• La phénoménologie qui s'élabore dans les ideen est inconstestablement un idéalisme, et même un idéalisme trascendantal ; le terme même n'est pas dans les ideen alors qu'il se rencontre dans des inédits antérieurs.
    C'est dire que les commentateurs s'accordent à regrouper autour de ce mot les analyses les plus importantes de l'ouvrage. finalement, la " conscience pure ", la " conscience transcendantale ", l' " être absolu de la conscience ", la " conscience donatrice origianire ", sont des titres pour une conscience qui oscille entre plusieurs niveaux ou, si l'on veut, qui est décrite à des phases différentes de son ascèse : de là des erreurs d'interprétation dont husserl s'est plaint si constamment et si amèrement.
    Les idées directrices sont la matrice de l'existentialisme français, celui d'un sartre évidemment, mais surtout de la pensée de merleau-ponty. c'est également par rapport à husserl que prennent position levinas, ricoeur et michel henry.

  • " la nostalgie d'une philosophie vivante a conduit de nos jours à bien des renaissances.
    Nous demandons : la seule renaissance vraiment féconde ne consisterait-elle pas à ressusciter les méditations cartésiennes, non certes pour les adopter de toutes pièces, mais pour dévoiler tout d'abord la signification profonde d'un retour radical à l'ego cogito pur, et faire revivre ensuite les valeurs éternelles qui en jaillissent ? c'est du moins le chemin qui a conduit à la phénoménologie transcendantale.
    Ce chemin, nous l'allons parcourir ensemble. en philosophes qui cherchent un premier point de départ et n'en possèdent pas encore, nous allons essayer de méditer à la manière cartésienne ".

  • La krisis, dont le manuscrit principal date de 1935-1936, est en vérité le testament de husserl.
    Cela seul suffit à en assurer l'importance, du point de vue des études husserliennes. mais la fascination que ce texte exerce a une origine et des raisons plus profondes. c'est qu'en lui ne se termine pas seulement, l'histoire de l'entreprise phénoménologique, commence un tiers de siècle plus tôt, ni seulement (du même coup) l'histoire de la philosophie occidentale moderne - cette odyssée du savoir dans le retour au soi ; en lui s'achève également le destin qui gouverne cette histoire.

    La méditation husserlienne est ici construite entièrement sur un renversement : dans un premier mouvement, en effet, on recule en deçà de la ration pura des modernes par une longue et magnifique dé-construction de l'histoire de la philosophie moderne, jusqu'à faire apparaître dans la lebenswelt le refoulé et l'oublié de toute cette histoire. mais dans un deuxième mouvement, la lebenswelt se scinde en welt et leben - dissociation dans laquelle le premier devient un constitué, le second sa constitution dans l'égologie absolue.
    Le pivot du renversement étant l'équivoque de la phénoménologie de la perception.

  • Le livre I des Idées directrices pour une phénoménologie pure de Edmund Husserl est l'un des cinq ou six textes de philosophie les plus importants du XXe siècle - et de notre temps par conséquent.

    C'est, en effet, le texte fondateur de la phénoménologie : Pour la première fois depuis « l'ouvrage de percée » qu'avaient été ses Recherches logiques (1901), Husserl établit ici, au terme d'une évolution décisive, les principes et les méthodes qui rendent possible une science nouvelle, la science descriptive pure des structures de la conscience, la phénoménologie transcendantale.

    En révélant les lois implicites de la vie intentionnelle et le pouvoir constituant de l'intentionnalité, ce tome I des Idées directrices pour une phénoménologie pure... inaugurait un nouveau style de philosophie - l'analyse de l'expérience vécue. Ce chemin conduisit Husserl à concevoir l'interprétation de l'expérience - ou la « philosophie phénoménologique » - dans les termes d'un nouvel idéalisme transcendantal.

    C'est de l'analyse critique et de la contestation systématique de cette position radicale que sont issues la plupart des philosophies phénoménologiques ultérieures, depuis Ingarden et Heidegger jusqu'à nos jours.

