Corti

  • Voici une quinzaine de nouvelles, absurdes ou fantastiques, à prendre de préférence le matin, avant de poser pied dans le monde et de recommencer à vivre. Leur auteur rôde sur la fron- tière entre le réel et l'irréel, où bien des questions lui viennent :
    Comment continuer à vivre si, d'un jour à l'autre, vous vous met- tez à entendre les pensées d'autrui ? Un mort peut-il tenter de vous téléphoner ? Quelle est cette femme que, toute votre vie durant, vous ne voyez que dans des miroirs, et qui jamais ne prend une ride ? Que feriez-vous si vous appreniez votre propre décès par la radio, et Narcisse, pauvre Narcisse, comment réagi- rait-il en contemplant son image sur les réseaux sociaux ?

    Sur cette frontière mystérieuse passe en contrebande tout ce qui échappe à notre entendement. Tout, à commencer par nos peurs, et puis, masqués, la plupart de nos désirs cachés.

  • Has been avant d'avoir été et grand ciseleur d'inaperçu, le directeur d'un sous-département des Renseignements généraux est confronté, à quelques jours de sa mise à la retraite, à la plus étrange affaire qu'il ait jamais traitée.
    De subtils informateurs lui signalent ce que nul, dans la rue, c'est-à-dire partout, ne semble avoir remarqué. N'est-ce pas l'essentiel, pourtant ? Ayant à coeur d'échouer jusqu'au bout, car il aime le travail bien fait, le voici défendant sa dernière cause perdue avec l'ardeur de qui n'a rien à perdre. Probablement est-il lui aussi un rebelle, à l'image de l'homme qui, des pages plus loin, crève l'oeil d'un Cyclope très particulier, ou de cet enquêteur qui, dans une cité labyrinthique, recense les portes dérobées jusqu'à ce que l'une d'elles...

  • De Wakkanai, la pointe nord enneigée, jusqu'à l'extrémité australe à Iriomote, non loin de Taiwan, pendant quatre mois j'ai tenté de comprendre cette virgule gigantesque entre l'Eurasie et le Pacifique : Nihon. Le Japon. J'ai tenté d'épuiser l'énergie qui me pousse à apprendre et à apprendre dans l'espoir de trouver je ne sais quel repos, et je n'y suis pas parvenu. Le Japon sans cesse place l'esprit en éveil, l'aiguillonne dès qu'il baisse la garde. Le Japon n'étanche jamais la soif de savoir, tant le savoir, là-bas, est enfermé dans des poupées gigognes à l'infini, à moins que ce ne soit dans un labyrinthe de miroirs renvoyant quelque éclat jusqu'au plus profond des ombres.
    Ceci est le journal de quatre mois ayant eu comme camp de base, à l'été et à l'automne 2012, la villa Kujoyama, à Kyoto. Prions tous les kamis de toutes les montagnes pour que, sur les hauts de Kujo, cette villa continue d'exister longtemps, pour le bonheur de ceux qui m'y succèderont.

  • Quatre récits, quatre personnages en quête d'une révélation. Un écrivain inconnu, puis Kafka, le premier empereur de Chine (qui aspire à devenir immortel) et un physicien qui veut percer le mystère de la naissance de l'univers, masqué par le " mur de Planck ".
    Dans des villes d'Europe ou dans le passé de la Chine, ou encore dans le Japon d'aujourd'hui, ces personnages recherchent leur propre " dao ". Si la révélation finit tôt ou tard par se dessiner, elle n'est pas nécessairement celle qu'ils croyaient. Mais qu'ils attendent l'élixir de longévité ou l'apparition du mont Fuji, ils finissent par comprendre qu'en matière de quête, l'essentiel n'est peut-être pas d'atteindre le but. Que souhaitent-ils, en définitive ? Savoir ce que cache l'étrange " mur de Planck ", ou bien chercher ce qu'il cache ?

  • Attention, stakhanovistes, jeunes loups aux dents de requin, ce livre n'est pas pour vous : le personnage type qui peuple ces nouvelles est en lutte contre le travail, aux prises chaque jour avec le travail, il est écrasé par un labeur érigé en religion. Rien à voir cependant, chez lui, avec de l'oblomovisme ; notre homme serait malheureux comme une pierre dans les romans d'Albert Cossery. C'est qu'on l'a dressé tout petit au travail, on lui a dit que la vie, c'était ça. Or, voilà que notre homme n'en peut plus de son paradis terrestre aux coulisses jonchées de cadavres. Notre homme a-t-il enfin percé le secret de l'énorme machine à profit qui a fait de lui un mammifère rentable, efficient et docile ? Toujours est-il que ce mammifère n'a plus qu'un rêve, s'échapper du
    cirque.
    "Regarde-la en face, ta vie : déjà tu consultes ta montre, tu sues de stress, crains que ton retard ne se remarque, alors que tu n'es pas en retard. Ton supérieur te fout la chiasse. Tu te hâtes vers un bureau cerclé d'autres bureaux et dans ces alvéoles bourdonnent des employés et beaucoup
    d'autres employés devant lesquels tu fais semblant, tu usurpes jusqu'à la tombée de la nuit, espérant qu'on ne te démasquera pas".

  • Autour d'un mot "Disparaître", basés sur des faits divers ou sortis de l'imagination de Faye, ces six récits naviguent entre fantastique et onirisme, temps individuel et temps universel en évitant les écueils du psychologisme.
    "Un téléphone sonne dans le vide. Solange Brillat, 27 ans, jeune femme très discrète et banale, ne répond plus. Elle a disparu sans laisser de traces, il y a un peu plus d'un mois. Personne ne comprend, ni la presse, ni la police, ni ses parents, ni sa collègue de bureau. Personne ne la reverra. (...) Il en va ainsi des personnages d'Éric Faye, poussés par une urgence de disparaître, mais soucieux (jusqu'au doute existentiel) de conjurer l'indifférence.
    En compagnie de silhouettes fugitives, fantomatiques, Éric Faye excelle à décrire la désertion du monde rationnel. (.) Le point d'interrogation sied bien à Éric Faye, dont les nouvelles, parfois à la limite du fantastique, plongent le lecteur dans des situations énigmatiques, à la frontière d'une autre dimension, et posent des questions souvent inexpliquées.
    Jean-Luc Douin, Le Monde, vendredi 21 janvier 2000.
    « Une fois de plus, Éric Faye confirme ici l'étendue de son talent d'écriture et la richesse de son imaginaire. Comme dans ses précédents écrits, il joue en équilibriste sur le fil tendu entre le réel et le virtuel, pour nous faire toucher du doigt, tout en nous tenant en haleine, quelques grandes interrogations temporelles ou métaphysiques. Chapeau ! »Jacques parneix, Le Populaire du Centre, 21 janvier 2000.
    N.B. Éric Faye reviendra sur le personnage de Solange Brillat dans un roman publié chez Stock en 2001 : Les Cendres de mon avenir.
    Ce recueil comprend :
    Les lumières fossiles Postérité Orages de souvenirs Le Rendez-vous d'Abernathy Radio-Luego Les Chines intérieures

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