Editions Materiologiques

  • Cavanna, pilier de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo, bien connu pour ses romans qui nous ont ému et fait rire, ses pastiches, ses chroniques, etc., où se mêlaient sa truculence, son art du verbe, ses engouements et ses colères. Cavanna avait en horreur les injustices, chérissait la langue française par laquelle, lui le Rital, était devenu un écrivain réputé. Moins connu, son immense intérêt pour les sciences en général, la biologie en particulier?: l'écologie et la paléontologie - pas l'étude de ce pâle Léon mais bel et bien celle des êtres vivants disparus au cours des âges géologiques. C'est la rencontre puis la fréquentation au long cours avec le paléontologue et évolutionniste Pascal Tassy qui nous sont narrées ici. Ce livre est le témoignage de ce dernier, lecteur adolescent de Hara-Kiri, puis l'ami et le guide du Cavanna féru de sciences et humaniste absolu. Le dernier tiers de ce livre est constitué d'un inédit, un dialogue Cavanna-Tassy sur l'évolution, prélude à un ouvrage que les féroces mâchoires du temps empêchèrent de voir le jour...

  • L'homéopathie trône dans les vitrines des pharmacies et côtoie dans nos foyers les vrais médicaments, des publicités en vantent les bienfaits, des politiciens, des sportifs, des célébrités la défendent avec ardeur. Des médecins la célèbrent. Présente depuis plus de deux cents ans, utilisée par des millions de gens, elle semble aller de soi. Mais la connaissez-vous vraiment?? Comment a-t-elle été inventée?? Sur quels principes théoriques repose-t-elle?? Comment les célèbres granules sont-ils fabriqués?? Comment mesure-t-on leur efficacité?? Que dit la science de ses effets revendiqués?? Comment les homéopathes répondent-ils aux critiques?? Comment les médias traitent-ils le sujet?? Que disent les autorités de santé de cette pratique aux relents idéologiques des plus détestables qui pourtant se veut une panacée parée de toutes les vertus?? Ne pas savoir répondre à ces questions, c'est ne rien savoir sur l'homéopathie. Thomas C. Durand explore dans ce livre les arcanes nébuleux d'une industrie prospère et d'un mode de pensée inquiétant.

  • Le physicien et philosophe Mario Bunge a attendu 2015 et sa 96e année pour rédiger ses mémoires. C'est dire si la fresque qu'il nous propose ici est riche en idées, en événements (emprisonnement, exil, échecs et succès, honneurs et adversité), en prises de position, en troubles de l'Histoire, en jaillissements de savoirs, en ferments pour un matérialisme du XXIe?siècle. L'" entre deux mondes " que le titre évoque se comprend de multiples façons.
    Bien sûr, d'abord par la position singulière de Mario Bunge, aussi scientifique que philosophe, véritablement à l'interface de ces deux mondes savants. Savoirs scientifiques et culture humaniste sont liés et Bunge voyage d'un monde à l'autre, sans se soucier d'une dichotomie courante qui contribue à un inutile conflit des savoirs. C'est aussi un entre-deux-mondes géographique et social : une première vie en Amérique du Sud, puis le départ définitif pour l'Amérique du Nord.
    Une telle autobiographie se doit de revenir sur les aspérités de la vie comme sur ses bonheurs, tout comme elle doit tracer les trajectoires des rencontres avec des centaines d'éminents savants, amis ou adversaires. Avec une franchise inhabituelle dans ces milieux feutrés, au détour des pages fusent les concepts, les théories, les leçons pour les temps présents, les appels à la raison, les mises en garde contre les obscurantismes et les vaines promesses.
    Encore des entre-deux-mondes... L'auteur nous convie à l'exposé d'une vie de travaux incessants dans presque tous les grands domaines savants, permettant ainsi aux lecteurs francophones d'aborder les rives d'un vaste continent de connaissances, alors qu'il existe très peu de livres de Bunge en français, moins encore de biographie... Et si l'on adhère à ses idées, à sa démarche, à sa méthode, à son humour parfois cinglant, c'est avec un plaisir rare que l'on peut se sentir appartenir à une sorte de confrérie, celle des amoureux de la pensée rationaliste et humaniste, et de son partage.

