La Clef D'argent

  • Les dix-sept nouvelles qui composent ce recueil cherchent et explorent, pour les plus fructueuses d'entre elles, ces points de passage entre les rêves et le réel. Elles aiment les impossibles points d'équilibre où l'on ne sait plus vraiment de quel côté on vient ni si on veut encore rebrousser chemin.

  • Je suis arrivé à l'orée d'un mail qui n'est plus qu'un tapis d'herbe carbonisé. Sur un banc de pierre, deux formes penchées qui s'accolent évoquent deux amoureux. Dans les deux cas l'arrière du crâne est éclaté à l'identique sur une bouillie d'esquilles, de sang figé, de mèches raidies. Double suicide? Ou est-ce moi qui, lors d'une précédente expédition?... Je ne m'en souviens pas. Et puis quelle importance? L'important, c'est que je trouve quelqu'un. Que je ne sois pas sorti pour rien. Mon temps utile s'écoule. Bientôt, je devrai rentrer.
    La fin du monde, c'est un peu tous les jours chez Jean-Pierre Andrevon. La fin des mondes, plutôt, tant la réalité future, virtuelle ou fantasmée, espérée ou redoutée, semble se faire multiple dans ces neuf récits de SF o l'un des grands auteurs de l'Imaginaire francophone questionne une fois de plus les relations de l'homme à la nature, à sa planète, à lui-même.
    Né en 1937 à Jallieu dans l'Isère, Jean-Pierre Andrevon a publié près de 160 romans, recueils ou essais dans des domaines aussi divers que le fantastique, la SF, le polar, la littérature jeunesse ou l'écologie. Chanteur, dessinateur, il vit à Grenoble entouré de ses nombreux chats.

  • Les nouvelles qui composent ce recueil ont été écrites entre 1960 et le début des années 2000. Certaines ont paru dans Fiction, Charlie Hebdo, Fluide Glacial. La plupart n'ont jamais été rééditées depuis. Contes surréalistes, fables rurales, micro-nouvelles de SF, pamphlets pacifistes ou écologistes... On songe à Jacques Sternberg, Clifford D. Simak, René Barjavel... Puis à Jean-Pierre Andrevon, tout simplement. Car on suit sans peine dans ce recueil, fruit de quarante ans d'écriture, un fil conducteur irrésistible: aujourd'hui comme hier, l'éternel retour de la bêtise humaine inspire à l'auteur les mêmes sentiments. Sa fiction, plus que jamais, en porte témoignage.

    Né en 1937 à Jallieu dans l'Isère, Jean-Pierre Andrevon a publié plus de 130 romans, recueils ou essais dans des domaines aussi divers que le fantastique, la SF, le polar, la littérature jeunesse ou l'écologie. Chanteur, dessinateur, il vit à Grenoble entouré de ses nombreux chats.

    Extrait:
    «Nous prendrons les meilleurs élèves, les premiers des sections terminales et quelques étudiants en licence parmi les plus doués. Trente en tout, la contenance d'un autocar moyen, auquel on adjoindra une dizaine de filles, choisies également d'après leurs résultats aux examens, et qui occuperont les strapontins. En ce qui concerne l'armement, ils seront dotés en principe de fusils et de carabines des surplus américains. Mais nous leur donnerons aussi quelques grenades offensives, et deux ou trois revolvers pour ceux qui tiendront le rôle d'officiers. L'embuscade se produira un peu en deçà de la Porte d'Italie, à l'endroit des anciennes fortifications...»

  • L'Enfer est pavé de bonnes intentions. C'est ce que nous rappelle Sylvie Huguet dans ce recueil de nouvelles dystopiques où les meilleures résolutions du monde semblent devoir mener invariablement à la catastrophe: une société d'abondance où les générations s'entredéchirent pourtant jusqu'à l'ultime confrontation; une autre, élitiste, où la maîtrise de l'orthographe conditionne le statut social et bien davantage encore; une autre, égalitariste, où la négation du handicap est poussée jusqu'à l'absurde; une autre encore, où le problème de la prise en charge des personnes âgées a trouvé une solution radicale... Quelques hommes et femmes lucides, pris dans ce maelström d'absurdités, témoignent. L'éternel retour de l'obscurantisme et des préjugés, entre Jarry et Kafka.

