Vrin

  • Jerrold Levinson est une des figures majeures de l'esthétique contemporaine. Le présent ouvrage fait suite à un premier recueil d'Essais de philosophie de la musique (Vrin, 2015). Il rassemble six essais du philosophe ayant trait à la question de l'expérience musicale. Qu'est-ce qui fait le propre d'une expérience esthétique de la musique ? Quelle est la valeur de la musique ? Quel sens la musique revêt-elle pour nous ? etc. Ces questions fondamentales trouvent sous la plume de Jerrold Levinson des réponses claires et argumentées, qui intéresseront aussi bien les philosophes et les psychologues que les musicologues.
    Cet ouvrage s'accompagne d'une série de textes introductifs qui permettront aux lecteurs de resituer les textes de Jerrold Levinson au sein des débats qui animent la philosophie de la musique anglo-saxonne de ces trente dernières années, et d'appréhender les liens inévitablement complexes que l'on peut tracer aujourd'hui entre l'esthétique musicale et les sciences cognitives de la musique.

  • Lettres choisies

    Maurice Emmanuel

    Personnalité majeure de la vie musicale en France dans les premières décennies du XXe siècle, Maurice Emmanuel (1862-1938) a construit une oeuvre originale à la croisée de la création musicale, de la science de l'Antiquité et de la musicologie. Les lettres rassemblées dans ce volume, pour la plupart inédites, révèlent l'étendue des recherches d'un compositeur en quête de nouveaux moyens d'expression, et qui a été un helléniste et un historien de la musique de premier plan. Mais la correspondance de cet artiste emblématique d'une certaine « modernité classique » témoigne tout autant des qualités humaines d'un musicien qui a marqué des personnalités aussi diverses que Léo Delibes, Antoine Marmontel, Théodore Dubois, Paul Dukas, Ferruccio Busoni, Jacques Copeau, Émile Jaques-Dalcroze, Charles Koechlin, Paul Desjardins, Jacques Rouché, Charles Tournemire, Olivier Messiaen, Georges Migot, Henri Dutilleux. Lire ses lettres aujourd'hui, c'est entrer de plain-pied dans la vie musicale et intellectuelle de la Troisième République et découvrir une abondance de témoignages originaux sur les contemporains d'Emmanuel, depuis Saint-Saëns, Franck et Delibes jusqu'à la jeune génération des années 1930. C'est aussi mieux comprendre les enjeux artistiques, politiques et idéologiques d'une période faste de la musique française

  • Le monde de l'opéra - ses fidèles et ses critiques - est secoué depuis des décennies par un débat intense autour des enjeux de la mise en scène lyrique : est-il légitime de qualifier certaines productions d'« infidèles » par rapport aux intentions du créateur? Qu'est-ce qui, au contraire, permet de parler de « fidélité »? L'objectif de ce livre est de tenter de déterminer par rapport à quels aspects spécifiques de l'univers du créateur et de l'oeuvre, ces jugements ont été construits.
    L'auteur fonde son argumentation sur quelque deux cents trente productions européennes, américaines et canadiennes, et tout particulièrement celles d'opéras de Berg, Bizet, Debussy, Haendel, Janáãek, Mozart, Offenbach, Richard Strauss et Wagner. Chez ce dernier, la multiplicité des enjeux politiques, sociaux et idéologiques en fait la pierre de touche de toute mise en scène lyrique. L'oeuvre de Patrice Chéreau est également au coeur de cette investigation, mais l'auteur en confronte constamment les enjeux avec les productions du Metropolitan Opera de New York, du Glimmerglass Opera Festival de Cooperstown (USA) et des Festivals d'Aix-en-Provence et de Bayreuth.

  • Norman McLaren oeuvre dans le domaine onirique de l'animation. David Cronenberg est maître du genre de l'horreur intérieure. Que peuvent donc partager ces deux cinéastes canadiens aux univers si distincts ? Chacun a construit une relation à long terme avec un compositeur - respectivement Maurice Blackburn et Howard Shore. D'un duo à l'autre, le musicien occupe une place centrale au sein de la création collective ; sa musique se révèle comme une composante fondamentale. Le livre fait la lumière sur les mécanismes collaboratifs et la pensée de ces duos. Plus généralement, il établit une poïétique de la création musico-filmique, décrit et comprend les processus créateurs filmique et musical qui déterminent la composition d'une musique de film et, plus encore, une musicalité de tout le complexe audiovisuel. L'auteure offre un portrait inédit de pratiques musico-filmiques novatrices tout en proposant de nouvelles approches analytiques pour la musique de film.

