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  • La scierie

    Anonyme

    Le lendemain matin, je me lève à cinq heures trente, je pars à six heures quinze vers Huisseau. On est en septembre, le jour se lève à peine. Je vois des quantités de lapins dans le parc de Chambord. J'arrive à la scierie en avance. Tout est sombre sous le hangar. J'ai dans mes sacoches ma gamelle qui contient mon repas de midi. Le chauffeur bourre la chaudière et fait monter la pression. Je m'approche du four et je me chauffe. Il est sept heures moins dix. Tout le monde arrive tout à coup et se rassemble autour du four. Garnier arrive bouffi, il n'a pas fini de s'habiller, il sort du lit, il ne mange pas le matin. Après de brèves politesses, à sept heures moins cinq, il gueule : - Allez, graissez !

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  • Le présent recueil réunit les textes que Nicolas Bouvier a écrit sur la photographie entre 1965 et 1996. A de nombreuses occasions, l'auteur genevois avait parlé de son métier d'iconographe, notamment dans le petit livre Le hibou et la baleine, paru en 1993, mais sa réflexion sur l'acte photographique restait à découvrir. Jusqu'à ce jour, les écrits qu'il a dédié à ce sujet (préfaces, articles de presse, introductions à des catalogues d'exposition) restaient dispersés. Près de quarante textes se trouvent ainsi rassemblés ici. Parmis eux, certains relatent également son activité de « chercheur-traqueur d'images », qui aura été son gagne pain durant près de trente ans. Il nous a paru intéressant de les reprendre ici, d'autant plus que quelques-uns de ces textes sont totalement inconnus et n'ont jamais été republiés.
    Photographe à ses débuts (par nécessité), portraitiste (par accident), chroniqueur (« aliboron ») : la photographie est une constante dans le parcours de l'écrivain voyageur. Nicolas Bouvier s'intéresse à la photographie parce qu'il entretient un rapport passionnel à l'histoire de l'estampe. Les images qu'il affectionne n'appartiennent jamais à la « grande » peinture classique mais toujours à l'art populaire. Dans les textes qui composent ce recueil, il est beaucoup question de ses tâtonnements : l'important pour l'écrivain étant d'élaborer une esthétique de l'effacement puis de se « forger une mémoire iconographique ». Il tirera son enseignement de ses nombreux voyages et des recherches infatigables dans les bibliothèques du monde entier.

  • L'histoire de la médecine, pour l'essayiste, critique et homme de culture Jean Starobinski, est au croisement exact entre ses formations et ses intérêts de médecin, de critique littéraire et d'historien des idées et des sciences. Son Histoire de la médecine, parue en 1963 dans la Nouvelle Bibliothèque illustrée des sciences et des techniques, des éditions Rencontres, et jamais rééditée depuis, en est l'un des témoignages les plus marquants. Starobinski rêvait d'une histoire sans frontières, qui relierait les différents domaines du savoir, la littérature, les arts, les sciences, la philosophie, la médecine, une histoire dont il s'est montré l'un des spécialistes les plus éminents de son siècle.
    Avec cet ouvrage, il puise à ces différentes de ces disciplines, et met en évidence avec une remarquable cohérence la manière dont elles se sont nourries mutuellement dans l'élaboration, au fil des siècles, de la figure du médecin, de l'ensemble des moyens diagnostiques et thérapeutiques dont il dispose, et de la nature du lien qui l'unit au malade. Ce faisant, il nous invite tout à la fois à une philosophie portant sur les valeurs fondamentales de notre existence, et une prise de conscience critique de la médecine, suggérant que cette dernière « ne nous rendra plus heureux que si nous savons exactement ce qu'il faut lui demander. »

  • Ce qui reste de nous Nouv.