  • 2020 est l'année de la sobriété numérique?: entre la Feuille de route sur l'environnement et le numérique du Conseil national du numérique, l'avis du Sénat et le rapport du Shift Project, le sujet n'a jamais été aussi présent. Le déploiement de la 5G est interrogé, voire contesté?: ne va-t-il pas accélérer le déluge de données?? La sobriété n'est-elle pas devenue un impératif?? N'implique-t-elle pas de questionner la 5G, voire d'enclencher une dénumérisation?? Cela revient-il à adopter le «?modèle Amish?», comme l'a dit l'exécutif?? Le numérique n'a-t-il pas connu des gains phénoménaux en matière d'efficacité énergétique, depuis l'ENIAC en 1945 qui consommait 150?kW, pour guère plus de 5?000 opérations par seconde?? N'est-il pas une troisième révolution industrielle, inéluctable, voire même un stade supérieur de l'humanité?? N'est-il pas aussi une très bonne manière de devenir milliardaire?? Cet ouvrage montre que oui, le numérique suit une trajectoire écologique et énergétique inquiétante?: c'est le secteur dont l'empreinte environnementale croît le plus vite. Oui, le numérique s'est «?imposé?». Mais quand, comment, pourquoi, par qui?? Le lecteur trouvera des réponses dans ce travail fouillé de philosophie sociale, qui poursuit plusieurs buts distincts?: définir le numérique, qui s'avère dépendre plus de la logistique que de Gutenberg?; montrer comment nous sommes devenus dépendants du numérique, en explorant les rapports du Credoc, de Xerfi ou de l'Arcep?; détailler les enjeux écologiques du numérique, au sein d'un cadre théorique dérivé de James C. Scott, autour du concept de «?schème étatique?»?; analyser le positionnement de divers acteurs dans ce qui fait l'historicité contemporaine?; théoriser ce que sont les modes de vie et comment ils évoluent, avec une thèse forte?: c'est «?l'effet de réseau?» qui caractérise l'historicité humaine, un enjeu mésosociologique qui braque le projecteur sur les architectures de choix, à rebours des débats qui opposent les petits gestes et la révolution.

  • Face à l'irruption de la Covid-19, ont surgi des demandes urgentes de prédire, d'expliquer et de faire comprendre sa diffusion aussi bien géographique que sociale, notamment lorsqu'il s'agissait de soutenir telle ou telle décision politique ou de santé publique (distanciations, confinement, etc.). Plusieurs modèles computationnels - en particulier à agents - ont été bien vite mis en avant. Mais dans quelle mesure sont-ils réellement à même de remplir de telles fonctions, en particulier dans un contexte aussi contraint et variable?? Ce livre propose un ensemble d'analyses précieuses et salutaires pour qui voudra former son jugement à ce sujet. Il s'appuie sur des exemples et des analyses de plusieurs modèles de diffusion de la Covid-19, dont certains ont été utilisés par les pouvoirs publics. Il propose aussi des modèles alternatifs, dont certains inédits. Il s'adresse à un large lectorat. Les analyses techniques y sont effectuées avec beaucoup de pédagogie, sans sacrifier à la précision. Elles peuvent donc intéresser les concepteurs et utilisateurs de modèles, les étudiants, les élus, les associations concernées et tout citoyen soucieux de comprendre ces outils omniprésents. Au-delà du cas de la Covid-19, on y trouve une mise en perspective et une discussion plus générale concernant l'usage des modèles formels en sciences sociales, en particulier dans le cadre de l'aide à la décision publique. Analysant le contexte de la crise que l'on traverse, les auteurs évitent de donner un point de vue personnel, mais au contraire tentent d'aider chacun à avancer dans sa propre réflexion, en mettant en avant les questionnements qui peuvent s'adosser aux modèles présentés.

