• À partir d'une recherche ethnographique menée à Hong Kong, Taïwan et Singapour, aux frontières de la Chine, cet ouvrage montre comment les « chasseurs de virus » et les responsables de la santé publique s'allient avec les vétérinaires et les observateurs d'oiseaux pour suivre les mutations des virus de grippe entre les oiseaux sauvages, les volailles domestiques et les humains. Les sentinelles animales, placées sur la ligne de front des « guerres contre les virus », sont valorisées parce qu'elles détectent l'apparition des maladies infectieuses émergentes à travers des signaux d'alerte précoce. Par les méthodes de l'anthropologie sociale, Frédéric Keck décrit la manière dont les techniques de préparation en vue d'une pandémie transforment les relations entre humains et non-humains dans le temps long de l'anthropocène.

    Prix Léon de Rosen de l'Académie française

  • La pandémie de grippe est un des événements qui suscitent une mobilisation au niveau global. Le caractère cyclique des pandémies - la « grippe espagnole » en 1918, la « grippe asiatique » en 1957, la « grippe de Hong Kong » en 1968 - a conduit les experts à penser qu'une nouvelle pandémie était imminente, et qu'elle tuerait des millions de personnes. La question, pour les autorités de santé globale, n'est pas tant de savoir quand et où cette pandémie commencerait, mais si nous sommes prêts pour ses conséquences catastrophiques (l'apparition d'un nouveau coronavirus en Chine fin 2019, source d'une nouvelle pandémie mondiale déclarée en janvier 2020, va permettre de mesurer si les autorités sont réellement prêtes à affronter un tel événement). Les Sentinelles des pandémies montre, avec les méthodes de l'anthropologie sociale, comment les techniques de préparation pour une pandémie de grippe ont transformé nos relations aux oiseaux. Des milliards de volailles ont été tuées à travers le monde pour éviter que des pathogènes potentiellement pandémiques ne passent la frontière d'espèces, et les oiseaux migrateurs ont été surveillés pour comprendre la diffusion des virus de grippe en-dehors de leur lieu d'émergence. L'anthropologie sociale, en tant qu'elle produit du savoir sur les similarités et les différences entre les humains et les autres animaux, peut prendre les pathogènes franchissant les barrières d'espèces comme point de départ d'une enquête sur les transformations des relations entre humains et non-humains.
    Ce livre est basé sur une recherche ethnographique conduite à Hong Kong, Taiwan et Singapour entre 2007 et 2013. Après la crise du SRAS en 2003, ces trois territoires ont investi dans les techniques de préparation à une pandémie de grippe en surveillant les virus de grippe aviaire venant de Chine, où le nombre de volailles domestiques a dramatiquement augmenté au cours des quarante dernières années. Hong Kong, Taiwan et Singapour sont trois points de passage

  • Les signaux d'alerte se multiplient sur les catastrophes écologiques. La valeur de ces signaux n'est pas régie par le critère de la vraie ou de la fausse alerte, ni par le principe du bon ou du mauvais gouvernement, mais par l'attractivité du signal, c'est-à-dire sa capacité à susciter l'attention et l'intérêt de ceux qui le reçoivent.
    En s'appuyant sur une étude des sentinelles des pandémies dans les sociétés asiatiques, Frédéric Keck montre que les territoires qui émettent des signaux d'alerte, comme Hong Kong, Taïwan ou Singapour, ont entre eux des relations de compétition et de collaboration analogues à celles des oiseaux qui concourent pour alerter sur la présence d'un prédateur. Dans cette émulation, où les pays échangent des informations pour prendre les mesures les plus rapides, se joue une nouvelle forme de solidarité globale et de justice sociale.
    Pour prendre la mesure de ce phénomène, l'auteur propose une lecture de quelques penseurs des signaux d'alerte (Claude Lévi-Strauss, Amotz Zahavi, Anna Tsing) ; puis une histoire des grandes crises sanitaires depuis vingt ans ; enfin, une approche de certaines oeuvres d'art (romans, films, expositions), qui nous préparent aux prochaines crises en faisant travailler notre imaginaire.