    Ce qui reste de nous

    Fabienne Raphoz

    Avec Ce qui reste de nous, Fabienne Raphoz continue à creuser son sillon tout en se renouvelant. Depuis toujours attentive à la beauté et à la fragilité du vivant qu'elle s'ingénie à rendre dans sa poésie, elle cherche dans ce nouveau livre à dépasser la tension de son précédent recueil, entre hymne et élégie, tension que l'utilisation de l'espace dans la page vise aussi à traduire. Le temps nous étant compté, à nous individus comme peut-être à nous, espèce humaine, il importe de voir, d'entendre et de louer ce à quoi nous tenons, ce à quoi nous sommes intimement liés sur l'échelle des temps. La poète nous convie aussi bien sur le terrain, dehors - où l'émergence d'une libellule, le regard d'un renard nous ravit, invite, comme une rencontre simple et directe -, que dans nos mémoires.

    Suivant l'injonction de Marlen Haushofer : « Aussi longtemps qu'il y aura dans la forêt un seul être à aimer, je l'aimerai, et si un jour il n'y en a plus, alors je cesserai de vivre », consciente de ce « sursis d'aurore » qui nous est encore offert, Fabienne Raphoz partage ce « sens de la merveille » que l'on attribue, souvent, aux seuls enfants. Ce livre, conçu en cinq mouvements, s'emploie à retrouver ce lien perdu.

  • Après les cendres Nouv.

    Après les cendres

    Benoit Damon

    Divisé en huit parties, Après les cendres peut se lire comme une chronique de deuil, tenue quatre années durant. L'auteur y interroge la disparition de la figure du père. « Écrire, c'est avoir la mort au bout de la langue. » Emprunté à Michel Schneider, cet exergue donne le la aux brefs chapitres d'un récit autobiographique fragmenté. Regard ironique et humour noir y font souvent pièce à la douleur commune : ils éclairent, subvertissent la part sombre des événements.
    Par fidélité à une mémoire ancienne, certains lieux se détachent de l'épaisseur du temps ; ils bornent un territoire personnel et dessinent une géographie intime. Une filiation se dessine alors - mais en creux. Une transmission opère - mais par défaut. Une reconnaissance apparaît - mais grevée par le remord.
    Une fratrie s'y esquisse - mais trouée par la dispersion. Bref, l'ordre naturel des choses suit son petit bonhomme de chemin. Et Benoît Damon arpente, avec une légèreté d'observateur attentif aux moindres faits, le plus grand cimetière de la ville jusqu'à découvrir ce qu'il ignorait y chercher. Entretemps, deux baudruches tombées du ciel, chacune porteuse d'un message espérant une réponse, sembleront lui avoir été expressément adressées par-delà une frontière invisible. Mais laquelle au juste ? Peut-être bien celle qui relie, plus qu'elle ne sépare ou divise, les morts des vivants ; et les hommes des enfants qu'ils furent hier, jusqu'à ceux d'aujourd'hui.

  • La Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix est écrite durant l'été 1938, entre le début juillet et la mi-août. Jean Giono la rédige dans une atmosphère de bouleversement. En pacifiste convaincu il sait que depuis l'Anschluss les Français se préparent de plus en plus à la guerre et sont prêts à la faire. Son intention n'en est que renforcée?: «?Continuer à combattre, écrit-il le 16 mars dans son journal, contre le militarisme et forcément commencer par lutter contre celui de ma patrie.?» Or abattre la guerre, c'est abattre l'État, quel qu'il soit.
    Cet éloge de la pauvreté et de la paix nous force à nous retourner sur la figure du paysan, mais aussi à questionner une société occidentale se donnant en modèle et refusant de fait toute contestation.

    Recevoir cette lettre et la lire c'est un peu devenir paysan soi-même, c'est regagner le droit d'être libre et autonome.

