Littérature traduite

  • Qu'en est-il de l'économie dans les sociétés primitives ? a cette question fondamentale, la réponse classique de l'anthropologie économique est la suivante : l'économie archaïque est une économie de subsistance et de pauvreté, elle parvient au mieux à assurer la survie du groupe incapable de sortir du sous-développement technique.
    Le sauvage écrasé par son environnement écologique et sans cesse guetté par la famine et l'angoisse, telle est l'image habituellement répandue.
    Travestissement théorique et idéologique des faits, réplique ici tranquillement un anthropologue et économiste américain de réputation internationale. passant des chasseurs australiens et bochimans aux sociétés néolithiques d'agriculteurs primitifs telles qu'on peut encore les observer en afrique ou en mélanésie, au viêt-nam ou en amérique du sud, relisant sans parti pris les textes connus et y ajoutant des données chiffrées, marshall sablins affirme, avec autant d'esprit que d'érudition : non seulement l'économie primitive n'est pas une économie de misère, mais elle est la première et jusqu'à présent la seule société d'abondance.

    Comme le dit pierre clastres dans sa présentation : " si l'homme primitif ne rentabilise pas son activité, c'est non pas par ce qu'il ne sait pas le faire, mais parce qu'il n'en a pas envie. " tout le dossier de la question est à reprendre. une affaire à suivre.

  • Ce recueil est largement inspiré, dans sa composition, de meaning in the visual arts (1957) dont l'auteur avait souhaité une adaptation au public français.
    "l'histoire de l'art est une discipline humaniste" définit les trois niveaux de signification d'une oeuvre et leur donne pour principe de contrôle une histoire des styles, des types et des symboles; "l'histoire de la théorie des proportions humaines", conçue comme un miroir de l'histoire des styles, applique la méthode à l'analyse d'un schème structural particulier. "artiste, savant, génie" (1962) peut apparaître comme la dernière synthèse de la pensée de l'auteur sur la renaissance.
    Tandis que des deux articles qui le suivent, l'un, "le premier feuillet du libro de vasari", montre la façon dont cette époque, la renaissance, a pris conscience d'un style, le gothique, qu'elle tenait pour extérieur à elle-même, l'autre, "deux projets de façade par beccafumi", est, sur le maniérisme dans l'architecture du xvie siècle, une discussion sur les principes qui, aujourd'hui, permettent de caractériser un style.
    Les trois derniers essais, " dürer et l'antiquité l'allégorie de la prudence chez titien" et la merveilleuse étude sur poussin et la tradition élégiaque, "et in arcadia ego", offrent, parvenus à leur point de perfection, les chefs-d'oeuvre de l'interprétation iconographique.

  • Elias Canetti parle de Masse, comme Michelet du Peuple, Tocqueville de la Démocratie ou Spengler des Cultures. Et comme ces grands devanciers auxquels il fait souvent penser, l'auteur s'empare d'une intuition brutale, profonde, et commence par s'abandonner à la révélation d'une évidence - la conjuration panique de tout ce qui, en l'homme, menace de la détruire, et d'abord l'inconnu - pour élaborer progressivement une théorie des rapports qui unissent les phénomènes de masse à toutes les manifestations de la puissance.
    Mais quel contemporain des guerres mondiales et des révolutions, des fascismes et du national-socialisme, ne sentira à quel point cette intuition nourrie de forte érudition anthropologique et psychanalytique s'enracine au plus intime, au plus charnel des bouleversements du siècle ?
    />

  • Ce volume rassemble dix textes écrits par Max Weber entre 1910 et 1920 et qui donnent une vue générale des fondements théoriques de sa sociologie des religions.
    La réunion de ces textes de synthèse, empruntés pour l'essentiel aux deux grandes entreprises que mène Weber au cours des années 1910 - le travail d'élaboration des catégories sociologiques d'Économie et société et les études comparatives sur L'Éthique économique des religions mondiales -, a été conçue pour faciliter l'entrée dans une des pensées-source de la philosophie et des sciences sociales contemporaines. Traduits avec scrupule par Jean-Pierre Grossein, présentés dans l'ordre chronologique, ils permettent à la fois de se faire une idée précise du développement de la réflexion wébérienne dans le sillage de L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme et de prendre la mesure de sa portée systématique.
    L'ouvrage n'a d'autre ambition, en un mot, que de fournir un instrument de travail commode et fiable, à l'heure où l'interrogation sur le religieux retrouve sa vigueur et où la pensée de Max Weber révèle toute son actualité.

