Editions Du 81

  • Le premier jardin est celui de l'homme ayant choisi de faire cesser l'errance. Il n'y a pas d'époque pour cette étape dans la vie d'un homme ou d'une société. Le premier jardin est vivrier. Le jardin potager est le premier jardin. Il est intemporel car il fonde l'histoire des jardins mais la traverse et la marque profondément dans toutes ses périodes. Le premier jardin est un enclos. Il convient de protéger le bien précieux du jardin ; les légumes, les fruits, puis les fleurs, les animaux, l'art de vivre, ce qui, au fil du temps, ne cessera d'apparaître comme le " meilleur ". C'est la façon d'interpréter le meilleur qui, en fonction des modèles de civilisation, va déterminer le style des jardins. La notion de meilleur, de bien précieux, ne cesse d'évoluer. La scénographie destinée à valoriser le meilleur s'adapte au changement des fondamentaux du jardin mais le principe du jardin demeure constant : s'approcher le plus possible du paradis.

  • Le projet qui préside au lancement de cette revue s'ancre dans la fameuse déclaration de Paul Klee « écrire et dessiner sont identiques en leur fond », prise en un sens élargi qui inclut dans les arts du dessin celui de la photographie (étymologiquement, une écriture de la lumière). Juliette Green, qui dessine un échange postal, ou Richard Fauguet, qui fait naître des figures fantastiques et drôles en agençant quelques tampons, illustrent d'ailleurs littéralement l'axiome du professeur au Bauhaus...

  • Loin de tout esprit universitaire, mais proche de la passion folle et de l'amour patient, jean-bernard pouy nous propose ici, à la fois un portrait chronologique et une ode personnelle, voire même partiale ou provocatrice du roman noir et de ses différents acteurs.

  • Toutes les instances, tous les citoyens sont avertis de l'absurdité du mode de vie entraîné par l'économie de marché. À aucun moment il n'est question d'en changer. Le projet humain, conscient ou inconscient, se définit en peu de mots : mourir sous les richesses.
    Un jardin : enclos destiné à protéger le meilleur. Meilleur des fruits et des légumes, meilleur des arbres et des fleurs, de l'art de les disposer.
    L'art des jardins a exprimé son excellence à travers l'architecture et l'ornement. Ces critères ne suffisent plus. La vie qui s'y développe, parce qu'elle est menacée, devient l'argument principal des aménagements. Cette charge efface, sans les interdire, les préséances d'autrefois : manier la perspective, disposer les paysages en tableaux, composer les massifs, organiser les fêtes et les distractions. Il faut désormais s'occuper du vivant. Le considérer, le connaître. Avec lui se lier d'amitié.
    Regarder pourrait bien être la plus juste façon de jardiner demain.

  • Ce livre n'aurait pu être écrit si, depuis la nuit des temps, l'homme n'avait rêvé du ciel. Trop anciens, trop nombreux sont les témoignages qui ont conservé les traces de l'impossible rêve de rejoindre les étoiles.
    L'odyssée de l'espace n'est rien moins que celle de l'humanité, celle d'êtres qui, une fois dressés sur leurs jambes, n'ont eu de cesse de lever les yeux vers le ciel. Pour lire le vol des hirondelles, ou imaginer des mondes et des royaumes. Mais aussi tracer des cartes, construire des machines de plus en plus perfectionnées, explorer des mondes.
    À l'heure où nous célébrons le cinquantenaire du premier pas sur la lune, alors que de nouveaux pionniers, Elon Musk, Jeff Bezos, se lancent dans l'aventure, tels d'intrépides cow-boys du NewSpace, il était important de revenir sur cette épopée. Un nouvel enthousiasme émerge, une nouvelle frontière, mais aussi de nouvelles questions à explorer...
    Édition revue et augmentée à l'occasion du cinquantenaire du premier pas sur la Lune.

