Sciences humaines & sociales

  • La révolution qui conduit de l'économie du don caractéristique de la plupart des sociétés précapitalistes à l'économie du donnant-donnant des sociétés modernes s'est-elle étendue à tous les domaines de l'existence, comme le supposent tacitement ceux qui prétendent appliquer à toutes les pratiques le modèle de l'arbitrage entre coûts et intérêts (à l'éducation ou encore au mariage, par exemple, conçu comme échange économique de services de production et de reproduction) ? Et s'est-elle réalisée complètement au sein même de la sphère la plus strictement fondée sur la tautologie constituante « business is business » ?
    Dégageant les présupposés de l'anthropologie imaginaire propre à la théorie économique dans sa définition dominante, Pierre Bourdieu pose ici l'exigence d'une autre théorie, qui rompt avec l'idée de choix individuels libres de toute contrainte et substitue à la notion de marché pur et parfait celle de champ économique structuré par des rapports de force et des luttes symboliques.
    Il montre ainsi que, sans faire appel à la conscience calculatrice parfaitement lucide de l'homo oeconomicus, ou à la logique de la « rationalité limitée », l'on peut rendre compte du caractère « raisonnable » de la majorité des conduites économiques par l'ajustement des espérances subjectives aux chances objectives.

  • Ce second volume du cours de « sociologie générale », selon l'intitulé que Pierre Bourdieu avait donné au premier cycle de son enseignement au Collège de France, complète la présentation systématique de son appareil conceptuel et de sa démarche méthodologique.
    Après avoir insisté, au cours des deux années précédentes, sur les notions d'habitus et de champ, Bourdieu consacre une large part des trois suivantes à celle de capital et à l'articulation de ses trois concepts fondamentaux. Attentif aux difficultés de la transmission des savoirs, le sociologue réorganise par ailleurs son cours en le divisant en deux parties. La première, appelée « leçon », poursuit la présentation formelle de sa théorie. La deuxième, baptisée « séminaire », est quant à elle consacrée à des recherches en cours. Sont ainsi successivement abordés, notamment, un sondage réalisé en vue d'établir un classement des intellectuels influents, la révolution symbolique opérée par Manet et des lectures sociologiques d'oeuvres littéraires, parmi lesquelles Le Procès de Kafka et La Promenade au phare de Virginia Woolf.
    Cet exercice de synthèse, jamais vraiment renouvelé par Bourdieu, offre ainsi un exposé particulièrement accessible et vivant de l'une des entreprises théoriques les plus exigeantes en sciences sociales.

  • Transversale à l'oeuvre de Pierre Bourdieu, la question de l'État n'a pu faire l'objet du livre qui devait en unifier la théorie. Or celle-ci fournit à bien des égards la clé d'intégration de l'ensemble de ses recherches. Étudier cet " objet impensable ", c'est en effet appréhender le lieu d'où, dans les sociétés modernes, tous les pouvoirs tirent en dernière instance leur légitimité et leur autorité.Dévoilant les illusions de la " pensée d'État ", vouée à entretenir la croyance en un principe de gouvernement orienté vers le bien commun, comme celles de l'" humeur anti-institutionnelle ", qui résume la construction d'un appareil bureaucratique à une fonction de maintien de l'ordre social, Pierre Bourdieu montre que cette " fiction collective " aux effets bien réels est à la fois le produit, l'enjeu et l'espace ultimes de toutes les luttes d'intérêts.Mais, à rebours de sa réputation de théoricien ardu, cette transcription donne aussi à lire un " autre Bourdieu ", d'autant plus concret et pédagogue qu'il livre sa pensée en cours d'élaboration.À l'heure où la crise financière permet à des instances supranationales de hâter le basculement du rapport de force et de condamner, au mépris des démocraties, les services publics au démantèlement, cet ouvrage apporte enfin les instruments critiques nécessaires pour assumer, en toute lucidité, un rôle de citoyen.

