Vendemiaire

  • Qui est donc Guillaume de Beaujeu, lorsque, en 1273, âgé d'une quarantaine d'années, il est élevé à la dignité de grand-maître de l'ordre du Temple, ce qui l'amènera à rejoindre Acre en Terre sainte ? Apparenté à tout ce que l'Europe comptait de souverains, élevé dans l'esprit de croisade, c'est d'abord un guerrier, un homme d'action ; mais aussi un homme de réseaux : il entretiendra d'excellentes relations avec le pape, des échanges avisés avec les cités italiennes, et surtout une étonnante proximité avec le sultan mamelûk et les émirs de son entourage, où il compta un grand nombre d'amis fidèles, et autant d'espions. Vingt ans plus tard, cependant, un ultime assaut allait avoir raison de la forteresse d'Acre, dernière capitale du royaume latin. Beaujeu participa activement aux combats de défense, menant des sorties de jour et de nuit, avant de trouver la mort sur les remparts. La ville tomba le jour même où il fut tué : l'annonce de sa fin avait jeté l'épouvante et le découragement dans la population et jusque dans les rangs de l'armée. Éclipsé depuis par le sort tragique de son successeur Jacques de Molay, qui mourut sur le bûcher par ordre de Philippe le Bel, il mérite pleinement qu'une biographie lui soit aujourd'hui consacrée, son destin étant intimement mêlé aux grands bouleversements géopolitiques de la fin du XIIIe siècle.

  • Louis XI aurait-il provoqué la mort de son père, Charles VII, et cherché à se débarrasser de son fils, le futur Charles VIII ? Quelles relations entretenait-il avec sa femme, avec ses filles, avec ses maîtresses ? Ses incartades, ses fantaisies vestimentaires étaient-elles compatibles avec la dignité que l'on attend d'un souverain ?
    Adepte d'un humour brutal, voire cynique, faisant ostensiblement fi des honneurs, manifestant son impatience lors des cérémonies, cruel avec ses adversaires comme avec ses anciens favoris, préférant payer ses ennemis plutôt que les affronter, Louis XI a dès le XVe siècle suscité une légende noire qui fit de lui l'exact inverse du roi chevalier des temps anciens.
    Point par point, retour sur ces rumeurs et ces faits vrais qui ont nourri tous les fantasmes.

  • Epidémies, mouvements de foule, frénésie de la valse, possessions démoniaques, modes vestimentaires... De la diffusion du Covid-19 sur l'ensemble de la planète à la pollution généralisée des espaces naturels, du mouvement MeToo aux rumeurs qui se propagent comme un feu de poudre sur les réseaux sociaux, des attaques de hackers aux bâillements qui se transmettent irrépressiblement d'un individu à un autre, la contagion, loin d'être uniquement un concept médical, est un processus omniprésent dans le monde d'aujourd'hui, aussi bien à l'échelle des nations qu'à celle des événements les plus infimes de notre vie quotidienne.
    Dépassant l'actualité à partir de cas précis allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine (lutte contre la variole au XVIIIe siècle, assimilation de l'antisémitisme à une maladie contagieuse, propagation des innovations chez les enlumineurs et sculpteurs du Moyen Age ou inquiétante contamination de la planète par la diffusion de particules radioactives...), des chercheurs venus de tous les horizons tracent les contours de ce phénomène multiforme - clé de compréhension des temps à venir.

  • Licornes ; celles qui existent et celles qui n'existent pas Nouv.

    Personnage de jeu vidéo, motif de pyjama, créature de Harry Potter ou support de « tutos beauté » : la licorne, icône de la pop culture, est aujourd'hui partout. Mais si on l'associe volontiers au Moyen Âge tardif, et en particulier à la spectaculaire autant qu'énigmatique tenture La Dame à la licorne du musée de Cluny, sait-on que cet animal mythique trouve ses origines dans l'Antiquité grecque et l'Ancien Testament ? Qu'elle a oscillé dans la littérature médiévale entre les genres mâle et femelle, devenant tour à tour bête féroce capable d'éventrer l'éléphant et symbole de pureté virginale ? Et qu'en tant qu'exemple canonique d'objet dont il faut déterminer ou non s'il existe - ou s'il est possible qu'il existe et ce que cela signifie -, elle a passionné les philosophes, de Duns Scot à Bertrand Russell en passant par Kant et Leibniz ? Saisissant cette figure sans cesse réinventée dans toutes ses dimensions, un collectif de philosophes et de spécialistes d'histoire de l'art et de littérature lève le voile sur les mystères de cet animal-totem devenu l'incarnation de la nostalgie de l'innocence et de l'insatiable besoin de réenchantement de notre monde contemporain

  • Prisonniers de guerre asservis dans les Royaumes barbares, Slaves castrés transitant vers la Méditerranée sous Charlemagne, populations d'Afrique noire vendues par les commerçants ibériques du XVe siècle... À rebours des idées reçues, la chute de l'Empire romain est loin d'avoir marqué la fin de l'esclavage. Bien au contraire, les nombreux conflits du Moyen Âge, des intrusions mongoles aux raids vikings, assurent la pérennité de cet asservissement de l'homme par l'homme.
    Rejeté hors de la communauté, assimilé à un bien marchand, de rang inférieur au serf sur l'échelle sociale, l'esclave médiéval n'a aucun droit propre. Son traitement donne progressivement naissance à une racialisation de l'exploitation de l'étranger, legs du Moyen Âge aux négriers de l'époque moderne...

  • Pourquoi l'homme a-t-il été chassé du jardin d'Eden, quelle vie doit-il mener sur cette terre, quelle existence peut-il espérer dans l'au-delà ? Comment expliquer les victoires du diable, de quelle manière les bons seront-ils récompensés, et les méchants punis ?
    Durant les mille années qu'a duré le Moyen Âge, les inquiétudes, les joies, les idées et l'imaginaire mêmes des hommes ont été façonnées par la religion chrétienne, omniprésente, qui a fondé un type de société, de pratique politique et de créativité artistique singulier, et sans précédent. Oleg Voskoboynikov nous invite à un vertigineux voyage dans le temps et l'espace, à la découverte de ces croyances et de ces sensibilités qui sont à l'origine de la culture européenne et nous paraissent pourtant si lointaines.

  • Que la violence y ait régné sans partage, que les puissants y aient exercé une impitoyable domination sur les faibles, que la justice y ait été cruelle et expéditive, qu'une religion fanatique y ait régenté la vie des hommes, qu'on n'y ait eu que de très approximatives connaissances dans les domaines de la science, de la médecine ou de l'hygiène, qu'on y ait méprisé les femmes, pour la majorité d'entre nous, cela ne fait aucun doute: le Moyen Age, interminable parenthèse entre les accomplissements de l'Antiquité et les merveilles de la Renaissance, est le point de référence obligé lorsqu'on veut stigmatiser les temps obscurs auxquels nous avons échappé pour accéder enfin à la modernité. Autant d'idées reçues que les plus grands spécialistes français de la question contestent avec force.

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