  • Rêver à la Suisse

    Henri Calet

    Selon le Littré, rêver à la suisse, c'est « avoir l'air de penser à quelque chose, et ne penser à rien ». Henri Calet se joue de la polysémie et adopte la formule pour ce petit recueil de chroniques achevé d'imprimer en décembre 1948 - année de parution chez Gallimard de l'emblématique Le tout sur le tout avec lequel il manque de peu le Goncourt.
    Rêver à la Suisse est pourtant bien un livre sur la Confédération Helvétique, « ... le pays où l'on meurt en cueillant des edelweiss ». Sortie de la guerre, la France est en liesse. Calet choisit lui de se rendre en Suisse pour quelques brefs séjours. L'écrivain tient un journal, observe avec distance et malice. Ces récits fragmentaires, véritables prouesses stylistiques, sont des reportages insolites sur un pays resté « neutre et prospère » qui lui parait tout de même très étranger !
    Avec candeur ou ironie, Calet s'attarde sur mille détails, la qualité des marchandises, la politesse des commerçants, l'abondance des distributeurs automatiques et la facilité avec laquelle il est possible de se procurer des cigarettes. L'écrivain se montre toujours bienveillant, il sourit avec nostalgie : en temps de paix comme en temps de guerre, la vie est bien dérisoire !

  • Tout au long de ces pages, par le prisme de la littérature, une femme nous parle de son métier, l'enseignement, mais aussi de sa vie quotidienne et de ses rencontres. Hélène Sevestre décrit son métier d'enseignante au plus proche et à même les choses, à même les gens. Elle évoque aussi les temps hors du travail, son lien au monde, ses amis et les paysages qui l'entourent. Recension autobiographique sous la forme d'un journal, la narration que l'on découvre nous renvoie à l'art du tressage. Dans un perpétuel entrelacement, l'auteure joue avec les matières et les sensations les plus simples.

  • Originaux et provocants, les écrits de John Berger sur la photographie font partie des textes les plus révolutionnaires du 20e siècle. Ils analysent les oeuvres de photographes tels qu'Henri Cartier-Bresson et Eugene Smith avec un mélange d'intensité et de tendresse, tandis qu'ils sont toujours portés par une implication politique réelle. À leur manière, chacun des ces essais tente de répondre à la question suivante : comment regardons-nous le monde qui nous entoure ?
    Regroupant des textes issus de catalogues d'artistes, expositions, articles, etc., Comprendre une photographie est un voyage à travers les oeuvres de photographes divers, d' André Kertész à Jitka Hanzlová, en passant par Marc Trivier, Jean Mohr ou Martine Franck. Certains des articles regroupés ici ont déjà fait partie de choix de textes de John Berger publiés notamment aux éditions de L'Arche, Champ- Vallon ou Le Temps des Cerises, tandis que d'autres sont traduits en français pour la première fois. La présente sélection reprend l'édition anglaise intitulée Understanding a Photograph, établie par Geoff Dyer et publiée en 2013 chez Penguin Books.
    « La photographie, pour ces quatre auteurs [ Roland Barthes, Walter Benjamin, John Berger et Susan Sontag ], a un intérêt particulier, mais ce n'est pas une spécialité.
    Ils approchent la photo non avec l'autorité de curateurs ou d'historiens du médium mais comme essayistes, comme écrivains. Leurs textes sur le sujet ne sont pas tant les produits d'un savoir accumulé que la consignation active du mode ou processus d'acquisition et de compréhension d'un savoir. » Geoff Dyer, extrait de l'introduction à Comprendre une photographie

  • En 2010, les éditions Héros-Limite ont publié Poèmes, de Constantin Cavafy. Sur cet auteur discret, pourtant considéré comme l'un des plus grands poètes grecs de ces cent-cinquante dernières années, peu de choses sont connues. Malgré une oeuvre abondamment commentée, une partie de sa biographie restait encore relativement mystérieuse. Qui mieux qu'un romancier de talent, au parcours parfois étrangement similaire à celui de Cavavy, pour nous dire la vie de ce poète ? Qui d'autre qu'un écrivain lui-même poète pour traduire la sensibilité et d'un homme, et d'une oeuvre ? Personnage atypique lui aussi du fait de son relatif excentrement littéraire, Robert Liddell semblait tout désigné à accomplir cette tâche.