  • Confucianisme et taoïsme est l'un des volets de la grande trilogie consacrée par max weber à " l'éthique économique des religions mondiales ", entre 1915 et 1920, avec hindouisme et bouddhisme et le judaïsme antique.
    Dix ans après l'ethique protestante et l'esprit du capitalisme, ces études comparatives s'efforcent d'éclairer l'originalité occidentale par le dehors. elles reprennent le problème du lien entre le protestantisme ascétique et le développement d'un capitalisme bourgeois rationnel à partir de configurations religieuses et sociales profondément différentes. chacun de ces cas permet d'interroger la façon dont " la prise de position pratique à l'égard du monde " impliquée dans l'action religieuse retentit sur les " conduites de vie " et, en particulier, sur les comportements économiques.
    C'est spécialement vrai de confucianisme et taoïsme dont le dernier chapitre, " confucianisme et puritanisme ", constitue l'un des exposés les plus vigoureux et les plus aboutis de la thèse wébérienne. mais, au-delà de sa problématique d'origine, confucianisme et taoïsme reste un modèle d'analyse de la formation et du fonctionnement d'une mentalité à l'échelle d'une civilisation. l'examen de la bureaucratie chinoise et du type de l'etat patrimonial est de premier intérêt pour le politiste, comme le chapitre dédié au " corps des lettrés, " constitue l'un des textes de base de la sociologie des intellectuels.
    C'est dire que, indépendamment de la connaissance de la chine et de la science des religions, c'est un authentique classique des sciences sociales au xxe siècle qui est ici rendu accessible au lecteur français.

  • L'Individu dans sa société (1939) est la première tentative d'un psychanalyste, appuyée sur les enquêtes ethnographiques de Linton chez les Tanala de Madagascar et les Polynésiens des îles Marquises, pour découvrir au coeur de la psyché l'empreinte inconsciente des institutions sociales et au coeur de la société la trace d'un sujet qui soit le référent de toutes les significations objectives. Parmi les systèmes d'intégration de l'individu à sa "culture" , les plus importants, aux yeux de l'auteur, sont les disciplines auxquelles l'enfant est soumis, ces "institutions primaires" que constituent les règles de l'alimentation, les moeurs familiales et les interdits sexuels.
    Il les distingue de la personnalité de base, plus communément appelée aujourd'hui "personnalité modale" commune à tous les membres du groupe qui ont subi ces institutions primaires, ainsi que des "institutions secondaires" comme la religion ou le folklore qui sont, elles, l'expression de cette personnalité de base, l'ensemble de ses compensations, de ses efforts pour résoudre les tensions intimes qu'elle peut comporter.
    Kardiner est le premier à avoir cherché vraiment à intégrer le psychique et le culturel dans une seule structure dynamique. Son système, depuis cette tentative initiale, a considérablement évolué. Mais tout ce qui fait l'armature d'une pensée discutable et stimulante est déjà là. Et, comme le dit Claude Lefort dans son importante étude introductive, "parce que des thèses dans leur premier énoncé se présentent sous leur aspect le plus catégorique, le plus audacieux et pourtant le plus vulnérable, c'est dans ce livre qu'il faut scruter en premier lieu les principes de la nouvelle interprétation" .

