P.o.l

  • « Nous, les objets, quelques-uns, ce soir, on va sortir de notre silence. On a des choses à vous dire » (le pèle-pommes). C'est donc une réunion d'objets, dans un appartement, qui discutent de leur état, de leur vie, et de ce qu'ils savent du monde. Cinq objets, choisis pour cinq acteurs :
    Une lampe, une boîte à couture, un parapluie, un pèle-pommes, une amulette. Ils parlent de leurs désirs, de ce qui leur manque, de leur histoire, de leur origine. Ils interrogent ce lien qui les unit à leur propriétaire, dont l'absence plane. Tantôt ces objets nous tendent le miroir de nos propres conflits intérieurs, de nos inquiétudes, (ils vivent plus ou moins bien leur condition d'objets, il leur arrive d'être victimes de sévices et sont capables aussi d'une violence sauvage - car les objets tuent parfois) ; tantôt, en insistant sur leurs différences d'avec nous, ils nous font mieux apercevoir notre fragilité comme notre liberté.

    La pièce sera créée le 28 novembre 2019 au Studio-Théâtre de la Comédie française, jusqu'au 5 janvier 2020 (29 représentations).
    Distribution : Claude Mathieu, Hervé Pierre, Pierre Louis-Calixte, Bakary Sangaré, Anna Cervinka. Mise en scène :
    Christine Montalbetti, et décors : Éric Ruf.

  • Fruit de braconnages dans la vie de tout le monde, on peut lire ce livre dans le désordre, le parcourir comme un abattoir où sont débités des morceaux de textes.
    Traversée des genres ou extension, ce n'est pas un hasard si «Fonction-Meyerhold», adressé à celui qui paya de sa vie le fait d'avoir été au service du texte se place au coeur du dispositif. C'est lui qui rayonne comme centre des opérations.
    Fond d'écran, la ville de Marseille tient lieu de décor en tirage surexposé.
    Héroïque travesti, «Oreste pesticide» y redoute de curieuses mouches pornographes. Il mythologise la ville dans son aspect destroy et revisite sur un mode tragi-comique le tabou de la virginité comme les violences policières.
    La lettre à Reverdy affronte un sujet souvent passé sous silence : la collaboration avec l'Allemagne nazie de sa protectrice et amie des arts Coco Chanel.
    Le scénario «B7 : un attentat attentif» est inséparable de l'année 1946 où Hélène Bessette monte à Notre-Dame de la Garde avant d'accoucher de son deuxième fils.
    Pour ce qui est de la fille aux mains coupées, les mains ont été véritablement coupées.

  • « Dos, pensée (poème), revenant » forme le troisième volume d'une entreprise d'écriture poé- tique hors du commun entreprise par Jacques Jouet depuis le 1er avril 1992 : écrire un poème tous les jours. Le jour passé, le poème ne doit pas être corrigé. Chaque poème est daté et localisé du jour.
    Avec ces milliers de poèmes, Jacques Jouet veut apporter une pierre à la motivation d'une pro- position de Raymond Queneau : « Le véritable poète n'est jamais inspiré, il l'est toujours. » Les quatre premières années ont été publiées en 1999 (trois volumes). C'était : Navet, Linge, oeil de vieux. Les quatre suivantes en 2013 dans le volume Du jour. Séries de natures mortes, poèmes-portraits, poèmes adressés, poèmes sur écoute musicale, etc... D'années en années, les procédures ont varié, des séries se sont accumulées : contraintes pragmatiques ou formes fixes, investigations formelles, poèmes de rencontres...
    Les poèmes de Dos, pensée (poème), revenant ont été composés du 6 mars 2000 au 6 mai 2004.
    Durant ces quatre années, le point de départ de la composition était une gravure sur bois de Paul Gauguin Manao Tupapau « Elle pense au revenant ; le revenant pense à elle ». Dans le manuscrit Noa Noa, Gauguin raconte qu'il rentre dans sa maison à Tahiti, à une heure du matin. Son amie est couchée, terrifiée par le fétiche, figure des ancêtres morts. Une reproduction de cette gravure accompagnait, jour après jour, l'auteur.

  • Un père et une mère parlent de leur fille : Alexandrine, seize ans. Ce pourrait être une conversation normale, mais Alexandrine ne l'est pas et il se peut que le couple parental ne l'ait jamais été non plus. Leurs inquiétudes portent essentiellement sur la vie sexuelle future d'Alexandrin... Le dénouement, comme toujours, est un escamotage qui dérobe heureusement à nos yeux les protagonistes de la farce.

