Langue française

  • Le «Maître spirituel» par excellence exerce depuis huit siècles une influence majeure sur la mystique islamique. Une minutieuse analyse des textes permet de préciser une doctrine de l'héritage prophétique et de la médiation des saints entre le Ciel et la Terre, puis de décrire les deux phases du voyage initiatique du saint : montée vers Dieu, descente vers les créatures.

  • En dépit de ses engagements politiques, dont sa réputation a porté le poids, carl schmitt apparaît aujourd'hui comme une des figures majeures de la pensée politique du xxe siècle, dont l'influence souterraine s'est exercée en profondeur, en particulier sur la réflexion constitutionnelle.

    Dans sa théorie, la théologie politique est une pièce essentielle pour l'interprétation de la nature du politique : " presque tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l'etat sont des concepts théologiques sécularisés. " le dieu tout-puissant est devenu le législateur omnipotent ; la " situation exceptionnelle " a finalement pour le droit la même signification que le miracle. de ce vaste transfert, le grand juriste et philosophe souligne les implications et les conséquences pour l'évolution des sociétés modernes.

    Sous ce titre, sont réunis deux essais écrits à près de cinquante ans d'intervalle, 1922 et 1969. le premier contient, entre autres, le chapitre sur la souveraineté, dont la première phrase - " est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle " - est devenue célèbre. le second est une réponse aux critiques de toute théologie politique inspirée du christianisme, critiques développées en 1935 par le théologien erik peterson et reçues depuis lors comme un dogme.

  • D'où viennent les cochons ? En Europe, un récit répond à cette question : lors de sa visite sur terre pour annoncer la nouvelle Loi, le Christ métamorphosa des enfants qu'une mère lui avait cachés. Comme elle était juive, les porcs sont des petits juifs transformés. C'est pour cela que les juifs exècrent cet animal : ils redoutent de se manger eux-mêmes.
    Les façons de l'élevage donnent corps à cette fable. Le cochon est un être paradoxal, un perpétuel nourrisson, mais aussi un ogre avide de la chair des enfants. Dans la maison, chacun à sa manière modèle cette mouvante nature et la mort affirme les partages nécessaires. On donne le sang aux autres, on cherche l'ultime trace juive, on offre à l'Église et aux morts un peu de cette chair qui fait les chrétiens.
    Quant aux juifs, qu'ils soient présents ou mis en scène, ils sont condamnés à revivre la métamorphose première et à chercher sans trêve les substituts de cette viande dont ils se sont privés. Le corps et le sang des enfants de chrétiens n'en sont-ils pas le plus parfait équivalent quand vient le moment de la Pâque ? Telle est la plus commune matrice de l'anti-judaïsme, tel est le système des représentations qui génère les plus agressives rumeurs. Elles sont inscrites dans le combat que tout chrétien doit mener pour se protéger de la menace, pour abandonner peu à peu la part juive originelle, pour faire passer tout le cochon dans son camp.

  • L'amour et la vénération du Prophète sont au centre de la vie spirituelle des musulmans, dans les dévotions populaires comme dans les enseignements mystiques. Fondée sur les sources scripturaires, développée dans des milliers de poèmes et dans un immense corpus de traités savants, cette piété intense, souvent dénoncée par des oulémas qui choisissent d'y voir une atteinte au pur monothéisme, est attestée par les innombrables observations recueillies par les ethnologues, les sociologues, les voyageurs ou les journalistes.
    Mais ces images, en dissociant la pratique du commun des croyants de leurs fondements doctrinaux, risquent de les réduire à un folklore exubérant. L'ouvrage de Claude Addas met en évidence le lien qui les unit à la plus haute mystique. Cette prophétologie - qui n'est pas sans analogies avec la mariologie chrétienne - est décelable dès le début de l'islam. Mais ce n'est que peu à peu qu'elle trouve à se formuler dans une expression théologiquement rigoureuse.
    Le rôle des écrits d'Ibn Arabî, « le plus grand des maîtres spirituels », dans cette majestueuse élaboration doctrinale toujours associée à l'expérience personnelle des soufis est à cet égard décisif.
    La minutieuse analyse des textes fondamentaux à laquelle se livre Claude Addas se conclut par une réflexion sur la notion de « famille du Prophète ». Si la vénération qui lui est portée est commune aux musulmans sunnites aussi bien que chiites, elle est aussi une source de discorde.
    Chez les seconds, par exemple, elle comporte des attributs spécifiques, notamment en ce qui concerne la délicate question de la détention du pouvoir politique.

  • D'Henri-Charles Puech (1902-1986), peu d'écrits sont accessibles autrement que par la consultation des revues savantes. Depuis longtemps, la nécessité se faisait sentir d'un recueil des principaux articles et cours consacrés à la Gnose par le professeur au Collège de France. La réunion de ces travaux montre la continuité d'une recherche patiemment poursuivie depuis une cinquantaine d'années, et dont les étapes ont été marquées par deux révolutions successives : la découverte d'un ensemble de documents manichéens au Fayoum, en 1930, et celle d'une «bibliothèque» gnostique à Nag Hammâdi (Haute-Égypte) en 1946. Certaines des études ici recueillies s'attachent aux documents nouveaux point par point ; d'autres proposent des vues générales sur cette attitude tout ensemble religieuse et spéculative que l'Histoire des Religions désigne du nom de Gnose, étudiée telle qu'elle a été et telle qu'elle est.