  • C'est au XIXe siècle que se constitue l'univers littéraire que nous connaissons aujourd'hui, espace arraché aux bureaucraties d'Etat et à leurs académies.
    Nul ne peut plus désormais décider en maître absolu de ce qu'il faut écrire et des canons du bon goût : la reconnaissance et la consécration se jouent dans et par la lutte que se livrent écrivains, critiques et éditeurs. Le projet esthétique de Flaubert se forme au moment même où la conquête de l'autonomie entre dans sa phase critique. Et Pierre Bourdieu, décrivant la genèse et la structure du champ littéraire dans ses configurations successives, montre d'abord ce que l'oeuvre de Flaubert doit à la constitution du champ, de l'espace des positions et des prises de position des différents courants, mouvements, écoles, auteurs de l'époque, comment, en d'autres termes, Flaubert écrivain est produit par ce qu'il contribue à produire.
    En portant au jour les règles de l'art, la logique à laquelle obéissent les écrivains et les institutions littéraires, et qui s'exprime sous une forme sublimée dans les oeuvres, Pierre Bourdieu fait voler en éclats l'illusion de la toute-puissance du génie créateur, et pose du même mouvement les fondements d'une science des ouvres, dont l'objet serait non seulement la production matérielle de l'oeuvre elle-même, mais aussi la production de sa valeur.
    Loin pourtant d'anéantir le créateur sous l'effet des déterminations sociales qui pèsent sur lui, et de réduire l'oeuvre au milieu qui l'a vu naître, l'analyse déployée ici dans son extraordinaire puissance permet finalement de comprendre le travail spécifique que l'artiste (et l'écrivain en particulier) doit accomplir, à la fois contre ces déterminations et grâce à elles, pour se produire comme créateur, c'est-à-dire comme sujet de sa propre création.

  • Le discours économique classique repose sur des postulats qu'il présente comme allant de soi : offre et demande posées de façon indépendante, individu rationnel connaissant son intérêt et sachant faire le choix qui y correspond, règne inconditionnel des prix... Or il suffit d'étudier de près une transaction, comme Pierre Bourdieu le fait ici pour la vente et l'achat immobiliers dans le Val d'Oise, pour s'apercevoir que ces postulats abstraits ne rendent pas compte de la réalité.

    Le marché est construit par l'État, qui peut par exemple décider de favoriser l'accès à la maison individuelle ou à l'habitat collectif ; quant aux personnes impliquées dans la transaction, elles sont immergées dans des constructions symboliques qui font, au sens fort, la valeur des maisons, des quartiers ou des villes.

    L'abstraction illusoire des postulats classiques est d'ailleurs critiquée aujourd'hui par certains économistes ; mais il faut aller plus loin : l'offre, la demande, le marché, et même l'acheteur et le vendeur, sont le produit d'une construction sociale, de sorte qu'on ne peut décrire adéquatement les processus dits « économiques » sans faire appel à la sociologie.

    Au lieu de les opposer, comme on le fait traditionnellement, il est temps de comprendre que sociologie et économie constituent en fait une seule et même discipline ayant pour objet l'analyse de faits sociaux, dont les transactions économiques ne sont après tout qu'un aspect.

  • Pierre Bourdieu consacra les cinq premières années de son enseignement au Collège de France à un « Cours de sociologie générale », selon l'intitulé qu'il choisit lui-même de retenir. Le présent volume, qui sera suivi d'un second, en constitue la première partie.

    Prononcées dans une institution au sein de laquelle la place de la sociologie était encore largement à faire, ces leçons exposent d'une manière particulièrement claire et méthodique les concepts fondamentaux qu'il a développés et les différentes traditions, en philosophie et en sciences sociales, avec ou contre lesquelles il les a forgés. Cette intention pédagogique se démarque toutefois profondément de la rhétorique qui l'accompagne d'ordinaire en s'efforçant de transmettre un mode de pensée original plutôt qu'un corpus de connaissances établies.

    En raison de l'objectif affiché, ce cours peut être lu comme une présentation systématique de la théorie qu'il a élaborée, doublée d'une reconstruction inédite de sa genèse. Si Bourdieu a continué d'approfondir et de complexifier ses analyses au fil de son oeuvre, l'entreprise menée ici est restée sans équivalent et représente sans doute la meilleure introduction jamais donnée à son travail.

  • L'oeuvre multiple et complexe de Pierre Bourdieu a suscité, de par le monde, de très nombreuses interprétations et interpellations. C'est cet univers de discussions que Loïc Wacquant a reconstitué lors d'un séminaire tenu à l'Université de Chicago en 1987 puis au cours d'échanges serrés avec Pierre Bourdieu entre 1988 et 1991. Invitation à la sociologie réflexive livre les enseignements de ces échanges transatlantiques selon trois modalités complémentaires.Après une première partie exposant l'architecture conceptuelle et thématique des travaux de Pierre Bourdieu, Loïc Wacquant, au cours d'une interrogation méthodique nourrie de la lecture de l'oeuvre et de ses critiques, permet non seulement au sociologue de répondre aux objections qui lui ont été adressées, mais aussi de livrer, plus clairement que jamais, les fondements philosophiques et épistémologiques de sa démarche.
    Poussé et porté par cette interrogation, Pierre Bourdieu est conduit à révéler jusqu'aux implications éthiques et civiques de son travail et à réfléchir sur ses effets sociaux.En présentant, dans la troisième partie, le préambule à son séminaire de recherche à l'École des hautes études en sciences sociales, Pierre Bourdieu nous fait entrer dans son atelier, ce laboratoire où s'élabore une oeuvre à laquelle ce livre constitue la meilleure introduction.

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