Sciences humaines & sociales

  • Il a signé des livres magistraux tels que L'Illusion politique, Le Système technicien, L'Empire du non-sens ou Le Bluff technologique.
    On ne sait pas toujours bien qui, d'Ivan Illich à Jean Baudrillard en passant par Castoriadis, Simondon, Edgar Morin et tant d'autres, a lu ou n'a pas lu Jacques Ellul (1912-1994). Mais il est bien certain que ce professeur de la faculté de Bordeaux, qui ne songea jamais à quitter la ville de Pessac où il s'était installé en 1946, n'en a pas moins dialogué avec tout ce qui compta dans le siècle. Ellul a inspiré ou perturbé toutes les réflexions un peu sérieuses sur la technique.
    Se plonger dans l'oeuvre et la vie de Jacques Ellul, c'est emprunter mille chemins : aborder le résistant et le Juste, le compagnon de route de la décroissance, le porteur d'une ambition critique radicale qui impressionnèrent Bernanos et Debord, mais aussi le protestant converti et s'inventant un christianisme très particulier, le « rhinocéros intellectuel » qui fonce sur tout ce qui bouge, le pessimiste résolu dans une société qui veut le Bien à tout prix. Mais aussi le duo intellectuel et virtuose formé avec Bernard Charbonneau et celui, théologien, formé avec Jean Bosc.
    Édouard Schalchli campe (et discute) le portrait - surtout pas l'hagiographie - de l'un des philosophes les plus impressionnants du xxe siècle. Et surtout s'interroge : comment être ellulien après Jacques Ellul ?

  • Sous forme d'une enquête personnelle et fouillée, le journaliste Vincent Manilève nous fait découvrir les rouages de la planète YouTube. Quel est donc ce média numérique qui dame le pion à la télévision et lui ravit l'attention des jeunes générations ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont ses acteurs ? Le public français connaît ou a entendu parler de Cyprien ou Norman, mais ils sont des centaines à captiver leur audience de par le monde. Un océan d'images et de rendez-vous, de figures totémiques, de grands frères et de petites soeurs sympas se crée et se recrée chaque seconde sur YouTube. Les industries du textile et des cosmétiques raffolent par exemple de ces jeunes créateurs de « tutos » qui font et défont l'opinion mais sont peu regardants sur leurs droits sociaux. Vincent Manilève nous met en garde sur les arnaques et la face cachée du social, mais nous révèle aussi les beautés et les potentialités de ce média du millénaire. Car YouTube est un art qu'il faut apprendre à apprécier.

  • Philippe Salazar décrypte ici la puissance argumentative du djihadisme, et sa simplicité redoutable, à travers sa propagande multimédias. Il souligne aussi nos propres faiblesses collectives dans l'art oratoire de la conviction. La république sait-elle encore parler ?

  • Voilà un livre qui rompt avec la grande tradition des livres de rentrée sur l'état de l'école ! Ici, les écoliers ne sont pas vraiment comme les autres, et les enseignants sont spécialisés. Une jeune journaliste a suivi durant un an des enfants et ados migrants scolarisés en France.
    Le temps d'une halte, d'un repos, d'un espoir, on découvre des vies chaotiques. On perçoit aussi un travail éducatif à l'oeuvre. Car l'éducation est cruciale pour le sort des petits migrants... Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés, seulement 50 % des enfants réfugiés ont accès à l'école primaire. Ils ne sont plus que 22 % dans le secondaire, et 1 % accèdera aux études supérieures.
    En France, les classes d'accueil de ces enfants, fondées dans les années 1970 pour les enfants des boat-people, s'appellent les UPE2A, pour Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants.
    Sous le regard bienveillant mais jamais naïf de l'enquêtrice se déploient les enfants d'un monde qui va mal, mais aussi des enseignants tenaces et autres héros du quotidien qui tendent à ce qu'il aille mieux. La galerie de personnages nous devient au fil des mois et des pages familière. Chaque destin se lit comme un roman.
    À la fin de l'année scolaire, chacun d'entre eux devra reprendre son chemin, plus ou moins incertain.
    En annexe, l'auteure fait le point sur les migrations mondiales des enfants, sur qui ils sont, où ils vont et ce qu'ils deviennent. Car pour une poignée de gamins recueillis, des milliers d'autres vivent la déshérence, l'exploitation et l'horreur.