  • 1993, Saigon : tournage du film de Jean-Jacques Annaud, L'Amant. La rivière dormait, plate, immobile. Soudain, la jeune vietnamienne a émis un son étrange, un appel strident et fluide qui affleurait l'eau.
    Puis, du plus lointain de la rivière un passeur est arrivé lentement sur sa barque.
    Le montage est comme cela. Dans le silence, après l'agitation du tournage, le réalisateur continue son aventure cinématographique. Le monteur est là, sait depuis longtemps ce qu'on attend de lui, reconnaît l'appel et s'adapte à celui qui lui a fait signe. Il emmène «l'autre» sur sa barque, mouvante, souple et légère, traversant sans bruit les incertitudes, les intempéries intérieures, et le dépose quelques mois plus tard sur l'autre rive.
    Alors le passeur repart.
    /> Les monteurs apparaissent ainsi dans la vie d'un réalisateur, de manière épisodique, discrète, efficace.
    Sans eux, la route n'aurait pas de suite.

  • Cet ouvrage, organisé autour des principales qualités et compétences requises pour un fonctionnaire, à partir d'anecdotes professionnelles de l'auteur comme de ses collègues, de citations littéraires ou philosophiques et de références au Droit de la fonction publique, démontre en quoi ces qualifications constituent l'identité propre du fonctionnaire. Les travers et dommages collatéraux que ces vertus suscitent ne sont pas dissimulés et sont également présentés, si possible avec humour et bienveillance.
    La tonalité globale est positive et montre que, derrière son image de privilégié déconnecté des risques et attaché à des horaires peu contraignants, le fonctionnaire exerce avec grandeur et dévouement son métier.

  • Venise, 1741.
    En plein automne, à quelques semaines de la fête de la Salute, la terre se met à trembler, les flots envahissent la Piazza San Marco, des incendies éclatent et un cimetière paroissial s'effondre, tandis que les squelettes des morts surgissent à la surface. Une atmosphère de fin du monde s'installe dans la cité des doges. C'est à ce moment qu'arrive à Venise une noble dame française, Madame d'Urfé, alchimiste et cabaliste. Elle fait venir de Prague un mage qui affirme pouvoir sauver la Sérénissime grâce à l'aide des esprits élémentaires. Ces deux personnages sulfureux ne sont-ils animés que de bonnes intentions ?
    Flavio Foscarini, un nobiluomo curieux de nature, en doute, et il enquête, aidé par son épouse levantine, Assin, et son ami l'écrivain Gasparo Gozzi, tandis que les événements les plus dramatiques se succèdent dans une Venise en proie à la peur, aux superstitions et aux meurtres mystérieux.
    Après le succès de La vestale de Venise, on retrouvera le trio d'enquêteurs dans ce deuxième thriller historique qui passionnera les amoureux de la Sérénissime en pleine glorieuse décadence.

  • Collection «Brève Histoire»: Un auteur dessine en neuf chapitres l'Histoire et le portrait de son sujet.
    Neuf moments comme des points lumieux dans l'espace et le temps, des ellipses....d'un instant à l'autre.

  • Il y a 30 000 ans, en Moldavie, le chaman qui prédisait l'avenir en jetant des figurines d'argile dans le feu, fut le premier céramiste de l'humanité. Tout au long de son aventure multimillénaire, la céramique sera ainsi marquée par les gestes du sacré, mais aussi par ceux du quotidien, de l'alchimie, de l'art et de la science, en conservant, à travers ses métamorphoses, la mémoire de ses expériences. Sous la plume du potier Jean Girel, nous réalisons que son histoire est aussi celle d'une célébration.

  • L'Adret

    Elisabeth Clementz

    Le froid de la rivière agrippe ses genoux. Elle distingue à présent l'arche du pont qui enjambe des nappes de brume glacée et le peigne qui retenait ses cheveux a glissé, il s'est perdu quelque part en route, elle traversera ainsi, la tignasse dénouée d'une folle, d'une amoureuse. Sa robe s'accroche à un taillis d'acacias. L'ubac tente une dernière fois de la retenir mais il n'a plus aucune chance d'y parvenir car le pont est là, il a tenu. Elle y pause un instant dans le passage étroit qui s'arc-boute entre les deux rives. C'est le seul lien, il a été construit il y a bien longtemps, avant la haine.

