Langue française

  • Dans une petite ville allemande à la fin des années trente, deux garçons partagent une amitié profonde, de même que leurs pères. Ils aiment les mots, le rire, les conversations au fond du jardin, près des ruches. Jusqu'au jour où tout bascule : c'est le temps des mots à voix basse. Les hommes sont devenus fous.
    Oskar est renvoyé de l'école, les deux enfants n'ont plus le droit de se voir.
    Ce livre s'inscrit dans le devoir de mémoire. Mais il est aussi une formidable leçon d'amitié, car celle-ci peut toujours opposer sa réponse aux pires événements de l'Histoire : sortir grandie de cette vague de haine et de violence que les hommes répandent inlassablement sur leur passage.

  • Le Temps des mots à voix basse tout d'abord, dont l'action se déroule dans une petite ville allemande à la fin des années trente. Deux garçons partagent une amitié profonde, de même que leurs pères. Ils aiment les mots, le rire, les conversations au fond du jardin, près des ruches. Un jour où tout bascule : c'est le temps des mots à voix basse. Les hommes sont devenus fous; Oskar est renvoyé de l'école, les deux enfants n'ont plus le droit de se voir... Les persécutions s'annoncent... Que peut faire l'amitié dans cette situation? La réponse est bouleversante.
    Le second titre s'intitule Du Mal à une mouche.
    « Au suivant ! » C'est au tour d'une vieille dame qui vient de quitter ce monde, de faire ce qu'on appelle « le dernier bilan. » Un greffier très consciencieux et austère tient des comptes d'apothicaire. Il dresse la liste impressionnante des tous les êtres (de A à Z, des abeilles aux vers de terre, ni wapiti ni zèbre mais un loup tout de même !) auxquels elle a ôté la vie. Toutes les créatures, même les puces, les fourmis et les mouches, sont prises en compte. La liste est longue pour celle qui se croyait innocente.
    Moins grave que la première histoire mais tout aussi profonde.

  • ... Ce texte m'a touchée pour plusieurs raisons. Tout baigne dans une atmosphère tragique et onirique, filée de quelques vers de Keats et de Wordsworth, en anglais, cette langue cadencée qui doit combler la musicienne que vous auriez voulu être. Evénements et non-événements se déroulent dans une merveilleuse demeure anglaise au jardin extraordinaire, lieu par excellence de la fiction, paradis de l'imaginaire. La dame de l'histoire s'appelle Jade Chichester. Elle a une mère, Grace, et une fabuleuse grand-tante, Margareth, qui voyage aux quatre coins de la terre. Un lien quand même entre ce texte inclassable - peut-on parler d'un conte ? - et vos autres romans : le thème de la filiation mère-fille. Abordé ou ébauché par vos narratrices, Aude, Laurence et Iona, il est ici l'objet central de Jusqu'à pareil éclat, dans une construction subtile qui suggère tour à tour la présence et l'absence, l'amour et la haine, l'image et la substance. Dans vos romans, l'importance de ce thème se devinait. La relation entre vos narratrices et leur mère y apparaissait comme une révolte tronquée par la pitié des filles, conscientes de ce qu'avait été le destin non maîtrisé des mères. Dans vos romans la relation mère-fille est caractérisée par le mensonge et la nécessité de se protéger mutuellement. Elle est une relation vouée aux apparences derrière lesquelles peuvent se cacher une lucidité voire un cynisme terribles. En inscrivant ce thème dans un conte, très loin de l'urgence des récits à la première personne, vous l'élevez au niveau du mythe et du symbole. Jusqu'à pareil éclat est une oeuvre émouvante parce qu'elle indique que la tradition au féminin dont Alice Rivaz déplorait l'absence commence à exister...

  • Avec La Corde de mi, Anne-Lise Grobéty revient au roman : cette histoire de rencontres manquées et de paroles perdues a pour protagonistes un luthier et sa fille et pour cadre le haut pays neuchâtelois. C'est une belle histoire de rencontres manquées et de paroles perdues que raconte ici Anne-Lise Grobéty : entre une mère et son fils, entre deux frères séparés contre leur gré, mais surtout entre un père et sa fille, le luthier Marc Favrod et Luce, la narratrice trentenaire, qui ne se réconcilie qu'après sa mort avec cet homme au caractère difficile.
    «Bander étroitement/les deux parts de moi-même/serrer dur/le présent le passé » (selon José-Flore Tappy citée en épigraphe), c'est aussi pour Luce s'ouvrir à la possibilité d'un avenir partagé avec Nicola, le peintre italien dont le nom apparaît très tôt, quoique fugacement, dans ce quatrième roman ample et maîtrisé. Après plusieurs volumes de récits et de nouvelles, La Corde de mi marque ainsi le retour de l'écrivain à un genre qu'elle n'avait plus abordé depuis Infiniment plus (1989, réédité en camPoche en 2006).

  • Nous voici hors du temps, à la frontière, où il faut rendre des comptes à l'heure de l'addition. Lorsqu'elle entend " au suivant ! ", la vieille dame qui vient de quitter ce monde, ne s'attend pas à se voir reprocher, dans l'ordre alphabêtement chronologique, tous les " crimes " dont elle s'est rendue coupable dans sa vie: on commence par cent soixante dix-sept abeilles pour terminer par quelques vers de terre. En effet, pour l'épicier de l'au-delà, " tout se tient, du plus infime organisme au plus imposant et tous - luciole ou champion de sumo - sont animés par le même fragile principe de vie et se valent également au dernier bilan ". Un livre pour faire joyeusement réfléchir à notre responsabilité d'être vivant.