  • Les Fantaisies de Mozart, Chopin et Schumann, la Wandererfantasie de Schubert sont aujourd'hui bien connues et font partie du répertoire des virtuoses. Ce n'est que l'infime partie d'une impressionnante production d'oeuvres pour clavier qui ont pris pour modèle la pratique de l'improvisation, capitale au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Ce livre propose de redécouvrir la richesse d'un genre en observant non seulement les oeuvres les plus célèbres, mais encore des partitions oubliées et pourtant passionnantes.
    Au-delà de l'histoire du genre, il s'agit ici de percevoir l'essor inexorable d'une esthétique qui nourrit la création pendant une centaine d'années. L'esprit de fantaisie et l'écriture improvisatrice pénètrent les autres genres et propagent une pensée musicale nouvelle : celle du romantisme. Ce volume remet en cause nombre d'idées reçues et présente une relecture de la période trop souvent décrite en une succession de ruptures.

  • La steppe eurasienne n'a cessé de fasciner les voyageurs, missionnaires, archéologues et historiens. Or, leurs récits anciens laissent peu de place à la description des traditions musicales. Même si la documentations ethnomusicologique s'est enrichie depuis les années 1950, et surtout après la chute de l'empire soviétique, aucune étude d'envergure n'avait été, jusqu'ici, consacrée à la systématique de ces musiques.
    Ce livre propose donc une méthodologie novatrice pour l'étude des répertoires turciques d'Asie intérieure. A partir de matériaux recueillis sur le terrain, l'auteur dévoile le fonctionnement de pièces musicales appartenant aux différents répertoires de la vie quotidienne et rituelle, et qu'il a recueillies auprès des populations touvas, kirghizes, ouzbèkes, kazakhes et karakalpakes. Cette entreprise intègre également des données paramusicales et conceptuelles pour accéder aux structures inconscientes de « l'homme-musicien ». L'étude est accompagnée d'un site internet.

  • L'oeuvre monumentale de Darius Milhaud (1892-1974) retrace la trajectoire d'un compositeur de son temps, conscient des enjeux esthétiques de la modernité musicale française. Figure de proue de la polytonalité, membre du Groupe des Six, Milhaud n'a cessé tout au long de sa carrière d'expérimenter des avenues compositionnelles novatrices. Sa nature profondément inventive, conjuguée à une constante ouverture d'esprit aux arts et aux lettres, l'amène à se tailler une place de choix parmi ses contemporains de la scène musicale internationale. Les onze études rassemblées ici permettent de découvrir de nouveaux aspects de la production et de la personnalité créatrice du compositeur français. En plus de présenter de nombreux documents d'archives inédits (lettres, correspondances, programmes de concert et documents iconographiques), ce collectif jette un regard critique sur des oeuvres généralement ignorées, et tout particulièrement celles écrites pour la voix, la scène, le ballet et le cinéma.

  • L'expression « École de Paris » est née dans le milieu des arts visuels des années 1920 pour désigner les artistes étrangers installés dans la métropole. Ensuite appliquée à la musique, elle a été employée pour indiquer des réalités aussi différentes qu'un groupe de compositeurs immigrés à Paris dans l'entre-deux-guerres (C. Beck, T. Harsányi, B. Martinu, M. Mihalovici, A. Tansman et A. Tchérepnine) et l'ensemble de tous les compositeurs de toute époque ayant vécu au moins une partie de leur vie dans la Ville Lumière.
    Une enquête à travers la presse, les correspondances, les émissions radiophoniques, les partitions et les ouvrages savants reconstruit les origines, l'histoire et les enjeux de cette étiquette polyvalente (d'où le pluriel du titre). Un nouveau regard sur la réalité cosmopolite du Paris musical de l'entre-deuxguerres est ainsi offert au lecteur : xénophobie, internationalisme, défense du « génie de la race » et fascination pour l'exotisme coexistent dans le discours et dans les faits. Cet ouvrage éclaire les enjeux concernant la place occupée par les oeuvres des compositeurs étrangers à Paris au sein de la musique « française », offrant ainsi un regard inédit sur l'histoire de l'immigration en France.

