Eoliennes

  • Est-ce par paresse ?

    Denis de Casabianca

    Pour justifier la longueur de la route, mon père m'avait expliqué qu'il fallait contourner la montagne, que nous allions perdre le sommet de vue, mais qu'il réapparaîtrait dans une clairière magique. Il ne me déplaisait pas de faire une route plus longue, pourvu qu'elle fût plus plate. Au bout d'un moment, il y eut même quelques pentes qui rendaient le sentier plus amène. Je doublais mon père, j'avais un penchant pour les passages qui tiraient vers le bas. Mais il me rappelait lorsque j'avais manqué de tourner sur le bon chemin, car la route, en réalité, montait. Devoir faire retour et remonter ma pente douce bras ballant m'accablait doublement de fatigue. Mais j'ai dû me résoudre à ce fait : il est impossible pour un corps de gagner les hauteurs en descendant.

  • La pensée paysagère

    Augustin Berque

    La pensée paysagère, ce n'est pas la pensée du paysage. Ce livre n'est pas une histoire de la pensée du paysage. Il pose la question?: pourquoi cet étonnant contraste entre, d'une part, ces innombrables générations qui n'avaient pas de pensée du paysage mais qui nous ont laissé tant d'admirables paysages, et d'autre part cette génération qui, tout en ne cessant de parler et d'écrire à propos du paysage, le détruit à grande échelle sur tout son territoire - hormis quelques icônes??
    Nous avons une pensée du paysage, mais nous n'avons plus de pensée paysagère, c'est-à-dire cette pensée sensible, vivante et agissante qui s'exprimait par de beaux paysages. Fétichiser cet objet de consommation (touristique, immobilière, académique etc.) qu'est aujourd'hui le paysage, cela ne suffira pas pour retrouver cette manière d'être qui s'incarnait dans la pensée paysagère. Au contraire, même.
    Si nous voulons cesser de «?tuer le paysage?», comme disait un poète chinois du IXe?siècle, il nous faut au préalable savoir ce que c'était que la pensée paysagère.

  • L'humanité est-elle en train de se déterrestrer? L'architecture moderne a revendiqué un « espace universel » qui, perdant tout lien avec la singularité des lieux concrets, aboutit aujourd'hui à l'acosmie d'un « espace foutoir » (junkspace) où une starchitecture - une « architecture E. T. », comme descendue des étoiles - se pose ici ou là comme elle se poserait ailleurs. Comment en est-on arrivé là, et pouvons-nous recosmiser l'architecture ? La question n'est pas moins profonde que celle de l'origine de toute réalité.

  • En 1932, René Daumal débarque à New York, où il rejoint la troupe du danseur indien Uday Shankar. Aux déceptions de la vie parisienne, surtout liées au Grand Jeu, il réagit par ce voyage, qu'il veut d'espoir. Vite, il connaît de nouvelles déceptions. D'autres expériences l'attendent à son retour en France. La mort de son guide Alexandre de Salzmann le décide à persévérer dans l'enseignement de Gurdjieff - par le contact avec Jeanne de Salzmann, qui ouvre une école de rythme et de danse à Évian. Deux années se passent à Genève, au contact des bibliothèques, qui lui permettront d'affiner sa maîtrise de la langue sanskrite.
    Cet ultime ensemble d'inédits offre les clefs pour saisir à la fois René Daumal, la poésie, et la pensée indienne.

  • Sapin ou la chambre haute

    Luc Dietrich

    En 1936, Luc Dietrich prend refuge en forêt et rédige, au long de cette vie nouvelle, ces quelques fragments destinés à L'Apprentissage de la ville. À mi-chemin entre Walden, ou la vie dans les bois (1854) d'Henry David Thoreau et Le Baron perché (1957) d'Italo Calvino, ce texte se présente comme le germe d'un manifeste pour une vie autre (choisie) que celle (subie) de la «cité» : celle de notre nature.