  • Spécialiste bien connu de l'illuminisme et des origines de la franc-maçonnerie, l'auteur propose ici une vue transdisciplinaire des notions et mouvements ésotériques. Panorama des sources antiques et médiévales, symbolisme maçonnique, amour et hermétisme, symbolisme imaginaire chevaleresque au XVIIIe siècle, littérature des Rose-Croix, sont étudiés dans une perspective à la fois historique et herméneutique.

  • Spécialiste bien connu de l'illuminisme et des origines de la franc-maçonnerie, l'auteur propose ici une vue transdisciplinaire des notions et mouvements ésotériques. Panorama des sources antiques et médiévales, symbolisme maçonnique, amour et hermétisme, symbolisme imaginaire chevaleresque au XVIIIe siècle, littérature des Rose-Croix, sont étudiés dans une perspective à la fois historique et herméneutique.

  • Si l'on veut comprendre quoi que ce soit à la politique de l'Islam, aux révolutions et aux bouleversements perçus et exprimés en termes islamiques, il faut d'abord, et de toute évidence, essayer de savoir la façon dont les mots du discours politique des musulmans sont par eux employés et compris, d'où ils viennent, de quel poids de références ils sont consciemment ou inconsciemment chargés, dans cet univers mental qui, à la différence du nôtre, n'a jamais connu la catégorie du séculier. C'est à ce vaste inventaire que se livre ici pour nous le grand arabisant Bernard Lewis, en plongeant, très au-delà des influences occidentales des deux derniers siècles et des réponses comme des réactions qu'elles ont suscitées, dans la tradition coranique, elle-même travaillée par l'héritage anté-islamique, par les contaminations des empires perse, romain, byzantin, puis par l'apport des invasions turques et mongoles. Il lui fallait une intimité de longue date avec la philosophie politique, la littérature des scribes et des juristes, classiques et modernes, pour restituer le système de métaphores et d'allusions qui emprunte aux registres de l'espace, de la famille, du voyage, de la maison, du genre de vie, du climat, du bestiaire, système qui commande toute forme de communication. Pour analyser aussi l'ensemble des termes qui définissent le corps politique, régissent les rapports des gouvernants et des gouvernés, précisent l'état de guerre et l'état de paix, délimitent enfin l'obéissance dont le Coran fait aux hommes une obligation envers Dieu, le Prophète et le Souverain.

  • Qui dit «trinité» évoque, bien sûr, le dogme central de la religion chrétienne. Mais la forme «trois en un» existe aussi, sous des visages qui nous sont moins familiers, dans les polythéismes et dans les autres monothéismes. Non seulement, elle est constante dans les champs narratif, symbolique et religieux, mais elle est également repérable dans les domaines philosophique, logique, sémiologique, psychanalytique... : bref, il existe une raison trinitaire, susceptible d'actualisations multiples.
    Or, c'est précisément en cette fin de siècle, où nous commençons à le reconnaître, que l'homme trinitaire voit ses pouvoirs disparaître progressivement mais sûrement au profit d'un autre, l'homme binaire.
    Réintroduire aujourd'hui la forme trinitaire dans le débat, c'est tenter de voir sous un jour renouvelé l'histoire de la culture en la comprenant comme le lieu d'une très longue lutte entre deux modes irréductibles de gestion de la grande affaire humaine, la mort. Car la différence des deux hommes en présence est que l'un, l'homme trinitaire, acceptait la mort, faisait de la représentation de la mort dans la vie le fondement de son ordre symbolique et du lien social, alors que l'autre, l'homme binaire, veut en fin de compte l'éradication de la mort.

  • Un mandarin, nous explique Michel Strickmann, était à l'origine un «mantrin», conseiller du roi et possesseur de puissants mantras, et les monarques étaient, par excellence, les commanditaires des rituels bouddhiques et tantriques.
    Mantras et mandarins est le second volet d'une oeuvre de recherche de plus de trente ans, qui a débuté avec l'étude du taoïsme millénariste chinois, pour se poursuivre avec celle de la médecine magique, de la poésie et des traditions prophétiques en Chine ancienne.
    L'auteur s'attache ici à recréer les formes les plus ésotériques du bouddhisme à travers la lecture de ses traditions vivantes au Japon, en en retraçant le cheminement historique, littéraire, rituel et iconographique dans la Chine médiévale, depuis sa transmission indienne à partir de textes apocryphes. L'ouvrage est tout entier construit autour de l'idée qu'un même schéma rituel d'origine indienne, composé de procédures distinctes (mantra, mudra, visualisations), parcourt l'aire de diffusion du tantrisme en Asie ; ce phénomène tantrique a servi à la culture indienne à se diffuser, à partir des couches les plus hautes de la société.
    Dans cette synthèse, qui s'appuie sur une immense érudition autant que sur une méthode d'observation ethnologique directe, Michel Strickmann redéfinit les formes du bouddhisme tantrique au confluent du rituel et de l'histoire de l'art, après avoir réuni et traduit des textes peu étudiés et rares sur les pratiques tantriques à travers l'Inde, la Chine, le Tibet et le Japon.

  • Dans le Bocage, être ensorcelé c'est être pris dans la répétition de malheurs qui atteignent gravement les personnes et les biens d'un ménage. N'importe quoi peut se produire dans cette escalade mortelle dont les victimes attribuent l'initiative à un sorcier. Seul un désorceleur a le pouvoir de vaincre l'agresseur, en lui livrant un combat magique.
    Être pris dans les sorts, dans la mort, dans les mots qui nouent le sort ou qui le détournent, c'est tout un.

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