  • « C'est Ricoeur qui m'a poussé à faire de la politique, parce que lui-même n'en avait pas fait » expliquait durant la campagne présidentielle Emmanuel Macron. Élu le 7 mai 2017, le président de la République se réclame de la philosophie de celui dont il fut l'un des collaborateurs. Exagération, usurpation ? Quelques voix discordantes se sont élevées pour mettre en doute un tel compagnonnage. Le fait est néanmoins établi. « On peut légitimement parler d'intimité intellectuelle à propos de la relation qui s'est établie entre eux », nous explique l'auteur. Au pouvoir, Macron « métabolise » la philosophie de Ricoeur. Ce texte détaille avec brio les ressorts intellectuels d'un quinquennat qui s'annonce riche en événements et bouleversements. Le lecteur comprendra mieux sa notion de « en même temps » qui a tant intrigué ou fait rire, sa conception de l'exercice du pouvoir ou de la liberté individuelle. Reste à savoir si le système de pensée macronien ne sera pas corrompu par la realpolitik...

  • « C'est une cicatrice personnelle. » nous instruit l'auteur.
    « Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle.
    Le premier grand cap de l'ascension du Front National, le début de la fin du tabou. J'ai longtemps tourné dans ma tête ce que nous avons collectivement fait dans les médias, moi y compris, pendant ces mois de mars et d'avril 2002. Nous avons tous entretenu le sentiment collectif de l'insécurité, sur la base de faits divers non représentatifs.
    Notre responsabilité, la mienne y compris, est évidente dans le succès de J.-M. Le Pen. Cela m'a valu plusieurs nuits sans sommeil. » Dans La Mécanique médiatique, l'auteur examine sans complaisance ni esquive les plaies du métier.
    Il déconstruit les ressorts qui président aux principaux choix journalistiques dans les médias, et raconte ce qu'il a vu et vérifié : la paresse intellectuelle et le « tourne en rond », l'entre-soi et le triomphe de la société du spectacle, la porosité entre les éditorialistes et le personnel politique, la concurrence agressive des communicants.
    Pour ce grand professionnel, même si le journalisme est en crise, rien n'est perdu, pour peu que les journalistes retrouvent le goût du terrain, du reportage et d'une certaine passion civique, plutôt que de se livrer à des exercices en chambre et en écrans.

  • Enquêtes, reportages, portraits, notes de lecture : tous les trois mois, la seule revue qui met en scène l'actualité éditoriale des idées et des sciences humaines. Au sommaire de ce numéro :
    IMPACTS - L'état des idées L'actualité des idées, les idées dans l'actualité EN TÊTE - Rencontre avec le philosophe Dany-Robert Dufour Sa biographie, un long entretien, sa bibliographie commentée, des morceaux choisis.
    L'ABÉCÉDAIRE - Les idées, les mots-clés, les concepts émergents DOSSIER - Comment les politiques pensent (ou pas) Entretiens, enquêtes et reportages - Entretiens avec des politiques en exercice ou dans l'opposition :
    Les idées servent-elles à quelque chose en politique ?
    - Le mapping des gourous et des intellectuels influents.
    - Une histoire des conseillers (Berl, Todd, Attali, Buisson, Guaino.) - Dans les cuisines des fondations et des think tanks.
    - ZID : Zone intellectuelle à défendre. Dans le bouillon de culture des marges.
    - Dans la tête de Marion Maréchal-Le Pen.
    L'IDÉATHÈQUE - Notes de lectures et recommandations LES INFLUENCES - Des rencontres, des entretiens Stéphane Rozès, Olivier Cayla, Jean Birnbaum,.

