Le Festin

  • Quand il hérite du domaine de Malagar en 1927, François Mauriac est un écrivain reconnu qui jouit à Paris de sa renommée. Ses retours sur les bords de la Garonne lui permettent de s'éloigner du tumulte et des mondanités et ressentir les joies que procure une terre qu'il a faite sienne. Désormais propriétaire d'une exploitation viticole, il a endossé le rôle de maître des lieux, s'intéressant à la gestion de ses vignes, conscient surtout que cette maison sera le lieu de rassemblement d'une famille qui ne cesse de s'agrandir. Et comme il faut une mémoire pour garder la trace des aléas, des événements et des passages en ces lieux, il va utiliser le registre du domaine, le fameux Livre de raison, large cahier qui a servi pendant des décennies pour la tenue des comptes.
    Dans ce document, désormais conservé à la bibliothèque de Bordeaux, exceptionnel parce qu'il s'inscrivait dans le cadre de l'intime et n'était pas destiné au public, on découvre un homme qui surveille son bien, ses revenus et considère avec sérieux ce qui lui a été confié. Se dessine aussi en creux le portrait d'un père puis d'un grand-père attentif aux siens, d'un homme qui voit la vieillesse approcher et dont l'écriture change peu à peu. À l'abri du tumulte que son engagement politique suscite, ces retours en Gironde où il reçoit des visiteurs lui offrent des parenthèses dont il connaît le prix. Et avec une simplicité rare, en quelques phrases, il se confie et ouvre son coeur, moins écrivain qu'homme face au temps.
    Le Livre de raison, enfin révélé, éclaire de sa lumière feutrée l'univers complexe d'un écrivain que sa disparition, il y a cinquante ans, n'a pas condamné aux injustices d'une incertaine mémoire.

  • Patrick Rödel imagine un roman pour et sur Raymond Mauriac, le frère aîné de François, le grand écrivain de la famille. Sous la plume de l'auteur, «le frère de l'autre» se souvient, s'enthousiasme, se plaint... Patrick Rödel lui donne une voix en créant un journal intime. Premier fils, Raymond, né en 1880, fut désigné pour reprendre le flambeau des affaires familiales, laissant Pierre se consacrer à la médecine et François à la littérature. Ce n'est donc que sur le tard qu'il ose se tourner vers sa passion, la littérature. Il publie deux romans Individu (1934, Grasset) et Amour de l'amour (1936, Grasset). Condamné au pseudonyme au regard de l'importance de son frère, déjà académicien, il choisit celui d'Housilane en souvenir de sa lande bien-aimée et de l'une des métairies familiales. S'appuyant sur des documents familiaux inexploités, Patrick Rödel s'intéresse à ce personnage quasiment effacé de l'histoire des Mauriac en choisissant, non pas la biographie classique, mais la narration romanesque. L'auteur rend ainsi sa vérité à une figure souvent oubliée, à ce doux «rêveur, toujours absent, toujours ailleurs» comme le décrivait si bien François Mauriac : ce frère qui « n'aimait que les livres et les idées ».

  • Séduit par sa relecture du Journal d'un curé de campagne de Bernanos, Francis Aylies, qui a la charge d'une paroisse de banlieue, entreprend dans l'intimité de sa chambre de suivre les traces de l'abbé d'Ambricourt. Mais plutôt que remplir les feuilles d'un cahier, c'est sur le clavier d'un ordinateur qu'il se confie en choisissant un interlocuteur de taille, le Pape François, dont il a obtenu le courriel et qui devient son correspondant unique. Se racontant à travers des anecdotes profondément humaines et des méditations nourries de son quotidien, le Père Aylies nous ouvre, avec humour et humilité, les portes de sa vie sacerdotale de « curé de quartier ». En simplicité et sans renier ses contradictions, il confie à son journal ses angoisses, ses énervements et ses espérances, attendant du silencieux destinataire de ses mails des réponses à même de réconforter le berger et son troupeau. En cette année placée sous le signe de la Miséricorde, c'est un beau parcours d'homme de foi ancré dans son temps qui nous est offert.

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