    L'ouvrage comprend deux parties?: l'une qui propose une analyse critique de modèles existants, l'autre prenant la forme de trois propositions de modèles qui permettent de percevoir la richesse et la multiplicité des modèles agents de diffusion de maladie - à la fois dans leur conception et leur manipulation. Un glossaire et un intermède sur les «?apports des modèles agents en général et pour la Covid-19 en particulier?» replacent ces réflexions dans le cadre plus large de la simulation agents appliquée aux sciences sociales.

  • Une étude combinant l'épistémologie, la didactique des sciences et certaines démarches pratiques d'enseignement dans les classes du primaire et du secondaire. Après avoir souligné l'intérêt de la philosophie des sciences pour la transmission du savoir scientifique, l'auteur explore les moyens et les méthodes permettant de renouveler les approches pédagogiques classiques en la matière.

  • Oeuvre inachevée, les Éléments de physiologie peuvent être considérés comme le testament philosophique de Diderot. Le philosophe y construit une philosophie matérialiste du vivant et de l'homme dont la force et la richesse n'ont cessé de frapper les lecteurs.

    Moment essentiel du matérialisme des Lumières, les Éléments de physiologie sont aussi un texte complexe. La présente édition critique offre les outils nécessaires à sa compréhension et à son étude. Le texte, soigneusement établi, est complété d'un riche apparat critique. De précieuses notes de sources permettent de mieux voir comment Diderot construit sa propre réflexion à partir des textes des savants de son temps. L'introduction fait le point sur la genèse du texte et sa place dans l'oeuvre du philosophe, tout en éclairant les principales questions philosophiques et scientifiques soulevées par Diderot.

    Avec cette édition, un nouveau regard sur une oeuvre majeure des Lumières est ainsi proposé au lecteur.

  • Dans ce dictionnaire hors normes, conçu dans une perspective humaniste et scientifique, ontologie, épistémologie, méthodologie sont les domaines privilégiés par Mario Bunge. Si des entrées proposent un jubilatoire tir aux pigeons conceptuel(s) - loin de l'austérité érigée en canon du savoir -, d'autres exposent certaines des idées les plus constantes et fructueuses que l'auteur a développées durant des décennies, au point qu'il n'est pas exagéré de voir cet ouvrage comme un pan majeur de l'édifice bungéen, à savoir le matérialisme émergentiste qu'il a systématisé dans les huit volumes de son Treatise on Basic Philosophy (1974-1989). Ce dictionnaire, souvent insolent et subversif, n'est donc pas un banal exercice standardisé de compilation de définitions usuelles et consensuelles? mais un exercice de référence plutôt que de déférence. La pléthorique philosophie que Bunge désigne par le terme d'«?industrie de la philosophie?» est ici bousculée avec un allant qui nous fait sortir de la torpeur du conformisme de ce magasin de porcelaine, où les concepts déposés sur des étagères sont délicatement époussetés depuis des lustres par des coupeurs de cheveux philosophiques en quatre. Alors quand un éléphant - dont on sait qu'il est doué d'une intelligence et d'une mémoire peu communes - pénètre ce cocon, les bris de mots sont à redouter si l'on est à la recherche d'un énième manuel de bachotage, au contraire à espérer si l'on demande à la philosophie d'autres fruits que ceux de la ratiocination stérile ou du psittacisme de concours. Dès lors, lectrices, lecteurs, ce dictionnaire roboratif est pour vous. Comment mieux résumer en si peu de place la perspective de Bunge ici, sinon en reprenant une partie de sa définition de la passion?: «?Le complément de la raison. Ce qui alimente la raison ou ce qui la fait vaciller. Il n'y a pas de grande entreprise sans la passion et rien de bien ne se fait avec la passion seule.?»

