Sciences & Techniques

  • Les avancées accomplies par la science dans la compréhension des processus vitaux sont incontestablement extraordinaires. Cependant, la biologie est à peine plus proche aujourd'hui d'une théorie unifiée de la vie qu'elle ne l'était il y a cent ans. À la question de savoir comment sont formées les entités vivantes, il n'y a pas de réponse simple, affirme l'historienne et philosophe des sciences Evelyn Fox Keller. Les explications sont diverses, provisoires et partielles, de même que les critères selon lesquels on les juge.
    Dans le prolongement de son ouvrage Le Siècle du gène, l'auteur entreprend ici d'illustrer cette diversité explicative en examinant successivement les modèles, métaphores et machines qui, au XXe siècle, des cultures de synthèse de Leduc à la technologie informatique récente, ont largement contribué et contribuent encore à rendre compte du développement biologique, mais toujours sous une forme parcellisée. Qu'est-ce qui a valeur d'explication dans la pratique scientifique réelle ? se demande-t-elle donc. À quelles conditions les biologistes se satisfont-ils d'un concept ou d'une observation ? Quand peuvent-ils dire qu'ils ont compris ?
    Toujours soucieuse de clarté, Evelyn Fox Keller développe avec audace des questions épistémologiques en s'adressant aussi à tous ceux qui ne font pas métier de la recherche, mais que les développements et le fonctionnement des sciences biologiques contemporaines ne peuvent qu'intriguer.

  • Le théoricien génial qui, à l'aube du XVIIe siècle, transforma l'objet de la recherche astronomique continuait à réfléchir à l'aide des vieux savoirs ésotériques : il voyait dans la sphère le symbole de la Trinité, il croyait en une âme du Monde, il justifiait l'efficace des aspects astrologiques et il intégrait tout cela dans ses hypothèses. On s'est empressé d'oublier sa démarche pour ne retenir que ses résultats.
    Or de telles idées ne paraissaient pas folles à ses contemporains. Derrière les mêmes choses, on ne vise plus les mêmes objets intellectuels qu'eux. On ne peut saisir quelles liaisons rationnelles présidaient aux inférences d'un Kepler si on ne se demande pas selon quelles catégories il conceptualisait son expérience.
    Un modèle théorique exprime toujours une idée datée du plausible. En remettant en question une vision trop étroitement positiviste de la démarche scientifique, le livre de Gérard Simon aide à comprendre avec quoi rompt la pensée classique et oblige à tenir l'enracinement culturel des sciences exactes pour une dimension incontournable de leur histoire.

  • «Le livre de François Jacob est la plus remarquable histoire de la biologie qui ait jamais été écrite. Elle invite aussi à un grand réapprentissage de la pensée.» Michel Foucault.

  • Quelles sont les conséquences politiques et éthiques des biotechnologies ? Le changement climatique importe-t-il à la gestion du territoire ? Pourquoi l'Univers est-il accueillant à la vie ? La vie peut-elle durer toujours ? Comment la rechercher dans des endroits improbables ? Les avancées de la biologie ont-elles des implications sur la philosophie et la religion ? Toutes questions que le célèbre physicien Freeman J. Dyson, professeur émérite de physique à l'Institute for Advanced Study de Princeton. a choisi de traiter en s'adressant à un public de non-spécialistes. Loin de présenter une synthèse théorique, ce recueil de conférences invite à réfléchir, à partir de nouvelles données concrètes, sur les rapports entre l'homme, la nature et les sciences aujourd'hui.

  • Comment la science se constitue-t-elle en réalité ? Qu'en est-il de la réalité instituée par la science ? Ces interrogations fondamentales de la philosophie naturelle renvoient d'emblée aux catégories d'une anthropologie de la science. Dans cette perspective, la réflexion rigoureuse de Gerald Holton, titulaire à la fois d'une chaire de physique et d'une chaire d'histoire de la physique à l'université Harvard, vise à dégager les moments fondamentaux de la démarche scientifique, à partir d'études de cas portant sur des épisodes cruciaux de l'histoire de la science, de Kepler à Einstein et jusqu'aux recherches les plus actuelles. Son investigation s'inscrit dans le cadre d'une épistémologie génétique, soucieuse des déterminations psychologiques, et sociales, de notre savoir, assise sur une méticuleuse entreprise de critique historique. Son expérience de physicien et de pédagogue, autant que ses recherches historiques, l'amène à révoquer en doute l'image de la science, celle que s'en font ses partisans et ses détracteurs, et à laquelle souscrivent les scientifiques eux-mêmes. La construction inductive-déductive de l'empirisme rationaliste n'intervient que dans le contexte de justification, seul pris en compte par la "science publique". Mais le contexte de découverte met en jeu les options personnelles du chercheur, son intuition expérimentale et théorique, la "science privée", faisant fond sur un répertoire relativement stable de "thêmata" d'ordre esthétique, informant l'image du monde mise en place par la science : la création scientifique est aussi oeuvre d'imagination.

  • La science classique s'est trouvée associée à un désenchantement du monde. C'est la leçon que Jacques Monod entendait tirer des progrès de la biologie : «L'ancienne alliance est rompue. L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard.» Notre science n'est plus ce savoir classique, nous pouvons déchiffrer le récit d'une «nouvelle alliance». Loin de l'exclure du monde qu'elle décrit, la science retrouve comme un problème l'appartenance de l'homme à ce monde. Les théories scientifiques ne peuvent plus supposer la possibilité d'un savoir omniscient : nous lisons, jusque dans leurs principes, les traces d'une activité d'exploration au sein d'une nature en évolution.

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