Littérature traduite

  • Stoner

    John Williams

    Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l'université par son père, et au prix de quels sacrifices, pour y étudier l'agronomie.
    Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l'esprit. Il déçoit les siens, devient professeur, se voue corps et âme à la littérature, sert ses étudiants, assiste impuissant aux ravages causés par une terrible crise économique et deux guerres mondiales, se trompe d'histoire d'amour et finit par renoncer au bonheur. Tout cela l'entame, mais rien ne le diminue : il lit.
    Célébration d'une âme droite enchâssée dans un corps que la vie a très tôt voûté, voilà le récit d'une vie austère en apparence, ardente en secret. « Au cours de sa quarante-troisième année, William Stoner apprit ce que d'autres, bien plus jeunes, avaient compris avant lui : que la personne que l'on aime en premier n'est pas celle que l'on aime en dernier et que l'amour n'est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre » .

  • " On ne voyage que pour raconter " nous a soufflé Pascal, Blaise, peu joué sur Broadway. On voyage aussi pour oublier, rajoute Perelman, qui connut peu Pascal et aurait aimé être joué à Broadway. Dont acte avec ce Tous à l'ouest ! qui narre par le menu la saga touffue et ébouriffante d'une paire d'entertainers new-yorkais, Hirschfeld et Perelman, partis " globe-trotter " all around ze weurlde pour noyer dans le mouvement l'échec d'une comédie musicale. On ouvre avec un stage survie dans les décors de Hollywood, on embarque à San Francisco, à bord du Marine Flier, direction l'Orient extrême, ses fragrances, son mystère. En attendant la " troublante et insondable Asie ", Perelman se fait plumer aux dés. Ils abordent à Qinhuangdao, sa rade, ses échoppes, Shanghai suit, sa foule, son dollar dévalué, puis Hong Kong pour un rencontre avec Bao Daile déconfit. Le lecteur se retrouvera ensuite à un pique-nique au tapioca avec un potentat malais et à visiter - chaque tronc a son petit nom - une plantation d'hévéas ; à Bangkok, Perelman manque d'acheter un éléphanteau d'appartement : échec. Et pourquoi vous dévoiler les passionnantes péripéties survenues à Penang, Ceylan, Bombay, devant le Taj Mahal, Agra, alors que vous n'avez pas encore pris l'engagement d'offrir le volume à tous vos proches ? J'agirais de même avec l'escapade au Caire, Pompéi, le Negresco, Paris ou Londres. Sachez seulement que Tous à l'ouest résulte d'un mix hautement salubre entre Phileas Fogg et les Marx Brothers, le planning de l'un revu par la capacité de gestion des catastrophes des autres, et Tous à l'ouest définit autant le mental de l'auteur qu'il sert de titre à son livre. Et maintenant : tous en scène !

  • Sa participation à la guerre civile américaine le convertit à une forme de scepticisme teinté de misanthropie qui ne fit que se renforcer au fil du temps. Plus tard, son métier de journaliste acheva de le débarrasser de ses dernières illusions. Une conscience aussi vive de l'hypocrisie et la bêtise humaines devait naturellement l'amener sur le terrain de l'humour, du grotesque et du macabre. Parodier les Fables d'Ésope, détourner le plus célèbre des esclaves phrygiens pour mieux défendre les principes stoïciens à la source de ses fables, permet à Bierce de joindre sa voix à celles des grands moralistes du passé. Qui aurait cru que la fable connaîtrait une seconde jeunesse au Far West ? Sans doute le temps est-il venu de redécouvrir ses oeuvres de jeunesse sinon pour leur virtuosité littéraire, du moins pour leur humour hyperbolique, leur caractère transgressif et leur merveilleuse liberté de ton.