  • Pourquoi s'intéresser aujourd'hui à la distinction entre croire et savoir, dix ans après la première édition du livre?? La science ne s'est-elle pas libérée, depuis l'énoncé du postulat d'objectivité par Galilée et Descartes au XVIIe?siècle, du joug de la théologie et de la religion?? Ces deux penseurs n'ont-ils pas proscrit, dans l'activité scientifique, les causes finales?? Si l'on considère l'ampleur du mouvement créationniste qui veut s'immiscer dans l'enseignement des sciences et dans la théorie et la pratique scientifiques, on peut se dire qu'il est important de rappeler que la science et le domaine de la foi ont des droits séparés, que la première est l'indispensable instance cognitive du savoir sur les choses, les processus, les phénomènes, que la seconde ne saurait posséder aucun privilège ni préséance quant à ces savoirs.

    Revenir aux moments de la formulation du postulat d'objectivité - lors de l'essor des sciences modernes puis des révolutions de la pensée mues par le mouvement des Lumières, notamment à travers les fermes résolutions d'Émilie du Châtelet - pour enquêter sur la manière dont la science s'est construite par l'affirmation de son indépendance à l'égard de toute référence à Dieu se révèle fort utile pour contrecarrer les tentatives de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    La triste et trouble période que nous vivons, celle d'un réarmement théologique des obscurantistes, celle du scepticisme irraisonné, rend ce livre d'une utilité, voire d'un soutien indispensables.

  • Très vite après sa parution en 1992, ce livre a été reconnu comme l'ouvrage de référence sur l'histoire du darwinisme et de ses relations avec la génétique. Aujourd'hui, c'est toujours une somme incontournable et une formidable leçon d'histoire des sciences. Sa traduction aux États-Unis quelques années plus tard et le renom mondial qu'elle a immédiatement conféré à son auteur invitent à le considérer comme un classique. Mais il méritait d'être réédité, car il comportait des erreurs et les figures étaient pour la plupart illisibles.
    Jean Gayon y soutient que les historiens et les biologistes n'ont pas assez distingué la théorie de l'hypothèse de sélection naturelle. En tant que théorie générale de l'histoire de la vie, la doctrine de la sélection naturelle a sans aucun doute eu un immense impact sur les sciences et la culture de son temps. L'hypothèse centrale de cette théorie a été très vite exposée à des difficultés redoutables, venues en grande partie des généticiens. La sélection darwinienne n'était pas compatible en effet avec toutes les hypothèses concevables sur l'hérédité. Ce livre a pour objet de reconstituer cette longue crise de l'hypothèse de sélection naturelle, les étapes décisives de sa résolution et les traits majeurs du darwinisme théorique rénové qui en a émergé. De Darwin à Kimura, l'histoire de l'hypothèse de sélection est ici reconstruite sous l'angle partiel mais crucial de son rapport à l'hérédité. Il s'agit de savoir en quoi l'hypothèse darwinienne était compatible avec les connaissances disponibles sur l'hérédité et la variation, comment elle pouvait être quantifiée, comment la quantification statistique et l'interprétation génétique de la sélection naturelle ont modifié le sens de l'hypothèse, comment l'hypothèse ainsi reformulée était testable et de savoir quel genre de théorie de la sélection des populations la génétique a finalement produit.
    Ce livre inaugure les très nombreux travaux scientifiques et philosophiques dans lesquels Jean Gayon s'est intéressé à la portée explicative de la théorie de l'évolution par sélection naturelle. Il est l'un des piliers majeurs de l'exploration des mondes darwiniens.