  • Le pouvoir intellectuel français (Pif) n'échappe pas au désarroi et au déni qui frappent les autres pouvoirs (politique, financier, économique et médiatique), mais reste plus opaque dans son fonctionnement.
    Qui influence ? Qui bloque (et qui débloque) ? Des médiacrates aux jeunes pousses, en passant par des réseaux nouveaux et des tribus requinquées, le feuilleton tour à tour excitant, énervant ou inattendu de la vie intellectuelle française sous François Hollande (2012-2017) comme si vous y étiez.
    Les influences, une nouvelle collection La collection « Les influences » narre l'actualité des idées. Chaque livre est autonome ou peut se lire comme l'épisode d'un feuilleton de la vie intellectuelle.
    Rédigée comme un roman par deux journalistes, une enquête ou une biographie de fond de 120 pages raconte l'époque.
    Un but : aider le lecteur à mettre ses idées à jour dans le déluge de débats, d'opinions et de livres. Un bonus d'une cinquantaine de pages, intitulé « Les idées nouvelles » et rédigé à la façon d'un journal de bord, rend compte à travers portraits, reportages sur le vif, notes de lecture et mise en ordre chronologique des idées, débats et polémiques du moment.

  • En 1922, Victor Marguerite publie La Garçonne, l'histoire d'une jeune femme qui, trompée par son fiancé, décide d'être libre en ayant des relations aussi bien avec des hommes qu'avec des femmes. Elle porte des cheveux courts, sa poitrine est plate et elle fume l'opium.
    Le succès du livre est phénoménal, la polémique sans précédent.
    Comme un tiers des Françaises de cette époque, la journaliste et illustratrice Suzanne de Callias s'est coupé les cheveux. Très influencée par le roman de V. Marguerite, elle publie en 1926 une curieuse brochure, Florilège de l'antiféminisme, qui dénonce des femmes antiféministes comme la très réactionnaire chroniqueuse Marthe Borély, figure du mouvement, ou plutôt du « contre- féminisme ».
    Un certain nombre de femmes s'illustrent alors comme antiféministes.
    Ainsi la romancière catholique Colette Yver s'inquiète de la place croisssante des femmes dans le monde du travail, tandis que l'écrivaine Rachilde, publie un pamphlet à contre- courant, Pourquoi je ne suis pas féministe (1928).
    Celles-ci connaissent une certaine gloire. Au-delà du scandale, l'attrait du public est dû au fait que ces antiféministes ne se préoccupent pas de l'égalité des sexes mais se passionnent avant tout pour la question de l'identité sexuelle. C'est la naissance des études de genre.
    Bertrand Matot exhume cette polémique oubliée dans un essai enrichi d'une anthologie commentée des pamphlets, et nous fait découvrir une bien étonnante galerie de femmes.

  • Auteur protéiforme, Roland Barthes (1915-1980) est l'un de ces classiques inépuisables, que notre époque lit et relit, pour se comprendre, pour ouvrir de nouvelles pistes. Dimitri Lorrain apporte un nouvel éclairage sur Barthes, qui a mené dans les années 70 une réflexion sur la modernité à la fois politique et esthétique, culturelle et existentielle, qui s'avère profondément mélancolique.
    Barthes a vu dans cette mélancolie pluraliste féconde le mouvement même d'une collectivité et de sujets singuliers cheminant vers une modeste mais véritable liberté.
    Il a aussi opposé sa conception à une mélancolie maladive, voire mauvaise, fondée sur le « fantasme d'une communauté forte ». Or cette dernière se déploie de nos jours dans la société et dans bien des réflexions contemporaines pour prendre une forme autoritaire, voire populiste, idéalisant le passé patriarcal. Plus que jamais d'actualité, Barthes nous éclaire sur notre situation historique présente, et particulièrement sur la tentation populiste que connaissent la France et une grande partie de l'Europe.