  • Et revoilà nos frères-la-côte, gibiers de non-sens, gens de culs-de-sac logiques et d'indébrouillables cordes à noeud sans noeud ! Après les avoir fait se colleter avec savants, baleines et communistes, avant de les livrer aux Romantiques, Gideon Defoe les confronte, pour le meilleur et pour l'empire, à la figure de Napoléon. Tout s'amorce, comme il se doit, par une rixe épique et l'attente anxieuse du prix du meilleur pirate de l'année décerné par le tonitruant roi des pirates. Échec de notre capitaine, blues amer face à la dégaine proprette du vainqueur et décision de se consacrer à... l'apiculture, la viande d'abeille se révélant riche en protéine. L'affaire s'amorce grâce à l'aide précieuse de l'ami Bellamy, Frank, pirate qui lui tend, pour démarrer, une île perdue, Sainte-Hélène, où, à ce que dit l'histoire, l'abeille atteint la taille d'un teckel. Joie ! Mais de courte durée, l'île festive se révèle un caillou maussade et toujours possession de l'Empire britannique et de maints colons. Foin, nous restons, s'exclame le capitaine pirate. Survient alors un résident au singulier chapeau, préretraité corse, paisible et las de son impérial train-train. La vie se dévide calmement sous les cieux atlantiques entre concours de monstres, visite aux antiquités napoléoniennes où scintille sous un globe un authentique mouchoir impérial et pend au plafond un pirate mort mué en lamantin empaillé, bisbilles entre les ego des résidents et échouage d'un calmar suicidé sur la plage. L'épisode s'empanache d'un duel final entre le Captain pirate et l'Empereur déchu, de leur passagère disparition en mer et de leur retour lourd d'anecdotes héroïques. Un index déboussolant et une table des matières radioactive bouclent un épisode à fort tangage narratif, conduit sous vents contraires à tout bon sens.

  • Quid ? Emilio de Lascano-Tegui, baptisé vicomte par la fantaisie d'une dame, écrivain, journaliste, conservateur de musée, consul, copinant avec Apollinaire, Salmon, Pablo..., enterré le 14 avril 1966. Alors donc, quelle élégance pour ces temps endormis ? Sous ce titre (paru chez Fourcade le 1er avril 1930) qui fleure la poussière fade se dissimule une subtile machine à détraquer le temps, piège fatal où la durée se débat comme un tigre sous un filet. Voici donc quelques masques surgis crus de la nuit, inoubliés : Raymond, l'ex-curé, ci-devant cocher, champion au jeu de fouette-mémoire ; Osvald, tardif transsexuel ; Mme Salvadores, amie de l'impératrice Eugénie ; Moreau, l'étalon des bordels coloniaux... Pailletant le tout, quelques aphorismes à la gravité farcesque : « Le Moyen Âge, c'est l'enfance d'un orphelin », « La masturbation en a fini avec les demi-dieux »

  • 1837 : l'époque victorienne approche et l'âge d'or de la piraterie est sur le point de s'achever.
    Les pirates, justement, commencent à s'ennuyer : ils passent leur vie à fainéanter sur des plages tropicales et à zieuter les jolies filles autochtones. inquiet pour le moral de son équipage, le capitaine pirate décide qu'il est temps de repartir à l'aventure. après avoir réuni assez de jambons pour le voyage, bien sûr. croisant par hasard la route du jeune charles darwin embarqué pour une expédition scientifique à bord du beagle, le capitaine et son équipage voyageront des exotiques îles galápagos aux rues brumeuses de londres.
    Là, ils seront confrontés à des meurtres horribles, des femmes qui disparaissent, un archevêque diabolique, elephant man - et effectueront même un palpitant vol en ballon. un livre plein de rugissements et de bastons qui traite à fond du problème de la science opposée à la religion.

  • Au XIXe siècle, les aventures comiques de pirates ayant acheté à crédit un bateau à la belle et redoutable Cutlass Liz. Ne parvenant pas à réunir les 6.000 doublons pour payer leur nouveau navire, ils montent un spectacle à Las Vegas, écrivent des poèmes tristes sur les dauphins, partent chasser la baleine blanche pour le compte du capitaine Achab...

