• "La richesse contre nature n'est pas plus utile que l'eau versée dans un vase plein". Pour Epicure (342-270 avant J. -C.), philosophe bien connu de l'Antiquité, si le plaisir est "le souverain bien" , ce n'est que par la maîtrise et la limitation raisonnable des désirs que chacun pourra vivre "tel un dieu parmi les hommes" . Cette idée préfigure la notion d'abondance frugale, chère au courant de la décroissance.
    En mettant l'accent sur les aspects économiques de la pensée épicurienne, Etienne Helmer montre, sans céder aux anachronismes, que notre société tournée vers la croissance sans mesure aurait beaucoup à apprendre de cette philosophie antique. Un petit livre inspirant pour celles et ceux qui veulent sortir de l'économie capitaliste au profit de l'économie du bonheur.

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  • Au nom de l'universel, la plupart des philo- sophes font abstraction de notre ancrage local : ils appréhendent l'homme comme être au monde en général, comme être-là. C'est pourtant toujours dans des lieux particuliers que nous nous trouvons, avec leurs contingences topographiques, historiques et matérielles : c'est toujours ici que nous sommes là.
    Mais qu'est-ce qu'un lieu, et qu'est-ce que la philosophie peut en dire ? En mobilisant notam- ment la géographie, la littérature, la sociologie et l'histoire, pour comprendre cet objet négligé de la philosophie occidentale, Étienne Helmer montre combien les lieux sont bien plus que les simples cadres physiques de nos existences : tout à la fois matrices identitaires et formes événe- mentielles, ils engagent le rapport politique que les individus et les groupes entretiennent avec l'universel dans ses aspects théoriques et pratiques.

  • Du cynisme antique, on a souvent à l'esprit le goût pour les conduites provocantes et l'existence frugale. Il y a pourtant une pensée politique cynique ; Diogène, le plus célèbre d'entre eux, imagina même, à l'instar de Platon, une République aux institutions radicales nous invitant à mesurer l'écart qui nous sépare de la nature et de nous-mêmes et à repenser les conditions de la liberté et du bonheur au sein de nos sociétés.
    Par sa visée profondément éthique, explique Étienne Helmer, le cynisme dévoile le mépris de la dignité humaine et le refus de l'égalité propres à nos institutions, nos modes de vie et nos économies tournés vers la croissance sans mesure. Il nous enjoint à identifier dans la configuration des cités actuelles tout ce qui nous déshumanise et nous empêche d'être vraiment « des hommes ».

  • Dans cet ouvrage, Étienne Helmer montre comment l'épicurisme peut être lu comme une pensée de l'économie et souligne en particulier son apport à l'idée de décroissance.
    Si la science économique était inconnue de l'Antiquité, les philosophes ne s'en préoccupaient pas moins d'économie. Mais contrairement à la plupart des économistes actuels, ils n'abordaient pas celle-ci à travers des systèmes de lois et de calculs dominés par une froide rationalité. Pour les anciens l'économie était plutôt le lieu d'un questionnement sur la meilleure façon de satisfaire nos besoins et nos désirs. Ils en vinrent donc à s'interroger sur la nature de l'homme, sur sa place dans le cosmos, sur la nature du bonheur et du bien.
    Parmi ces philosophes, Épicure occupe une place de choix. On a surtout conservé de lui un adjectif : « épicurien », dont le sens est cependant aux antipodes de sa philosophie. Pour Épicure le plaisir est effectivement le « souverain bien ». Mais il ne se fait pas pour autant l'avocat de l'excès et de l'assouvissement de tous nos désirs. Bien au contraire : à ses yeux, ce n'est que par leur maîtrise et leur limitation raisonnable - idées qui sont au coeur de la notion d'abondance frugale chère à la décroissance - que chacun pourra vivre « tel un dieu parmi les hommes ».
    Et si Épicure, loin d'être « épicurien », était plutôt l'un des ancêtres de la décroissance ?

  • Dans son dernier cours au Collège de France, Michel Foucault résume par ces mots la démarche de Diogène le cynique : « une vie autre pour un monde autre ». Mais autre que quoi, et de quelle manière ? Certes, Diogène - probablement né à Sinope au IVe siècle avant Jésus-Christ et mort à Corinthe après un long séjour à Athènes - est un personnage exubérant et scandaleux : il crache au visage de l'un de ses hôtes, fait l'amour et se masturbe sur la place publique, éconduit Alexandre le Grand comme un importun, mendie et se contente de peu pour vivre. Étranger au portrait idéalisé du philosophe antique drapé dans sa sagesse, le célèbre cynique a tout du bouffon. Pourtant, ces provocations en tous genres ne suffisent pas vraiment à le singulariser ni, encore moins, à faire de lui un philosophe.
    Ce titre, il le doit aux questions et aux outils conceptuels inédits qu'il forge pour interroger, comprendre et changer le monde. L'idéal de vie simple conquis par une ascèse physique et morale que propose Diogène n'est pas une apologie du retour à la nature ni un refus de la civilisation, comme une longue tradition interprétative l'a affirmé. C'est plutôt le contre-pouvoir libérateur d'une pensée qui est aussi une manière de vivre et d'agir. Diogène dénoue les liens de la servitude et démystifie les médiations aliénantes qui tissent nos rapports ordinaires aux hommes et aux choses en les plaçant sous le signe de la violence. Il nous donne ainsi de quoi réfléchir sur les enjeux actuels de la croissance et de la décroissance économiques comme de la violence sociale

  • Peut-on avoir des raisons de croire qu'une vie fidèle à la justice vaille la peine d'être vécue quand triomphent au quotidien la perfidie et l'égoïsme ? comment croire que la politique puisse être autre chose qu'un instrument au service des intérêts et des appétits de chacun ? le livre ii de la république relève ce défi, en nous montrant comment doit être fondée une cité pour que l'expérience ne soit pas notre ultime critère de jugement en politique.
    Mais la leçon est à la fois amère et douce : nous sommes par nature des animaux économiques aux appétits démesurés, et non des animaux politiques ; mais il nous est possible de le devenir. ou du moins de croire que nous le pouvons.