  • Plutôt qu'une discipline, qui serait en somme une écologie phénoménologique, il faut plutôt considérer la mésologie comme une perspective générale, périmant le dualisme moderne. Pour la mésologie, la réalité, celle des milieux concrets, n'est ni proprement objective, ni proprement subjective, mais trajective. Cela concerne aussi bien les sciences de la nature que les sciences humaines. Relevant à la fois de l'ontologie et de la logique, la perspective nouvelle qu'apporte la mésologie est onto-logique. Dépassant le paradigme moderne classique, cette perspective nouvelle s'impose, en un temps où l'abstraction du dualisme, jointe au principe du tiers exclu, avec ses attributs divers (mécanicisme, réductionnisme, analytisme, individualisme, capitalisme, industrialisme...), en est arrivée à provoquer non seulement ce que l'on appelle désormais la Sixième Extinction de la vie sur Terre, mais en outre décompose le lien social et ravage les paysages ; autrement dit, a entraîné une perte de cosmicité qui pourrait bien nous être fatale. Recosmiser l'existence humaine, la reconcrétiser, la réembrayer à la Terre, voilà le triple objectif que se donne la mésologie.

  • « Tu prélèveras ton coeur sur quelque poisson pourri ;
    Tu y enfonceras la vrille que te remettra la clef des ascenseurs. Tu jailliras : vers le haut ou vers le bas à ta guise, mais jaillis jusqu'à ce que se ferment les yeux du chat. Constate que tu ne peux plus retomber : sinon, c'est que tu n'as pas brûlé tes cendres.
    Recommence. » Ce livre présente les premiers textes, inédits, de René Daumal (1908-1944), simpliste, mi-génie mi-tête brûlée, futur grand rival d'André Breton et fondateur, avec Roger Gilbert-Lecomte, de la revue Le Grand Jeu. On retrouvera également ici ses autres textes majeurs de la période 1924-28, qui avaient été publiés dans Poésie noire, poésie blanche, Lettres à ses amis, les dossiers H, René Daumal ou le retour à soi et la revue Port-des-Singes. Le tout constitue une édition attendue des textes de jeunesse de l'auteur.

  • L'Alphabet plutôt que rien... ou comment affronter la force d'un vertige dont le langage reste peut-être la seule voie de sortie. Des poèmes-étapes, des poèmes-franchissements dans une traversée chaotique vers la construction de soi, de l'amour et du langage.

  • « Pourquoi ne peut-on plus ouvrir complètement les fenêtres arrière des voitures et rouler les cheveux au vent sous un soleil de plomb ?
    Pourquoi les objets intelligents nous parlent-ils comme si on était des idiots ? Pourquoi le design estil maintenant élémentaire ? Pourquoi les designers ne refusent-ils jamais un projet de design industriel ? » M.B.

    « Qu'y avait-il, qu'il n'y a plus, au tout début des années 1980 ? Un sentiment de liberté, une fantaisie constante, le bonheur inscrit à l'ordre du jour en s'appuyant sur un désordre domestique, un lampadaire à roulettes qui file sur le parquet, des étagères qui se couchent au pied d'un mur... la vie heureuse des choses pour la vie heureuse des gens. » C.E.

  • 1939. René Daumal vient de voir paraître son premier roman, La Grande Beuverie, dans la déjà prestigieuse collection Métamorphoses de la nrf.
    De nouveaux projets se dessinent : ce qui a pour l'instant la forme d'un « Traité d'alpinisme analogique » (il revient du Pelvoux, dans les Hautes- Alpes, et ce traité deviendra Le Mont analogue), une Anthologie des poètes français du xxve siècle , des traductions du sanskrit, mais aussi et on le sait moins, cet essai sur l'obscurantisme.

  • Abbicci di

    Frédérique Bertrand

    Le centre culturel Una Volta a demandé à Frédérique Bertrand, illustratrice et auteure de plus de trente albums, d'imaginer un abécédaire à partir de mots choisis en collaboration avec l'association A Scoglilingua. Cet abécédaire a d'abord pris la forme d'un jeu de vingt-deux cubes permettant de relier lettres, mots et images ; ce jeu a été expérimenté durant toute une année scolaire à l'école bilingue René Subissi à Bastia. Il était important pour nous de permettre à tous d'accéder à cette création ; ainsi aujourd'hui, ce jeu devient un livre qui traduit le double engagement d'Una Volta, aussi bien aux côtés de l'illustration contemporaine, que de l'apprentissage de la langue Corse. Un livre où, entre le mot et l'image, l'imagination peut se déployer.

  • Sur les bords de l'Yvette, un vieux monsieur très savant, le Dr No, et sa petite-fille Mélissa, lycéenne en seconde, parlent de mésologie - la science des milieux, c'est-à-dire de la relation spécifique que tout être vivant crée avec son environnement. Alors que l'environnement est universel - le même pour tous -, le milieu est singulier, que ce soit à l'échelle de l'espèce - le milieu d'un ragondin n'est pas celui d'un canard, bien qu'ils vivent côte-à-côte dans la même rivière - ou à l'échelle des organismes?; et, dans le cas de l'humain, que ce soit à l'échelle des personnes comme à celle des cultures?: un même donné environnemental pourra être perçu et utilisé de manières très différentes par des sociétés différentes, et dans un même environnement, deux personnes pourront vivre dans deux milieux très différents.

