Medicis Entrelacs

  • Le réexamen de la personnalité de Moïse Maïmonide ne laisse pas d'être riche d'enseignements. Et pourtant, on ne parvient pas à déchiffrer entièrement l'énigme d'une telle vie, celle d'un penseur juif persécuté, tourmenté par le destin malheureux de son peuple et obligé de quitter son Andalousie natale pour la lointaine Egypte où il vivra ses vieux jours. Le même constat s'impose quant à son oeuvre. Alors que la philosophie et la théologie sont aujourd'hui deux vocables presque antinomiques, pour un penseur du XIIe siècle, il en allait autrement : la philosophie proprement dite, c'est-à-dire une spéculation différente des sciences traditionnelles qui se réclament de la révélation, visait les mêmes objectifs que la théologie ou la science de la Tora, mais avec des moyens différents. Ainsi, Maïmonide s'est délibérément rallié au modèle et à la tradition des lettres judéo-andalous qui l'avaient précédé. D'une certaine manière, il fut l'héritier des philosophes et des théologiens espagnols d'Espagne qu'il dépassera en tentant une synthèse originale entre les doctrines d'Aristote et les enseignements de la Tora. Esprit épris d'universalité, Maïmonide a souhaité rouvrir la voie de l'alliance de l'homme avec Dieu : pour lui, les sources et les documents de la révélation doivent connaître une exégèse spirituelle, seule apte à en faire éclater l'infinie richesse.

  • Dans la culture moderne occidentale, la sagesse spinoziste peut valoir comme « un modèle de la nature humaine la plus parfaite », pour reprendre une formulation de Spinoza lui-même. En effet, pour ce philosophe, le sage est un homme libéré de tout préjugé et de toute passion par l'usage constant de la raison pour la conduite de la vie. Ce rationalisme, s'il se réfère à un Dieu-Nature infini, reste essentiellement un souci de l'homme pour l'homme, une sorte d'humanisme. Libéré d'une Providence personnelle et imaginaire, le sage reçoit tous les événements avec sérénité, et cette sérénité rationaliste est toujours en même temps une « béatitude ». Le sage spinoziste, à travers toute l'histoire de la pensée européenne, apparaît donc bien comme l'homme libéré, serein et parfaitement heureux, totalement intégré à l'univers infini et à la société civile où il vit. C'est la prégnance et la perfection de cette sagesse qui nous incitent à interroger de plus près cette philosophie qui nous propose cela même que nous cherchons : la liberté d'esprit et le bonheur vrai.

  • Autour d'une sélection de textes d'Épicure (né vers 341 av. J.-C.), cet ouvrage décrit une philosophie, une sagesse, un mode de vie particulier et à dimension universelle : l'épicurisme. Avec brio et clarté, l'auteure nous fait entrer dans la vie, le langage et les modes de pensée d'Épicure et nous expose les fondements de sa doctrine. Axée sur une étude pénétrante de la Nature et sur la recherche du bonheur, l'école épicurienne, l'une des plus importantes écoles philosophiques de l'Antiquité, est une maison de pensée communautaire ouverte et bienveillante. L'on y philosophe ensemble pour discerner le plaisir à accueillir et les maux à rejeter, et par là atteindre dans la vie un salut individuel immédiat, un bonheur digne et à la portée de chacun.

  • Hermès Trismégiste, une figure qui tient à la fois de la tradition grecque et de la tradition égyptienne, représente surtout une voie de sagesse, une voie d'immortalité qui prétend apporter le salut à ceux qui s'engagent dans cette voie. C'est une voix qui se fait entendre à travers des écrits qui miment l'enseignement d'Hermès, lequel mime déjà la Révélation primordiale dont il aurait bénéficié.
    Cette voix se fait aussi probablement entendre à travers des maîtres historiques qui poursuivent la tradition hermétique. En effet, il est difficile d'affilier la tradition hermétique à un culte spécifique ni à une « école » philosophique particulière, mais la tradition hermétique, qui se déploie dans le temps dans une grande diversité, emprunte à différents courants philosophico-religieux et s'adapte, afin de s'adresser au plus nombre, tout en ne voulant être accessible qu'aux plus dignes.

  • En l'espace de quelques années, l'épineuse question de la réforme de l'islam, toujours débattue, jamais entérinée, s'est imposée comme un sujet majeur en Orient comme en Occident, cristallisant des interrogations, des divergences, voire des dissensions dans et en dehors de la galaxie musulmane.

    Si nombre d'intellectuels musulmans, dont les efforts déployés ont donné naissance à une pensée contemporaine, s'accordent à reconnaître sa nécessité impérieuse afin que l'islam participe à l'avenir humain et ne s'en écarte pas, il n'en demeure pas moins que cette réforme essentielle tourne en rond, restant au stade de l'esquisse et de la proposition.