  • L'émergence au cours de la dernière décennie de nouveaux pays au rythme de croissance quatre à cinq fois plus rapide que celui de l'Europe au XIXe siècle remet en cause les représentations traditionnelles.
    S'attelant à cette question. Douglass C North, John Joseph Wallis et Barry R Weingast soulèvent un coin du voile sur une faille majeure de la pensée occidentale ce n'est pas le progrès économique qui constitue le fondement des sociétés. mais la stabilité de l'ordre social. Selon les auteurs, le principal problème des sociétés humaines est celui de la régulation de la violence en leur sein. La plupart d'entre elles.
    Qualifiées d'Etats naturels. endiguent la violence par le biais d'une manipulation politique de l'économie visant à établir rentes et privilèges. Ces privilèges dissuadent certes les individus puissants de recourir à la violence pour accéder au pouvoir ou s'y maintenir, mais ils entravent également le développement. Réintroduisant l'économie politique dans nos grilles de lecture du monde. ce cadre conceptuel inédit permet de comprendre comment les sociétés développées, qui garantissent un accès ouvert aux organisations (partis politiques.
    Entreprises. syndicats, médias. ONG, etc.). ont atteint leur niveau politique et économique. Au vu des enjeux actuels du développement, ce cadre rend bien compte de la complexité du processus de décollage économique. que seule une poignée de pays a su enclencher depuis soixante ans.

  • Dans cette chronique de traîtrise et d'abandon, d'ostracisme et d'exil, l'anthropologue américain Vincent Crapanzano se penche sur le sort des harkis et de leurs descendants. Sous le terme 'harki', il englobe le quart de million de supplétifs algériens qui ont combattu aux côtés des Français durant la guerre d'Algérie et qui, après l'indépendance en 1962, furent pour la plupart désarmés et renvoyés dans leurs villages par leurs officiers.
    Dénoncés comme traîtres par les Algériens, trahis par les Français, plus de soixante mille d'entre eux furent emprisonnés, sauvagement torturés et exécutés. Ceux qui réussirent à rejoindre la France furent cantonnés dans des camps, certains pendant près de vingt ans. Selon l'auteur, ils y sont devenus une population doublement à part : à la fois ghettoïsée et emmurée dans le silence. Et quand à leurs enfants, ils souffrent d'une double blessure : celle qu'ils ont eux-mêmes endurée et celle produite par le mutisme de leurs pères.
    Plus qu'un simple retour sur le sinistre passé des harkis et leur douloureux présent, cette enquête ethnographique retrace les nombreux paradoxes d'une identité forgée par l'indignation, le ressentiment et la soif de justice. Elle nourrit en outre une puissante réflexion sur la façon dont les enfants portent la responsabilité des choix de leurs parents, dont l'identité personnelle est façonnée par les forces impersonnelles de l'histoire et dont la violence elle-même s'insinue dans chaque aspect de la vie humaine.

  • La sociobiologie constitue-t-elle la nouvelle révolution copernicienne, reléguant l'anthropocentrisme aux oubliettes de l'archéologie du savoir, en replaçant fermement l'homme et sa culture dans son contexte d'animalité concurrentielle ?
    Marshall Sahlins dénonce vigoureusement cette aberration antiscientifique et antihumaniste. Accepter la «Nouvelle Synthèse» sociobiologique, c'est faire fi de tout l'acquis des sciences de l'homme. Il ne suffit point d'affubler les comportements animaux d'une terminologie anthropomorphique, ou d'identifier les institutions humaines à des formes de «société» animales, pour établir une continuité entre tous ces phénomènes. De fait, le langage est le propre de l'homme ; la fonction symbolique qu'il exprime introduit une discontinuité radicale dans l'univers : les actes des hommes ne se comprennent que par la signification qu'ils revêtent dans un système d'institutions, au nombre desquelles la parenté a longtemps joué un rôle primordial - à l'antipode de toute «réalité» biologique. Il revenait à l'anthropologue de dégager le sens de la fascination qu'exerce cette éternelle «Nouvelle Synthèse», qui s'est insinuée dans les domaines les plus divers de la connaissance, de l'utilitarisme sociologique à l'économie marginaliste, en passant par la théorie des jeux et la linguistique cartésienne de Chomsky. M. Sahlins en identifie le ressort profond : l'«individualisme possessif», et la dialectique de la nature et de la culture qui lui est propre.