    La présente édition française a été établie sur la base de l'édition critique de référence due à Karl Schuhmann (Husserliana III, 1974). Elle bénéficie des nombreux progrès réalisés par les études husserliennes depuis la traduction pionnière de Paul Ricoeur en 1950.
    Outre une nouvelle version française, plus précise, du traité réédité par Husserl en 1928, le lecteur trouvera ici un riche ensemble de textes, jusqu'ici inédits en français, qui forment le contexte historique des « Ideen... I » : Les esquisses préparatoires de 1912 ; de nombreux textes complémentaires ou correctifs, préparés par Husserl en vue d'une réédition ultérieure ; et surtout, les annotations marginales de l'auteur sur ses exemplaires personnels, marque explicite d'une relecture critique de son oeuvre par le fondateur de la phénoménologie lui-même.

  • Au cours du semestre d'été 1920, Husserl consacre plusieurs heures de ses Leçons sur l'éthique à une "Digression" destinée à clarifier le concept de normativité et le statut des sciences normatives. Les analyses qu'il y développe conduisent non seulement à préciser le statut de l'éthique ou le rapport entre vérité et valeur, mais aussi à revenir sur le sens de la distinction entre les sciences de la nature et les sciences de l'esprit grâce à la méthode de déconstruction, qui trouve là sa première définition explicite. Tout en comblant certaines lacunes de ses grands exposés programmatiques, cette Digression témoigne de l'originalité du traitement que Husserl réserve à des thématiques devenues omniprésentes dans la philosophie contemporaine.

  • Les cinq leçons dont se compose l'idée de la phénoménologie furent prononcées à l'université de göttingen, en avril-mai 1907.
    Husserl traversait alors une crise tant personnelle (le retard persistant à l'accès au statut de professeur ordinaire en philosophie) que théorique (aucune publication depuis les recherches logiques de 1900-1901, mal comprises d'ailleurs par ses contemporains. d'oú une nouvelle décision: " en premier lieu, je nomme le problème général que je me dois de résoudre pour moi, si je veux pouvoir me donner le titre de philosophe.
    Je veux dire une critique de la raison (. ). j'ai plus qu'assez goûté aux tourments de l'obscurité, du doute qui va et vient. je dois parvenir à une intime assurance. je sais bien qu'il s'agit là d'une grande, d'une très grande chose, je sais bien que de grands génies y ont échoué et, si je voulais me comparer à eux, je devrais me désespérer par avance. " (journal, en date du 25 septembre 1906, hua. , i, p.
    Vii-viii). de cette crise, husserl sortira en atteignant la certitude du je transcendantal dégagé par la réduction phénoménologique. mieux, de cette crise sortira la réduction phénoménologique elle-même. du coup la phénoménologie deviendra, selon les mots mêmes de husserl, d'une " psychologie descriptive ", une " phénoménologie transcendantale ".

  • Une philosophie atteste sa grandeur en affrontant les questions les plus difficiles.
    Donc, au premier chef, celle du temps. aussi est-ce dès 1904-1905, à göttingen, que husserl tenta une analyse phénoménologique du temps, en lui appliquant les concepts fondamentaux d'intentionnalité et de réduction.
    En 1916, edith stein, alors assistante de husserl, entreprit d'éditer ces cours, et de les compléter par d'autres textes, postérieurs (1905-1910). ce n'est pourtant qu'en 1928 que l'entreprise aboutit, quand heidegger, qui venait de publier etre et temps (1927), édita pour la première fois les leçons.
    Il déclarait en ouverture : " ce qui est décisif dans ce travail, c'est la mise en relief du caractère intentionnel de la conscience et, d'une façon générale, la clarté croissante que reçoit l'intentionnalité dans son principe (. ). aujourd'hui encore cette expression n'est pas un mot de passe, mais le titre d'un problème central. " bien qu'une édition plus complète soit, grâce aux soins de r. boehm, parue depuis dans les husserliana (bd.
    X, 1966), la traduction d'h. dussort reste un outil de travail inappréciable, puisqu'elle donne accès à un texte qui fut, en 1928, à la fois un achèvement de la pensée de husserl, un hommage rendu par heidegger à son maître, et, sans doute, leur ultime croisement - à savoir une rencontre et indissolublement un éloignement.

  • Les textes rassemblés dans ce recueil, parmi les tout derniers écrits par Husserl, constituent le véritable testament du fondateur de la phénoménologie. Ils présentent une analyse originale et radicale des spécificités de l'activité philosophique. À partir d'une méditation sur le sens de l'« institution originaire » de la philosophie dans la Grèce antique, ils nous découvrent l'unité téléologique de l'ensemble de l'histoire de la philosophie. Ils réaffirment la dimension éthique de cette « tâche » inachevée que représente la philosophie et soulignent son importance cruciale pour notre rapport à l'Histoire.