    Ce livre d'entretiens, qui établit un dialogue direct et passionnant entre l'intellectuel algérien Nourredine Boukrouh, homme politique, ancien ministre des finances et peut-être futur successeur de l'actuel Président algérien et le journaliste français Saïd Branine co-fondateur du site Oumma. Branine, va surprendre par son éclairage audacieux et les ouvertures qu'il propose dans un monde islamique assombri par certains archaïsmes nés d'un rigorisme religieux, qui l'éloignent de la modernité et d'une pensée universaliste.

    Le « dernier jihad » dont il est question vise à élaborer une théorie pragmatique de la réforme de l'islam, se déclinant selon une feuille de route précise.

    Que réformer ? Comment réformer ? Où réformer ? Qui est habilité à réformer ?

    Autant de questions cruciales auxquelles le livre apporte des réponses étayées et éclairées. Une nouvelle interprétation des sources scripturaires musulmanes (Coran et Sunna) y est également proposée, à la lumière de l'universalisme, sans toucher à l'essence même de cette religion.

    Le denier Jihad fait souffler le vent du renouveau, pour mieux faire sortir de l'impasse un sujet fondamental, couvert de sang au lieu d'encre !

  • Saint Augustin, évêque catholique d'Hippone, est l'un des principaux Pères de l'Eglise latine et l'un des 33 Docteurs de l'Eglise. Après saint Paul, il est considéré comme le personnage le plus important dans l'établissement et le développement du christianisme. Sans se présenter à l'origine comme un système constitué et unifié, la pensée de saint Augustin donna naissance à un ensemble de thèses philosophiques et théologiques que l'on rassemble sous la dénomination d'augustinisme. A travers saint Augustin, l'idéalisme platonicien domine la théologie. L'augustinisme inclut des thèses sur la nécessité de la grâce pour le salut, la conciliation entre foi et raison, la connaissance naturelle de Dieu, la négativité du mal. L'augustinisme imprégna toute la réflexion philosophique et théologique médiévale, puis alimenta les débats lors de la Réforme protestante, puis encore le jansénisme. Les débats suscités par l'interprétation de l'augustinisme ont largement contribué aux conceptions modernes de la liberté et de la nature humaine. Son influence a marqué à travers les âges, de Paul Orose jusqu'à Paul Ricoeur, en passant par Anselme de Cantorbéry, Thomas d'Aquin, Luther, Calvin, Pascal...La cité de Dieu, thème majeur dans l'oeuvre de saint Augustin, est la cité des hommes vivant selon la loi de Dieu et développant, dans cette perspective, toutes les valeurs psychologiques, sociales et culturelles. Marie-Anne Vannier nous démontre tout au long de son essai que, loin de les opposer, saint Augustin montre, au contraire, que la dialectique des deux cités est d'abord intérieure et personnelle et, qu'en cela, saint Augustin se présente comme un authentique « Maitre de Vie ».

  • Lumière du XIIe siècle, femme de talent, en musique, en botanique, en médecine, Hildegarde de Bingen est connue par les visions qu elle a eues tout au long de sa vie et qui lui ont donné de comprendre intuitivement le sens des événements. Après une présentation de sa vie et de son oeuvre, en particulier de son triptyque visionnaire, Marie-Anne Vannier présente ses principaux textes et une sélection des reproductions de ses visions.

  • Confucius fut, a-t-on bien souvent dit, plus un sage qu'un philosophe. C'était se méprendre sur son ambition, quoiqu'il ne l'affichât pas si souvent. Il fut l'un par ses actes et l'autre par ses mots. En ces deux cadres, il n'eut de plus grand amour que celui qu'on accorde au genre humain, de plus grande ambition que de le hausser à l'acmé de ses talents multiples par tous moyens à sa disposition. En son temps, les hommes de bien se tournaient vers un passé supposé fournir un idéal ; il s'attacha à rebâtir en eux les valeurs supérieurs du bien, du noble, du juste qu'il pensait incarnées dans les sages princes de jadis, dans les saints rois des premiers temps connus. Il voulut changer le monde en changeant les hommes : si le premier avait été sur la bonne voie, aurait-il tant cherché à corriger ceux-ci ? Penseur inclassable et intemporel, Confucius inventa que tout homme est digne, car « frère des hommes ». Il sut même hisser cette dignité à un niveau que peu de penseurs en Chine dépassèrent après lui. Pour cela seul, il mérite assurément d'être pour toujours appelé « le Maître ».