  • Voir une tache rouge, éprouver une douleur soudaine à l'épaule, sentir l'odeur du café, entendre le son d'une trompette?: voilà des exemples typiques de ce qu'on appelle des «expériences conscientes». Ces expériences conscientes intéressent les philosophes de l'esprit depuis longtemps, notamment car elles semblent poser un problème fondamental à la conception matérialiste du monde. Il semble en effet extrêmement difficile de comprendre comment une expérience consciente - un vécu subjectif, qualitatif, éprouvé en première personne - peut provenir du fonctionnement du cerveau - un système certes complexe, mais purement matériel. Les expériences conscientes semblent tout simplement distinctes des processus purement matériels, et mettent donc en péril le matérialisme. Face à cette difficulté, de nombreux philosophes matérialistes optent pour une stratégie épistémique?: ils affirment qu'il n'existe rien d'autre que de la matière et que, si le matérialisme concernant l'esprit nous semble faux, nos intuitions antimatérialistes peuvent être elles-mêmes entièrement expliquées dans un cadre purement matérialiste.
    Cet ouvrage poursuit un triple projet. Premièrement, il entreprend d'exposer le problème de l'expérience consciente pour le matérialisme, tel qu'il se pose dans la philosophie contemporaine depuis une quarantaine d'années. Deuxièmement, il présente et critique diverses tentatives philosophiques récentes pour défendre le matérialisme en poursuivant la stratégie épistémique. Troisièmement, il avance une théorie originale visant à l'explication de nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, poursuivant ainsi la stratégie épistémique de défense du matérialisme.
    La conclusion de cet ouvrage est radicale?: la manière la plus satisfaisante de défendre le matérialisme, et d'expliquer nos intuitions antimatérialistes dans un cadre matérialiste, conduit à l'illusionnisme concernant la conscience. Dans cette conception, les expériences conscientes, en un certain sens, n'existent pas, mais semblent simplement exister. Nous n'avons jamais d'expériences visuelles de taches rouges, ou d'expériences de douleur soudaine à l'épaule, même s'il nous semble parfois les avoir. La conscience n'est qu'une illusion introspective. Cette illusion de conscience, ainsi que le fait crucial que cette dernière soit si difficile à nous représenter comme telle (de sorte qu'à proprement parler l'idée que la conscience soit illusoire nous frappe inévitablement comme incohérente et «absurde»), sont expliqués dans un cadre purement matérialiste.

  • L'idée cruciale de démarche scientifique n'est pas univoque. Il devient alors nécessaire de parler des démarches scientifiques, de leur pluralité, de la versatilité des aspects jugés majeurs. Faire appel à l'histoire des sciences pour en dégager les caractéristiques, les fluctuations et les permanences s'impose?; c'est l'objectif de ce livre. La découverte décisive ou le génie surréel du savant sont souvent mis en avant dans les récits des avancées des sciences?: «?ils éblouissent, on croit qu'ils éclairent?», pour reprendre une formule de Condillac. Le point d'arrivée masque fréquemment la voie suivie, dont on arase les sinuosités. La démarche scientifique semble dès lors relever d'une méthode linéaire et stabilisée. Ce livre explore les arcanes et les réticulations de ces conceptions.
    Depuis l'Antiquité, de multiples «?discours de la méthode?» ont été élaborés par des scientifiques et philosophes soucieux de définir et baliser les trajectoires du savoir jugées fructueuses?: Aristote, Bachelard, Bacon, Bernard, Comte, Descartes-, Hume, Kant, Kuhn, Mill, Newton, Popper, Whewell, sans oublier les réflexions méthodologiques remarquables d'auteurs antiques, médiévaux et plus contemporains moins connus, tels quel al-Farabi, Bunge, Carnéade, Faraday, Grosseteste... Cet ouvrage, abondamment documenté, les présente, les analyse et les compare, montre des filiations, des traditions, des revirements. Il permet de discerner les processus intellectuels à l'oeuvre dans l'accès à la connaissance au cours de l'histoire de l'humanité ainsi que dans la recherche contemporaine, et quelles parts peuvent y prendre la déduction, l'induction, l'analogie, l'abduction, mais aussi les doutes, les errements, les révisions.
    Cette traversée de l'histoire des démarches scientifiques se conclut par un bilan épistémologique interrogeant l'unité et la diversité de ces démarches, pour finalement en proposer une synthèse s'appuyant sur le concept de démarche hypothético-abductive.
    S'adressant aux enseignants qui forment leurs élèves à la pensée scientifique, aux formateurs d'enseignants, aux étudiants en sciences, en histoire et en philosophie et plus largement à tous ceux qui s'intéressent à l'élaboration des connaissances scientifiques, ce livre, mêlant la fresque et le détail, est un précieux outil de compréhension.