  • La sagesse du chirurgien est faite de modération, de prudence mais aussi parfois de rapidité dans la prise de décision.
    Comme celle du jardinier, elle ne s'acquiert qu'avec le temps et l'expérience. Porter une indication opératoire est en dehors de l'urgence, un acte bien différent de celui de l'administration d'un traitement médical. Une fois la proposition faite, les aléas exposés et l'accord du patient acquis, le chirurgien sera seul face à son choix et devra assumer sa décision et faire face aux imprévus dans une solitude totale. Aucun retour en arrière ou arrêt ne sera possible une fois le malade incisé. Il faudra bien souvent agir dans l'instant en prévoyant si possible l'avenir. L'erreur, si elle peut arriver doit être exceptionnelle et toujours pouvoir être expliquée.
    La sagesse requise est encore plus singulière et peut être moins naturelle quand il s'agit de la conduite managériale d'un groupe de chirurgiens et de para médicaux. La juste répartition des tâches, la générosité nécessaire, les précautions prises pour ne favoriser aucun, la reconnaissance des mérites des uns et les mesures correctrices à apporter aux autres, font du statut de manager dans un service de chirurgie un métier à part entière. Il demande, au-delà d'une certaine vision, une écoute et des qualités particulières pour mettre là où il « fera » le mieux celui qui y sera le plus heureux.
    La réflexion qui y préside est très proche de celle de l'artiste pour la construction d'une oeuvre d'Art, surtout si l'on se réfère à la phrase du peintre nabi Maurice Denis : « Un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ».

  • La douleur que je nomme « troisième souffrance » est associée à nos mutations identitaires. Non seulement elle est incontournable, mais il faut l'accueillir avec joie car elle est la manifestation d'une transformation véritable. C'est la douleur ressentie lorsque le sang se remet à circuler dans une jambe ankylosée : c'est la douleur du retour à la vie.
    Bien sûr, notre client ne demande pas à nous voir pour souffrir. Il vient chercher de la sécurité. Pourtant, le travail de déconstruction-reconstruction que nécessite tout changement véritable va réactiver en lui des fêlures ou des fragilités. Il lui faudra apprendre à se défaire d'attachements anciens, à dire ses peurs et ses besoins, à reconnaître sa vulnérabilité, sa finitude et dégonfler la bulle narcissique pour s'accepter comme un être blessé et donc profondément humain. Remettre en cause son ego n'est jamais confortable. C'est pourtant la condition d'une authenticité susceptible de libérer une énergie insoupçonnée pour de nouveaux projets.
    Tout le métier du coach consiste à jalonner des étapes et à proposer des protections et permissions à même de faciliter ce cheminement vers plus de vie, de liberté et de responsabilité.

  • Le bibliothécaire aime les livres comme le marin aime la mer.
    Il n'est pas nécessairement bon nageur mais il sait naviguer. l'océan du savoir qui grise tous les savants, rend modeste le bibliothécaire. la bibliothèque est ce lieu indispensable oú le savoir décante. regardez comme cet océan furieux se calme dans la bibliothèque ! le bibliothécaire sait lire les livres sans les ouvrir. son regard transperce les couvertures. il visite la page de titre, l'auteur, les éditeurs, va directement au colophon, relève la date, le format, le nombre de pages, s'attarde sur la table des matières, vérifie s'il y a des index.
    Il évalue enfin sa robustesse et la qualité de son papier, celle de sa mise en page et de son impression.
    Tout est dit. si les auteurs savaient cela, ils feraient de faux livres uniquement pour les bibliothèques.

  • Né en 1945, François BOESPFLUG a opté subitement, au cours de sa scolarité à l'École Nationale des Mines de Saint-Étienne, pour la vie religieuse au sein de l'Ordre des dominicains, en 1965.
    Pourquoi ?
    Il l'a quittée cinquante ans plus tard, en 2015.
    Pourquoi ?
    Il s'en explique ici. Il ne vise pas à accuser ni à dénoncer, mais raconte ce qui lui est arrivé, et réfléchit à partir de son expérience. Il se pourrait que ce parcours soit un condensé de problèmes des communautés chrétiennes d'aujourd'hui : individualisme chronique et homosexualité militante de certains clercs, en particulier parmi ceux qui ont quelque pouvoir, laisser-aller dans la préparation des homélies, manque d'estime des milieux catholiques pour la réflexion théologique, absence de débat sur des questions comme le célibat obligé des prêtres et le rôle des femmes dans l'Église, etc.
    Autant de problèmes qui mettent trop souvent les jeunes qui s'engagent dans les Ordres en difficulté, puis en situation de double vie, double langage, et finalement de mensonge.
    Mais l'auteur s'interroge aussi, sans tricher ni se donner le beau rôle, sur son itinéraire intérieur, son rapport à la prière, à Dieu, à l'amour, à la sexualité...
    Son livre n'est pas un brûlot, mais plutôt une bouteille à la mer, publié dans l'espoir d'alimenter ou de réveiller le débat sur des questions qui intéressent, au-delà du catholicisme en France, la vie de la société et la laïcité elle-même.
    Un témoignage fort et argumenté qui propose un éclairage original et essentiel de la crise qui secoue l'église actuellement.