  • «Malgré sa résignation, Alice voulait montrer à ce fumier qu'elle n'avait plus peur de lui, qu'elle n'avait plus peur de rien. Qu'elle s'en foutait. Elle désirait juste lui tenir tête une dernière fois, avant de mourir. Et si possible, elle lui crèverait un oeil histoire qu'il se souvienne bien d'elle».

    14 nouvelles parues des deux côtés de l'Atlantique depuis 2007, en anthologie (Ténèbres 2013, le Codex Atlanticus, Les Fossoyeurs de Rêves) et en revue (Horrifique, Brin d'éternité, Etherval). 14 cauchemars enfin réunis et augmentés de 5 textes inédits.
    Rejoignez cette danse macabre, cette sombre farandole de spectres, de démons, de loups-garous, d'assassins et de cannibales de tous poils... Partez à la rencontre des prédateurs aux visages profondément humains qui vous guettent dans l'ombre, au détour de chaque page de ce recueil qui réjouira les amateurs du genre.

  • Comment réagiriez-vous devant un galet assassin?
    Que faire quand sa propre ombre est une meurtrière?
    Une ville peut-elle totalement disparaître?
    Peut-on être un meurtrier sans sortir de son lit?
    Une plante peut-elle tuer un homme par amour?

    Dans les treize nouvelles qui composent ce recueil, un complot implacable, qui dépasse infiniment la logique ordinaire, est à l'oeuvre. Tout est joué d'avance et nous n'en savons rien. Le Destin abat ses cartes une à une. Il ne reste plus qu'à jouer, en sachant que de toute façon la partie est déjà perdue.

    D'Alain Roussel, on peut lire également La voix de personne (Lettres Vives), Le récit d'Aliéna (Lettres Vives), L'ordinaire, la métaphysique (Cadex), Ils (Cadex), La vie privée des mots (La Différence).

    Extrait:
    «Là-bas, la tombée de la nuit apportait l'inquiétude et l'angoisse. Comme chaque soir, on savait que l'Étranger allait venir et qu'il sèmerait la destruction et la mort. À l'image de nos croyances pour ce qui nous dépasse, ils en avaient fait une créature démoniaque contre laquelle les sortilèges et même les flèches trempées dans les plus subtils poisons demeuraient impuissants.»

  • L'univers littéraire de Jacques Fuentealba est un mélange détonnant de lectures d'enfance où l'on retrouve les grands noms de l'imaginaire anglo-saxon (R.E.Howard, Lovecraft, Zelazny, Moorcock) et d'un intérêt certain pour le réalisme magique et le fantastique hispanophone, dont il est désormais un promoteur reconnu en France. Ajoutez à cela une passion irrépressible pour la micronouvelle à la française, genre où se sont illustrés avant lui Jacques Sternberg ou Jean-Pierre Andrevon, et vous obtenez l'étonnant recueil que vous tenez entre vos mains: 365 microtextes allant de quelques mots à quelques dizaines de lignes. Assurément, le recueil de l'année!
    De Jacques Fuentealba on a pu lire de nombreuses nouvelles dans les revues Galaxies, Black Mamba, Lunatique ou Borderline. Scribuscules est son troisième recueil.

  • ÇImagine... Des hectares de terre recouverts de stles immenses dont les Žpitaphes, vulgaires mensonges laissŽs ˆ la postŽritŽ, tŽmoignaient de langues que plus personne ne comprenait. Imagine les miroirs, noirs du reflet de tous les morts qui s'y Žtaient noyŽs. Imagine, le cortge infernal qui s'Žtendait du levant au ponant comme autant d'armŽes d'enfants livrŽs ˆ eux-mmes, dŽambulant, fous et hagards, incapables de savoir comment se diriger. Imagine que tout cela soit vrai. Que tout ce que l'on t'a dit, que tout ce que l'on t'a appris, n'existe pas. Que tout n'est que mirages. Mirages et illusions. Que la vŽritŽ, elle, est ailleurs.È Selon le pote John Milton (1608-1674) Pandemonium serait la capitale des enfers, l'endroit d'o Satan rŽgnerait sur ses lŽgions de dŽmons. Depuis, ce nom est entrŽ dans le langage courant. Il dŽsigne dŽsormais le lieu o rgnent la corruption, le chaos, le dŽsordre et la fureur.
    Pandemonium follies regroupe en ce sens plusieurs textes appartenant ˆ des genres littŽraires diffŽrents, de ceux que l'on nomme mauvais (Fantasy, Polar, Science-Fiction, Fantastique).