  • Bali a toujours eu sa beauté contre elle. L'éblouissement des spectacles, qui la font croire particulièrement vulnérable, a souvent caché à nos yeux les institutions sous-jacentes.
    Depuis 1957, Clifford Geertz (1926-2006), professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton, a suivi l'évolution de la politique et des institutions de Bali. Dans le village, généralement considéré comme un absolu mystique où l'individu se fond entièrement, il observe les différences sociales, les conflits et leurs résolutions finales. À propos de l'irrigation (ici comparée à celle du Maroc) il montre la passion des Balinais pour l'organisation en groupes indépendants, organiques et spécifiques, dont les relations s'adaptent selon un rituel extrêmement élaboré.
    Les systèmes de noms et d'appellations, le mécanisme du calendrier, les règles de l'étiquette interviennent dans le mode de vie et lui donnent forme, sans qu'il faille pour autant oublier les pressions et tensions endémiques, dont nous avons un exemple dans la pratique des combats de coqs avec enjeux : joués et rejoués sans fin, ils nous livrent «la réflexion des Balinais sur leur violence à eux : sur ce dont elle a l'air, sur ses procédés, sur sa force, sur la fascination qu'elle exerce». Cet édifice de symboles est «une traduction puissante de la vie telle qu'au profond d'eux-mêmes les Balinais n'en veulent pas».
    Tout change, sauf ce qui demeure. La persistance d'une partie considérable du caractère culturel d'un peuple est l'un des plus profonds mystères des sciences humaines. L'anthropologie est idéalement située pour déterminer la contribution de la politique du passé à celle du présent.

  • Selon Schumpeter, la science économique se caractérise par la maîtrise, dans le domaine économique, de l'histoire, de la statistique et de la théorie. « Il serait illusoire, écrit-il, d'espérer que l'on comprendra quoi que ce soit aux phénomènes économiques [...] sans maîtriser suffisamment les données historiques. Il est de fait que les erreurs fondamentales qu'on commet aujourd'hui en analyse économique sont plus souvent dues à un manque d'expérience historique qu'à toute autre lacune dans la formation des économistes. » La véritable culture économique exige donc de combiner la vision historique avec la maîtrise des techniques d'observation et des modèles théoriques. Et ce livre explique comment, par des synthèses successives, s'élabore et progresse réellement la connaissance. Deux notions, que Raymond Barre dégage dans sa préface, en éclairent la lecture : celle de filiation des idées scientifiques ; et celle de situation classique, où les progrès de l'analyse se coordonnent et se consolident.

  • Selon Schumpeter, la science économique se caractérise par la maîtrise, dans le domaine économique, de l'histoire, de la statistique et de la théorie. «Il serait illusoire, écrit-il, d'espérer que l'on comprendra quoi que ce soit aux phénomènes économiques [...] sans maîtriser suffisamment les données historiques. Il est de fait que les erreurs fondamentales qu'on commet aujourd'hui en analyse économique sont plus souvent dues à un manque d'expérience historique qu'à toute autre lacune dans la formation des économistes.» La véritable culture économique exige donc de combiner la vision historique avec la maîtrise des techniques d'observation et des modèles théoriques. Et ce livre explique comment, par des synthèses successives, s'élabore et progresse réellement la connaissance. Deux notions, que Raymond Barre dégage dans sa préface, en éclairent la lecture : celle de filiation des idées scientifiques ; et celle de situation classique, où les progrès de l'analyse se coordonnent et se consolident.

  • Quelles sont les conséquences politiques et éthiques des biotechnologies ? Le changement climatique importe-t-il à la gestion du territoire ? Pourquoi l'Univers est-il accueillant à la vie ? La vie peut-elle durer toujours ? Comment la rechercher dans des endroits improbables ? Les avancées de la biologie ont-elles des implications sur la philosophie et la religion ? Toutes questions que le célèbre physicien Freeman J. Dyson, professeur émérite de physique à l'Institute for Advanced Study de Princeton. a choisi de traiter en s'adressant à un public de non-spécialistes. Loin de présenter une synthèse théorique, ce recueil de conférences invite à réfléchir, à partir de nouvelles données concrètes, sur les rapports entre l'homme, la nature et les sciences aujourd'hui.