  • Altissime : ce qui est très haut, très noble. Tout a été dit, ou presque, concernant la philosophe Simone Weil (1909-1943) : hystérique, masochiste, anorexique, emmerdeuse, pétroleuse, donneuse de leçon, extatique, sale, exaltée, garçonne, juive, antisémite, anarcho-syndicaliste, . Un florilège, sous bénéfice d'inventaire. Autant de contrastes, d'antinomies voire de contradictions qui signalent, non un déficit logique ou une part d'incohérence, non les moments d'une contradiction dépassable, mais les tensions d'une pensée qui s'éprouve dans le balancement, dans l'oscillation. Sa fascination pour la pensée chinoise - le taoïsme en particulier - trouve peut-être ici l'un de ses points d'ancrage.
    En Simone Weil se trouve conjoint ce que notre histoire intellectuelle s'est trop souvent plue à disjoindre : l'impatience prophétique et la patience du concept.
    En une petite centaine de pages, le philosophe François L'Yvonnet éclaire l'oeuvre de Simone Weil avec des facettes emblématiques de sa biographie : une cartographie des lieux et des influences, la question du déracinement, son rapport à la judaïté.
    En annexe, une bibliographie raisonnée pour mieux accéder au « monde d'idées » de Simone Weil.

  • « Une apologie d'Ernst Jünger s'impose.
    Une apologie - c'est le sens grec du mot - est un discours (logos) qui vise à lever (apo) une accusation, en montrant son absence de fondement. Comme dans l'Apologie de Socrate de Platon. Extirper les vieilles calomnies anciennement enracinées, colportées par la rumeur et la malveillance. » Telle est la démarche de François L'Yvonnet qui entreprend l'exploration d'une personnalité sulfureuse : Ernst Jünger (1895- 1998). L'auteur d'Orages d'acier, Sur les falaises de marbre ou de Journal de guerre est associé au nazisme, et notamment à Martin Heidegger et Carl Schmitt dont il fut proche. Ces trois-là illustreraient le « fond obscur de l'esprit allemand, dans sa grandeur, mais aussi dans sa dangerosité » (Habermas).
    Si les deux intellectuels cités furent des militants encartés, ce n'est pas le cas de Jünger. Certes, rappelle l'auteur, Jünger a fréquenté les milieux nationalistes de la « Révolution conservatrice », des gens parfois peu recommandables qui, pour certains, joueront un rôle important dans le futur État nazi. Certes, il a pu écrire des lignes regrettables, tenir des propos ambigus. Certes encore servit-il, presque jusqu'à la défaite, dans les troupes d'occupation allemande, en France, sous l'uniforme de la Werhmacht. « Mais est-ce suffisant pour le clouer au pilori des pensées maléfiques ? Jünger est à part.
    Il faut, nous semble-t-il, le prendre tel qu'en lui-même : un auteur inclassable, contradictoire et déroutant. »

  • « Trois raisons de parler de Jacques Derrida :
    1. Derrida le Magnifique - Les idiots et les imbéciles de l'anti-déconstruction n'y peuvent rien, c'est ainsi, Jacques Derrida, mort en 2004, est bel et bien notre dernier grand philosophe vivant.
    2. Derrida le Bon homme - La déconstruction méritait un tel essai de ma petite part, le lecteur s'amusera au déconstructif qui y est en vigueur, qui y est de rigueur, Derrida s'en sortira vivant et bon homme.
    3. Derrida le Poète - Cet essai enfin fait le pari plutôt dramatique qu'il y a à connaître tous les livres de philosophie de Derrida par les poètes, d'abord par les poètes : puisque somme toute c'est dans cet essai que l'on apprendra qu'Arthur Rimbaud est le fils non reconnu de la déconstruction, que Jean-Noël Vuarnet (inconnu de tous) est le père putatif de la pensée première de Derrida au tout début des années soixante-dix et que Nietzsche et Artaud sont le couple diabolique (oncle et tante alors) d'une entrée qui claque les portes dans l'oeuvre complète du philosophe. » Alain Jugnon, avec son style provocant et stimulant, se lance dans l'évocation d'un Jacques Derrida au bord de l'écriture poétique et part en guerre contre l'idée répandue dans cette « époque triste et cynique » que la déconstruction, ou perte des valeurs, est le mal absolu.

