• Malgré toute sa fantaisie et son ironie, la vision du
    monde d'Anne-Lou Steininger apparaît plutôt sombre,
    marquée au coin de l'aphorisme selon lequel « Au commencement
    est la douleur ». Et à la fin un paradis
    moderne, « avec fitness, vitrines et pince-fesses », qui
    ne se distingue de la vie terrestre que par la couture de
    l'habit, aux points délicatement piqués dans la chair...
    Ces fables cruelles sont à déguster comme elles ont été
    écrites, par petites doses de poison insidieux délicatement
    pesées.

  • " Mourez tant que vous êtes vivants.
    Mourez en souriant ", ordonne à ses sujets celle qui se dit ici la Reine des mouches. Mais la peur est plus forte, et ce n'est qu'à l'usure, au terme d'une petite Iliade honteuse et solitaire, qu'ils succombent tous. Désespérant de les convertir au " gai mourir ", la souveraine entreprendra - calcul ou sollicitude ? - de les distraire en les berçant de contes et de promesses. Et voilà la Brodeuse qui commence à tisser dans le vide son royaume de bave, s'arrogeant par la parole un empire sans limites, un pouvoir absolu.
    " Je suis le Verbe ", pourrait-elle dire en toute simplicité. Polyphonie pour voix solo, bouffonnerie poétique sur le pouvoir et l'orgueil, ce texte s'insurge contre tout contrat que notre peur nous pousse à conclure avec le Despote, que celui-ci soit Dieu, le Roi, ou encore cette statue de vanité que notre bavardage érige et entretient en nous, ce tyran de comédie que nous appelons Moi et auquel nous sacrifions parfois jusqu'à la folie.

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