  • Les cultures humaines se sont-elles constituées en se fondant sur les activités pratiques et sur l'intérêt utilitaire ? l'auteur critique cette thèse et défend l'interprétation symbolique de la culture contre les utilitarismes de toutes sortes.
    Il propose ainsi une conclusion nouvelle au débat séculaire du matérialisme et de l'idéalisme.
    Quand il s'agit d'analyser les sociétés dites primitives, le matérialisme historique a ses limites. aussi marxisme et structuralisme sont-ils destinés à rester deux perspectives théoriques distinctes.
    Les questions qui divisent marxisme et théorie culturelle ont leurs analogues dans l'histoire de la pensée anthropologique, et l'auteur nous invite à les déceler chez morgan, bons, malinowski, durkheim, radcliffe-brown et d'autres.

    Dans cette controverse entre raison pratique et raison culturelle, la conception matérialiste de l'histoire est en procès. la découverte de la culture fait apparaître que, si le matérialisme historique est la conscience de la société occidentale, il l'est dans les termes et dans les limites de cette société. sahlins, examinant tels aspects de l'alimentation ou de la mode, avance que la production elle-même n'est pas une logique pratique d'efficacité matérielle, mais une intention culturelle.
    La rationalité matérielle se fonde sur des relations signifiantes entre personnes et objets.

  • Voici le troisième et dernier panneau d'une vaste fresque de l'économie américaine. La première partie met en relief le trait fondamental de la société économique américaine : la juxtaposition du système planificateur et du système de marché. Vient ensuite l'analyse des problèmes qui tiennent à cette dualité : inégalité de développement des secteurs économiques et des revenus, mauvaise répartition des ressources publiques, atteintes à l'environnement, inutilité pratique de certaines innovations technologiques, défaut de coordination (la crise de l'énergie en dit long sur ce point). L'inflation enfin. L'auteur propose une théorie réformatrice qui s'attaque hardiment aux faits de la vie moderne, aux croyances, à la politique. Quand on aura lu ce livre, on verra clairement comment fonctionne le système économique le plus évolué de notre temps ; on saura aussi ce que propose, pour en parer les effets les plus désastreux, l'un des esprits les plus subtils de la gauche américaine.

  • Wendy Doniger, qui a succédé à l'université de Chicago à la chaire de Mircea Eliade, a consacré, comme lui, son oeuvre à la mise en relief des grands thèmes de la mythologie de l'Inde et à ses grandes divinités.
    Voici donc Siva, la plus complexe et paradoxale figure de la grande trinité hindoue, divinité à la fois érotique et ascétique qui propose la victoire sur le Désir par l'assouvissement du Désir. Dans le schème si particulier de la mythologie hindoue, l'une des plus vastes et des plus luxuriantes qui soient, se trouvent exploitées jusqu'à leurs conséquences extrêmes ces deux pulsions fondamentales et - notamment pour les Occidentaux - si irréductiblement antinomiques de l'homme : la volonté de jouissance et l'aspiration à l'ascèse. Son ludisme exacerbé permet à Siva de transcender tous les contraires et d'exprimer cet équilibre dans le mouvement, « cette incessante oscillation de la balance » que symbolise sa danse cosmique.
    Cet ouvrage, qui explore les phantasmes les plus extravagants de l'Éros, devrait avoir, comme l'a écrit Edmund Leach, le grand anthropologue anglais, « une influence majeure sur l'étude de la mythologie judéo-chrétienne ainsi que sur celle des religions de l'Antiquité » - et, pourrait-on ajouter, sur les spéculations de la psychanalyse.

  • L'époque paraît bien lointaine où un célèbre rapport demandé au lendemain de la guerre par le président roosevelt à de grandes personnalités du monde scientifique promettait "une vie mieux remplie et plus productive" si la société favorisait le développement de la recherche et l'épanouissement de la science.

    Cette fin de siècle connaît, au contraire, une réduction drastique des dépenses de recherche de la part de tous les grands laboratoires industriels, une baisse de prestige et d'autorité de la pensée scientifique dans le grand publie, une atmosphère générale de révolte rampante et d'indifférence officielle. plus grave encore: des scientifiques eux-mêmes se mettent à douter des vertus de la raison en dehors du laboratoire et la communauté scientifique dans son ensemble se révèle incapable de réaffirmer collectivement le sens propre de son activité.