  • Dominicain et théologien mystique allemand, professeur de théologie à l'université de Paris, prédicateur à Strasbourg et à Cologne, Maître Eckhart fut le maître du mouvement mystique rhénan. Sa doctrine, imprégnée du néoplatonisme du Pseudo-Denys, nous est parvenue au travers d'une oeuvre latine, à destination du public universitaire, et surtout d'une oeuvre allemande, composée de traités et de sermons, issus de sa prédication dans la vallée du Rhin auprès des béguines et des soeurs de son ordre. Condamnées à l'époque par l'Eglise, ses thèses furent néanmoins répandues par ses deux principaux disciples, Jean Tauler et Henri Suso. Par eux, la mystique rhénane ou allemande exerça une influence à l'échelle européenne. Il fallut toutefois attendre le XIXe siècle pour que soit redécouverte l'oeuvre de Maître Eckhart lui-même, prélude à une série d'interprétations, sérieuses ou extravagantes, de sa doctrine. Aujourd'hui encore, Eckhart suscite une indéniable fascination.

  • La vie de Mohammad Djalâl al-dîn Rûmî, tournée vers la quête de la vérité et de l'union mystique, est une invitation à changer de regard pour voir au-delà des apparences et des formes, à transformer la matière du soi pour n'être « rien » afin de devenir « tout », dans un mouvement de retour vers le Créateur. Il choisit la poésie pour partager son expérience : elle permet de transcender les mots et de dire l'indicible. Elle fut sa matière pour narrer la beauté de la théophanie et l'amour du divin. Près de 70 000 distiques sont le fruit de sa quête et de sa relation avec celui qui fut son maître, son initiateur et son bien-aimé spirituel : Shams de Tabriz. Poète de l'amour mystique par excellence, huit siècles plus tard Rûmî nous interpelle encore par la ferveur et l'incandescence de son oeuvre qui célèbre le dépassement de soi pour atteindre l'amour divin. Leili Anvar nous convie à mettre nos pas dans ceux du maître de Konya dont l'expérience radicale fait voler en éclats les aspirations ordinaires et les désirs matériels pour vivre l'aventure de l'âme et de l'amour spirituel. Elle nous fait toucher l'intensité et la richesse de ce message éternel porté par l'un des plus grands poètes qu'ait connu l'Orient.

  • Pythagore est un mathématicien grec de la fin du ive siècle avant J.-C, probablement le plus connu de tous. Comme pour la plupart des savants de son époque, on ne dispose d'aucun document écrit de sa main et les soixante et onze lignes des Vers d'Or qu'on lui attribue sont apocryphes et sont le signe de l'immense développement de la légende formée autour de son nom. Les premières biographies qui racontent sa vie sont écrites plusieurs siècles après sa mort. Il est donc difficile de savoir si elles rapportent des faits réels ou imaginés par le temps.

    Pythagore est né sur l'île de Samos. Son nom signifie « annoncé par la Pythie »; la Pythie est le nom donné à l'oracle de Delphes, que son père aurait consulté peu avant sa naissance, et qui lui aurait prédit la naissance d'un fils dont la sagesse surpasserait celle de tout autre être humain. Enfant très doué, athlète, il effectue durant une vingtaine d'années une série de voyages auprès des grands sages de son époque, qui le mèneront jusqu'en Égypte et à Babylone. À son retour à Samos, il décide d'enseigner, mais ses cours intéressent peu les habitants. Il part alors fonder une école à Crotone, dans le sud de l'actuelle Italie.
    Cette école, au fonctionnement proche d'une secte, rassemble des centaines d'adeptes qui perpétueront les enseignements du maître pendant plusieurs siècles.

    Pythagore étudiait les mathématiques, la musique et la philosophie. Il professait ainsi toutes sortes d'idées, comme la métempsychose. Les disciples rapportaient toutes leurs découvertes scientifiques au maître, de sorte qu'on ne peut plus distinguer à ce jour les inventions de Pythagore et celles de ses disciples.
    On connaissait le théorème qui lui est attribué « dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés » bien avant cette époque. On a en effet découvert des tablettes d'argile gravées par les Babyloniens, probablement vers 1800 av J-C, donnant les longueurs des côtés de 15 triangles rectangles différents. Ce serait du vivant de Pythagore que son nom aurait été associé à la fameuse relation, et la légende rapporte que Pythagore en fut si fier qu'il sacrifia aux dieux 100 boeufs. L'école de Pythagore a peut-être été la première à donner une preuve du théorème.

  • Le texte du Lie Zi est beaucoup plus accessible que celui de la plupart des autres classiques. On y développe des thèmes comme la valeur du détachement des intérêts sociaux (carrière etc.) et même des émotions (acceptation de la mort sans pathos par ex.), l'aspect illusoire des perceptions, ainsi que la spontanéité, qui permet d'accepter les merveilles de la nature et de l'imagination, en opposition avec le savoir réducteur et étroit des confucéens. Certaines fables visent à présenter des principes d'action efficace.

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