  • Littéraire, esthétique, politique ou morale, l'oeuvre de Lévi-Strauss est un des monuments intellectuels du XXe siècle, source de découvertes, d'étonnements et de plaisirs intellectuels toujours renouvelés. Mais elle est aussi un des lieux majeurs de la pensée scientifique de son époque. Témoin du siècle, non seulement de son histoire et de sa violence, mais aussi de ses espoirs et de ses avancées scientifiques, l'auteur de Tristes tropiques a redonné son prestige à une science qui a pu se présenter comme la synthèse de toutes les sciences humaines : l'anthropologie.
    Cette introduction à la pensée de Lévi-Strauss montre la formidable actualité de cette pensée, et en dégage l'unité de réflexion par-delà la diversité des objets sur lesquels elle s'est éprouvée, et des controverses philosophiques et scientifiques qu'elle a suscitées.
    Nouvelle édition revue et corrigée par l'auteur

  • Le livre : Une chose ne peut être simultanément elle-même et son contraire : voilà qui nous paraît évident. Et pourtant... Pourtant, la « mentalité primitive » (notion créée par Lévy-Bruhl - 1857-1939 - et qui donnera, en 1921, son nom à un de ses plus célèbres ouvrages) ignore ce principe de contradiction : ainsi les Bororo se présentent comme des aras rouges... Le « primitif » n'est-il qu'un mixte de sauvage, de criminel, de rêveur et d'enfant ainsi qu'on le pense sous la Troisième République ? Quel rôle a joué cette notion équivoque de « mentalité primitive », entre relativisme culturel et pensée évolutionniste ? Comment a-t-elle été reçue par la postérité, des structuraliste aux philosophes analytiques ? Avec cette figure du primitif, Frédéric Keck nous découvre un pan considérable de l'histoire de la philosophie et des sciences sociales et des débats intellectuels (Durkheim, Bergson, Lévi-Strauss) aux XIXe et XXe siècles. L'auteur : Frédéric Keck, chargé de recherche au CNRS, enseigne la philosophie au Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (ENS).

  • Frédéric KECK est philosophe.


    Cet ouvrage propose une "lecture" du livre le plus philosophique de C. Lévi-Strauss, La pensée sauvage, publié en 1962. Il marque le passage entre Structures élémentaires de la parenté et Mythologiques. Analysé à travers le rapport entre structure et événement, il éclaire la polémique entre Sartre et Lévi-Strauss et plus généralement l'opposition entre le structuralisme et les philosophes de la conscience sur la question du sens de l'histoire.


    Agrégé de philosophie, Claude Lévi-Strauss a abandonné la philosophie pour l'ethnologie et dénonce même la philosophie de son temps dans Tristes tropiques. Lire Lévi-Strauss pour y trouver une figure de la conscience philosophante est donc une tentative vouée à l'échec. Mais les anthropologues d'aujourd'hui ont eux aussi une difficulté à le lire en rapport avec leurs travaux actuels. Ils lui reprochent une contemplation esthétique des structures de la pensée dénuée de toute pertinence scientifique.
    Peut-être alors revient-il aux philosophes modernes de lire Lévi-Strauss en reprenant les problèmes que se posait l'anthropologue avec ceux que la philosophie se pose aujourd'hui. Il faut selon l'auteur trouver un point commun qui est celui de la pensée. Il propose donc une "lecture" du livre de Lévi-Strauss qui pose, selon lui, le plus clairement cette relation, le rapport pour la pensée entre la structure et l'événement qui intéresse autant la philosophie que l'anthropologie : La pensée sauvage.

  • GRADHIVA

    Frédéric Keck

    Les capsules temporelles sauvegardent des biens, des informations ou des oeuvres à destination des générations futures. Ce numéro interroge leur histoire, les enjeux de leur constitution, de leur signification et de leur mise à jour à partir des exemples de mises en scène taphonomiques, des peintures aborigènes du musée du quai Branly ou encore des déchets nucléaires.

  • Un monde grippé

    Frédéric Keck

    Pourquoi les hommes ont-ils si peur de la grippe ? Un an après la mobilisation des pouvoirs publics autour du virus H1N1, un jeune anthropologue a tenté de comprendre les raisons de cette alerte. Il montre ainsi que la représentation catastrophique du « monde grippé » nous oblige à repenser les rapports entre les hommes et les animaux. Allant à la rencontre d´éleveurs, d´observateurs d´oiseaux, de vétérinaires, de microbiologistes, d´épidémiologistes, de médecins, de journalistes, mais également d´autorités politiques et religieuses, l´auteur retrace la vision du monde produite par les maladies émergentes. Il montre que les grippes « aviaire » et « porcine » révèlent une peur des animaux héritée des réflexions les plus anciennes sur la domestication.
    Mais cette peur ne prend pas la même forme selon les dispositifs de sécurité mis en place à Paris, New York, Hong Kong, Tokyo, Phnom Penh ou Buenos Aires... Des producteurs aux consommateurs, de l´abattage des animaux malades à la pandémie toujours possible, ce tour du monde des virus qui émergent, des animaux qui les transmettent et des humains qui s´en protègent constitue un passionnant journal de voyage.