  • Les Méditations cartésiennes ont voulu être à la fois une introduction à la phénoménologie transcendantale et une synthèse des recherches de leur auteur. Elles ont pour origine des conférences faites en 1929, à Paris, puis à Strasbourg. Invité par la Société française de philosophie à présenter sa pensée, Husserl exposa l'état de la phénoménologie dans l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne. De retour en Allemagne, Husserl développa ce qu'il avait exposé à Paris puis à Strasbourg, donnant à ce qu'il avait simplement esquissé un développement considérable, notamment dans la cinquième Méditation consacrée à l'analyse de l'apparition d'autrui et à l'expérience du corps propre.
    Cette première mise en forme fut traduite, en 1931, par Emmanuel Levinas et Gabrielle Peiffer, avant même que les Méditations parussent en Allemagne. La première édition allemande, faite, sous l'égide de H. L. van Breda, par les Archives Husserl de Louvain, date de 1949 : c'est le volume inaugural des Husserliana.
    La présente traduction a suivi cette dernière édition et offre donc le texte des Conférences de Paris, traduit pour la première fois, ainsi que les remarques critiques faites par Roman Ingarden à la lecture des Méditations.
    - Marc de Launay - Table des matières Présentation I. - Les Conférences de Paris II. - MÉDITATIONS CARTÉSIENNES INTRODUCTION § 1 - Les Méditations de Descartes, archétypes de l'autoréflexion philosophique § 2 - Nécessité d'un recommencement radical de la philosophie PREMIÈRE MÉDITATION. - La voie vers l'ego transcendantal § 3 - Le renversement cartésien et l'idée téléologique rectrice d'une fondation de la science § 4 - On dévoile le sens téléologique de la science en s'y plongeant comme dans un phénomène noématique § 5 - L'évidence et l'idée de la science véritable § 6 - Différenciations de l'évidence. L'exigence philosophique d'une évidence apodictique et absolument première § 7 - L'évidence de l'existence du monde : elle est non apodictique elle est incluse dans le bouleversement opéré par Descartes § 8 - L'ego cogito comme subjectivité transcendantale § 9 - Portée de l'évidence apodictique du « je suis » § 10 - Digression. Descartes ne parvient pas à opérer le tournant transcendantal § 11 - Le je psychologique et le je transcendantal. La transcendance du monde DEUXIÈME MÉDITATION. - Dégagement du champ d'expérience transcendantal selon ses structures universelles § 12 - Idéal d'une fondation transcendantale de la connaissance § 13 - Nécessité de commencer par mettre hors circuit les problèmes touchant la portée d'une connaissance transcendantale § 14 - Le flux des cogitationes. Cogito et cogitatum § 15 - Réflexion naturelle et réflexion transcendantale § 16 - Digression. Nécessité, pour la réflexion purement psychologique comme pour la réflexion transcendantale, de commencer par l'ego cogito § 17 - En tant que problématique de la corrélation, l'investigation de la conscience offre un double aspect. Orientations de la description. La synthèse comme forme originelle de la conscience § 18 - L'identification en tant que forme fondamentale de la synthèse. La synthèse universelle du temps transcendantal § 19 - Actualité et potentialité de la vie intentionnelle § 20 - La spécificité de l'analyse intentionnelle § 21 - L'objet intentionnel comme « fil conducteur transcendantal » § 22 - L'idée de l'unité universelle de tous les objets et la tâche de leur élucidation constitutive TROISIÈME MÉDITATION. - La problématique de la constitution. Vérité et réalité effective § 23 - Un concept plus précis de la constitution transcendantale sous les rubriques « raison » et « déraison » § 24 - L'évidence comme autodonation et ses variations § 25 - Réalité effective et quasi-réalité effective § 26 - La réalité effective comme corrélat de la vérification évidente § 27 - Évidence habituelle et évidence potentielle dans leur rôle constitutif du sens d'un « objet étant » § 28 - L'évidence présumptive de l'expérience du monde. Le monde comme idée corrélative d'une évidence parfaite de l'expérience § 29 - Les régions ontologiques matérielles et formelles en tant qu'indices de systèmes transcendantaux d'évidences QUATRIÈME MÉDITATION. - Déploiement des problèmes constitutifs de l'ego transcendantal lui-même § 30 - L'ego transcendantal inséparable de ses vécus § 31 - Le je comme pôle identique des vécus § 32 - Le je comme substrat des habitus § 33 - La pleine concrétion du je comme monade et le problème de son autoconstitution § 34 - Principe de l'élaboration de la méthode phénoménologique. L'analyse transcendantale comme analyse eidétique § 35 - Excursus dans la psychologie interne eidétique § 36 - L'ego transcendantal comme domaine universel des formes possibles de vécu. Lois essentielles de régulation de la compossibilité des vécus selon la coexistence et la succession § 37 - Le temps comme forme universelle de toute genèse égologique § 38 - Genèse active et passive § 39 - L'association comme principe de la genèse passive § 40 - Passage à la question de l'idéalisme transcendantal § 41 - La vraie auto-explication phénoménologique de l'ego cogito comme « idéalisme transcendantal » CINQUIÈME MEDITATION. - Dévoilement de la sphère d'être transcendantale comme intersubjectivité monadologique CONCLUSION III. - Sommaire des leçons du professeur Husserl Annexe. - Remarques critiques du professeur Roman Ingarden