    Jean-Pierre Favard est auteur de romans et de nouvelles: Sex, drugs & rock'n'Dole, L'Asch Mezareph, Le destin des morts, Belle est la bte. Pandemonium FolliesÊest son second recueil de nouvelles publiŽ par La Clef d'Argent.

  • «La peur, jusqu'alors tapie, s'épanouit en lui. Mêlée d'une sorte d'exaltation. Peut-être que j'ai sombré dans la folie. C'est la seule explication. À part l'autre solution. Et si c'est l'autre, si je n'hallucine pas, je dispose d'un pouvoir énorme. Effrayant. Il referme le dictionnaire de Bonamy, passe la main sur sa couverture d'un vert bouteille terne. Il lui semble menaçant, désormais, d'une manière sourde, presque sournoise.»

    Un lexicographe découvre chez un bouquiniste un dictionnaire aux propriétés inédites... Un mélomane se retrouve invité à une séance privée d'écoute de jazz d'un genre très particulier... Un rêveur amoureux peine à reprendre contact avec le réel... Un solitaire angoissé hésite, comme tous les matins, à sortir de chez lui... Un professeur des écoles à l'écoute de sa classe finit par entendre l'impossible... Un boulanger praguois donne forme humaine à ses fantaisies pâtissières... Un misanthrope endurci aspire à un monde de silence...
    Sept nouvelles où la frontière entre le réel et l'imaginaire fluctue au gré de la volonté -- ou de la faiblesse -- de personnages confrontés à des choix qu'ils comprennent mal, ou trop tard. Inquiets, intrigués, enthousiastes ou effrayés, ils tenteront pourtant, avec des fortunes diverses, de faire face à l'impossible.

  • Edouard Ganche (1880-1945), fils d'un médecin de campagne, fut confronté dès son plus jeune âge à la souffrance d'autrui, à la déchéance physique et à la mort. Le décès prématuré de ce père dont il espérait suivre les traces le marqua profondément. Il n'avait alors que 12 ans. L'indignation résignée que lui inspira le lot commun de l'humanité culmina sur le plan littéraire avec Le Livre de la Mort qu'il fit paraître en 1909. Empruntant à l'école décadente ses thèmes et son style, il s'attacha à y brosser de façon poignante un panorama complet et accablant des manifestations de la mort, sous ses aspects les plus anodins comme les plus repoussants. Après des études de médecine interrompues pour raisons de santé, Edouard Ganche se consacra pleinement à sa seconde passion, la musique, et devint le biographe et le musicographe de Frédéric Chopin, acquérant dans ce domaine une réputation internationale. Quelque temps avant d'être emporté à son tour par la mort, Edouard Ganche révisa et compléta ce recueil dont il ambitionnait de faire paraître une édition définitive. Celle qu'il appelait la Triomphatrice éternelle ne lui en laissa pas le temps. Voici enfin réédité, selon les voeux de son auteur, ce livre culte encensé par plusieurs générations de bibliophiles.

  • Les formes brèves, poèmes ou contes, peuvent aussi bien s'imposer comme nécessaires, à la minute -- immédiate ou restituée par le souvenir -- où tel son frappe l'oreille, telle image les yeux, telle sensation le toucher, que s'élaborer lentement à partir d'une idée purement abstraite soudain apparue; elles s'accommodent par conséquent de deux modes de perception très distincts, l'un sensitif, à quoi l'intellect ne prête main forte qu'en un second temps, l'autre fonctionnant à données exactement inversées. Aucun exemple ne saurait, probablement, mieux illustrer cela que l'ensemble formé par les Contes de Michel Rullier.