  • Parler la photographie

    Etienne Helmer

    Comment dire la photographie chaque fois unique que j'ai sous les yeux ? S'il est si difficile de dire sa singularité, c'est parce que nous croyons que l'image photographique n'est que l'imitation ou que la trace du réel, que sa surface n'est qu'un concentré de visible dont l'apparente évidence peut se contenter d'un propos général, technique ou théorique, ou de l'identification quasi muette de ce qu'elle nous montre.

    Un autre regard et un autre discours sont-ils possibles, qui donneraient accès à ce qui la particularise ? Pour Étienne Helmer, comprendre qu'une photographie est aussi un agencement visuel de formes sensibles, c'est se donner les moyens non plus seulement "d'en parler" mais de "la parler", soit de traduire en mots le dispositif interne de chaque image en activant dans le langage sa pensée visuelle propre. Telle est l'hypothèse qu'il présente dans cet essai et qu'il met à l'épreuve sur treize photographies : non pas en extraire le sens ou la vérité, mais porter aux rives du discours le mouvement de leur pensée sans concepts.

  • Les sociétés découvrent leur vrai visage dès qu'on les observe depuis leurs marges. La figure du mendiant offre, de ce point de vue, un cas idéal. Personnage déclassé et toujours soupçonné d'être un parasite, le mendiant est victime de tous les préjugés, de toutes les violences. Dans la société grecque classique, il est l'anti-modèle de l'homme accompli, que définit son statut de propriétaire terrien, de chef de famille et de citoyen.
    Mais il en est en même temps le miroir et le révélateur : il lui renvoie ses propres valeurs et ses propres défauts. A travers l'étude de cinq représentations littéraires et philosophiques du mendiant puisées chez Homère, Sophocle, Aristophane, Platon et les cyniques, Etienne Helmer montre comment ce personnage, objet de mépris et de suspicion, est toujours en même temps présenté comme le porte-parole de la vérité, aussi bien sur les plans éthique et politique que métaphysique et anthropologique.
    Cet ouvrage, le seul en langue française consacré à cette question, n'est pas destiné aux seuls spécialistes de l'Antiquité : il s'inscrit dans un champ de recherches plus large autour de l'une des questions centrales de notre temps.

  • Réunissant des chercheurs en philosophie, en histoire et en lettres anciennes, les onze contributions de ce recueil montrent que le mendiant en Grèce ancienne, loin de n'être qu'une figure marginale, symptomatique des dysfonctionnements des cités, en est un acteur central.

  • Contre une longue tradition interprétative, ce livre montre que les rares textes philosophiques de la Grèce classique portant sur l'oikonomia ou l'administration domestique sont décisifs pour comprendre ce qu'est l'économie.

  • Si Platon est souvent décrit comme celui qui regarde vers le « ciel » des Idées, il est aussi et peut-être avant tout préoccupé par la caverne où nous vivons. Par l'intérêt qu'il témoigne aux réalités économiques de son temps, qui sont encore pour beaucoup les nôtres, il pose la plus actuelle des questions : quelle place donner à l'économie dans la cité? Nécessaire pour assurer sa survie et son développement, elle la menace aussi de destruction tant qu'elle reste soustraite à toute régulation. Elle prend alors le relais de nos appétits les plus sauvages, et prétend s'imposer comme la seule politique qui vaille, tout en sombrant dans la plus complète inefficacité. Pour lever cette imposture et préserver de ses dangers, il faut comprendre ce que veut dire faire la cité : si les acteurs économiques contribuent à son édification, seuls les bons politiques la font véritablement. Dans un même mouvement, Platon invente ainsi l'économie politique et transforme nos évidences modernes en points d'interrogation.

  • Platon Gorgias

    Etienne Helmer

    Avec en toile de fond la mort annoncée de Socrate, le Gorgias est sans doute le plus tragique et le plus violent des dialogues de Platon.
    En se livrant à l'examen de la nature de la rhétorique, Socrate pose cette question qu'est-ce que parler veut dire ? Est-ce proférer des mots pour convaincre son interlocuteur, au mépris de la vérité, comme font les orateurs et la plupart des hommes politiques ? Ou est-ce utiliser le langage pour atteindre la vérité sur la nature du monde et de la vie juste, comme fait le philosophe ? Est-ce un instrument pour dominer les autres, ou un instrument pour se gouverner soi-même et devenir sage ? A travers une sévère critique de démocratie et des aspirations tyranniques qui la sous-tendent, Platon montre que parler, c'est toujours agir, et que la parole et la vie philosophiques sont nécessaires, mais peut-être impossibles, dans la cité.
    Le drame du Gorgias, on le voit, est plus que jamais le nôtre.

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