    Mon Père m'a donné un mari reprend, en le caricaturant, l'argument des comédies classiques : des parents prennent en main la vie amoureuse de leur fille. Sauf qu'il ne s'agit plus d'arranger un mariage mais d'organiser un dépucelage. Comme la fille est autiste, elle consent à cette prise en main. Elle autorise même ses parents à assister à sa défloration, conçue comme l'aboutissement spectaculaire de cette pièce.

  • DEERHOOF (« sabot de cerf » en anglais) est un groupe de rock « indé » américain créé en 1994 et auteur, à ce jour, de treize albums d'une musique extrêmement originale et captivante, embrassant aussi bien l'art de la mélodie pop que l'expérimentation sonore, le format rock classique ou l'improvisation free en passant par la musique électronique et les « musiques du monde ». Bref, un quatuor qui à chaque nouvel album invente une musique inattendue et fraîche.
    C'est cette fraîcheur, cette inventivité toujours renouvelées qui ont donné à Frédéric Forte l'envie de prendre Deerhoof comme matière première de son livre. Un livre dont le titre ne pouvait être que Dire ouf - qui est, en français, la manière fautive (le [h] disparaissant) dont le nom du groupe est souvent prononcé.
    Fait de formes très différentes distribuées au long de trois parties contrastées, allant de poèmes relativement longs et rigoureusement métrés à d'autres très brefs utilisant les paroles du groupe comme une matière à modeler, en passant par une prose inattendue en contradiction apparente avec les autres modes, Dire ouf vise à démontrer l'imprévisibilité du sujet choisi.
    Dire ouf, c'est peut-être cela en fin de compte : essayer de dire une matière (Deerhoof, l'écriture, soi-même) dans ses transformations.

  • Un livre commence à s'écrire sous la protection de deux fantômes féminins. Une poète (Lorine Niedecker) et une photographe (Vivian Meier). C'est à partir de leur travail dans les marges du siècle précédent que le quotidien traversé est interrogé.
    Longtemps le livre reste sans titre puis au cours d'un rêve nocturne un titre apparemment saugrenu s'impose :
    « L'amour est plus froid que le lac ».
    Parallèlement, l'auteur travaille à la réécriture d'un acte de « La mouette » de Tchekhov. Elle s'explique l'incongruité du titre livré la nuit par la présence obsessionnelle du lac russe.
    Le poème, en partie défait, est posé sur la page comme une caméra. Il tourne. D'autres personnages entrent.
    Des récits s'entremêlent où fiction et document tentent de rendre compte d'une plateforme hybride d'expériences.
    Ordinaire manière d'organiser le pessimisme en ce début de XXIème siècle.
    L'annonce brutale de la mort de Chantal Ackermann viendra tout autrement éclairer le décor mis en place et fera ressurgir le titre occulté, celui du premier long métrage de R.W. Fassbinder L'amour est plus froid que la mort.
    La forme d'un film repose aussi sur les scènes qui n'ont pas été tournées et qui doublent les autres. Par un simple déplacement le sujet du lac devient celui de l'amour mort ou plus exactement mis à mort. Semblable au train, un titre peut en cacher un autre. Et avec lui tout un cortège de souvenirs, leur amnésie...
    Comment a-t-on survécu à un premier amour serait la question posée dans la dernière partie du livre (« Une mauvaise fois pour toutes »). En neuf photogrammes revisités dans le sublime film de Fassbinder (ici Héros rejoignant les Dames du Lac) une tentative de réponse est apportée. Sur nous tous, le poème en sait bien plus long que nous. Et c'est bien parce qu'il brûle sur un monde dévasté que l'amour est plus froid que le lac.
    On pourra aussi rapprocher ce livre de la tentative de restitution opérée par Annie Ernaux dans son dernier livre Mémoire de fille.

  • Citizen Do réunit plusieurs textes récents de Dominique Fourcade, dont Char, la préface qu´il a écrite pour le catalogue de l´exposition du centenaire de René Char à la Bibliothèque nationale, et un dispositif lyrique, Chansons et systèmes pour Saskia, qui peut être entendu comme une réplique à ce premier texte, ainsi qu´une chanson sans nom, qui rompt avec l´expérience très prenante d´un cycle - et enfin Post-scriptum, qui paraît en tête du livre et tente de faire le point sur un moment d´écriture et de vie, et en même temps d´expliquer ce qui préside à la réunion de ces textes et qui n´est pas seulement l´appartenance à ce moment.