  • Qu'en est-il de l'épuration dans le milieu musical? Quel rôle la Radio tient-elle à la Libération? Quels sont les lieux de concerts, les orchestres, les ensembles et les festivals, où s'exprime, pendant dix ans, une nouvelle modernité? Quelles sont les lieux et les méthodes d'enseignement de la composition? Comment sont transmis les apports des maîtres du premier XXe siècle? Cet ouvrage collectif, qui réunit les meilleurs spécialistes, entend répondre à ces questions, tout en établissant un paysage de la création au cours de la décennie 1944-1954. Quelles sont les relations entre le Groupe des Six, le Groupe Jeune France, la musique concrète naissante, les musiciens indépendants et la nouvelle génération sérielle, nourrie de l'enseignement d'Olivier Messiaen et de René Leibowitz? En quoi le jazz et la chanson reflètent-ils les bouleversements politiques et sociaux de l'après-guerre? C'est l'époque où se développent aussi la musicologie et l'esthétique musicale, où se multiplient les ouvrages et les revues sur les histoires de la musique ancienne comme récente, et où se forgent les principes de l'ethnomusicologie. Autant de sujets qui permettent d'appréhender une période de l'histoire musicale, d'une fécondité et d'une richesse jusqu'à présent insoupçonnées. Une période qui voit jaillir les fondements sur lesquels nous vivons encore, pour une large partie, aujourd'hui.

  • Les relations entre les arts constituent un des traits marquants du vaste courant de renouvellement esthétique qui traverse l'Europe durant la fin de siècle et trouve à Bruxelles une scène particulièrement propice. Aucun ouvrage n'avait encore été exclusivement consacré à cette foisonnante convergence des arts par laquelle artistes, compositeurs et écrivains se trouvent emportés dans un même mouvement qui aboutit à des oeuvres raffinées où la musique et la littérature acquièrent une présence sensible. Ce volume collectif se propose ainsi d'étudier les modalités explicites et implicites de l'intermédialité. La notion de convergence prend également une seconde signification. L'histoire culturelle a analysé le rôle des grandes capitales dans l'essor de la fin de siècle. Si Paris, Berlin, Londres et Vienne ont fait couler beaucoup d'encre, en revanche, peu d'ouvrages ont étudié la place de Bruxelles dans la circulation des oeuvres d'art et dans le rayonnement des artistes sur l'échiquier européen. La capitale belge est ainsi envisagée comme un acteur historique à travers lequel les courants, les réseaux relationnels, les artistes trouvent un point de convergence situé au coeur de l'espace européen.

  • Quelques jours après la mort de Massenet, survenue le 13 août 1912, l'éditeur Pierre Lafitte fait paraître les Mémoires du compositeur, intitulés Mes souvenirs. Massenet y retrace les grandes étapes de sa carrière artistique et les principaux événements qui ont marqué son existence : de sa formation à la création de ses oeuvres majeures, l'auteur adulé de Manon nous livre le portrait d'un artiste prolifique, couvert de gloire et témoin de profonds bouleversements artistiques. Il se montre cependant souvent complaisant et jette un voile pudique sur les échecs, cabales ou critiques qu'il dut affronter, sa musique, loin de faire l'unanimité, suscitant des passions encore plus ou moins vives aujourd'hui. Aussi Mes souvenirs furent-ils rapidement considérés comme un texte apocryphe et donc peu fiable.
    En se fondant sur de nouvelles sources, le présent ouvrage rectifie ou précise certains points. Il apporte également la preuve que le compositeur a bien lui-même écrit son texte - ou du moins largement supervisé leur publication - en adoptant un style à la fois nostalgique et mondain en phase avec celui de nombreux ouvrages similaires et publiés à la même époque.
    Les articles, réponses aux enquêtes et discours du compositeur, jusqu'à présent dispersés et souvent méconnus, complètent ce volume qui permet de mieux saisir la personnalité humaine et artistique d'un acteur important de l'histoire du théâtre lyrique.