    Michel Rullier est un campagnard que les circonstances de la vie ont exilé dans la capitale française. Récits de temps anciens reçus d'une merveilleuse grand'tante, mots entendus dans les bouches paysannes, saveurs longuement dégustées, odeurs précieusement retenues, scènes inlassablement contemplées, rêves toujours recommencés, ironique fatalité des choses, implacable tendresse des êtres, tout chez lui -- et d'abord son nom -- plonge ses racines dans ce petit coin du sud saintongeais qui l'a vu naître.

    Extrait: «Luc aime beaucoup l'histoire de l'ogre de Gésirac. Il ne se lasserait pas de l'entendre. Et chaque fois, du haut de ses sept ans, qui font déjà de lui un solide bonhomme, il frémit: penser que ce mangeur d'enfants crûs habitait là, tout près, à deux lieues de chez lui, et qu'il aurait pu venir, une nuit... Luc se sent inondé d'une délicieuse terreur, lui qui a sur les petits garçons d'autrefois l'appréciable avantage de vivre en des temps sans alerte. Car les ogres, bien sûr, maintenant, ça n'existe plus...»

  • Tout va bien. En apparence, du moins. Au début. Mais bien sûr, cela ne dure pas. Cela ne dure jamais. Les apparences sont trompeuses chez Philippe Bastin. La trame du réel ne tarde pas à s'effilocher dans ces huit nouvelles oscillant entre un fantastique oppressant et une anticipation scientifique aux marges de l'horreur. Qu'il se perde dans les brumes d'une Belgique chère à Jean Ray et à Thomas Owen ou qu'il se laisse tenter par les miracles trompeurs d'une science trop sûre d'elle-même, le héros malheureux de ces récits ne tarde pas à comprendre qu'on ne soulève pas sans risque le voile miséricordieux qui recouvre notre réalité.

  • Ils traversent le désert sous une lumière blanche -- si blanche qu'elle pourrait aveugler; ils sont en quête d'une aube qui s'est perdue, dans une ville désertée par les hommes; ou ils traversent de part en part l'espace clos d'une usine de construction navale. Leurs destins peuvent être divers, et variés les points d'entrée dans ces fragments de vie. Mais ils recherchent tous un passage vers un monde sans épaisseur, un espace nocturne qui les renvoie à eux-mêmes mieux que la surface lisse d'un miroir. De l'immensément petit à l'infiniment grand, il n'y a quelquefois qu'une consistance de vitrail. Un rai de lumière réfracté.
    Perdus dans une nuit intérieure, les personnages de ces nouvelles suivent, incertains, de fugitives lueurs qui peut-être les sauveront, peut-être les égareront davantage. Comment savoir quelle direction prendre, quand tous les repères se sont effacés?

    De Patrice Dupuis, on peut lire également trois recueil de poèmes: Escales, pas perdus, et Khôl et encre de Chine, parus aux éditions Encres Vives. Dans le désert et sous la lune est son premier recueil de nouvelles.

  • 528 récits minuscules. Andrevon ne fait pas de jaloux! Les intégristes de tous poils, et pas seulement les barbus, sont les cibles privilégiées de cet éternel pourfendeur de la btise ordinaire, du conformisme social, religieux ou sexuel. Emmené par un goût de la provocation poétique hérité des Surréalistes, il puise dans l'imaginaire de la SF, son domaine de toujours, pour composer ces 528 cocktails détonnants. Vous vous croyez à l'abri? Détrompez-vous, il y en a forcément un qui vous est destiné. A vous de le trouver... avant qu'il ne vous trouve! Un tour de force quasi oulipien: une phrase par nouvelle.

  • Nombre de malheureux ne se souviennent pas de leurs rêves, ce qui n'est pas mon cas. Certains de mes rêves -- beaucoup, en fait -- étant de véritables petites histoires, j'ai commencé très tôt à les noter à mes réveils ; de même que, vice-versa, nombre de mes récits, nouvelles ou départs de romans, procèdent de mes rêves, comme je l'ai souvent expliqué...
    En voici une bonne centaine, et même un peu plus, pour faire bonne mesure. Servis non par ordre chronologique, mais en zigzags, histoire d'éviter autant que possible la monotonie.