  • Militant anarchiste, Paul Reclus n'a eu de cesse, au cours de sa vie, d'exposer ses idées à travers de nombreux articles et de son activité d'enseignement.
    L'établissement d'une commune libertaire, esquissée dans nombre de ses textes, se fonde sur une réflexion apronfondie autour du travail, de l'éducation, de la réforme des « pensées séculaires des paysans », revenant sur des questions de propriété, suggérant des modes d'action et d'organisation de la société à partir de cellules de base.
    Les textes d'Élisée Reclus inclus dans le volume s'attachent eux aussi à penser une nouvelle organisation sociale à travers les questions de la terre, du travail du sol et de la propriété.
    Poursuivant le travail de réédition des écrits des frères Reclus entamé il y a dix ans déjà, Plus loin que la politique introduit un nouvel auteur dans le corpus :
    Paul Reclus, fils d'Élie et neveu d'Élisée. Cet ouvrage réunit un ensemble d'articles parus dans la revue Plus loin, un texte paru dans « Les Temps nouveaux », ainsi que d'un texte écrit par Élisée Reclus. Collectés par Alexandre Gillet, qui dirige la collection géographie(s) aux éditions Héros-Limite, ces textes permettent d'appréhender la vision radicale de Paul Reclus sur le monde, la politique, le travail, la communauté, le travail agricole, etc.

  • Sans être un éducateur proprement dit, Élisée Reclus peut-être considéré comme une figure-clé de l'éducation libertaire et de la création d'écoles « libérées » et d'universités populaires entre le 19e et le 20e siècles. Son intérêt pour l'éducation traverse toute son oeuvre, et si les textes explicitement dédiés à cette question sont assez rares, sa langue même en fait un passeur de savoir formidable. Très largement diffusés, ses écrits vont littéralement ouvrir toutes les portes. Pour Reclus, le savoir permet non seulement de se construire, mais aussi de s'appartenir.
    C'est selon lui à travers l'étude et l'observation de notre milieu que les contours de notre existence et de notre condition terrestres apparaissent le plus distinctement.
    La personne humaine ne peut se connaître hors de son appartenance à la nature. Plutôt que d'opposer culture et nature, il choisit volontairement de les penser ensemble. « L'homme, écrira-t-il en tête de son dernier ouvrage, est la nature prenant conscience d'elle-même ».
    Cet intérêt est largement partagé dans son cercle d'amis. Pierre Kropotkine et Charles Perron proposent eux aussi une éducation géographique en actes, une approche directe et complète du monde entièrement dédiée à la découverte d'un lieu non borné.
    A l'heure où les repères proprement géographiques se brouillent, les écrits d'Élisée Reclus et de ses collaborateurs réunis dans La joie d'apprendre rappellent avec une insistance bienvenue que tout commence ici, autour de nous, dans cet espace de connivence entre lieu et monde, entre expérience et savoir. Sachant que savoir c'est enseigner, et qu'enseigner c'est rendre ce qui nous a été donné.

  • Au fond, les Pyrénées, je n en ai rien à faire. Voici déjà deux mois que je circule à pied ou en voiture d une localité à l'autre-pourquoi ? Qu'est-ce que cela signifie ? Pour demain, j'ai sur mon agenda une visite fatigante, et en plus il me faut lire à ce sujet deux livres anciens. Peut-être qu'ils sont à la Bibliothèque Nationale ? ... Tout cela est ridicule. Et la vitre est froide.

  • Billets pour un moulin à prière est un livre de poèmes traduit ici pour la première fois en français. Ce recueil a été publié chez de nombreux éditeurs américains (University of Missouri Press, 1974 ? ; New York, Bantam, 1975 ? ; New York, Harper Colophon, 1986 ? ; Middletown, Connecticut ? ; Wesleyan University Press, 2002). Billets pour un moulin à prière est une méditation et une quête spirituelle ? : celle de la jeune Annie Dillard, qui se fraie un chemin de pensée dans l'observation du monde qui l'entoure.
    Ce monde transparaît dans les mots qu'elle agence, dans les visions qu'ils produisent et dans les sensations qu'ils sucitent, par petites touches, intenses et fragiles. L'étude des minéraux, des insectes, des animaux, des êtres humains et de leur manière d'habiter le monde nourrissent cette écriture sensuelle et pensive.