  • Presque un demi-siècle plus tard, le mouvement de Mai 68 s'invite et pèse encore considérablement dans le débat politique. Or cette histoire reste encore mal connue, partielle, fantasmatique.
    P. Fillioud a choisi de parler de façon originale de cette révolte de la jeunesse et de la plus grande grève que la France a connus. Ici, le lecteur découvrira moins ce qu'il a trop vu que ce que personne n'avait pressenti : comment s'est fabriqué Mai 68 ? Le récit, ou plutôt la fresque, débute le 31 décembre 1967 pour s'achever le 3 mai - le jour où se dressent les premières barricades sur le boulevard Saint-Michel :
    Une période essentielle, annonciatrice des événements qui vont suivre.
    Qui mieux que les acteurs de cette révolte inattendue pourraient témoigner ? Interrogeant les figures les plus connues et les héros inconnus, P. Fillioud, lui-même à l'époque lycéen engagé, déroule le roman vrai d'une séquence exceptionnelle où l'on mesure la richesse et l'inventivité fourmillante d'une société en ébulition.
    Dans une deuxième partie, « Que sont-ils devenus ? », l'ensemble des grands témoins interrogés évoquent tout ce que « leur » Mai 68 a provoqué chez eux, comment il a orienté ou pesé de façon durable sur leur vie, et les valeurs qu'ils en conservent encore aujourd'hui. Enfin, des notices biographiques racontent le parcours de tous ceux qui ont compté dans cette période qui fut la chrysalide de Mai 68.

  • En une vingtaine de chapitres incisifs, percutants, saignants, Philippe-Joseph Salazar analyse le mal-parler politique, médiatique et intellectuel, à côté du brouhaha démocratique des opinions sans enjeu ni prise de risque.
    Saignant : Philippe-Joseph Salazar décortique ce mal-parler politique, médiatique et intellectuel - sans oublier nous, les réseaux sociaux - qui impose de faux débats.

    C'est là une spécificité française : avec la Ve République, la parole publique a été captée par les élites et notamment le président de la République. Résultat : des discours creux et indigents essentiellement produits par ceux qui nous gouvernent et qui parlent, parlent, parlent mais agissent assez peu. Une république d'en haut bavarde avec Marianne bâillonnée sur son piédestal.
    L'auteur décortique ce mal-parler qui impose de faux débats. Dans cette impitoyable leçon de choses, il apprend au citoyen à décrypter la langue morte mais omniprésente des élites et des pouvoirs, et à faire revivre la sienne.
    Au verbe, citoyens ! À la parole, citoyennes !

  • Extrémisme politique, charia contre république, violences à fleur de peau, émeutes de banlieue, conflits identitaires... De la Courneuve à Dresde, de Philadelphie à Johannesburg, de Göteborg à Rotterdam, des fractures dans la société sont à l'oeuvre de façon saisissante. Si ces sociétés ne sont pas en guerre civile, elles sont en train d'en prendre le chemin. C'est la thèse inquiétante et documentée de Charles Rojzman, inventeur du drôle de métier de thérapeute social, appelé dans le monde entier pour résoudre de graves conflits au sein de villes, services publics ou entreprises déstabilisés par des violences et haines intestines.
    Il est temps de prendre la mesure du danger intérieur qui nous guette, avant que la violence et la destructivité ne rendent insolubles ces conflits éruptifs. Paradoxalement, le livre se termine par un éloge du conflit. Car, explique C. Rojzman, on ne s'en sortira pas par la morale culpabilisante et le leitmotiv du vivre-ensemble, mais en recréant les conditions d'une règle du jeu commune et d'une démocratie (heureusement) conflictuelle.
    Avec ce livre rédigé comme un carnet de chroniques vécues ces trois dernières années, il nous aide à mieux comprendre et nous fait toucher du doigt la violence explosive que sécrètent les sociétés modernes.