    Ajouter au panier
    En stock
  • Peur, j'ai si peur.
    Je n'ai pu l'oublier... Nuit noire. Pas de mémoire. Et pour ne plus l'aimer cent fois j'ai combattu chacune et chacun d'entre nous. J'ai cherché des sujets au-delà de la terre et dans des pays inconnus à leurs habitants, des déserts que le ciel refuse d'éclairer. Ouvre les yeux. Quelqu'un m'attend dans ces lieux, dans ces temps. C'est dans ma tête.
    Avec les gestes oubliés.

  • Ce livre fait suite à Les Enfances Chino, roman publié chez POL en 2013.
    A la fin du précédent volume, le « héros », Chino, est parvenu au sommet de la pente dite « enfance ». Dans Les Amours Chino, il a basculé sur l'autre versant puis dévalé, longuement, d'adolescence à sénescence, vers les passions (amoureuses, érotiques). Les grandes et les petites. Les « fleur bleue » comme les pornographiques, les durables et les furtives, les douloureuses et les joyeuses, les exotiques et les banales.
    De l'évocation de ces épisodes, toujours datés, Christian Prigent a fait un roman, en dix-huit chapitres. On n'y suit pas l'ordre linéaire du temps. Les actions ne surgissent que sous la dictée d'émotions non assignées à une logique de récit. Plusieurs époques, plusieurs scènes, plusieurs objets d'amour s'y trouvent recomposées sans souci de reconstitution. C'est que tout remonte en vrac du feuilleté de la mémoire qu'on a gardée des corps, des paroles, des sites, des instants.
    Et s'embrouille dans l'afflux de bien des agitations sensuelles.
    Pour arrêter ce mouvement sur quelques images à peu près nettes et pour encadrer cet afflux, on a voulu une forme découpée en spots brefs, concentrée, régulière : explicitement artificielle.
    Ce pourquoi ce roman est en vers. C'est un vers sévèrement compté - impair, pour éteindre la mélodie trop chantonnée. Ostensiblement rimé (même si parfois de façon acrobatique, voire clownesque). Et emporté par un train obstiné de quatrains (trois à chaque fois).

  • Richard II (1595) est un conte d'hiver aux accents plus tristes que violents, sans batailles, dans une atmosphère de soleil couchant. Le roi est une figure mystérieuse et tragique, autant victime de lui-même que de Bolingbroke, son cousin usurpateur : ' Je donnerai (...) mon vaste royaume pour une petite tombe. ' Devenu poète, il aura le ciel pour domaine. Richard meurt au son d'une musique jouée par un petit palefrenier : Le soleil qui se couche, le finale d'une musique,Comme l'arrière-goût d'une saveur douce,ont une douceur qui dure,Se gravent plus dans la mémoire que des choses longtemps révolues.

  • À l'origine, un travail thérapeutique avec des enfants, et le sandwich de la pause, une commande pour une anthologie de poésie destinée à la jeunesse, une lettre cryptée de Sand à Musset dans laquelle elle mixe une prose d'amour très chaste et un billet plein de fougue érotique (il suffit pour le voir apparaître de ne lire qu'une ligne sur deux : les lignes les plus crues sont comme prises « en sandwich » par les autres). Mais Sébastien Smirou a renforcé la contrainte initiale, en créant un « sandwich double » : le poème intégral y dissimule non pas un mais deux autres textes : celui que forment seuls ses vers impairs, puis celui que forment ses seuls vers pairs. Au final le sandwich double est donc triple...

    On peut...

  • Quelques échantillons d'écrits (un livret). Leur mise en voix (un CD). Des remarques sur le rapport des deux, ou voix-de-l'écrit (une préface).

  • Écrit en bordure de Méditerranée, L'Omelette rouge est un objet vocal à lire aussi avec les yeux. Dans une lumière inférieure s'agitent des voix. Les voix sont séquestrées dans des corps véritables dont la liste dressée par ordre d'apparition s'ouvre sur une comédienne travestie que ses ennemis surnommaient l'omelette rouge. Sarah Bernhardt (1844-1923), Gherasim Luca (1913-1994), Alexandre Blok (1880-1921), Charlotte-Élisabeth de Bavière (1652-1722), John Maynard Keynes (1883-1946), Richard Wagner (1813-1883), Louise Bourgeois (1911-2010), Christine Lavant (1915-1973), Jeanne d'Arc (1412-1431), Ingeborg Bachmann (1926-1973), Arnold Schoenberg (1874-1951), Jean-Marie Straub (8 janvier 1933-), Danièle Huillet (1936-2006), Karl Marx (1818-1883), Friedrich Engels (1820-1895), Lénine (1870-1924), Vélimir Khlebnikov (1885-1922), Alexeï Kroutchonykh (1886-1968), Daniil Harms (1904-1942), Eva Hesse (1936-1970) Cy Twombly (25 avril 1928-) Grace Hartigan (1922-2008), Frank O'Hara (1926-1966), Hannah Hoch (1889-1978), Hans Arp (1886-1966), Til Brugman (1888-1958), Hélène Bessette (1918-2000), Jackson Pollock (1912-1956), Razine (1630-1671), Emily Dickinson (1830-1886), Josée Lapeyrère (1944-2007), Erich von Stroheim (1885-1957), Alexandre Pouchkine (1799-1837), Saint Paul de Tarse (15-67). L'astre Poésie est vécu ici comme un soleil flingué sous lequel scintillent des natures mourantes et de petites personnes perdues. Si " la seule poésie est la poésie à faire " (Pasolini), L'Omelette rouge pose en séries de raccords et dans une préoccupation de distance la question vitale : " que faire? ".