  • Au coeur du présent ouvrage se trouvent les liens multiples et variés qui existaient entre Franz Liszt (1811-1886) et la France. Cette dernière exerçait en effet une telle influence sur l'oeuvre et la vie du compositeur hongrois qu'on peut même le considérer comme une partie du patrimoine culturel français. Il ne s'agit pourtant pas seulement d'analyser ce que sa musique doit à la France mais aussi, inversement, ce que la France doit à Liszt. Les différentes approches de ce transfert - les relations de Liszt aux figures du monde littéraire et musical, sa réception dans la presse, la genèse de ses oeuvres musicales, son influence sur les autres compositeurs et musiciens, etc. - convergent toutes vers une même conclusion, celle de l'importance de la figure de Liszt comme « médiateur » entre les cultures francophone et germanophone du XIXe siècle.

  • Les Variations pour piano, op. 27, d'Anton Webern sont considérées à la fois comme une oeuvre révolutionnaire et une oeuvre clé de la musique du XXe siècle. Le présent ouvrage se réclame explicitement de la conception tripartite de la sémiologie musicale dont il fournit la première illustration complète appliquée à une oeuvre d'envergure : y sont analysées, tour à tour, ses structures immanentes (l'analyse du niveau neutre), les stratégies de composition qui en sont à l'origine (l'analyse poïétique) et les stratégies de perception auxquelles elles donnent lieu (l'analyse esthésique). C'est l'occasion de se pencher à la fois sur les réactions des auditeurs confrontés à diverses interprétations et sur le caractère émotionnel, affectif et expressif qu'ils leur attribuent. L'étude conduit à considérer cette oeuvre sous un angle quelque peu différent des points de vue qui ont dominé à l'époque de la modernité militante.

  • Cet ouvrage fait suite à celui - fondamental - de Constant Pierre sur la vie pédagogique et administrative du conservatoire au XIXe siècle (Le conservatoire national de musique et de déclamation, documents historiques et administratifs, 1900). La nouvelle période étudiée, au coeur de laquelle se trouvent les quinze années du directorat de Fauré, montre l'évolution remarquable de l'institution, avec son cortège de réformes qui la plongent résolument dans le XXe siècle. S'appuyant sur des fonds d'archives peu explorés, le présent ouvrage offre de nombreuses données inédites de base, sorte de mémoire « objective », qui devraient permettre l'éclosion de travaux fructueux sur la vie du conservatoire : son fonctionnement, ses missions, ses questionnements, son rayonnement.
    Lauréate du Conservatoire de Paris, docteur en musicologie et agrégée d'éducation musicale, Anne Bongrain dirige le Centre de recherche et d'édition du Conservatoire.

  • Les écrits de compositeurs forment des objets très particuliers. Bien sûr, les musiciens ont toujours fait usage de l'écrit ; les traités, essais critiques, correspondances ou mémoires ont ainsi jalonné l'histoire de la musique. De Rameau à Messiaen, de Schumann à Debussy, de Berlioz à Boulez, les compositeurs ont contribué à faire du discours sur la musique un moteur essentiel de la vie musicale. Cet ouvrage a pour objectif d'explorer les différentes facettes d'un nouveau rapport à l'écrit aux XIXe et XXe siècles, marqués par la recherche d'un sens musical qui passe par l'idée et sa verbalisation. Considérant les écrits de compositeurs comme un objet de recherche en soi, et non simplement comme une source d'informations sur un compositeur ou sur une oeuvre, les études réunies dans ce volume démontrent que le transfert du sonore à l'écrit (et inversement) est un phénomène complexe et multivalent.
    Avec les contributions de M. Angius, Y. Balmer, R. Bennett, J. Boivin, G. Bordry, J.-Ch. Branger, E. Buch, J. Comtois,

