Littérature générale

  • En 1801, une jeune Bretonne de 30 ans dont on ne sait, aujourd'hui, presque rien, s'adresse aux femmes de son temps pour les prendre à témoin des interdits, servitudes et violences qu'il leur faut encore affronter, passé le grand souffle de la Révolution.
    « Esclave dans la famille et nulle au sein de la Patrie », mais aussi, et c'est alors impensé, encline, par la force des préjugés sociaux, à intérioriser sa propre domination, la femme, dit Fanny Raoul, n'a pas même accès à l'expression légitime de ses opinions. Elle n'en proclame pas moins la sienne avec force, et après 200 ans d'oubli, il est temps de découvrir enfin de joyau de précocité et de radicalité qu'est Opinion d'une femme.
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  • Le texte qui mit Gandhi sur la voie de la résistance non violente Ce texte de Léon Tolstoï, censuré en Russie dès sa parution en 1893 et réédité pour la première fois en France cent ans après la mort de son auteur, est le maître livre qui influença Gandhi de manière décisive.

    Dans ce pamphlet virulent contre les États et les institutions de la violence, le grand écrivain de la terre russe dénonce la trahison des Églises, coupables à ses yeux de renier le «-véritable christianisme-». Il martèle sa foi inébranlable en la non-violence et invite ses contemporains à faire le choix de l'insoumission plutôt que de se rendre complices de l'injustice.

    L'essai de Tolstoï est suivi de sa correspondance avec le futur «-Mahatma-»-: une relation épistolaire peu connue, émouvante et empreinte d'un grand respect mutuel.

  • Dans cette conférence de 1884, Morris s'exprime en tant que socialiste révolutionnaire, artiste et urbaniste.
    Avec une incroyable modernité, il insiste sur les méfaits de la société capitaliste sur l'environnement et le cadre de vie, et dénonce les ravages de la « guerre commerciale » comme ceux de l'industrialisation et des villes tentaculaires.
    Véritable appel à la refonte d'une société où la logique du profit à tout crin « dégrade tout » (conditions de travail, cadre de vie, milieu naturel), Comment nous pourrions vivre imagine un nouvel ordre social. Fin des inégalités entre classes, épanouissement personnel, réduction des heures de travail, encouragement de l'expression artistique et du sens esthétique, transformation de l'habitat et respect de la nature, tels sont quelques-uns des préalables posés par Morris pour atteindre à ce qu'il nomme « une vie décente ».

  • Walter Benjamin se situe à la confluence de plusieurs courants, du romantisme révolutionnaire, du matérialisme historique et de la théologie juive, sans se revendiquer pour autant d'aucune chapelle. Il va audelà de la critique marxiste du capitalisme industriel, y compris celle de ses amis de l'école de Francfort comme Horkheimer ou Adorno. Sa sensibilité, singulière et marginale, le pousse plutôt à percer le rapport au temps, à la mémoire et à l'histoire que déclenchent la technique et la reproduction sériée des objets et des images, annonçant le déferlement productiviste contemporain et la société du spectacle. Dans la première guerre mondiale, Benjamin perçoit le saut anthropologique du basculement du monde vers des techniques de violence de masse. Il décrit la guerre comme une discontinuité inédite de l'histoire, imbriquée dans un progrès technique qui efface les traces et l'unicité. Il y verrait peut-être aussi, aujourd'hui, le seuil de ce que l'on appelle désormais l'anthropocène : « Les hommes en tant qu'espèce sont parvenus depuis des millénaires au terme de leur évolution. Mais l'humanité en tant qu'espèce est encore au début de la sienne ».
    Benjamin a dénoncé l'« effroyable déploiement de la technique » qui plonge les hommes dans une « pauvreté tout à fait nouvelle » qui engendre « une nouvelle espèce de barbarie ». Il fonde toute forme d'émancipation sur la capacité de se détacher de la grande accélération et de visualiser le caractère entropique de la société industrielle. Pour lui, la révolution sera « l'acte par lequel l'humanité qui voyage dans le train tire les freins d'urgence ».