  • Experience et jugement

    Edmund Husserl

    L'ouvrage ici proposé doit être considéré comme étant bien de Husserl. Son éditeur, L. Landgrebe, expose en Avant-propos les circonstances de son élaboration, et soutient qu'il " ne contient rien qui ne puisse au moins s'appuyer sur des exposés oraux de Husserl, et s'autoriser de son acquiescement ". De telles affirmations se laissent aisément vérifier par le repérage des textes originaux qui ont servi à la constitution de Expérience et jugement (voir notamment le volume XI des Husserliana).
    Ce livre veut établir l'unité de la passivité, de la réceptivité et de la spontanéité dans la perspective d'une " généalogie de la Logique ". Celle-ci se limite à l'aspect cognitif de l'expérience, et s'oriente vers la mise au jour des " objectivités générales ".
    L'émergence d'une problématique husserlienne du monde, compris comme horizon de toute présentation, notamment du " monde de vie ", et la concurrence de cette problématique avec la thématisation du " substrat absolu " permettent de relancer et de nuancer l'appréciation du rapport entre Husserl et Heidegger. De son côté, la conception d'une " grammaire logique pure ", énoncée dans la IVe Recherche logique, se trouve effectivement mise en oeuvre ici, liée à une vue instrumentale du langage ; elle fait pressentir l'homologie structurelle, explicitée dans la Krisis, entre l'antéprédicatif et les prédications les plus élaborées de la science.

  • Donné à l'Université de Fribourg durant le semestre d'été 1927, ce cours compte parmi les derniers de la longue carrière académique de Husserl. Sous le titre général « Nature et esprit », il y poursuit sa recherche anti-naturaliste, engagée dès le début des années 1910, d'un critère sûr de distinction et d'articulation des sciences de la nature et des « sciences de l'esprit ». À cet égard, l'originalité de ce cours est double :
    On y trouve non seulement une réflexion approfondie, à la fois ontologique et épistémologique, sur le sens philosophique de l'idée d'une classification des sciences débouchant sur la proposition de plusieurs classifications possibles, mais également l'élaboration d'une fondation philosophique des sciences positives par un retour méthodique aux structures du monde de l'expérience préscientifique.
    C'est donc toute la phénoménologie husserlienne tardive du « monde de la vie » qui s'esquisse pour la première fois dans ce cadre.

  • " Nous avons tenté dans cet ouvrage de tracer le chemin qui va de la logique traditionnelle à la logique transcendantale [...] à la logique transcendantale qui n'est pas une seconde logique mais qui est seulement la logique elle-même, radicale et concrète, qui doit son développement à la méthode phénoménologique.
    En vérité, pour s'exprimer plus précisément, nous n'avons juste-ment eu en vue, comme logique transcendantale, que la logique telle qu'elle est délimitée traditionnellement, la logique analytique qui sans contredit grâce à sa généralité vide et formelle embrasse toutes les sphères d'êtres et d'objets, corrélativement toutes les sphères de connaissances. Toutefois, étant astreints à reconsidérer la caractérisation du sens et de l'ampleur de la recherche transcendantale, nous avons par avance acquis aussi du même coup le moyen de comprendre les " logiques " (qu'il reste à fonder) ayant un autre sens, conçues comme doctrines de la science, mais comme doctrines matérielles ; doctrines de la science parmi lesquelles la plus élevée et la plus étendue serait la logique de la science absolue, la logique de la philosophie phénoménologico-transcendantale elle-même.
    " E. Husserl