  • Vive Marianne ! Certes. La France chérit la femme en politique, surtout quand elle se prénomme Marianne et qu'elle est une potiche diffusée dans toutes les mairies. Mais la femme politique n'est pas une potiche, loin de là... Trois élues de différentes générations croisent leurs expériences et donnent leurs conseils avisés aux futures Marianne de l'hémicycle.
    Les auteures, Denise Cacheux, Marie-Françoise Clergeau et Marylise Lebranchu, nous entraînent notamment dans les coulisses de l'Assemblée nationale qu'elles connaissent particulièrement bien :
    Toutes trois ont été à ce poste stratégique de l'Assemblée qu'est la questure. Précisons : les 3 premières femmes sur les 125 questeurs qui se sont succédés dans l'histoire du Palais Bourbon !
    Anecdotes sur les différents parcours et embûches possibles pour une élue, exemples édifiants de la misogynie ordinaire et du machisme résistant, analyses des effets pervers de la loi sur la parité (elle a plus féminisé les candidatures que les bancs de l'Assemblée nationale) et de la façon dont la féminisation politique peut évoluer... Alors qu'elles quittent la vie d'élue, leurs prises de paroles s'avèrent libres, malicieuses et avisées. Leur mot d'ordre : libérez Marianne ! Leur voeu : ne plus être des exceptions de la république.

  • Que peuvent nous dire trois psychologues sociaux belges sur l'identité de la France ?
    « Romanciers, journalistes, philosophes, sociologues, historiens, géographes, essayistes se sont déjà préoccupés de l'identité nationale française. Paradoxalement, les psychologues, et notamment les psychologues sociaux, sont restés cois. L'«identité» est pourtant un des concepts le plus fréquemment utilisés dans notre spécialité, qui étudie les relations entre groupes. » Or ce sentiment d'appartenance à une nation peut être vécu de différentes façons. Depuis 2007, l'expression « identité nationale » a repris toute sa vigueur dans les débats publics et les passions françaises, jusqu'à s'endurcir et devenir chez certains intellectuels, publicistes et politiques français, un hymne à l'identité nationaliste.
    Ce livre a pour objectif de montrer la différence entre l'identité nationale et l'identité nationaliste, comment cette dernière mène au racisme et à un cercle vicieux de tensions sociales. Il explore les pistes qui permettraient d'en sortir, pour un mieux-vivre ensemble.

  • André Malraux, Jack Lang... Une fois ressassés les exploits de ses deux ministres, véritables fantômes de la rue de Valois, qu'est devenu depuis le ministère de la Culture ? Depuis des décennies, il semble se morfondre dans une grande paresse intellectuelle et politique.
    « Appréhender le champ de la culture s'avère un exercice redoutable.
    Les domaines sont multiples et certains sont devenus techniques. » Deux jeunes fonctionnaires spécialistes du patrimoine et des industries culturelles ont pris le taureau par les cornes et entamé l'équarissage analytique de l'institution.
    Pour les auteurs du livre, une politique culturelle moderne devrait revenir aux fondamentaux oubliés de la préservation et de la transmission. Or, se repencher sur ces missions fondatrices qui remontent au Front populaire, c'est rouvrir des débats politiquement courageux comme la définition de la culture par exemple.
    Leur exploration méticuleuse, étage par étage, de l'institution, de ses régressions, de ses impensés et de son ambition politique à regonfler s'accompagne, à l'heure des choix de l'État, d'une quinzaine de propositions très concrètes.

