Arts et spectacles

  • «Comme il arrive qu'un lecteur à demi distrait crayonne aux marges d'un ouvrage et produise, au gré de l'absence de la pointe, de petits êtres ou de vagues ramures, en regard des masses lisibles, ainsi ferai-je, selon le caprice de l'esprit, aux environs de ces quelques études d'Edgar Degas.
    Ceci ne sera donc qu'une manière de monologue, où reviendront comme ils voudront mes souvenirs et les diverses idées que je me suis faites d'un personnage singulier... Cependant qu'au regard naïf, les oeuvres semblent naître de l'heureuse rencontre d'un sujet et d'un talent, un artiste de cette espèce profonde, plus profond peut-être qu'il n'est sage de l'être, diffère la jouissance, crée la difficulté, craint les plus courts chemins.» Paul Valéry.

  • Présenté dans un ordre chronologique, l'ensemble des critiques d'art d'Apollinaire permet de se former un jugement indépendant sur ses idées esthétiques, sa compétence et son rôle dans le développement de l'art moderne. En outre, ses écrits, en tant que chroniques, nous font revivre jour par jour l'époque la plus animée, la plus héroïque du XXe siècle.
    Les textes s'échelonnent de 1902 à 1918. On y découvre constamment un grand esprit, un grand poète et un homme de goût, ce qui n'empêche nullement le piquant, la fraîcheur et l'imprévu. La critique de Guillaume Apollinaire, en effet, était souvent subjective, impressionniste ; il n'hésitait pas à dire avec candeur : «J'aime ce tableau», ou : «Je trouve ce tableau détestable.» À l'analyse rigoureusement intellectuelle, il préférait l'impression lyrique, et «son génie de critique», comme l'a remarqué André Salmon, «était inséparable de son génie de poète».

  • «Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur.
    C'est ainsi qu'en 1912, je ne vous quittai pas sans amertume, lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses. Je n'y devais revenir qu'en l'an 1916 pour être trépané à la Villa Molière.» Le flâneur des deux rives a paru en 1918, l'année de la mort de Guillaume Apollinaire. Le texte qui annonce le surréalisme a exercé une influence profonde.
    Contemporains pittoresques, recueil d'articles dispersés et introuvables, est un ouvrage posthume.

  • Avec ses trente-deux sonates pour piano, beethoven a livré l'un des corpus d'oeuvres les plus importants de toute l'histoire de la musique.
    Composées sur plusieurs décennies, elles étaient destinées, chose tout à fait inhabituelle, à l'exécution privée comme publique. le pianiste et musicologue érudit charles rosen en fournit ici un guide concis à l'attention des pianistes amateurs et professionnels, mais aussi de ceux qui, sans la pratiquer, écoutent la musique en connaisseurs. situant d'abord les sonates dans leur contexte, il analyse ensuite leurs principes formels sous-jacents : la forme sonate, le phrasé, le tempo, l'utilisation de la pédale, les limites du clavier au temps de beethoven.
    Chacune d'entre elles fait alors l'objet d'une étude à part, appuyée sur des exemples extraits des partitions d'origine : depuis celles de 1790, auxquelles le jeune compositeur a dû sa célébrité, jusqu'aux chefs-d'oeuvre des années 1810 destinés aux grands concerts publics, pour finir par la dernière sonate en do mineur, opus 111, de 1822. le disque joint, enregistré par charles rosen, vient étayer son propos avec des passages significatifs de ces sonates et d'autres provenant de mozart, de haydn et de schubert.

  • Quatrième de couverture Charles Rosen, musicologue, professeur et pianiste, avait analysé de façon magistrale, dans Le Style classique, les moyens pas lesquels Haydn, Mozart et Beethoven bouleversèrent le statut de la musique, la dotant d'un prestige à peu près sans précédent en Occident.
    La Génération romantique en est, en quelque sorte, une suite. C'est tout le bouillonnement du romantisme naissant que retrouve l'auteur dans ses analyses détaillées et originales d'oeuvres de Chopin, Schubert, Schumann, Liszt, Mendelssohn, Bellini, Meyerbeer et Berlioz. Au gré des exemples musicaux - qu'on retrouvera pour certains interprétés par lui, sur le CD joint à ce volume -, Charles Rosen montre comment ces compositeurs, réagissant aux nouveaux courants de pensée venus des sciences, des arts plastiques, de la littérature, de la philosophie, inventent une multitude de solutions personnelles, souvent uniques et contradictoires : tel adapte la forme sonate à de nouveaux desseins en se servant de Bach ou de l'opéra italien, tel autre bouleverse les bases de la composition en se fondant sur le son de l'instrument, tel autre encore tire parti d'une bizarrerie pour produire une sensation d'inachevé... En très peu de temps, moins de vingt ans, entre la mort de Beethoven et celle de Schumann, une génération, la première pour qui l'art soit devenu un point d'interrogation, a tout changé.
    La Génération romantique, magnifiquement, déchiffre et illumine ce moment.

  • Vénération et effroi : ce sont les deux mouvements contraires que suscitent toujours les dernières compositions de Beethoven, et l'admiration paraît encore aujourd'hui se nourrir d'une étrangeté irréductible.
    Cette étude affronte l'énigme en associant musicologie, sociologie et psychanalyse au lieu de les séparer, comme on l'a fait le plus souvent à propos de Beethoven. En face de son audace formelle, se souvenir que c'est d'abord en virtuose improvisateur que Beethoven conquiert de son vivant une célébrité sans précédent. S'agissant de son isolement tragique, réfléchir au nouveau statut de créateur qu'il s'est arrogé.
    Devant sa démesure, interroger le fantasme de parentalité qui lui fait annexer son neveu Karl.
    Il est rare que l'art domine avec cette force de Titan : celle de Beethoven, de Michel-Ange ou de Shakespeare. Peut-on aimer un tel pouvoir sans le redouter ? R. S.