  • Contemporain des conférences de la Krisis..., ce célèbre fragment est révélé par la version que Fink en publie à la veille de la guerre. Les interprètes de Husserl (et d'abord Merleau-Ponty) en ont proposé des lectures fascinées et contradictoires. La richesse énigmatique de l'esquisse semblait y encourager.
    Ici, l'intérêt pour l'" origine " ne donne pas lieu à une explication archéologique ou à une généalogie empirique, mais plutôt à une question en retour (Rückfrage) dans l'expérience d'une crise. Comment réveiller le sens originaire d'une science ? Quelles sont les conditions transcendantales de son avènement et de sa tradition ? L'origine de la géométrie fournit une trame. La longue introduction de Jacques Derrida accompagne pas à pas une méditation dont le parcours fut préparé par toute l'oeuvre de Husserl. Certaines questions s'annoncent en chemin : par exemple sur la possibilité, la nécessité ou les difficultés du grand dessein phénoménologique. Edmund HUSSERL. Traduction et introduction par Jacques Derrida.

  • Ces deux premières Recherches sont consacrées aux élucidations nécessaires à tout commencement, celles de l'instrument de pensée, le langage. Elles sont indispensables à la compréhension de la phénoménologie, le lecteur y trouvera les distinctions fondamentales nécessaires à toute théorie de la signification.

  • Le présent tome I de cet ouvrage intitulé Sur l'intersubjectivité, qui en comprend deux, est la traduction partielle de Zur Phänomenologie der Intersubjektivität, trois volumes (I. 1905-1920 ; II. 1921-1928 ; III. 1929-1935) qui ont été édités par Iso Kern et publiés en 1973 à La Haye par Martinus Nijhoff dans les Husserliana (tomes XIII, XIV et XV). Étant donné le nombre considérable de textes retenus (quelque 800 pages sur 1800 environ dans l'édition allemande), la traduction française se présente en deux tomes. La problématique husserlienne de l'intersubjectivité apparaît beaucoup plus différenciée, à la fois plus ramifiée et plus radicale que dans les textes publiés auparavant : elle s'y articule avec précision à la question de la corporéité primordiale, du temps, de l'imagination, de la communauté, de l'histoire, du langage, de la normalité, de la générativité et de l'individuation. En revanche, dans les textes publiés jusqu'ici, elle est souvent présentée soit de façon aporétique (Méditations cartésiennes), soit dans son extension d'emblée communautaire (Idées directrices II) ou historique (Krisis), en tout cas selon l'alternative trop simple de la constitution monadologique de l'égologie ou de la donation immédiate des autres dans le monde.
    Le premier tome de l'édition française s'organise autour de deux thèmes : 1 / la constitution primordiale du corps et de l'espace dans son articulation avec la constitution d'autrui, et 2 / l'expérience empathique en tant que vécu analogisant dans sa discussion critique avec les problématiques psychologiques de l'époque. Une introduction détaillée ouvre le volume et présente les différentes figures de l'intersubjectivité en liaison avec la problématique des voies d'accès à la réduction ; une postface s'explique sur le choix de la traduction retenue pour le terme Leib, et déploie la complexité historique et structurelle de son sens.

  • Peut-on, de l'existence d'un Cours consacré partiellement à l'attention, conclure à l'existence chez Husserl d'une phénoménologie de l'attention en bonne et due forme? En montrant comment l'attention entretient une relation complexe à la perception, à la volonté, à l'affect et à la réflexion, le phénoménologue fait ressortir l'originalité d'un vécu qui n'est pas un acte intentionnel au sens précis mais traverse les actes pour les porter à leur accomplissement : ni raison (à savoir volonté et réflexion), ni sentiment (à savoir affect et plaisir), l'attention remplit une fonction modulatrice des actes de la onscience, fonction qui fait à elle seule son originalité dynamique d'amorçage et d'adossage intégratif. Par une double réforme de l'intentionnalité (formelle) et de l'intensité (matérielle) de la conscience, il renvoie dos-à-dos, non sans y puiser certaines ressources, la problématique du champ de la conscience (Wundt) et celle, longuement discutée, de l'attention comme plaisir pris à remarquer (Stumpf).
    Husserl joue sur une variation terminologique de l'attention (Zuwendung : conversion attentionnelle; Aufmerksamkeit : activité aperceptive de remarquer; attention : tension vers) qui démantèle une identité homogène donnée a priori et permet au langage d'épouser les modifications et mutations expérientielles du phénomène attentionnel. A-t-on pour autant affaire à une « phénoménologie de l'attention »? Nous laissons le lecteur juger et conclure lui-même après lecture.