  • Contemporain et ami de Max Weber, Ernst Troeltsch peut être considéré comme le Durkheim allemand. Son ouvrage principal, Les doctrines sociales des Églises chrétiennes, est un classique des études sociologiques, comme le présent ouvrage qui vient compléter le texte désormais connu de Max Weber sur l'éthique du protestantisme. Troeltsch relativise considérablement les thèses de Weber dans la mesure où il distingue deux époques de développement du protestantisme en même temps que les différences très profondes entre luthéranisme et calvinisme sont analysées à la lumière de leurs conséquences sociales, culturelles et politiques.
    En effet, on ne saurait ni parler du protestantisme en général sans commettre une sorte de contresens théologique et sociologique ni considérer que le protestantisme avait d'emblée pour projet de réformer une Église catholique dépassée par les progrès de la modernité. C'est d'ailleurs à la redéfinition de cette notion que les études ici rassemblées...

  • Professeur à columbia, frère du célèbre épistémologue, karl polanyi est un représentant caractéristique du milieu d'europe centrale qui a produit max weber, schumpeter, wittgenstein, popper, carnap.
    Il appartient à cette génération d'intellectuels européens qui se sont sentis acculés à répondre au défi que le phénomène national-socialiste lançait à leurs valeurs et à s'expliquer avec la maladie de leur temps.
    La " grande transformation ", c'est ce qui est arrivé au monde à travers la grande crise économique et politique des années 1930-1945 : c'est-à-dire, polanyi s'emploie à le montrer, la mort du libéralisme économique.

    Or ce libéralisme, apparu un siècle plus tôt avec la révolution industrielle, était une puissante innovation, un cas unique dont l'explication, contrairement à ce que soutiennent les marxistes, ne vaut que pour cette société même : une société oú le marché autorégulateur, jusque-là élément secondaire de la vie économique, s'est rendu indépendant des autres fonctions.
    L'innovation consistait essentiellement dans un mode de pensée.
    Pour la première fois, on se représentait une sorte particulière de phénomènes sociaux, les phénomènes économiques, comme séparés et constituant à eux seuls un système distinct auquel tout le reste du social devait être soumis. on avait désocialisé l'économie, et ce que la grande crise des années trente imposa au monde, c'est une re-socialisation de l'économie.
    La source de l'originalité de polanyi est d'avoir regardé la société moderne ou l'économie dite libérale à la lumière des sociétés non modernes et en contraste avec elles.
    C'est ce qui fait, comme le montre louis dumont dans son importante préface, que ses analyses ont pu être appliquées et discutées dans les domaines les plus divers - de l'océanie à la grèce en passant par l'afrique - et survivre à l'époque déjà lointaine de la parution de l'ouvrage (1944) pour nourrir aujourd'hui la réflexion de tous ceux qui, anthropologues, économistes et historiens, s'interrogent sur la spécificité de notre société moderne.

  • Comment la science se constitue-t-elle en réalité ? Qu'en est-il de la réalité instituée par la science ? Ces interrogations fondamentales de la philosophie naturelle renvoient d'emblée aux catégories d'une anthropologie de la science. Dans cette perspective, la réflexion rigoureuse de Gerald Holton, titulaire à la fois d'une chaire de physique et d'une chaire d'histoire de la physique à l'université Harvard, vise à dégager les moments fondamentaux de la démarche scientifique, à partir d'études de cas portant sur des épisodes cruciaux de l'histoire de la science, de Kepler à Einstein et jusqu'aux recherches les plus actuelles. Son investigation s'inscrit dans le cadre d'une épistémologie génétique, soucieuse des déterminations psychologiques, et sociales, de notre savoir, assise sur une méticuleuse entreprise de critique historique. Son expérience de physicien et de pédagogue, autant que ses recherches historiques, l'amène à révoquer en doute l'image de la science, celle que s'en font ses partisans et ses détracteurs, et à laquelle souscrivent les scientifiques eux-mêmes. La construction inductive-déductive de l'empirisme rationaliste n'intervient que dans le contexte de justification, seul pris en compte par la "science publique". Mais le contexte de découverte met en jeu les options personnelles du chercheur, son intuition expérimentale et théorique, la "science privée", faisant fond sur un répertoire relativement stable de "thêmata" d'ordre esthétique, informant l'image du monde mise en place par la science : la création scientifique est aussi oeuvre d'imagination.