  • Il y a eu l'enfance. L'enfance et les bois. Dans la forêt, Cosma Salé a respiré les parfums de la fugue.
    C'était l'école après l'école, l'école des prés et des rivières, la construction de cabanes à plusieurs, le tracé, parmi les fourrés de ronce, de projets de fuite, de séditions et de complots insouciants. C'était l'esquisse d'un commun primitif et essentiel, l'invention d'espaces peuplés de lois, de pactes et d'amitiés propres.
    Il y a eu, en 2006, le mouvement anti-CPE, où s'est esquissé l'esprit d'une génération : les frissons des premiers affrontements, l'engouement des forces collectives à l'orée du siècle. Cosma Salé a embarqué en direction de terres incertaines, dans les derniers soubresauts du mouvement. Il a aussi vécu l'essoufflement des fêtes sauvages, les contre-sommets, les traversées en auto-stop.
    Il y a eu, depuis, la création de zones et de temps de conflictualité. Comme à d'autres moments de l'histoire, il s'agissait, désormais, d'arracher au pouvoir du chiffre et de la rationalité instrumentale, des terres, des places et des rues, le temps d'une heure, d'une nuit, d'une année. Cosma Salé s'y est donné tout entier à l'urgence de vivre et de faire revivre, coûte que coûte, les premières communes de l'enfance. Avec d'autres, il a appris à les habiter, y a tissé des complicités, semé des affects définitifs. Ces zones franches, ce sont les quartiers des villes européennes où la police ne va plus, les parcelles de bocages et de forêts coupées des métropoles, les maisons amies où l'on reprend son souffle au sortir de la lutte.
    De ces histoires vécues dans ce qu'il nomme la zone libre, Cosma Salé a fait collection. Ce sont des histoires sensibles qui parlent d'imaginaires et de territoires dans lesquels réinventer des usages, des temps de résistance contre l'aménagement du territoire, des récits de voyages entre deux zones franches. On y apprend à respirer et à sentir, à flairer et à bâtir contre l'ennui. Ces récits sont le fruit d'un regard intime et poétique porté sur des espaces qui résistent à l'esprit du nouveau siècle. De la zad de Notre-Dame-des-Landes à la cuisine d'une maison occupée, d'une cabane dans les bois aux repli des métropoles, on comprend la fièvre et l'enthousiasme, la fureur et l'exil. Et on voit s'épanouir une autre vision de la vie en commun.

  • Ils sont les invisibles, ceux que l'administration ne veut pas voir, ceux qu'on parque ou qu'on chasse, ceux qui se lèvent tôt et qui rentrent tard, qui habitent des campements ou des squats insalubres. Ils vivent ici. Ils travaillent ici. Mais ils sont privés d'espace public, évitent les lieux où sont les Blancs et ne fréquentent pas les cafés, les parcs, les cinémas ou les théâtres, par peur des rafles et des contrôles. Parce qu'ils sont sans papiers et sans toit, ils sont sans voix et sans visage. Ils habitent une ville qui double les coutures de celle que d'autres arpentent au grand jour, librement.
    En mai 2015, huit d'entre eux ont pris le risque de venir en pleine lumière. Eux, ce sont les « quatre-vingts d'Auber », les habitants d'un squat situé au 81, avenue Victor-Hugo, à Aubervilliers. C'était leur adresse, c'est devenu un spectacle et l'histoire d'une lutte pour la régularisation.
    Récit littéraire et enquête anthropologique, Chronique des invisibles raconte cette aventure depuis les premières inquiétudes jusqu'à l'étrange vertige du succès. Il fait le récit de cette création et de cette lutte de deux années qui les aura conduits du squat au Festival d'Avignon.
    Ce livre revient sur la rencontre improbable entre deux univers - celui du théâtre et de ses feux, celui de la clandestinité et du combat pour sortir de l'ombre - et sur le parcours initiatique commun qui en a découlé.
    C'est un récit vivant sur les porosités de notre époque, les questionnements qu'elle précipite, la conversion du regard qu'elle exige plus que jamais de nous.

  • « De la naissance de Nuit debout au recours au 49.3 : le mouvement contre la loi Travail comme si vous y étiez ! Un document de première main sur l'imaginaire et les solidarités révolutionnaires du « long mois de mars » 2016 ; l'état d'urgence et la répression policière vus de l'intérieur ; un style direct et énergique au service d'« une armée de rêveurs invincibles ». Cet abécédaire du printemps 2016 restitue la dynamique collective et inventive du mouvement contre la loi El Khomri, qui a remis sur le métier certaines pratiques et en a inventé de nouvelles. Ce mouvement a bousculé les habitudes militantes, et ce livre dresse un panorama de tous les phénomènes qui lui sont liés. L'ouvrage se penche également sur la militarisation de l'action policière, l'état d'urgence et l'état d'exception juridique, les lois sécuritaires. »