  • " L'analyse de la logique, comprise au sens large de doctrine de la science (Wissenschaftslehre), vise à en fixer les limites et à clarifier ses rapports avec la psychologie, la mathématique et la métaphysique.
    Par là se dégage tout d'abord le concept de logique formelle ou mathesis universalis. Mais la question logique se radicalise ensuite et s'élargit de plus en plus, au point d'impliquer l'ensemble de la recherche phénoménologique (notamment l'analyse du temps, de la conscience) dans le projet fondamental d'une critique de la raison exigeant de passer de la connaissance naturelle à la philosophie phénoménologico-transcendantale.
    La méthode de réduction qui permet ce passage est requise pour répondre à une interrogation métaphysique sur le sens et la possibilité d'une connaissance absolue, d'une connaissance qui atteigne effectivement un être transcendant. Situées à peu près à mi-distance entre la publication des Recherches logiques (1900-1901) et celle des Idées directrices (1913), ces leçons appartiennent à une période décisive durant laquelle Husserl publie très peu, mais où se détermine le sens et la finalité de la phénoménologie : de psychologie descriptive métaphysiquement neutre, celle-ci devient progressivement une philosophie transcendantale.
    Le cours de 1906-1907 ne marque pas simplement une étape dans cette évolution, il la thématise et la justifie en montrant l'impossibilité, pour la théorie de la connaissance, d'en rester au niveau de la connaissance naturelle, même logico-mathématique, sous peine de ne pouvoir lever l'hypothèque du scepticisme et du relativisme.

  • La Théorie des touts et des parties (Recherche III) et L'idée de la grammaire pure (Recherche IV) complètent la théorie de l'abstraction idéatrice et de la signification exposée dans les deux premières recherches. L'objet de la phénoménologie, ce ne sont jamais des faits de nature, mais des essences. Il y a des possibilités et des impossibilités essentielles, a priori de l'organisation du champ de conscience et du réel, comme de celle de l'expression signifiante et du discours. Jetant les bases d'une " ontologie " phénoménologique, les Recherches III et IV annoncent les Idées directrices pour une phénoménologie (1913) et Logique formelle et logique transcendantale (1929).
    La Recherche V forme la clef de voûte de l'édifice. Consacrée aux " vécus intentionnels " et à " leurs contenus ", elle propose la théorie phénoménologique de la conscience définie par sa structure intentionnelle. Husserl y précise ce qui le rapproche et ce qui le distingue de la psychologie descriptive de Brentano ou du néokantien Natorp. Il écarte toutefois l'hypothèse d'un " moi pur " que, par la suite, il jugera nécessaire de rétablir.
    Loin d'alourdir l'exposé, ces références offrent l'intérêt de montrer à l'oeuvre et sur le vif l'édification d'une vision originale. Quoique prise encore dans la gangue d'un langage désormais caduc, elle soumet à la critique la notion classique de représentation. En établissant des distinctions aussi fondamentales, Husserl propose, pour exprimer ce qui n'était pas encore exactement exprimable, une nouvelle terminologie, en particulier celle de la corrélation entre " noèse " et " noème ".
    Traduit de l'allemand par Hubert Elie, Arion L. Kelekel et René Scherer.

