Serpent A Plumes Editions

  • « Après avoir traversé le quartier de Takehaya, je me retrouvai au bas de la Pente des Chrétiens. J'ignore d'où cette colline tire son appellation, mais la côte est aussi étrange que le nom le laisse supposer. Arrivé au sommet, je me rappelai être déjà venu par-là récemment et avoir remarqué, planté en travers du talus, pointé vers le chemin, un panneau sur lequel figurait l'inscription : "La pente la plus raide du Japon. Vous qui désirez rester en vie, soyez vigilants !" J'avais éclaté de rire. »

  • « Il était une fois une troupe de trente rainettes qui vivaient et travaillaient dans la bonne humeur.
    Elles s'occupaient principalement à cultiver des parterres de fleurs, à partir de graines de pavots ou de périlla de Nankin, ou encore à dessiner, pour leurs camarades insectes, de jolis jardins avec des pierres choisies et de la mousse bien verte. »

  • « Au dehors, sous la pluie, une bande de jeunes gens se rendait je ne sais où, riant du brouillard, de la vie et de la mort, de toutes leurs féroces dents de jeunes insulaires ; ils trouvèrent plaisant, sous les fenêtres du fameux juge sir James Claris, de donner une aubade.

    Ils lui sonnèrent le réveil matinal par la ballade du pendu :

    His blackened corpse swings in the air ! »

  • Il n'y avait que les téméraires, les sympathisants d'une autre vie qui osaient venir rue Félix-Faure. Il était difficile de distinguer un homme d'une femme, un vieux d'un jeune, tant les costumes donnaient à chacun une autre allure, un autre air, une autre attitude. Ils étaient comme invités à un bal.
    Un bal où Dieu les aurait conviés, et vice versa. Ils marchaient doucement, s'arrêtaient, se miraient entre eux, s'appréciaient, s'embrassaient, s'aimaient.

  • Le Promeneur d'Alep est le récit d'un homme, l'auteur, qui a choisi de rester dans sa ville alors même que les diverses factions en armes se déchirent Alep, quartier par quartier. Depuis son appartement, il regarde les morts traverser précautionneusement les rues, il vole quelques instants au-dessus des barrages et des soldats avant de regagner sa chambre pour y écrire, à la lueur d'une bougie, sur les jardins d'enfants mués en cimetières. Niroz Malik est, dans l'enfer de cette guerre dite civile, le chroniqueur poète des innocents martyrisés.

    « Assis à ma table j'ai entendu le bruit des balles provenant du barrage proche. Puis tous les barrages du quartier se sont mis à tirer. J'ai lâché, ce que j'avais en main - un stylo, car j'écrivais. Je me suis précipité vers le couloir pour me mettre à l'abri. J'ai entendu le bruit des roquettes et d'autres armes, des balles et des projectiles qu'on lançait vers le ciel comme pour chasser les étoiles de leur page noire.

    J'ai commencé à perdre espoir de voir la fin des tirs.

    Je me suis servi un verre d'eau et j'ai bu une gorgée ».


    Issu de la communauté yézidie, Niroz Malek est syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep qu'il n'a jamais quittée.

  • « Hilda est un peu claustrophobe. Et moi je suis un peu agoraphobe, à nous deux on fait la balance. Je lui tiens la main quand on doit prendre un ascenseur, je m'agrippe à elle quand nous traversons une esplanade. Hilda est architecte, je suis poète. Nous nous sommes trouvés à un stage de gestion du stress. ».

  • « La mer est basse. Grand espace tout autour de moi. Je suis assis sur le bord de ma serviette, en maillot de bain, le torse droit et les jambes allogées sur le sable. Mes jambes sont un peu dorées, un peu ensablées, couleur de plage. Cette partie de ma personne pratique involontairement une sorte de camouflage type caméléon.
    Si bien que le petit garçon qui marche lentement, perdu dans ses pensées, vient me heurter doucement.
    Sa mère s'étonne :
    « Mais...tu n'as pas vu le monsieur ?
    - Si.
    - Mais alors... ?
    - J'avais pas vu qu'il avait des jambes ».

    Drôle et juste, le parfait petit livre de plage pour les amoureux des choses simples et tendres.

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