  • La Vestale de Venise nous entraîne dans le tourbillon du carnaval de la Venise déclinante du XVIIIe siècle, où le comte Flavio Foscarini, aidé de son jeune ami le poète Gasparo Gozzi, va mener l'enquête sur une succession de meurtres dont les victimes sont toutes des hommes influents de la cité.Au fil des meurtres et de l'enquête, nous découvrons les multiples visages de cette Venise qui brille encore de mille feux, aux moeurs raffinés et aux palais luxueux mais dont la structure sociale commence à vaciller. À travers un mélange de personnages de fiction et d'autres ayant réellement existé, l'auteur décrit aussi une Venise tenue par les hommes, domination dont certaines femmes au caractère bien trempé chercheront à s'affranchir, ce qui ne sera pas sans conséquence sur l'intrigue.Écrite dans un style riche très descriptif, cette intrigue policière marie habilement l'histoire de la Sérénissime avec la modernité d'un sujet particulièrement actuel, la place de la femme dans notre société.

  • Quel est donc le miracle de cet objet, né il y a plus de deux millénaires, éminemment moderne par sa forme cubique, mathématique, industriel bien avant l'heure, qui a triomphé du rouleau jusqu'à devenir la " brique élémentaire " de la pensée occidentale ? Contrairement au savoir numérique, le livre, né du pli, se referme sur lui-même, solidaire de son message. Son espace est conçu pour produire une autorité, voire une transcendance. Il confère à son contenu la forme d'une vérité et en donne crédit à l'auteur. Pour comprendre le pouvoir phénoménal de cette construction, Michel Melot en a sondé la topographie, l'architecture. Il est descendu dans son anatomie profonde, dans ses plis et ses coutures, dans ses fibres physiques et symboliques. Il a interrogé ses rapports étranges aux trois religions dites " du Livre ", au profane, au commerce, au politique, à la liberté de penser, de rêver, de désirer. " Le livre, conclut Michel Melot, est un marqueur de la condition humaine. Comme nous, il est complet quand il est seul, et incomplet devant les autres. La force du livre, c'est qu'il nous survit et qu'il a, comme notre vie, une fin. Le lecteur doit s'y plier. J'ai écrit ce que je voulais écrire. Que vous m'ayez suivi ou non, ce livre est fini. Mais vous n'en avez pas fini avec le livre. "

  • L'histoire de l'écriture n'est plus ce long fleuve tranquille qui prenait sa source au Moyen- Orient et coulait jusqu'à nos jours dans le lit de la langue. Les sciences exactes et les sciences humaines semblent s'être liguées pour faire sortir l'écriture de ses rives afin d'y faire entrer des catégories de signes indicibles. Chaque photographie est devenue un pictogramme en puissance et les codes numériques sont lus par des robots illettrés. L'écriture est un territoire ouvert à tous les vents. Devant tant de sortes de signes mémoriels, on ne peut qu'appeler "écriture" tout tracé destiné à être déchiffré, laissant derrière elle les traces involontaires et mettant de côté les traces indéchiffrables. Préhistoriens, ethnologues, mathématiciens et graphistes sont les fers de lance de cet élargissement.