  • Cet essai s'attache à montrer comment des figures littéraires ou cinématographiques aussi notoires que le Jean-Jacques des Confessions, le Julien Sorel du Rouge et le noir, le démoniaque Heathcliff des Hauts de Hurlevent, Mellors, le garde-chasse de L'amant de lady Chatterley, ou encore Barnett, le valet de The Servant, le film de Joseph Losey, peuvent être revisitées comme une généalogie de la figure du plébéien dans nos sociétés. À travers cette dernière, c'est une contre-histoire de la modernité qui s'écrit. En des temps où pullulent les odes au Progrès, les hymnes à la Science, à l'Histoire, à l'Humanité une et indivisible, cet obstiné ranime la mémoire longue du différend sans issue entre le serviteur et son maître. Ainsi se perpétue, des premiers temps du salariat jusqu'à l'ère du capitalisme mondialisé, la dispute exemplaire de Figaro et du Comte Almaviva.
    Le plébéien est ce subalterne ombrageux dont la passion est de faire toutes sortes de démonstrations en faveur de l'égalité et contre la répartition des places et la hiérarchie des conditions. Parfois calme, parfois colérique, indigné, il (elle, le terme se décline aussi au féminin et une sourde lutte oppose aussi parfois la plébéienne au plébéien) est celui dont l'activisme tend à saper les fondements prétendument naturels de l'ordre établi.
    L'horizon de son combat est la production d'un trouble à la faveur duquel la distribution des positions (riches et pauvres, gouvernants et gouvernés, dominants et subalternes, exploiteurs et exploités...) est vouée à devenir l'objet d'un litige perpétuel : il est, par excellence, une figure de la politique moderne, celle de la non-coïncidence entre les fondements de l'ordre social et symbolique et les principes sur lesquels est supposé s'établir le régime démocratique.

  • Résister et créer par la bande dessinée est aussi vital que résister et créer par le partage d'un bon repas, par le partage de la musique, de la danse.
    Un dessin comme un mot d'esprit permet de dire l'indicible, d'ouvrir l'imaginaire. Il n'illustre pas seulement, il va bien plus loin que notre raison froide. Ces dessins animent nos combats d'une force nouvelle. Ils disent nos colères. Ils font sourire. Ils nous font davantage humains dans un monde toujours plus inhumain.

  • La butte verte

    La butte verte est le premier ouvrage analysant la longue histoire commune de montmartre et de l'écologie politique.
    La tradition libertaire de la butte a trouvé son prolongement dans les nombreux et actuels combats écologiques. ces dernières années, les montmartrois ont offert aux verts quelques-uns de leurs meilleurs scores électoraux. la butte montmartre préfigure-t-elle la france de demain ?.

  • Romanesque 2.0

    Pierre ne s'était jamais imaginé romancier. Pourtant, une nuit avec Romanesque a suffi à le
    transformer en auteur de polar. Un tel logiciel va certainement faire un tabac ! Manque de chance,
    Naïma renonce à le commercialiser. Naïma ? C'est la soeur d'Abdel, le petit génie qui a développé Romanesque, ce générateur de romans. Abdel l'avait créé pour lui en faire cadeau, parce qu'elle travaillait comme nègre à écrire des intrigues stupides et répétitives. Il lui avait offert pour son anniversaire, juste avant de se faire défoncer le crâne dans une ratonnade à La Grande Borne.
    Six ans ont passé. Bientôt les élections, en banlieue comme ailleurs. Les provocateurs
    réapparaissen... La Grande borne s'enflamme à nouveau. Mais à qui profite vraiment le crime ? Et si
    Romanesque devenait un instrument de vengeance ? Tout va se jouer en quelques jours et quelques
    nuits d'orage. Ce roman s'adresse principalement à un lectorat jeune et politisé.
    L'utilisation de la violence en banlieue par des partis politiques semble aujourd'hui être entrée dans
    les moeurs. Outre cet aspect, l'intérêt de ce roman réside dans l'analyse du processus créatif et dans
    le personnage de Naïma, véritable "passager clandestin" moderne.

  • Voici trois ans, Sirwan a échappé de justesse à une rafle à la sortie de son lycée. Depuis, le jeune kurde se terre dans une cave, sous un parking de banlieue. Otto, un ancien vétérinaire, l'héberge en échange de coups de main pour ses trafics de chiens de combat.
    Un matin, la jambe de Samira, sa compagne, est happée par la gueule d'un de ces monstres. Menacée de septicémie, la jeune ivoirienne trouve assez de forces pour se traîner dehors à recherche d'un guérisseur. Elle aboutit dans un squat qui survit dans la terreur de Gladiator, un molosse surentrainé qui fut autrefois la fierté de Sirwan.
    Dans leurs tentatives pour le neutraliser, les deux sans-papiers finiront par être responsable d'une évasion massive d'un centre de rétention ; une évasion qui dévoilera par la même occasion une facette inattendue du passé d'Otto. Autopsie d'un sans papier est le deuxième roman de Olivier Las Vergnas, directeur de la cité des Métiers à la Villette.