  • Le " cas Schönberg " : avec cette expression, la critique musicale viennoise désigne, dès 1907, les controverses que déchaînent la figure et la musique du compositeur. Entre mars 1902, date de la création de son sextuor La Nuit transfigurée, et le concert du 31 mars 1913, où les oeuvres de ses élèves Berg et Webern déclenchèrent une quasi-émeute, la valeur de la " nouvelle direction musicale ", selon les termes du rapport de police, n'a cessé de diviser le public de sa ville natale. Les adversaires de Schönberg n'ont pas oublié Le Cas Wagner de Nietzsche, qui avait associé esthétique musicale et critique de la culture. Les métaphores politiques de leurs diatribes traduisent les inquiétudes du moment sur le cours du monde, mais s'y manifeste aussi la profonde perplexité que fait naître cette musique littéralement inouïe, s'affranchissant peu à peu de la tonalité jusqu'à devenir, vers 1909, purement atonale. La critique voit en Schönberg, bien avant ses amis qui préfèrent le décrire comme un héritier de la tradition, ce qui fera de lui la principale figure musicale du XXe siècle : un révolutionnaire. Comment l'idée qu'il représente l'avant-garde musicale par excellence s'est forgée pour passer dans le sens commun, c'est ce qu'établit Esteban Buch en se fondant sur une analyse attentive de l'abondante presse de l'époque, en partie oubliée. Elle lui permet de poser un nouveau regard sur les avant-gardes historiques du XXe siècle.

  • Jadis, on comptait sept merveilles du monde. Aujourd'hui, l'Unesco en recense des milliers. D'où vient un tel essor ? On s'est longtemps fait une idée assez claire des objets à conserver. Puis l'idéologie du tout-mémoire s'est ajoutée aux possibilités virtuelles d'une conservation intégrale pour faire du patrimoine ce que Pierre Nora a appelé "un problème global de société et de civilisation".
    L'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, créé à l'initiative d'André Malraux et d'André Chastel en 1964, a vécu quarante ans. En 2004, l'Etat en a confié la charge à ses vingt-six régions. Il a été rebaptisé pour l'occasion Inventaire général du patrimoine culturel. Derrière le changement de nom, une véritable métamorphose s'est opérée. A cette date, avaient été enregistrés, outre 8 000 statues de la Vierge Marie et plusieurs milliers de maisons, de manoirs et de chapelles, 500 hôpitaux, 400 aéroports, 180 phares, 7 raffineries de pétrole et 4 centrales nucléaires, sans compter 40 000 monuments "classés".
    Depuis lors, l'inflation des objets retenus n'a pas cessé. Michel Melot, ancien directeur de l'Inventaire, se demande si, au-delà de ce besoin de sanctification laïque des biens culturels, ne se cachent pas, finalement, l'idée d'une mobilité salutaire des valeurs culturelles et celle, chère à Malraux, d'un Inventaire général ouvert, à même de remettre en question les valeurs les plus convenues.

  • L'image a toujours eu barre sur les hommes, mais l'oeil occidental a une histoire et chaque époque son inconscient optique. Notre regard fut magique avant d'être artistique. Il devient à présent économique.
    Il n'y a pas d'image en soi. Son statut et ses pouvoirs ont varié au gré des révolutions techniques et des croyances collectives. C'est la logique de cette évolution surprenante qu'on a voulu ici suivre à la trace, depuis les grottes ornées jusqu'à l'écran d'ordinateur. En réconciliant, par une démarche médiologique, les approches matérielle et spirituelle du monde de l'art, trop souvent exclusives.
    L'ère des images n'aura-t-elle été qu'une brève parenthèse entre le temps des «idoles» et celui du «visuel» où nous sommes entrés ?
    La mise au jour des codes invisibles du visible dissipe en tout cas quelques mythes tenaces, tels que «l'histoire de l'Art» ou «la Civilisation de l'image». En entrant dans la vidéosphère, avec le saut décisif du cinéma à la télévision et bientôt avec la révolution numérique, c'est sans doute aussi à «la société du spectacle» qu'il nous faut dire adieu.

  • Qu'il soit à l'écoute du sociologue ou du psychologue, de l'homme de théâtre ou du musicien, notre contemporain interroge passionnément l'opéra de Mozart. Car il est tout cela aussi, le plus pur compositeur longtemps comparé à Raphaël, et qui se profile là entre Shakespeare et Marivaux. Comme eux, il a traversé les siècles en réfléchissant toujours quelque chose des temps nouveaux. Son sens aigu de ce qu'il nomme l'«effet» dramatique se manifeste avec une telle exigence dans la collaboration avec ses librettistes qu'il transfigure même les plus doués d'entre eux. Et, pour lui comme pour Goethe, il semble que toute contrainte se mue en promesse de liberté.

  • On sait qu'il faut des années, voire des décennies pour faire d'une personne même douée un pianiste, un violoniste, un chef d'orchestre, un chanteur. Parvenus à ce qu'il est convenu d'appeler la maîtrise de leur art, ces musiciens continuent néanmoins à éprouver des difficultés et des incertitudes. Les raisons d'un tel état de choses sont faciles à comprendre : le compositeur, dont les oeuvres constituent la raison d'être de l'interprète, exige de celui-ci un effort de lecture qui est une des tâches les plus ardues qui soient. On peut dire qu'aucun interprète n'a jamais fini de déchiffrer un texte et qu'il réussit rarement à se confondre avec ce texte, à devenir le double du compositeur.
    Introduire un peu de clarté en ce domaine jusqu'à présent relativement peu exploré, tel est le but que se propose le présent ouvrage.

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