  • Le bayésianisme connaît un succès croissant dans des domaines du savoir toujours plus nombreux. Le présent ouvrage vise d'abord à présenter l'état actuel du bayésianisme dans ses différentes dimensions, de la logique et la philosophie des probabilités jusqu'à la pratique des sciences empiriques, en passant par la théorie statistique. Il prétend également interroger l'unité des approches bayésiennes, entre les disciplines et dans le temps. Enfin, il aborde la question de savoir quelle est la portée de ces approches et comment il convient d'interpréter leur succès. Faut-il, en particulier, considérer que la fécondité d'un modèle bayésien signifie que ce dont il est un modèle est bayésien (en un sens qui resterait à préciser)??

    L'ouvrage se veut abordable par un lectorat certes motivé, mais pas nécessairement spécialiste. L'exposé est pluridisciplinaire et tous les auteurs sont familiers ou acteurs, en leur domaine, des développements les plus contemporains du bayésianisme. Il s'agit de faire comprendre l'intérêt des approches bayésiennes, parfois en les comparant aux méthodes plus classiques avec lesquelles elles viennent rivaliser, et en explorant un éventail de projets et de disciplines qui soit aussi large que possible. Un tel projet éditorial est inédit en français.

  • «?En France je n'ai pas entendu parler d'un seul zoologiste, à l'exception de M. Gaudry (encore ne le fait-il que partiellement) qui défende mes idées. » C'est ce qu'affirme Charles Darwin en 1870. Ce zoologiste-là est un paléontologue, aide-naturaliste au laboratoire de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle. C'est à partir de sa lecture en 1863 de L'Origine des espèces et de la théorie de la descendance avec modification, qu'Albert Gaudry (1827-1908) oriente sa recherche en direction de la reconstitution des filiations. Il se justifie ainsi : avant l'élucidation des causes de la modification, la paléontologie a d'abord à reconstituer la descendance au travers de l'étude des modifications. Gaudry est le premier dans l'histoire à dessiner des arbres évolutifs reliant espèces éteintes et espèces actuelles en suivant le modèle darwinien. La science française en général et celle du Muséum en particulier ne sont alors pas darwiniennes et pourtant dans un contexte plutôt hostile, nommé en 1872 professeur de paléontologie au Muséum, Gaudry enseigne l'évolution et conçoit l'actuelle galerie de paléontologie du Muséum, la première à illustrer les transformations des êtres vivants. Si le Muséum, à l'inverse de la Sorbonne, du Collège de France, de l'Institut Pasteur, n'est pas passé à côté de Darwin il le doit entièrement au seul Albert Gaudry. Très isolé à ses débuts, celui-ci terminera sa carrière couvert d'honneurs et président de l'Académie des sciences. Sans doute en raison de son spiritualisme et de sa relative défiance vis-à-vis de l'omnipotence de la sélection naturelle, il restera dans les marges de l'histoire des sciences. Cependant, paradoxalement, il a mieux compris la notion de filiation que la plupart de ses contemporains et même, aussi étonnant que cela puisse paraître, des néodarwiniens du XXe siècle.

  • Théories, expériences, modélisations et controverses sont constitutives du développement des sciences de la nature, telles que la physique, la chimie, la biologie, ou la géologie. Cet ouvrage de philosophie défend le point de vue selon lequel l'étude de l'histoire des sciences est nécessaire pour les comprendre et pour reconnaître que les théories scientifiques sont à la fois toujours plus puissantes, mais aussi presque toutes éphémères. L'auteur soutient que des connaissances scientifiques nombreuses et de grande portée résultent de tels allers-retours, ce qui justifie pleinement la thèse du progrès scientifique.

    Une partie du livre est consacrée aux relations existantes entre les sciences de la nature et les mathématiques - celles-ci sont d'une autre essence que les premières?: leurs objets sont immatériels et intemporels. Pour cette raison, l'étroite association entre la physique et les mathématiques, mais aussi désormais entre la biologie et les mathématiques ne peut pas annihiler la distinction de nature entre elles. Le monde des mathématiques et celui des sciences naturelles demeurent à jamais distincts.