  • Selon Schumpeter, la science économique se caractérise par la maîtrise, dans le domaine économique, de l'histoire, de la statistique et de la théorie. «Il serait illusoire, écrit-il, d'espérer que l'on comprendra quoi que ce soit aux phénomènes économiques [...] sans maîtriser suffisamment les données historiques. Il est de fait que les erreurs fondamentales qu'on commet aujourd'hui en analyse économique sont plus souvent dues à un manque d'expérience historique qu'à toute autre lacune dans la formation des économistes.» La véritable culture économique exige donc de combiner la vision historique avec la maîtrise des techniques d'observation et des modèles théoriques. Et ce livre explique comment, par des synthèses successives, s'élabore et progresse réellement la connaissance. Deux notions, que Raymond Barre dégage dans sa préface, en éclairent la lecture : celle de filiation des idées scientifiques ; et celle de situation classique, où les progrès de l'analyse se coordonnent et se consolident.

  • L'iconologie consiste, à travers l'analyse des thèmes artistiques, à reconstituer l'histoire de l'imagination créatrice.
    Erwin panofsky, dont voici le premier ouvrage traduit en français, en est le plus prestigieux représentant. il a fondé l'histoire de l'art, à l'époque dominée par des explications psychologiques, physiologiques et esthétiques, ou réduite à une description iconographique assez naïve, comme une science d'interprétation. ainsi s'attache-t-il particulièrement à suivre les métamorphoses de traditions antiques : le temps, l'amour, la mort ou la genèse du monde.
    Ce sont autant de petites odyssées étranges et savantes, dont les épisodes consistent en fusions et confusions de concepts et d'images, en malentendus, oublis, résurrections et renaissances de toute sorte. et soudain voici que l'énigme d'une oeuvre se résout : la chimie artistique a donné au thème un sens nouveau. l'humanisme de la renaissance n'occupe une si grande place dans l'oeuvre de panofsky que parce qu'il était précisément, dans sa poursuite de tous les " retours aux sources ", l'agent par excellence de ces cristallisations.
    Un exposé lumineux du système néo-platonicien montre à quel point, dans cette doctrine des " résurrections " humanistes, tout confirme la prédominance de la pensée imageante sur la pensée discursive ; le monde matériel lui-même n'est qu'image, il appelle pour ainsi dire une iconologie qui donnerait accès à son sens. d'oú l'attraction d'une telle philosophie pour les créateurs d'images. panofsky montre qu'il existe, différent de florence à venise, un style de la pensée artistique néo-platonicienne, et son analyse des milieux culturels, des lieux communs et des images communes culmine à ce moment historique que fut michel-ange.

  • L'histoire a voulu que deux groupes humains - l'un immigré d'origine occidentale et techniquement évolué, l'autre autochtone et vivant comme à l'âge de la pierre - soient mis en contact direct et permanent sur le continent australien. Il y a quarante ans à peine, tout laissait prévoir que les aborigènes allaient achever de disparaître. Leur «résurrection» et leur progressive intégration sont en grande partie le résultat de l'activité scientifique et sociale du professeur Elkin.
    Son ouvrage, classique et constamment remanié depuis 1938, brosse le tableau complet d'une des cultures les plus primitives. C'est dans une perspective sociologique que sont analysés successivement ici les formes du totémisme, les cérémonies particulières d'initiation, les arts visuels, la musique et la danse, la pratique des «hommes-médecine» et les rites funéraires originaux.
    Les Aborigènes australiens représentent la première étude scientifique paraissant en français sur la psychologie de ces hommes qui, au XXe siècle, incarnent la préhistoire.

  • Cet essai, paru en 1928 à Leningrad, a connu un écho mondial. Le développement de la linguistique et de l'ethnologie structurale a fait de cet ouvrage précurseur un classique de plusieurs sciences humaines.
    Folkloriste, Propp, à partir de cent contes russes du recueil d'Afanassiev, avait mis en évidence une unité typologique et structurale. La nouveauté de la méthode et l'importance des résultats théoriques obtenus ont provoqué de nombreux commentaires. Claude Lévi-Strauss, en particulier, a consacré à Propp une étude considérable.

empty