  • Les cartes sont tristes. Faites pour les sérieux, les puissants, les gens pressés, elles ne pointent que les hauts lieux, les voies royales, les fleuves navigables, les routes qui vont quelque part. Bref tout ce qui sert. Une carte est à lever qui ne signalerait que les angles morts du monde, les lieux non-dits, ceux où l'on ne va que par goût des plaisirs torves, des manies contondantes. Et ce pourrait être au Canadien Crad Kilodney, dont les Villes bigrement exotiques paraissent au Dilettante, d'en marquer les centres nerveux. On lui voit en effet, au travers de ce recueil d'escapades véloces, de proses voyageuses ardemment torrides, un goût certain pour les cités maudites, les villes champignons hallucinogènes, connues ou inconnues. Grâce à ce digne cicérone, on fait étape à Oïmiakon, le « jardin de la Sibérie », on savoure la poésie de Kunduz l'afghane, avec son joli «musée des membres amputés» et son club No-Go où les femmes font la bête à deux dos avec une tripotée de calmars ; à Nyala, au Soudan, les lits sont équipés de poignées à orgasme ; passant par Snuol, vous pourrez rencontrer le meilleur sosie cambodgien d'Elvis. Quant à Pyongyang, cité à la Chirico, le communisme d'État y devient la dernière forme moderne du fantastique. Saluons Elbasan l'albanaise, son monorail à âne, son donneur de sperme de renom mondial. Un tour du monde pour empêcheur de voyager en rond qui se clôt par Vinh de Vietnam, son musée Ho-Chi-Minh et son perroquet Nestor à la Michel, mets réputé. Alors Exotic airlines ! embarquement immédiat ! destination à volonté. Boîtes de nuit et vaccins compris dans le forfait. Le commandant Kilodney et son équipage de poulpes et stripteaseuses sont à votre disposition.

  • "Lynne Tillman a toujours fait partie de mes héroïnes : pas parce que j'admire son écriture (même si, bien entendu, j'ai pour celle-ci une admiration sans bornes), mais parce que je la "ressens".
    Imaginez-vous au volant de votre voiture, la nuit, seul. Vous allumez la radio et entendez une chanson qui vous parle et résume tout. Voilà ce que je ressens quand je lis ses histoires. (Jonathan Safran Foer) "Les toutes dernières nouvelles de Lynne Tillman sont tonifiantes, absurdes, raisonneuses et lumineuses. Allées et venues vaut à elle seule qu'on fasse l'acquisition du recueil. Ce livre révèle un talent rare pour l'observation et le don de stupéfier le lecteur.
    " (Jonathan Lethem) "Tel un acupuncteur, Lynne Tillman connaît les points précis où enfoncer ses aiguilles délicates." (Edmund White)

  • C'est l'histoire d'un qui s'appelle Accio. La scène est dans les années 60, en Italie : famille modeste, foi intacte. Accio nous prend par la main quand il est en bouton : tourment de la foi, lierre grimpant des tentations, école et parfum de confessionnal. On l'accompagne au fil d'une fugue, au vif des rixes et broncas familiales, on le suit au MSI, chez les néomussoliniens où il entre pour fronder un peu plus, joue les gribouilles et se fait sortir pour perturbation de concert (une fanfare américaine). Des tentations, le lierre grimpe encore et fleurit peu : branlette et déniaisement triste. Mais le noir de la chemise se fait libertaire au soleil de Francesca, tantôt radieuse « Walkyrie milanaise », tantôt statue de sel, et Accio passe du Duce aux camarades : action révolutionnaire, manifs, piquets de grèves, coups encore, coups toujours, jusqu'à la mort, la clandestinité. La boucle se bouclera comme de juste : dans un confessionnal. Ainsi va la vie d'Accio Benassi, fils, frère et foutu furieux, entre madone et uppercut, fraternité et rendez-vous manqués, coups de coeur et coups de boules : entre Guerre froide et années de plomb, dix ans dans la vie de l'Italie moderne.

    Le roman d'Antonio Pennacchi (Il fasciocomunista) a été adapté au cinéma par Daniele Luchetti. Présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard, il sortira dans les salles françaises le 12 septembre 2007.

  • Un spectre hante l'Europe : celui des pirates de Gideon Defoe. Après une croisière au sein du monde savant et une escapade parmi la gent baleinière, ils rencontrent aujourd'hui ce monstre mythique : le communisme. Nos Frères la côte jettent l'ancre à Londres, fréquentant comme se doit les tailleurs de Saville Row ; leur chef aimé se retrouve alors inopinément sur une dure couchette de prison pour cause de fatale (et parfaite) ressemblance avec Karl Marx. Ce qui vaut à l'escouade piratière, une invitation à un meeting du messie barbu du matérialisme scientioeque. Ce dernier les prie alors, ce qu'ils effectuent, de l'exoeltrer vers Paris, pour cause de fétidité londonienne. Alors que l'esquif croise en Manche, pari est lancé entre le capitaine pirate et Marx d'accoucher, portés par la houle, d'un opus philosophique révolutionnaire. Occasion pour Marx, au vu de l'opus piratorum, de s'écrier, fasciné : « C'est là où j'avais tort : Das Kapital n'avait une seule page à colorier ». Paris touché, on voit Marx et les pirates rôder au musée Grévin, aux Folies Bergère puis à l'Opéra où Wagner et Nietzsche achèvent de porter au maximum d'émulsion, de délire jubilatoire et visionnaire ce nouveau volet de l'ébouriffante saga du drapeau noir.