  • Si la vie sociale est orientée par une diversité de valeurs, parfois conflictuelles, celles-ci deviennent visibles dans les choses que fabriquent, échangent et collectent les individus.
    Comment la diversité des valeurs s'insère-t-elle dans l'hétérogénéité de la matière pour lui donner une consistance sociale ? En quoi la matérialité d'un objet donne-t-elle prise à plusieurs formes de valorisation ? Ces questions ouvrent un champ d'étude au croisement de l'anthropologie des arts et de la culture matérielle.
    A partir d'enquêtes de terrain menées sur tous les continents, ce livre collectif élabore une réflexion commune dans le cadre du musée du quai Branly, en l'ouvrant à d'autres espaces dans lesquels les choses sont conservées et exposées avec des valeurs différentes. Les matérialités analysées dans ces études peuvent servir à la fabrication d'objets d'apparat (maisons, parures, statues) ou résulter de dégradations organiques (restes d'humains ou d'oiseaux) ou apparaître dans des infrastructures technologiques (séance de cinéma). En les inscrivant dans des biographies culturelles au cours desquelles les valeurs se transforment, l'étude de ces matérialités permet de suivre la genèse de valeurs que leur exposition dans un musée peut faire voir comme contradictoires. En revenant sur leur provenance, elle en dessine des futurs possibles.

  • Les crises sanitaires liées aux maladies animales transmissibles aux humains (zoonoses) se sont multipliées au cours des dernières années : « vache folle », « grippe aviaire », « grippe porcine ». Ces crises révèlent des transformations à la fois de nos rapports aux animaux (de rente et de compagnie) et des dispositifs sanitaires qui leur sont appliqués (abattage, vaccination, surveillance, etc.).
    L'anthropologie sociale doit se combiner avec l'histoire des savoirs médicaux pour analyser la signification de ces crises dans leurs variations temporelles et géographiques. À cet effet, ce numéro des Cahiers d'anthropologie sociale réunit des contributions portant sur des aires culturelles différentes engageant des relations variables entre hommes et animaux à l'occasion des maladies qui les affectent en commun. Un article inédit de Claude Lévi-Strauss ouvre ce volume.

    Contributeurs : Claude Lévi-Strauss, Anne-Marie Brisebarre, Barbara Dufour, Matthieu Fintz, Tamara Giles-Vernick, Steve Hinchliffe, Frédéric Keck, Vanessa Manceron, Jean Segata, Charles Stépanoff.

  • Aurélie Slonina ; la dérive des météores Nouv.

    Première monographie.
    Construit en plusieurs séquences, contributions textuelles d'invités et sélection d'oeuvres produites sur une période de dix ans, le livre interroge les relations ambiguës que l'homme entretient avec son environnement. À l'appui de recherches anthropologiques et de regards critiques portés sur les oeuvres d'Aurélie Slonina, le livre révèle les enjeux sociétaux contemporains du concept de nature urbaine, de ses dérives liées aux fantasmes de modernité.
    Les contributions des auteurs proposent des regards inédits sur le travail de l'artiste : Frédéric Keck (chercheur en anthropologie) approche la question de la nature et de ses dérives dans une connexion vive à l'actualité, Léa Bismuth (auteure et commissaire d'exposition) apporte un regard critique sur l'oeuvre de l'artiste à l'appui de ses liens à l'architecture et à l'urbanisme contemporains, et par une analyse de sa projection d'une certaine nature du futur.
    Publié suite à l'exposition éponyme à La Maréchalerie, Versailles, du 24 janvier au 29 mars 2020.

  • En étudiant les pratiques politiques, religieuses, économiques que les épidémies suscitent en Asie orientale - Chine, Japon, Corée - dans les périodes pré-moderne et moderne, en scrutant les discours qui les évoquent, tenus dans les milieux médicaux, administratifs ou religieux, ce volume apporte un éclairage sur les manières dont le phénomène épidémique est identifié, compris et combattu dans ce qui est aujourd'hui considéré comme un des principaux foyers d'épidémies.

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