    Je vous invite donc, sans plus de manière, à pénétrer dans mes nuits. Avec le risque qu'on m'y juge d'une perversité insoupçonnée, d'une cruauté rédhibitoire, sujet à des fantasmes que la morale réprouve, et que l'on passe son chemin. Risque que j'encours avec sérénité, vous renvoyant à ces vers de Brassens : « Je n'ai jamais tué, jamais violé non plus / Y'a déjà quelques temps que je ne vole plus. »

  • On ne raconte pas Andrevon, on le cite, écrivait Michel Jeury dans la mythique revue Fiction en 1977. Dont acte:

    J'écris avec, comme garde-fou, un synopsis préalable né, lui, au hasard: suite à un rêve vivace, à une actualité cocasse ou tragique, en tout cas singulière, une conversation, ou une phrase de cette conversation, parfois un passage, une séquence d'un livre ou d'un film que j'ai envie de revisiter à ma manière. En plus de quarante ans d'écriture, combien en ai-je capturé au vol, pour les épingler tels de brillants insectes sur mes planches entomologistes? Croyez-le ou non, des centaines et des centaines. Le problème, car au bout du compte il y en a un, se résume en une seule et courte phrase: que vont devenir tous ces synopsis? La réponse à ce dilemme torturant est venue toute seule, exactement comme un synopsis de hasard: pourquoi ne pas les publier tels quels? C'est ainsi que j'ai fait le grand saut sans élastique dans mes tiroirs, que j'ai nagé en brasse coulée dans mes chemises, pour en extirper 66 synopsis, nombre imposé par la beauté de l'assonance, et ce dans les genres littéraires les plus divers.

  • Quatorze destins remarquablement similaires et pourtant subtilement différents. Quatorze destins de femmes emmurées dans la folie d'une mère possessive, protectrice, mais aussi hypocondriaque, dépressive, manipulatrice. Piégées par l'amour létal de cette mère comme par la toile placentaire d'une araignée-matrice -- qui ne feint de les libérer que pour mieux les engluer dans les larmes d'un drame personnel sans cesse renouvelé -- elles n'ont d'autre recours que de s'abstraire dans la passivité, la contemplation intérieure de paysages oniriques, idéaux, féeriques, l'amour d'animaux réels ou le plus souvent imaginaires; refuges dérisoires mais essentiels qui leur font oublier -- pour un temps -- leur destin.

  • Qui aura lu Soixante-six synopsis... et autant d'histoires à écrire, même éditeur, même collection, ne saura être étonné par le présent ouvrage. Ou alors juste un petit peu: «Quoi, il en a encore?» Eh bien, oui, j'en ai encore. De ces histoires qui dorment, mais que d'un oeil, dans les tiroirs décennaux de mon imaginaire. Alors pourquoi les y laisser? Question à peine posée que déjà j'y ai répondu, puisque voilà dix-neuf autres synopsis à éplucher comme les pétales d'une grosse marguerite.

    Le temps passant, et passant vite, ce n'est pas pour moi un gros déchirement que de les livrer au public des arènes. Mieux vaut ce vide-grenier que le lent dessèchement dans l'oubli. Car, dans la littérature comme dans la vie, l'essentiel est de s'amuser. Amusons-nous!

  • « Les lois patriarcales ont mis le corps des femmes sous tutelle, mais cela ne suffisait pas ! Pour prévenir toute velléité d'émancipation, il fallait instiller dans l'esprit des filles, des soeurs et des épouses qu'elles étaient des êtres subalternes et qu'elles n'avaient qu'un seul devoir : l'obéissance et la soumission à la volonté masculine. Puisque les femmes sont par nature des êtres sans cervelle, l'homme prétend savoir bien mieux qu'elles ce qui sied à leur condition ; lui seul possède la faculté de distinguer entre ce qui est bon pour elles et tout ce qui est infamant ! ».

    Quel point commun peut-il y avoir entre des jumelles atypiques, une bibliothécaire aux allures androgynes et deux abbesses disparues il y a plus d'un demi-millénaire? Apparemment rien. Sinon un lieu qui les unit. Et le fait qu'elles soient femmes, bien sûr...
    À travers ces histoires de femmes, l'auteur évoque notamment la condition féminine, et en filigrane, la place faite aux femmes dans la société : c'est au prix du sang qu'elles ont pu conquérir une liberté toute relative.

