un père au-dessus de tout soupçon, rêverie sur les oiseaux, aspiration à la pureté : quel que soit le genre, L'Economie du ciel est un texte majeur.

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