  • C'est une histoire de bicyclette rouge posée contre un mur, de père défunt, de famille soudée, d'enfant véloce et futé, c'est l'histoire de Nicola. Marié à Leonilde, Guerrino le père, dont la voix revient hanter le texte, ouvre le récit par sa mort, une mort que l'enfant reçoit comme un gros paquet dur à porter. Devenu " le roi pauvre du quartier ", le sempiternel fils du mort doit subir la pesante bienveillance des voisins, endurer les coupes de cheveux aberrantes qu'il masque avec un bonnet Ferrari, recevoir en présent le saucisson d'âne du boucher Luciano, les sorbets à l'oeil du glacier Bedont, d'autres encore. Mais ce gavage affectif ne peut rien contre la. biligorgne. Tristesse douceâtre qui vient se lover dans le coeur de l'enfant quand il trie les photos de famille, celles surtout où il est avec son père : " Pourquoi les gens morts restaient-ils coincés dans les photos ? (...) Il fallait des ciseaux pour découper les gens morts des photos. " Pour y échapper, il y a, certes, les boucles blondes d'Andrea, la poussière soulevée par les trains, des envies de trompettes débouchées, mais il y a avant tout le rêve d'une vie balle au pied, d'un destin platinique qu'émaillent plaies et bosses. Mais le ballon rentrera au garage, les rêves à l'étui et l'enfant Nicola deviendra calmement ce que fut son père : matelassier, fabricant de ces matelas sur lesquels meurent les pères et dorment les enfants. C'est une histoire de Fiat 127, de fugue en train, de blessure en cours de match, c'est l'histoire de Nicola et de ses souvenirs du temps où " son père était très beau ".

  • Les enquêtes d'Henry ne tardèrent pas à occuper une place centrale dans mon journal. Au cours de la première année de notre relation, il y eut, par exemple, l'étrange affaire des «geishas d'Eastcheap», qui défraya la chronique pendant des semaines et demeure sans doute encore trop fraîche dans la mémoire du public, et encore trop douloureuse, pour que je revienne dessus. Dans mon journal, il est aussi précisé que ce fut en juillet que l'affaire du «boulanger dérangé» attira l'attention d'Henry. Mais, en 1893, le mystère le plus remarquable qu'il eut à élucider concerna les singuliers événements qui eurent lieu à Oxford.


  • " mes expériences avec les pingouins du zoo du bronx ont été superficielles, certes, mais fort sympathiques.
    un livre sous le bras, je me suis rendu à la piscine dans et autour de laquelle ils ont pour habitude de se promener et ai simplement engagé la conversation avec eux, de gentleman à gentlemen. je ne prétendrai pas qu'ils ont fait le premier pas, mais plusieurs d'entre eux ont accepté des cigares (coronas) et même de boire un petit coup - servi dans un grand verre (pas de glace, merci, avec de l'eau plate).
    au bout du compte, ils ont consenti à répondre à quelques questions après avoir reçu l'assurance qu'il n'y avait pas de journaliste dans le coin. ".

  • Sources majeures des Monty Python, admirées de Chesterton, qui les recevait comme un 'vent grondant de rire élémentaire, essentiel', d'Evelyn Waugh, pour qui elles furent le comble de la 'fertilité comique', de John Lennon, qui fit de Beachcomber un pseudonyme, ou encore de l'auteur de comic fantasy Terry Pratchett, les chroniques de Beachcomber aidèrent, cinquante et un ans durant, les lecteurs du Daily Express à mettre un nez rouge à la grisaille des temps ou à repeindre en jaune framboise la noirceur de l'histoire. Création d'un mister Jeebee Morton, ces chroniques consistent en un florilège poignant de correspondances méticuleusement absurdes et signées O (swald). Thake, sorte de tory tendance groucho, postées de lieux improbables tels l'hôtel Colossal de Brighton ou l'hôtel Malsain de Paris. Le monde (ses contrées, son babil, ses thés dansants) n'est qu'un immense sabot pour les deux pieds d'O. Thake, qui tente en permanence d'échapper à divers périls ou de s'offrir un fatal sacrifice pour le bien de la communauté.

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