  • Pendant toute la première période de son évolution, depuis la philosophie de l'arithmétique en 1891 jusqu'au livre i des idées en 1913, husserl n'a jamais cessé de s'intéresser de très près à tous les problèmes posés par la logique ; et, s'il a réuni les résultats auxquels il était lui-même parvenu dans les deux tomes des recherches logiques en 1900 et en 1901, il a aussi publié au cours de ces années-là dans différentes reveus un certain nombre d'articles oú il a voulu engager un dialogue avec ceux se ses contemporains qui avaient travaillé sur ce même domaine, pour mettre en perspective leurs théories avec les siennes.
    Il a rédigé également à cette époque certains textes qui sont restés inédits jusqu'à sa mort, mais qui étaient d'une importance capitale pour comprendre le sens général de son évolution entre les deux obstacles du psychologisme et du logicisme, ainsi que c'est le cas en particulier pour son esquisse d'une préface aux " recherches logiques " de 1913. le présent volume rassemble tous ces textes, en correspondant indiscutablement à l'intention même de husserl, puisque dans son journal du 25 septembre 1906, il envisageait la possibilité d'une semblable publication en lui donnant pour titre articles sur la logique pure.

    J. e.

  • Avec les Idées directrices pour une phénoménologie, Husserl inaugure un cours nouveau de la philosophie. Ayant, dans le livre I, assuré les fondations méthodologiques de la phénoménologie, Husserl entreprend sa mise en oeuvre : c'est le livre II, les Recherches phénoménologiques pour la constitution.
    Issu de rédactions et de remaniements multiples, texte toujours en chantier de 1912 à 1928, ce livre II donne son matériau au projet phénoménologique de description pure. S'inscrivant sans cesse dans l'« expérience originaire », les Recherches phénoménologiques pour la constitution visent à produire la notion phénoménologique de l'Être et du sens de l'Être, selon ses diverses « manières » ou « couches », en : naturelle matérielle, nature animale, monde de l'esprit - sorte de géologie du sens de l'Être. Le primat de l'une d'elles, la chair, éclate dans la merveille du sensible et c'est entrelacé avec elle que le reste du monde se constitue. La chair, instance matricielle du phénoménologique, y suscite aussi une turbulence, car le projet husserlien de fondation de la ratio ne parvient qu'à se juxtaposer à cette chair, entièrement énigmatique.
    C'est pourquoi ce livre II fut et demeure décisif pour l'histoire de la philosophie : ainsi, toute l'oeuvre de Merleau-Ponty en fut à la fois l'héritière et l'avenir.


    Table des matières Avant-propos du traducteur Première section. - La constitution de la nature matérielle Chapitre premier. L'idée de nature en général Chapitre II. Les couches sensibles ontiques de la chose intuitive comme telle Chapitre III. Les « aistheta » dans leur relation au corps propre esthésique Deuxième section. - La constitution de la nature animale Introduction Chapitre premier. L'« ego » pur Chapitre II. La réalité psychique Chapitre III. La constitution de la réalité psychique au travers du corps propre Chapitre IV. La constitution de la réalité psychique dans l'intropathie Troisième section. - La constitution du monde de l'esprit Introduction Chapitre premier. Opposition entre le monde naturaliste et le monde personnaliste Chapitre II. La motivation en tant que loi fondamentale du monde de l'esprit Chapitre III. La préséance ontologique du monde de l'esprit sur le monde naturaliste Remarques sur la traduction de quelques termes Lexique

  • A l'invitation de la revue japonaise Kaizo, Husserl rédige entre 1922 et 1924 une série de cinq articles consacrés à l'éthique et centrés sur le thème du renouveau (Erneuerung).
    Il cherche à y définir les conditions d'un renouveau éthique de l'homme européen grâce auquel pourra être surmontée la crise culturelle qui le touche et que lui a brutalement révélée la Première Guerre mondiale. La recherche que développe ici Husserl permet d'appréhender les différents champs et articulations de son éthique : éthique à la fois matériellement déterminée et régie par des lois purement formelles, éthique individuelle s'inscrivant nécessairement dans une éthique sociale, éthique eidétique et apriorique mais rapportée à une interprétation de l'histoire et de la culture européennes.
    Elle montre aussi que la question éthique n'est pas pour Husserl une problématique à part, mais qu'elle met en oeuvre la totalité de la recherche philosophique, y compris dans sa dimension logique, en lui assignant la tâche générale de redonner son sens à l'idéal d'une vie et d'une culture rationnelles.

  • Ce premier tome des "Recherches logiques" établit, contre les conceptions dominantes de l'époque (psychologisme, relativisme, pragmatisme) l'idéalité des objets de la science, de la logique et de leurs lois. Husserl réfute le relativisme et analyse les conditions de l'accord entre les consciences. Cette question est toujours actuelle, le fondement de la vérité sur un simple consensus.

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