  • La mémoire de la porcelaine est redoutable. La structure obtenue tend à revenir vers sa forme de départ Les Orientaux, qui en ont une pratique millénaire, commencent dès la fin du battage à orienter les particules en pétrissant en escargot, dans le sens du tournage.
    Au centrage, la motte est élevée en cône étroit puis écrasée en galette pour lui apprendre à tourner rond au plus profond d'elle même, ce dont elle se souviendra au moment délicat de la fin du tournage.
    Pendant le montage, tout mouvement de pression ou de relâchement doit s'accomplir insensiblement, mais sans hésitation. Toute brusquerie est un traumatisme, toute faiblesse est une démission qui s'inscrit dans la matière comme dans le vécu d'un être. La cuisson, comme la vie, se chargera de tout faire ressortir.
    Le jour où l'on connaît suffisamment sa porcelaine pour prévoir ses réactions, respecter son tempérament, tourner devient un bonheur absolu.
    La blancheur de la pâte, la douceur de son toucher, sa réponse au moindre geste rendent le tournage comme transparent. Il n'y a plus la main du dehors et celle du dedans.
    Il n'y a plus d'argile, mais simplement du vide en train de prendre forme.

  • Toutes les instances, tous les dirigeants, tous les citoyens sont avertis de l'absurdité du mode de vie entraîné par l'économie de marché.
    Le projet humain, conscient ou inconscient, se définit en peu de mots : mourir sous les richesses. un jardin : enclos destiné à protéger le meilleur. meilleur des fruits et des légumes - flore nourricière, diversité exploitée - meilleur des arbres et des fleurs, de l'art de les disposer. l'art des jardins a exprimé son excellence à travers l'architecture et l'ornement. ces critères ne suffisent plus. la vie qui s'y développe, parce qu'elle est menacée, devient l'argument principal des aménagements.
    Cette charge efface, sans les interdire, les préséances d'autrefois manier la perspective, disposer les paysages en tableaux, composer les massifs, organiser les fêtes et les distractions. regarder pourrait bien être la plus juste façon de jardiner demain.


  • pour la leçon de lecture, ce jour-là, ma grand-mère avait choisi, dans une version à l'usage de la jeunesse, le passage du don quichotte oú se déroule la bataille contre les moulins.
    elle me demanda si je savais dans quelle langue avait été écrite cette histoire. j'hésitais, elle me souffla la réponse, l'espagnol. sa question en préparait une autre. et dans quelle langue venais-je de la lire, cette histoire? en français, pardi. ainsi, petit sorcier, reprit-elle, tu viens de lire en français une histoire écrite en espagnol? ma grand-mère, comme la fée carabosse, était légèrement bossue.
    mais elle avait à mes yeux la beauté de la reine des fées, et elle me faisait ainsi goûter le philtre singulier de l'admiration et de la peur. ce jour-là, elle venait de me révéler un monde que je n'aurais pu nommer encore mais qui serait désormais le mien. tout avait été déversé d'un coup par sa malicieuse question : le livre, la lecture, le texte et sa traduction. et tout y était : la découverte, l'aventure, l'écriture et le talent.


  • François Boespflug, né en 1945, a opté pour la vie religieuse en 1965, par passion pour l'Évangile, pour la vie communautaire des Dominicains, qui s'en réclame, et pour l'acte même de la prédication. Il a quitté l'Ordre des Prêcheurs cinquante ans plus tard, en 2015, et s'en explique dans Pourquoi j'ai quitté l'Ordre et comment il m'a quitté (Éditions Jean-Claude Béhar, 2016). Sa voix s'est tue ? Pas tout à fait... Il se pourrait qu'on l'entende encore, et durablement, lorsqu'on lira ses « sermons ». L'éditeur a aimé leur ton singulier. Tout sauf bigot, apologétique ou soporifique. Direct, engagé, autocritique, au contenu, toujours soigneusement préparé et médité, solidement construit. Il a donc demandé à l'ex-dominicain de fouiller ses archives, et, de concert, ils ont composé un bouquet d'une quinzaine d'homélies prononcées, au fil du temps, sur près de quarante ans.« Il faut se bagarrer avec le texte de l'Écriture sainte pour réussir à extraire de soi un parler vrai, une réponse d'adulte à ce qu'annonce la Parole de Dieu, si possible documentée et pertinente, tout en restant personnelle et engagée, et audible, surtout. », écrit-il dans son introduction. Le recueil qu'on va lire ici, est une autre façon de conclure une vie dédiée à la prêtrise par un florilège de textes courts, souvent surprenants, toujours profonds et rafraichissants.

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