  • Observateur de la vie du vallon de Marcillac, situé dans l'Aveyron entre Rodez et Conques, Mathieu Provansal donne à lire dans ce recueil une sélection des chroniques de son bulletin intitulé L'officier du vallon. Ses récits font caisse de résonance des enjeux de l'aménagement des territoires ruraux français. Mathieu Provansal mène des enquêtes, se renseigne, raconte et relate des soirées ou moments festifs, artistiques, tient le baromètre de l'environnement marcillacois. Une démarche proche de Charles-Albert Cingria, ou de certains écrits de Alexandre Vialatte.

  • Les deux bouts

    Henri Calet

    En 1953, on commande à Henri Calet une série de reportages sur des gens de condition modeste vivant à Paris ou sa proche banlieue. Réunie sous le titre Un sur cinq millions, cette galerie de portraits hauts en couleurs paraît dans Le Parisien Libéré de mai à juin 1953.
    Henri Calet donne notamment la parole à un chauffeur de taxi, à une femme de ménage, un concierge, un ouvrier spécialisé... Cette série de rencontres agit comme une série de petites nouvelles. Elles sont un témoignage d'une qualité exceptionnelle sur les conditions de vies des petites gens, sur la réalité et les transformations du travail dans le monde contemporain.
    Réunie sous le titre Les deux bouts, la série de reportages paraît en 1954 chez Gallimard, dans la collection « L'Air du Temps », dirigée par Pierre Lazareff. Cet ouvrage remarquable, qui n'a curieusement jamais été réédité depuis sa parution.

  • A l'heure où le pouvoir de la cartographie paraît sans limite, où, par la force et la vitesse de calcul, les artifices et les conventions qui l'ont rendue possible s'estompent de plus en plus et deviennent de plus en plus difficiles à discerner, son ambivalence doit être plus que jamais soulignée. A la fois remède et poison, la carte peut en effet figurer comme défigurer le monde, nous mettre en rela-tion comme faire écran. A la réflexion, le cartographe n'est pas tant celui qui dessine la carte que celui qui va conserver en lui, coûte que coûte, la capacité d'être questionné par ce qu'il est en train de réaliser ou d'utiliser. Dans l'esprit d'Élisée Reclus (1830-1905) ce questionnement s'inscrit dans la volonté de nous en tenir toujours à la vérité géographique, quand bien même « toutes les représentations et tous les symboles de la vie sont sans grand rapport avec la vie elle-même », quand bien même « nos ouvrages sont dérisoires en regard de la nature ». Il sait que c'est un cas de conscience pour les géographes et les cartographes de toujours montrer la surface terrestre telle qu'ils la savent être et non telle que l'on voudrait qu'elle paraisse. Conscience cartographique donc, marquant le chemin à parcourir jusqu'à la « cartographie vraie », ainsi que la distance nous en séparant encore. Écrits cartographiques rassemble les écrits cartographiques majeurs, pour une part inédits, d'Élisée Reclus et de ses proches collaborateurs, Paul Reclus, Charles Perron et Franz Schrader.
    Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin d'une cartographie capable de donner à sentir et percevoir l'unité terrestre, en son tout et en ses parties. Les objets (globes, cartes, reliefs) conçus et imaginés par Reclus et ses proches l'ont été dans ce but. Ils demeurent à construire.