  • " Il pleut sur mon coeur comme il pleut sur la neige, de grosses caries grises se creusent dans la denture des champs, rigoles ravinent ma joue, temps à la morve, aux flaques, aux meurtrissures...
    - Chagrin, simple course, s'il vous plaît, deuxième classe.
    - C'est vraiment là que vous voulez aller, petite Madame ? Ce n'est pas une gare, à peine une halte.
    Pas même de quoi boire une vodka ! Et, dites, pleurer n'est pas de mise sur la banquise : vos larmes gèlent, la morve durcit, le corps caille sans répit, le crampon est d'usage de midi à minuit.
    - Ah oui ?... Bon, alors un chagrin aller et retour, je vous prie. " Il y a de la fable dans l'air de ces pages. Puis là, ce mouvement qui file en comptines. Ici ? C'est la phrase du conte qui emmène les temps de l'amour.
    De cet amour-là qui est fugue. Jusqu'au vertige. Dans l'alerte portée de ces chapitres qui sont autant de variations (treize fois dites, comme pour en prononcer l'irrévocable destin), méfiez-vous. C'est un bonheur grave qui passe. Vous l'entendez qui rôde et se glisse, drôle et imprévu. Vous le voyez qui grimpe en tons légers. Voilà qu'il s'élance. Qu'il enchante. Tenez : vous le suivez là qui cavale en rythmes courtois.
    Et voici qu'il se rapproche. Se tait, happé. Dans l'aigu de l'absence surgit ce tragique, contenu. Le chant du livre emporte son ombre. Le temps d'une merveille. JEAN-DOMINIQUE HUMBERT

  • Beaucoup de choses se bousculent et se mettent en place au cours d'Infiniment plus, le roman d'Anne-Lise Grobéty.
    On pourrait définir le thème du livre comme un doublé mouvement de désarroi, de dispersion, de vertige et, inversement, de prise de conscience et maîtrise de soi. La contradiction, ou, pour mieux dire, le déchirement, est au coeur de ce beau récit intense, dramatique et fervent, à la fois tourné vers un passé qu'il tente de ressusciter avec des joies et des plaies, ses découvertes, et vers un présent, non pas apaisé, mais réconcilié...
    Georges Anex, Journal de Genève. Rares sont les romans face auxquels il conviendrait non pas d'aligner des mots mais de se taire. Infiniment plus est de ceux-là. Il ne s'agit pas ici d'un silence critique ou de réprobation, mais d'un silence de respect, d'admiration, osons le mot. Résumer Infiniment plus serait lui enlever l'essentiel, le vertige des mots, la perfection de phrases qui disent le douloureux cheminement d'une femme au bout d'elle-même.
    Anne-Lise Grobéty entre lentement dans son récit, en hésitant, se demandant par quoi il faudrait commencer et où est le commencement... Monique Balmer, Femina

  • Et l'autre part ne peut se résoudre à l'insoutenable réalité.
    Comment refuser de voir que par mon égoïsme d'amoureux je vais ajouter de plein gré un nom à la liste de mes morts aimés : celui de mon bon maître dont la sagesse, la clairvoyance, la gaieté, la patience ont été l'apport de lumière de mon enfance et de ma jeunesse. "Si vous lâchez la mort hors de son enclos, m'avait-il dit un jour, vous pouvez être sûr qu'elle va s'empeser la panse de petits. Et croyez-vous qu'à leur tour ils ne vont pas aussi s'empresser, à peine le nid quitté, d'entrer dans la danse ? Serez-vous alors surpris quand, en retour, l'un de ceux-ci viendra vous picorer de son bec comme du grain sec ?..." Dans l'obscurité, sous ma main, je sentais le souffle d'Amarilla tendre et détendre sa poitrine.
    Je pensais à quel point ils étaient unis si profondément, elle et lui, qu'elle parlait comme lui. "Je crains que nous n'ayons bientôt des nouvelles de la mort et de ses petits", avait-elle soupiré la veille.

  • Un jour, sans crier gare, une fissure craquelle la surface polie de l'apparente sérénité. Quelle secousse sismique imperceptible initie la désagrégation de l'être intime ? On ne peut pas toujours la nommer mais elle est mortelle, souvent. Anne- Lise Grobéty appelle l'" Endouleur" cette expérience du malheur. Elle est commune à toutes les filles aux prénoms troublants qui font allégeance à cette Belle dame qui mord, la belladone mortifère. La souffrance n'attend pas le nombre des années : Paulia n'est qu'une toute petite fille oubliée dans la neige pendant que les adultes se déchirent. La blessure est parfois dérisoire, comme le désarroi de Liviane qui espère tant de reconnaissance de son professeur adoré quand il ne s'inquiète que de sa poitrine naissante. La douleur est assassine quand elle fait craquer les glaces intérieures de Myrthe et la précipite vers la folie et le crime. (Quatorze récits explorent ainsi les registres du malheur. Ils sont brefs, cinq ou six petites pages d'une - écriture travaillée à l'extrême, portée au bord de l'artifice, ciselée comme de la poésie. Anne- Lise Grobéty joue des rimes, de l'allitération. " Entêtant genêt autour de la tête ! ": c'est Liviane qui jubile au printemps, juste avant la fêlure. Les phrases s'évadent de la prose, s'organisent en vers le temps d'un quatrain, se répondent en jeux typographiques. A sujet grave, traitement ludique, ellipses énigmatiques qui suggèrent la cassure. La nouvelliste inaugure une écriture précieuse, raffinée à l'extrême, concentrée : quatorze variations brillantes sur basse continue.

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