  • Après des études de médecine interrompues pour raisons de santé, Édouard Ganche (1880-1945) se consacra pleinement à sa seconde passion, la musique, et devint le biographe et le musicographe de Frédéric Chopin, acquérant dans Ce domaine une réputation internationale. Avant de fonder la Société Chopin en 1911 et d'occuper durant tout l'entre-deux-guerres une place de premier plan dans les études chopé-niennes, Édouard Ganche a cependant connu une courte carrière littéraire tout aussi passionnante. De 1903 à 1913, il a ainsi fait paraître une série de contes macabres ou insolites dont une partie fit l'objet d'un recueil publié à compte d'auteur en 1909, Le Livre de la Mort, ouvrage culte encensé par plusieurs générations de bibliophiles et que nous avons réédité selon les directives posthumes de son auteur. Il nous restait à recueillir ceux de ses contes qui n'avaient pas encore fait l'objet d'une parution en volume depuis leur publication en revue. C'est à présent chose faite.

  • Le passage

    Sylvie Huguet

    Ce fut à ma troisième tentative que je traversai le passage. Je perçus d'abord ma réussite à l'épaisseur du silence: j'avais laissé de l'autre côté le vacarme de la ville. Devant moi, à l'infini, des bancs de nuages me dérobaient le sol. D'autres, plus haut, étiraient des péninsules de neige, dressaient des falaises éblouissantes sur l'azur profond du ciel. Des réminiscences de la nuit me revenaient." La tentation est grande, une fois la voie trouvée, une fois le passage ouvert, de s'y engouffrer sans hésiter, sans rien regretter, sans même jeter un regard en arrière. Pour les personnages des onze nouvelles qui composent ce recueil, passer de l'autre côté c'est laisser derrière soi une fois pour toutes les espoirs déçus; c'est s'affranchir d'un quotidien désespérant ou d'une existence qu'on aurait souhaitée autre; c'est recommencer à croire qu'une autre vie, qu'un autre monde sont possibles. Mais tout passage implique un rite: faute de l'avoir compris, certains de ces candidats à l'ailleurs, trop pressés de se fuir eux-mêmes, risquent "une fois le pont traversé" de ne trouver là-bas que ce qu'ils y auront apporté. Pour ceux-là, le passage n'aura été qu'un miroir aux alouettes. Une fois dissipées les illusions, ils s'y verront enfin tels qu'ils sont. Pourront-ils seulement le supporter? Pour d'autres, au contraire, le passage pourrait bien mener à une réalité plus vaste, plus complète, plus mystérieuse aussi. Sauront-ils vraiment la comprendre?
    Sylvie Huguet a publié près de cent cinquante nouvelles -- souvent d'inspiration fantastique -- dans de nombreuses revues dont Brèves, le Codex Atlanticus, Nouvelle Donne, Salmigondis ou Solaris. Le passage est son quatrième recueil.

  • «L'un comme l'autre sont grands et chauves; ils portent tous les deux l'uniforme, mais des uniformes différents. La ressemblance s'arrête là. Peter est plutôt rond et a la cinquantaine bien sonnée; Lafayete, vingt ans de moins, est plutôt du genre athlétique. L'un est Blanc, l'autre Noir. Ça ne les a pas empêchés de devenir des potes... Pensez! Trois ans passés ensemble dans le corridor de la mort, ça crée des liens. Bien sûr, ils n'étaient pas du même côté des barreaux, mais quand même, à se fréquenter tous les jours, ça crée des liens, c'est humain. L'amitié, c'est comme une balle sur un champ de bataille: elle se fout bien de la couleur de peau pour choisir son homme, et quand elle vous fait péter les tripes, le sang pisse toujours rouge».

    Des enfants traçant leur chemin dans les montagnes andines; un homme d'un autre siècle qui raconte froidement le supplice d'une fillette; un couple assis dans un cimetière qui évoque la mémoire de personnages illustres ayant marqué l'histoire d'une bien étrange façon; ou bien un condamné à mort qu'on n'exécute qu'à moitié... Tels sont les protagonistes de ces nouvelles placées sous le signe des rigueurs de l'hiver et des orages d'été. Mais quoi qu'en dise l'auteur, la foudre, finalement, ne frappe jamais tout à fait par hasard...

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