  • Ceci est l'histoire d'un jeune homme, d'un jeune Allemand. Né vers 1490, peut-être plus tard, il est mort en 1525, la tête tranchée par le billot.
    En mars 1525, 40'000 paysans fomentent une insurrection, ils démolissent des centaines de châteaux forts et confisquent leurs richesses. A leur tête, un jeune prédicateur exceptionnel, Thomas Munzer dont les discours radicaux inquiètent depuis longtemps Luther et les princes de l'Empire germanique.
    En quatorze chapitres serrés, Maurice Pianzola retrace le destin de ce personnage marquant de l'histoire allemande qui se dresse contre les puissants de son temps en remettant au centre le premier message évangélique : la simplicité.
    Omnia sunt communia - Toutes choses sont communes et chacun devrait recevoir selon ses besoins. Autant de devises répétées par Munzer durant l'ultime interrogatoire mené sous la torture avant sa décapitation.
    Comme le souligne Raoul Vaneigem, «Pianzola part à la découverte d'hommes qui a travers leur création se cherchent. [...] Il perçoit plus qu'un simple élan de sympathie dans le ralliement secret ou déclaré de Dürer, Cranach, Holbstein, Grünewald, les frères Beham, Urs Graf, Ratgeb, Riemenschneider, au parti paysans incendiant les châteaux de l'oppression et revendiquant une société où la destinée de l'homme ne se réduise plus à l'état bestial de la proie et du prédateur, de l'exploitateur et de l'exploité. Ce qui les anime, c'est le sentiment que, créée dans une générosité qui a soif de perfection, la peinteure ou la sculpture n'est que l'esquisse d'une création de soi plus exigeante encore et pour laquelle le monde entier doit être refaçonné».
    Dans son récit, Maurice Pianzola démontre l'existence d'une histoire souterraine de l'utopie révolutionnaire, dont l'expérience historique de Thomas Munzer et de « la guerre des paysans » constitue une des manifestations les plus remarquables.
    Quelques années après l'écrasement de la révolution spartkiste le philosophe allemand Ernst Bloch (1885-1977) publiait en 1921 son livre Thomas Münzer als Theologe der Revolution. La traduction de cet ouvrage, initialement paru chez Gallimard vient de ressortir aux éditions Les Prairies ordinaires. Pouvant s'adresser à un lectorat plus large, notre projet éditorial dépasse la théorie politique en éclairant d'un point vue humaniste cette période historique.

  • Dans cette suite de promenades-récits on suit Daniel de Roulet à travers une Suisse arpentée d'abord d'ouest en est, puis du nord au sud. Le protocole est simple : sur treize randonnées d'abord, aller de Genève à Rorschach dans le canton de Saint- Gall. Puis sur seize autres, aller de Porrentruy dans le Jura suisse, à Chiasso dans le Tessin. Pour chaque tronçon effectué, s'accompagner d'un écrivain, poète ou autre figure marquante liée, d'une façon ou d'une autre, aux endroits traversés.
    On retrouve Tolstoï, Lénine, Paracelse, Goethe ou encore Rimbaud, mais aussi, évidemment, plusieurs classiques de la littérature suisse, d'Annemarie Schwarzenbach à Ramuz, en passant par Walser, Max Frisch, Agota Kristof ou Dürrenmatt.
    Traversée de la Suisse géographique, certes, mais aussi intellectuelle, une «Suisse de travers» aperçue par la multiplicité des regards posés sur elle. Les promenades de Daniel de Roulet, tissées des citations des auteurs emportés, sont aussi des descriptions « en temps réel » des chemins empruntés, des vues qui s'offrent au marcheur, de la qualité des terrains empruntés... et sont souvent agrémentées du récit de quelque fait historique marquant.
    Itinéraires de marche, itinéraires de pensée. Comme une sorte de guide atypique et littéraire de la Suisse, les vingt-neuf textes-étapes de Daniel de Roulet nous invitent dans une Suisse inédite, celle du marcheur contemporain qui, fort de ses propres réflexions, s'accompagne d'autres penseurs pour avancer - physiquement et autant que littérairement.