    La découverte de cette spécificité des milieux a révolutionné les sciences de la nature au XXe siècle, avec les travaux du naturaliste balte Jakob von Uexküll (1864-1944), et du philosophe japonais Tetsurô Watsuji (1889-1960). Les perspectives nouvelles sur la nature et sur l'existence humaine qui découlent de leur mésologie sont ici même - sur les bords de l'Yvette - mises à la portée de tous dans une suite de dialogues entre Mélissa et son grand-père, où s'invitent tour à tour, fictivement, quelques-uns des grands noms de la mésologie?: Uexküll et Watsuji, bien sûr, mais aussi quelques autres savants qui ont fait de la mésologie sans le savoir. Le tout, sous l'oeil du roi de l'Yvette... le ragondin.

  • Dans les années 40, G.I. Gurdjieff recevait ses élèves dans son appartement parisien de la rue des Colonels-Renard. Leurs échanges constituaient ce qu'on a appelé alors les groupes. Les notes qui font l'objet de ce livre ont été prises au cours de ces réunions. Elles sont un témoignage fidèle de l'enseignement de Gurdjieff durant cette période de sa vie. Les réponses aux questions posées alimentaient une recherche commune et s'inscrivaient aussi dans la continuité d'une relation intime et personnelle. Le compte-rendu de ces réunions de groupes peut être une aide pour qui cherche vraiment, mais à condition de garder en permanence à l'esprit que l'essentiel manque : la présence du maître. Gurdjieff était dans son être l'incarnation et le témoignage vivant de son enseignement. Si cet enseignement continue à vivre aujourd'hui c'est que ses élèves les plus proches ont transmis à leur tour cette influence vivante que Gurdjieff a incarnée.

  • Le 17 juin 1978, sous le saint regard du père Éternul, Charles Duits se lance dans un nouveau livre, «?La Seule Femme vraiment noire?», comme on se jetterait par la fenêtre mais en remplaçant l'asphalte... par l'inconnu.

  • Entre tous, c'est bien le lien au lieu que la modernité a le plus malmené. Plus la mobilité devenait l'étendard de l'émancipation, moins il faisait bon proclamer un attachement à un territoire, et pire, le justifier ontologiquement. Pourtant - et parce que - cette relation est fondatrice, dans nombre de territoires caractéristiques, elle a continué à faire entendre sa petite musique localiste. En Corse, sur «?cette montagne dans la mer?», la société se construit aussi par son lien au lieu. La culture en témoigne et nos lendemains en dépendent. À l'heure où les équilibres entre environnement et société se redéfinissent du fait d'un certain développement, les questions d'aménagement de l'espace deviennent cruciales et invitent à un dialogue fécond entre praticiens, penseurs et metteurs en scène de l'espace.

  • Ces nouvelles nouvelles de Daniel Goldenberg offrent un voyage à sa façon, allant parfois même aux abords du fantastique. Il nous promène d'une Corse inattendue jusqu'à New York, dans le désert du Nouveau Mexique, en Italie, au Vatican, en Pologne, à Ménilmontant et même. au Paradis?! On y retrouve son humour et cette manière de nous faire passer du rire aux larmes. le tout pour une somme modique que ne saurait en aucun cas concurrencer la moins chère des compagnies low-cost.

  • « Est-ce toi ? ce corps en retard et pénétrant, la voix sans prières pour trancher, qui s'avance à dessiner quelque part entre tous un signe lisible et qui demeure, dans toute sa fraîcheur, un visage ressemblant ».
    Ce livre naît de la contemplation d'une fresque, dans une chapelle reculée de Corse. La silhouette d'un homme s'en détache, entièrement peinte de la couleur de son sang. C'est là le début d'un voyage, en une terre ancienne, où l'on marche longtemps après ceux qui y ont vécu et se sont perdus, à la recherche d'une couleur ou d'un visage, sur les traces d'une enfance, à la poursuite d'un souvenir ou d'une illumination. Le dépouillement et la nudité du corps, comme rendu à son origine, inaccessible, la langue corse les dira ainsi : in cristu.

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