  • Née en 1943, Michèle Reverdy occupe une position singulière dans le panorama contemporain : éperdument éprise d'expression, mais revendiquant la continuité historique du langage atonal, cette admiratrice d'Alban Berg cultiva une indépendance d'esprit qui la fit se heurter parfois au goût dominant. Jouée néanmoins dans le monde entier et défendue par de prestigieux interprètes, cette compositrice, qui collabora avec l'écrivain Pascal Quignard ou avec le cinéaste Raoul Ruiz, s'illustra à travers tous les genres.
    Nourri de nombreuses archives inédites, ce livre lève le voile sur un univers créateur très attachant, enraciné dans un passé mystérieusement obsédant dont la table de travail de la musicienne constitue l'inlassable exutoire. Il ressort un portrait sensible, non seulement de la compositrice mais aussi de la journaliste, de la pédagogue et de la femme « intranquille », livrée à une introspection continue. En contrepoint surgit alors une réflexion sur les relations qui peuvent s'établir entre un musicologue et un compositeur, et sur le sens qu'il y a à écrire un livre sur un artiste vivant.

  • Le présent ouvrage rassemble de nombreux documents concernant Jules Massenet et le ténor belge Ernest Van Dyck, éminent interprète wagnérien, mais aussi créateur du rôle-titre de Werther en 1892.
    La relation entre ces deux artistes reste en effet singulière dans l'histoire de la musique, car, outre son interprétation des rôles de Des Grieux (Manon) ou d'Araquil (La Navarraise), le ténor fournit au compositeur le livret d'un ballet, Le Carillon, créé quelques jours après Werther. De nombreuses sources méconnues, annotées et précédées d'une introduction, retracent cette collaboration entre Massenet et son interprète qui s'étend entre 1890 et 1912. L'ensemble enrichit la connaissance concernant un compositeur et un des interprètes majeurs de l'époque, mais permet aussi de cerner les rouages d'une collaboration entre un compositeur, ses collaborateurs (librettiste ou chanteur) et de nombreux directeurs de théâtre au tournant des XIXe et XXe siècles.

  • En dépit de la popularité de ses ballets Coppélia et Sylvia et de son opéra Lakmé, Léo Delibes (1836-1891) reste largement méconnu. Le parcours exemplaire de cet enfant naturel, du pavé parisien aux ors de l'Institut, sur fond de révolution de 1848 et de guerre de 1870, mérite pourtant d'être retracé. Né dans une famille d'artistes, l'élève peu brillant se distingue dès sa sortie du Conservatoire par la qualité de ses opérettes. Après ces premiers pas effectués dans le sillage d'Offenbach, le jeune musicien révèle en 1870 toute la finesse de son talent avec son ballet Coppélia. Cette biographie s'attache à faire revivre le cheminement créatif de Delibes en s'appuyant sur la presse foisonnante de l'époque et sur de nombreuses sources inédites. Elle explore également les relations personnelles d'un homme humble et pudique, jetant ainsi un éclairage nouveau sur la vie d'un des compositeurs français les plus importants du XIXe siècle, contemporain de Bizet et Massenet.

  • Conçu au coeur des tempêtes esthétiques agitant la musique française du XVIIIe siècle, le Dictionnaire de musique (daté de 1768) constitue un livre fondamental de Jean-Jacques Rousseau, écrivain, philosophe, brillant polémiste et théoricien visionnaire. L'importance de cet ouvrage est due à son envergure encyclopédique, fit tomber dans l'oubli les anciens dictionnaires purement taxinomiques, et à sa dimension engagée qui lui assura une incroyable descendance : intégré au Supplément à l'Encyclopédie puis recomposé, commenté et discuté dans l'Encyclopédie méthodique, il fut cité ou pillé dans la plupart des compilations terminologiques ultérieures, lu et médité par les musiciens comme par les écrivains de l'époque romantique qui le louèrent ou le critiquèrent pour asseoir leurs propres conceptions esthétiques.
    Ce livre collectif réunit seize contributions afin de cerner la richesse de ce Dictionnaire et la fécondité de sa descendance (éditions, traductions, commentaires et usages). Il éclaire la façon dont les écrivains, les compositeurs et les théoriciens - des Lumières au romantisme - se sont construits avec ou contre Rousseau.