  • Dans Autour du cairn, Alexandre Chollier multiplie les points de vue. Il mêle analyse et références anthropologiques, philosophiques et sociologiques et propose un large éventail de références issues de ses recherches. Rythmé par les dessins de Marc De Bernardis - un ami peintre amoureux de montagne à l'origine de son intérêt pour le cairn, Autour du cairn convoque des lieux, des récits et des voix de poètes, d'anthropologues, de philosophes - pour faire entendre la « parole des pierres ». Édouard Glissant, Jean Giono, Maurice Chappaz ou Roger Caillois sont invités à nourrir cette réflexion. Mais aussi Nicolas Bouvier, qui écrivait : « Je ne pars jamais des mots pour aller aux choses, toujours l'inverse. » Si la figure du cairn se fait à l'occasion silhouette, ses noms ne manquent pas d'indiquer l'essentiel et de dessiner un monde où l'humain et le non-humain deviennent solidaires l'un de l'autre. Des noms dès lors à la présence vive :
    Galgal, clapier, montjoie, monticule, murger, tumulus, castelet, champignon, garof, segnavia, ometto, uomo di sasso, mound, Steinmann, Steinberg, Steinpyramide, Wegweiser, radjma, kerkour, kalacha, nishan, chaps, chorten, stûpa, laptse, obo, apacheta, innunguaq, inuksuk...
    Dans le cairn rien n'est isolé, ni mot, ni chose, ni être, ni lieu. Indicateur d'une géographie concrète, le cairn dit le monde tel qu'il est.
    Dans l'Himalaya, les Alpes et en Laponie, sur les sentiers des anciens pays celtes et chez les Indiens d'Amérique, il indique une frontière, borne le chemin, marque le passage d'un col, une tombe ou un lieu de chasse. Les passants - bergers, nomades, randonneurs ou voyageurs - y ajoutent une pierre, prenant le risque de l'écroulement ; oeuvre collective en constante transformation, le cairn résiste au passage du temps justement parce qu'il est fragile, toujours changeant et reconstruit.

  • Le recueil Les Alpes nous projette à la suite du géographe et de ses amis en plein coeur de l'Europe, dans ce que Reclus considérait comme sa colonne vertébrale.
    Un espace pétrit d'échanges, appelant les liens, nourrissant le mouvement ;
    Dans les faits faisant de la montagne et de ses alentours un monde ouvert. Si par ailleurs la « frontière » demeure, elle permet à de nouvelles formes de liberté et d'autonomie d'exister.
    Élisée Reclus entretint tout au long de sa vie un rapport intime avec les grandes Alpes, que ce soit lors de ses nombreuses excursions, préalable indispensable pour l'écriture de guides de voyage touristiques Joanne, ou lors de son long exil en Suisse. Il disait qu'une existence est incomplète, lorsqu'il lui manque la joie d'un voyage dans Les Alpes.
    Qui aime vraiment un lieu, un espace, sait qu'il s'agit d'en conserver et d'en augmenter la beauté. Élisée Reclus décrit le monde alpin avec force et conviction.
    Pour nous accompagner dans cette découverte sensible, deux proches de Reclus : l'anarchiste James Guillaume (1844-1916) et le cartographe Charles Perron (1837-1909).

  • Par fil spécial, comme l'indique son sous-titre, est le «carnet d'un secrétaire de rédaction». Série d'anecdotes mordantes et de portraits acerbes, le livre relate avec cynisme le quotidien d'un journal, La Dernière Heure (nommé L'Uprême dans le livre), où André Baillon a travaillé pendant plus de dix ans (1906 à 1920).
    En vingt-quatre courts chapitres qui sont comme autant de chroniques, les travers du monde journalistique, les pratiques douteuses des rédacteurs et les inconséquences du métier sont narrés avec force vivacité et ironie. Pour Baillon qui a si mal vécu ses années de journalisme, c'est aussi un moyen de mettre en évidence l'assujettissement absurde des journalistes à la constante et parfois irréalisable injonction de la nouvelle « fraîche », à l'urgence des horloges qui tournent, à la néecessité du texte facile à lire, à l'obligation du fait divers, à la superficialité d'une écriture vouée à être éprhémère.
    Au-delà des anecdotes relatées, le livre est aussi un formidable témoignage du fonctionnement d'un journal au début du 20e siècle, quand les machines (rotatives, presses à épreuve, etc.) se trouvaient à côté des bureaux de rédaction et que les articles s'écrivaient à la main. En « écrivain ethnographe »1, André Baillon parvient à dresser un portrait remarquable du journalisme, peut-être encore .

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