    Une idée centrale ici défendue est la suivante?: s'il y a bien progrès des connaissances scientifiques, il y a aussi et surtout accroissement de ce que les humains ignorent au sujet de la nature, de l'Univers et de la vie. Chaque découverte apporte plus de questions nouvelles que de réponses. En revanche l'intensité de notre dialogue avec la nature s'accroît spectaculairement grâce à l'activité scientifique.

    L'auteur présente enfin des arguments pour soutenir que les sciences et les techniques sont deux réalités et deux genres d'activités fondamentalement distinctes?; Albert Einstein n'est pas plus responsable de la bombe à hydrogène, que Galilée de l'artillerie, ou Darwin de l'eugénisme.

  • Augustin Cournot (1801-1877) a marqué l'histoire de la pensée économique en introduisant la modélisation des phénomènes économiques, et non leur seule quantification. Ce constat appelle une double question : 1° Comment la rupture opérée par Cournot s'inscrit-elle dans l'histoire et l'évolution des méthodes de l'économie ? La question se pose d'autant plus que les Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses passèrent d'abord presque inaperçues. 2° Que reste-t-il aujourd'hui de ce tournant effectué par le « philosophe-géomètre » ? Autrement dit, comment penser l'actualité de l'oeuvre économique de Cournot ? Or, avant d'être un économiste, Cournot est d'abord mathématicien et philosophe. Comment son oeuvre économique s'accorde-t-elle alors avec son activité de mathématicien, et comment prend-elle place dans sa réflexion philosophique, c'est-à-dire à la fois dans sa théorie de la connaissance et dans sa philosophie de l'action et de la décision ? Comprendre la portée de l'oeuvre économique de Cournot et sa place dans son oeuvre multiforme, tel est le projet qui anime le présent ouvrage où économistes, philosophes, historiens des sciences et sociologue entrecroisent leurs approches de celui qui demeure l'un des économistes et des philosophes majeurs du xixe siècle.

  • Les rencontres « Physique et interrogations fondamentales » (PIF) sont l'occasion pour des scientifiques de formations très différentes, de confronter leurs points de vue sur un thème lié aux grandes questions de la science contemporaine. Elles se situent à un niveau permettant à un public cultivé mais non spécialisé de suivre les exposés. Elles se tiennent tous les deux ans dans le grand amphithéâtre du site François Mitterrand de la Bibliothèque nationale de France qui les coorganise avec la Société française de physique. La onzième édition de PIF a été consacrée à une mise au point sur les modèles et les simulations, omniprésents dans la pratique des sciences et techniques contemporaines comme le démontre l'éventail des contributions ici rassemblées. Alors qu'idéalement la méthode scientifique confronte théories et expériences qui s'adressent directement à l'objet étudié, les modèles complètent souvent une théorie inachevée, voire remplacent une théorie inexistante et décrivent tout ce qui est considéré comme bien connu dans un dispositif expérimental donné, pour ne laisser indéterminé que ce qui se rapporte à la question posée.

    La question de la part de réalité que ces modèles englobent est donc fondamentale. La simulation, qui est la méthode de choix pour résoudre des modèles trop complexes pour se prêter à un calcul exact, constitue, d'une certaine façon, une modélisation au second degré dont l'adéquation doit elle aussi être soigneusement mise à l'épreuve.