  • Pierre ne s'était jamais imaginé romancier. Pourtant, une nuit avec Romanesque a suffi à le transformer en auteur de polar. Un tel logiciel va certainement faire un tabac ! Manque de chance, Naïma renonce à le commercialiser.
    Naïma ? C'est la soeur d'Abdel, le petit génie qui a développé Romanesque, ce générateur de romans. Abdel lui avait offert pour son anniversaire, juste avant de se faire défoncer le crâne dans une ratonnade à La Grande Borne.
    Six ans ont passé. Bientôt les élections, en banlieue comme ailleurs. Les provocateurs réapparaissent... La Grande borne s'enflamme à nouveau. Mais à qui profite vraiment le crime ? Et si Romanesque devenait un instrument de vengeance ? Tout va se jouer en quelques jours et quelques nuits d'orage.
    Réflexion sur le processus créatif, cet ouvrage est également un essai sur la cyber littérature ainsi que les générateurs automatiques de romans. En 2007, la cyber littérature est plus présente sur le front des hypertextes que sur la génération d'un effet de réel par un automate romancier linéaire. Cette seconde question, pourtant centrale pour la littérature, semble devoir attendre une nouvelle génération de progrès pour redevenir d'actualité. Romanesque 2.0 fait le point sur cette question.

  • La vie de Vida Hadjebi Tabrizi, qui commence en Iran dans les années 1930, est celle d'une femme engagée dans l'histoire mondiale d'après-guerre : fréquentant les cercles d'étudiants du Tiers- Monde dans le quartier latin des années 1950, témoin de premier rang du projet de révolution tiers-mondiste de la Tricontinentale, observatrice des mouvements d'indépendance nationalistes en Iran et au Maghreb, voyageuse fascinée mais lucide dans le monde soviétique, compagne de route des mouvements de lutte armée en Amérique du Sud et en Iran. De retour en Iran dans les années 1970, Vida est détenue sept ans dans les prisons du Shah. Celle qui est nommée « prisonnière de l'année » par Amnesty International en 1978 est finalement libérée au début de la révolution de 1979. Elle s'exile en France deux ans plus tard, tandis que son pays s'enlise dans le régime de terreur de la République Islamique.

    Ce récit est l'histoire d'une femme et d'une mère sur qui l'Islam et les conventions de l'époque n'eurent pas de prise. C'est aussi une traversée des mouvements et des affections qui ont fait la gauche révolutionnaire mondiale, de l'Alger de Ben Bella à la conférence Tricontinentale de La Havane, en passant par le maquis vénézuélien, Prague et le Paris de mai 68.
    Au soir d'une vie d'exil marquée par la tragédie de la révolution iranienne, Vida porte un regard curieux - affectueux, engagé, critique et actuel - sur les zones de turbulences du monde postcolonial et ceux qu'elle a rencontrés, aimés, ou côtoyés en chemin : Mehdi Ben Barka, Fidel Castro, le poète salvadorien Roque Dalton, Louis Aragon, le guérillero Oswaldo Barreto qui fut son mari, ou encore son amie Farah Diba, avant que celle-ci devienne impératrice d'Iran. Ses souvenirs, qui mêlent petite et grande histoire, font revivre les espoirs, les illusions, les passions qui furent l'étoffe des luttes et des soubresauts du siècle.

    Traduit du persan par Chowra Makaremi.

  • Pour Murray Bookchin (1921-2006), fondateur de l'écologie sociale, c'est au coeur même de nos institutions que se situent les causes de notre rapport destructeur à la nature. Les principes de domination induits par la « société de marché » ont fini par envahir tous les domaines de la vie, colonisant nos valeurs et nos modes de pensée. Le modèle économique du capitalisme est donc à condamner sans détours et sous toutes ses formes.
    Mais la force de cette pensée réside surtout dans la proposition du « municipalisme libertaire » : un retour à une gestion à échelle humaine des affaires publiques. En instaurant la propriété communale des moyens de production, il s'agit de créer des espaces - ouverts sur l'extérieur -, où, en harmonie avec l'environnement, chacun, en prenant part aux décisions collectives, exprime pleinement son potentiel et ses aspirations.

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