  • Kojève le célèbre inconnu. Il est toujours utile, pour comprendre un philosophe, de connaître certains traits de sa vie. C'est bien le cas pour Kojève bien que cela soit difficile. On le soupçonna d'être un espion sovéitique à Paris. Il brouilla les cartes toute sa vie en donnant souvent de lui une image factice. Exceptionnellement discret, il anticipa pourtant la fameuse société du spectacle de Guy Debord.
    Kojève l'encyclopédiste. C'est un philosophe au sens où il chercha sans cesse. Sa vie entière est une recherche. Kojève veut tout savoir pour tout comprendre et pour dire le tout. Or il y a longtemps que nous avons abandonné l'idée d'un savoir encyclopédique qui couvrirait la totalité du savoir humain possible, et permettrait à un individu de comprendre totalement ce qu'il en est du monde.
    Une pensée à contre-courant. Philosophe controversé qui réactualisa Hegel et fut critiqué par Jacques Derrida, il veut trouver et dire la vérité. À une époque où le « politiquement correct » produit un scepticisme de principe, ce genre d'attitude peut paraître singulièrement dogmatique, immodeste voire folle.
    La vie est une comédie, car l'on n'y est jamais sûr de rien. Mais c'est la seule que nous ayons à jouer, si l'on en croit Kojève. Et la seule chance qu'elle « vaille le coup », c'est qu'en prenant le risque de la jouer, on le fasse sérieusement.

  • Le contexte de maladie peut très vite polluer la relation entre les personnes. Or, dans la maladie, autrui est indispensable : le malade a besoin du soignant et de ses proches pour être soigné et soutenu ; le soignant a besoin du malade et de ceux qui le connaissent bien pour répondre au mieux à ses besoins ; les proches ont besoin du malade et des soignants dans leur confrontation brutale à la maladie.
    Cet ouvrage n'est ni un manuel de philosophie, ni un document scientifique mais un essai cherchant à décortiquer certaines situations dans la relation de soin qui se révèlent complexes à vivre et à penser. Les différentes conceptions de l'éthique y sont approchées pour saisir les enjeux moraux et sociaux de situations complexes (fin de vie, prélèvement d'organes, essais cliniques, annonce de mauvaise nouvelle, prise de décision, place des proches dans la relation de soins, etc.), afin d'apporter quelques outils de réflexion et favoriser l'esprit critique de chaque citoyen confronté à ces situations.
    Une enquête de terrain autant qu'un grand livre de philosophie et d'humanité qui, en donnant des réponses claires, aide à penser la maladie, la sienne comme celle de ses proches et à répondre à des situations compliquées ou tragiques.

  • Tous les deux mois, votre revue de l'actualité éditoriale des idées et des sciences humaines (et de ceux qui les font).
    La revue de met en scène l'actualité éditoriale des idées et des sciences humaines, une vie intellectuelle novatrice à travers un séquençage de rubriques :
    - l'abécédaire des idées (mots clés, débats, valeurs émergentes) - la fabrique du débat ( enquêtes et reportages sur les lieux d'idées, compte rendus de débats) - les influenceurs : l'enquête bibliographique de référence sur un penseur, et de longs entretiens.
    Ce quatrième numéro offre une exploration jubilatoire des chercheurs et de leurs idées sur la pop-culture : BD, DVD, séries télé, jeux, musiques, street-art, cartes postales, cultures alternatives. Cet été, réfléchissez

  • Vols de reliques, assassinats d'enfants, lycanthropie, duels interdits, crimes de masse. Dans l'ombre de l'Histoire de France et de ses rois se cache une histoire en minuscule, celle des fous, des voleurs et des meurtriers.
    Le crime s'inscrit aussi dans son époque par l'écho qu'il produit auprès de ses contemporains.
    Mais qu'en était-il avant l'irruption dans la seconde partie du xixe siècle, de la presse écrite qui « industrialisa » le genre du fait divers ? Comment le crime a-t-il été médiatisé au fil des siècles et comment les Français se sont emparés de son récit ?
    Qui se souvient des premiers gangs mérovingiens qui ravagèrent la basilique Saint-Denis en 579, ou de ce trafic de reliques à l'abbaye de Conques (855) ? De cette baston dans une taverne qui déboucha sur la première grève universitaire (1229) ? Et que dire du complot des lépreux (1231), du massacre urbain du Pet-au-diable (1453), de l'impact du procès de Gilles de Rais ? L'affaire de la Malle sanglante et de Gabrielle Bompétard (1890) signe sans doute la fin du crime obscur et les débuts flamboyants dans la presse grand public.
    Le lecteur découvre ici la préhistoire des faits divers.

empty