  • La science et la philosophie, autrefois indissociables, se sont progressivement éloignées au cours du XXe siècle. Pourtant, nombreuses sont les questions scientifiques issues de la réflexion philosophique. De plus, la signification profonde des résultats obtenus par l'intermédiaire des théories scientifiques demande souvent un éclairage philosophique pour être clarifiée. Le dialogue entre scientifiques et philosophes doit donc être restauré pour le bénéfice de la connaissance au sens le plus large du terme. C'est l'objectif de cet ouvrage qui présente les riches débats entre physiciens et philosophes qui se sont tenus à l'Institut sous l'égide de l'Académie des sciences morales et politiques et du Collège de physique et de philosophie.Quelles nuances faut-il apporter au réalisme pour lui permettre de survivre? ? Existe-t-il des interactions se propageant plus vite que la lumière? ? La nature est-elle essentiellement indéterministe? ? Tels sont quelques-uns des thèmes abordés, liés aux débats - renouvelés par l'analyse des fondements de la mécanique quantique - relatifs à la notion d'un réel existant « en soi ».

  • Épistémologie française, cela peut signifier deux choses. C'est d'une part une entité géographique (l'ensemble des épistémologues de langue et de culture française), d'autre part le nom d'une forme de pensée spécifique, qui affirme la solidarité de problèmes (allant de la théorie des fondements de la connaissance à la philosophie des sciences) que d'autres traditions tendent à dissocier.
    Les études rassemblées ici ont un double objectif. Le premier est d'identifier les écoles de pensée et les institutions. L'attitude adoptée par des penseurs français tels que Pierre Duhem, Henri Poincaré, Louis Rougier relativement au positivisme est étudiée, mais aussi l'influence d'auteurs tels que ce même Duhem et Emile Meyerson sur la philosophie américaine des sciences (Quine, Kuhn). Sont aussi examinés les auteurs qui ont établi un dialogue entre épistémologie et histoire des sciences, et les institutions qui ont favorisé ce dialogue.
    Le second objectif a trait aux grandes figures de la philosophie des sciences en France. On examine d'abord les auteurs qui ont présenté des vues générales sur la science, avant et après l'apparition du mot « ?épistémologie » : Auguste Comte, Antoine-Augustin Cournot, Claude Bernard, Gaston Bachelard. Puis sont considérées les contributions à la philosophie des sciences spéciales? : logique et mathématiques (Jacques Herbrand, Jean Nicod, Jean Cavaillès), sciences physiques et chimiques (Henri Poincaré, Emile Meyerson, Alexandre Kojève, Jean-Louis Destouches), biologie et médecine (Félix Ravaisson, Georges Canguilhem), enfin le droit (Charles Eisenman).

  • Le monde de la religion est un monde sans respect d'autrui. Un monde de frayeur, de soumission et de guerre. Le masque de l'amour dont se parent les croyants cache en vérité sa terrible absence? : ce qu'ils aiment est une idée abstraite, irréelle. L'humanité est composée d'une part de ceux qui croient en Dieu, dignes de leur attention complice, et d'autre part des infidèles, des mécréants, des athées. Il faut les haïr, les mépriser, au moins les destiner au silence, par la force ou l'occultation, selon les régimes politiques, selon les arbitrages médiatiques. Quand les religions sont dans un rapport de force favorable, elles n'hésitent pas à tuer au nom de la foi. Tout cela « ?en vertu? » d'une entité inexistante? : Dieu. Si les humains croyaient moins, ils s'entre-tueraient moins, tel est le constat de Jean-Paul Gouteux - un constat, au moins une hypothèse anthropologique, d'une portée considérable. La croyance en une entité organisatrice de la totalité du monde rend absurde et aveugle. Aveugle à la réalité des persécutions et des massacres. « ?Dieu est bon? », assènent les trois monothéismes... Pourtant, partout règnent le malheur et la désolation, en dépit des émissaires zélés, les théologiens et les ministres des cultes.

    Les trois religions analysées par Jean-Paul Gouteux, entomologiste médical qui les dissèque comme il le ferait d'un insecte pathogène, ont fait la preuve historique de leur inefficacité à promouvoir la paix et le bonheur de l'humanité. N'est-il pas urgent de concevoir et promouvoir enfin une morale humaine décidée au sein d'une humanité n'ayant plus de compte à rendre à une transcendance illusoire, plutôt que de persévérer dans la croyance obtuse en un au-delà chimérique? ? Il est temps que l'humanité entre enfin dans l'âge de raison.

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