  • Le texte de Didier da Silva met en scène un personnage dont le métier, il est « travailleur à domicile », consiste à corriger de stupides romans d'amour, et que cela déprime - on le comprend. Il se livre donc à une suite de considérations désabusées sur la vie et sa vie, pleines d'humour et d'auto-dérision, de lucidité. C'est drôle et touchant, juste, discrètement désespéré. Les dessins de François Matton qui constellent ce récit, qui parfois l'interrompent, lui font un écho très réussi, joliment dévié parfois.

  • Pratiquement à chaque fois qu'il écrit un roman, René Belletto éprouve ensuite le besoin d'une oeuvre plus secrète, plus celée en quelque sorte et toujours manifestement inscrite dans les profondeurs de la langue. C'est le cas de cet étrange ensemble de poèmes, 144 sizains, donc, qui racontent de strophe en strophe, à leur manière sophistiquée, drôle et angoissante à la fois, une histoire énigmatique dont on voit bien qu'elle entretient avec celui qui l'a écrite des rapports d'intimité intenses. Attiré, par une forme incroyablement inventive, rejeté par l'impossibilité qu'elle lui oppose, le lecteur se laisse mener de page en page, littéralement ravi.

  • Mrm

    Jacques Jouet

    Le poème qui est dans ce livre est celui d'une vie.
    Le poème est achevé, mais la vie, elle, ne l'est pas, par bonheur. la famille est normande; la guerre est violente ; l'école des chartes est légendaire ; les bibliothèques sont épiques ; la recherche est fructueuse ; lamartine est un sacré bonhomme ; les voyages se suivent ; les amours et les amitiés se devinent ; la bibliothèque nationale est complexe ; la retraite est une présence ; le métier est une conscience.
    Le poète soulève son chapeau, comme dans le tableau de courbet : bonjour, mme mrm.

  • Des prises de vue

    Rémi Froger

    Qu´est-ce que l´écriture peut prendre des vues qui passent? Les vues prendront-elles dans l´écriture?
    Des films que nous avons vus, il ne nous reste que quelques scènes, quelques images. Les phrases essaient de les mettre dans d´autres mouvements.
    Avec un appareil, on peut appuyer sur le déclencheur n´importe quand, sans viser, sans cadrer. Peut-on faire de même avec l´écriture? Quelques phrases en font l´épreuve.
    Des légendes avaient été écrites pour des illustrations, en double. Les illustrations ont disparu. Ne restent que les légendes.
    Les matériels sont dispersés. On les recherche. Caméras, appareils, micros, projecteurs, câbles, découpes, traverses... On les démonte. On essaie d´écrire.
    Des prises de vues : capturer des images sans intention, les développer plusieurs fois, les étirer ou les découvrir, les enregistrer sur différentes surfaces. Les écrire : que va-t-il arriver?
    Ce livre, dont les quatre parties : «Cinématographies, paroles», «Épreuves», «Légendes des illustrations» et «Matériels» rendent compte d´une tentative impressionnante de relier les univers de l´image en mouvement et de l´écriture.

  • Le mot « peinture » ne va pas sans le mot « couleur », mais la couleur ne colore pas seulement des surfaces, elle les révèle en colorant le trajet des yeux vers elles. Dès lors, une étrange équivalence s'établit entre la vue et la dénomination qu'elle provoque tandis que le flux visuel, en se mêlant au flux verbal, se change en lui. Le poème est le résultat de cette métamorphose en même temps qu'il en est l'expérience. Les pages rassemblées ici ont leur origine dans ce croisement, et de 1970 à 2003, de François Lunven à Olivier Debré, elles dessinent l'itinéraire d'un regard.

empty