  • « Voyez ce corps! » À la dernière scène de Roméo et Juliette, Capulets et Montaigus, accourus au tombeau, sont face à l'évidence : ce drame est le résultat de leurs vaines luttes fratricides. Dans l'oeuvre d'Hector Berlioz, le Père Laurence désigne les deux amants dont ils voient horrifiés que « le sang fume encore! ». Or, il n'y a aucun corps sur scène puisque Roméo et Juliette n'existent qu'en musique. Pourtant, tout le monde « voit » ce qui n'est pas là.
    Ce faisant, Berlioz redécouvre un fondement du théâtre : non pas la vision, mais la croyance en la « présence » de ce qui est absent. Il y est amené par sa musique, narrative et évocatrice comme un roman, capable de faire exister un monde sans aucun support scénique.
    Ses oeuvres explorent ainsi ce qu'est, dans son fondement, l'incarnation théâtrale : le rôle dramatique de la musique, la nature du personnage de théâtre, la valeur du chant face au parler, l'émotion artistique sont totalement repensés. Aventure d'une vie, parcours chronologique aussi bien que logique, son oeuvre scénique s'avère prodigieusement novatrice, pressentant le XXIe siècle.

  • La duplication, procédé d'écriture musicale qui consiste à doubler les motifs musicaux avant de passer à la suite du discours, est l'un des piliers du style de Claude Debussy (1862-1918). Vu l'ampleur de son emploi dans l'oeuvre du compositeur, et au regard de la complexité que ce procédé acquiert entre les mains de Debussy, aussi simple qu'il semble être pris dans son principe, il paraît de toute première importance de l'observer, de le comprendre, d'en démonter les rouages si l'on souhaite se faire une idée juste du style debussyste. L'originalité de Debussy vient de ce qu'il parvient à dissimuler sans cesse ses procédés de composition musicale. Sans faire l'économie d'un vocabulaire analytique spécifique, la présente étude, en s'appuyant sur des métaphores concrètes militaires (camouflage, enclavement ou division des rangs) amène certains lecteurs moins spécialistes de l'analyse musicale à comprendre les enjeux des diverses stratégies de composition mises en lumière.
    Sylveline Bourion est chargé de cours en musicologie à l'Université de Montréal.

  • Depuis la fin du XVIIe siècle - comme l'illustre le Cabinet de Charles Perrault (1690) - la musique compte parmi les beaux-arts. Une fois mise en système avec la poésie, la peinture, l'architecture ou même la danse, son identité est alors questionnée, son analogie avec les autres arts étudiée, sa spécificité recherchée et sa valeur discutée. L'enjeu de ces discussions dépasse le seul intérêt musicologique. Le présupposé de cet ouvrage est que l'art musical institue lui-même un système de représentation de la nature. Posé comme référent, il soumet les autres arts à l'épreuve de sa propre spécificité ; pensé encore comme modèle d'une conception particulière du beau, il fournit alors l'instrument d'une appréciation des autres disciplines. C'est donc principalement selon un « esprit de système » que se construit l'identité poétique de la musique au siècle des Lumières, justifiant d'infléchir ici les frontières cloisonnant aujourd'hui la recherche musicologique, littéraire, philosophique et celle de l'histoire de l'art.

  • En quoi les institutions culturelles en place au XIXe siècle dans la cité lilloise influencent-elles et favorisentelles son activité symphonique ? Cadrant sur la décentralisation de l'activité musicale, caractéristique de la révolution industrielle du XIXe siècle, Guy Gosselin analyse l'intérêt musicologique des événements symphoniques lillois entre 1799 et 1914. Une histoire des concerts symphoniques à Lille à cette époque montre comment dans les régions du nord, l'écoute et la pratique de la musique sont inséparables des modes de vie. A l'appui de documents historiques relatant les divers festivals, concerts, associations musicales et symphonies, l'auteur entend valoriser l'harmonie dont a bénéficié la cité grâce à la force de sa vie lyrique. Avec Une symphonie dans la cité, Guy Gosselin rejoue non seulement le dynamisme symphonique spécifique à Lille au XIXe siècle, mais également l'ensemble de la vie publique musicale et culturelle qui en ont fait son essor à partir de 1800.
    Guy Gosselin est professeur de musicologie à la faculté François Rabelais de Tours.

empty