Dispute

  • Qu'est-ce qu'un bon film ?

    Laurent Jullier

    • Dispute
    • 11 Décembre 2002

    A l'appui des appréciations innombrables que chacun de nous (profane, amateur, cinéphile ou critique) porte au fil des jours sur tel et tel films de cinéma, il n'est guère difficile de repérer certains critères fortement récurrents.
    Sous des habillages infiniment variés - du plus naïf au plus distingué -, Laurent tullier, isole six critères de jugement de goût en matière de cinéma : le succès, la technique, l'édification, l'émotion, l'originalité, la cohérence. A partir de nombreux exemples empruntés à la critique ou aux conversations de tous les jours, il décortique l'usage, le sens et les conditions de validité de ces critères.
    Il fait ainsi exploser quelques-uns de nos dogmes, de nos rituels ou de nos marottes. Après l'avoir lu, nous n'échangerons peut-être plus les mêmes propos en sortant d'une salle de cinéma. Mas ce livre jubilatoire ne concerne pas que le cinéma, il constitue, plus largement, une sorte d'introduction à un usage raisonné du jugement de goût.

  • Contre la gentrification ; convoitises et résistances dans les quartiers populaires Nouv.

    C'est à une repolitisation des questions urbaines que ce livre, dont le propos est centré sur le devenir des quartiers populaires, aspire à contribuer. Il mobilise en particulier le concept de gentrification, dans la continuité des travaux de la géographie radicale.

    L'auteur vise à remettre à l'avant-plan la violence des logiques de gentrification, à contre-courant des usages aseptisés du terme, mais aussi à s'intéresser à ce qui va contre ces logiques, ce qui les contrecarre, les freine ou leur résiste, par des mobilisations collectives ou par le maintien d'usages populaires de l'espace, remettant ainsi en question l'apparence inéluctable de la gentrification.

  • Temps, rythmes et intensité du travail sont des questions qui traversent depuis des siècles les sociétés occidentales. En 1516, dans son Utopie, Thomas More imagine déjà les Utopiens travaillant seulement six heures par jour, alors que partout ailleurs « le triste sort de l'ouvrier » est de s'atteler « au travail comme des bêtes de somme depuis le grand matin jusque bien avant dans la nuit ! ».
    Oser une perspective historique de longue durée est un pari pour mieux comprendre les problématiques actuelles à propos du travail. En écho aux analyses des sociologues, cet ouvrage aborde les différents rythmes du labeur, du temps court de la journée à celui des saisons et de l'année, depuis le XIVe jusqu'à la fin du XIXe siècle.

  • Le 12 mars 2020, face à la pandémie, le Président de la République annonce la fermeture de tous les établissements d'enseignement. Le ministre de l'Éducation nationale exhorte à assurer la « continuité pédagogique » à distance.

    Comment, dans l'urgence et l'impréparation, confinés, enseignants et élèves, familles et étudiants font-ils dans les semaines qui suivent ? Que révèle cette « crise » de l'état du système d'enseignement ? Comment ce confinement sert-il à l'accélération des réformes gouvernementales en cours ? Treize spécialistes de l'éducation, de la maternelle à l'université, coopèrent et tentent de répondre à ces questions et d'ouvrir les chantiers de recherche que cette séquence inédite impose.

  • Interventions

    Lucien Sève

    • Dispute
    • 23 Octobre 2020

    L'oeuvre de Lucien Sève, disparu en mars 2020 à l'âge de 93 ans, est immense et plurielle. Du communisme à la psychologie, de l'éducation à la bioéthique, nombreux sont les domaines dans lesquels ce philosophe, qui s'appuyait de façon vivante et créative sur ce qu'il nommait la « pensée-Marx », a apporté une décisive contribution. Étrangère à toute recherche purement académique, sa réflexion revêtait le caractère d'une intervention dans des luttes ou des débats en cours. Ce choix de textes brefs, articles ou communications publiques, jamais rassemblés jusqu'ici sous forme de livre, vise à faire découvrir à un large public l'ensemble de sa pensée et de son parcours, des années 1950 jusqu'à aujourd'hui.

  • Ce qui s'est passé depuis 2010 et le débat actuel sur les retraits confirment la pertinence de l'analyse de la réforme, du diagnostic sur les raisons de l'impuissance des opposants et des propositions pour une riposte offensive énoncées dans L'enjeu des retraites. C'est pourquoi les cinq chapitres de l'ouvrage sont repris sans changement.
    Une longue et nouvelle introduction actualise le propos :
    D'une part, compte tenu de ce que l'on sait du projet d'unification des régimes dans un dispositif de comptes à points, ce texte propose une autre unification des régimes assurant 100 % du meilleur salaire net quelle que soit la durée de carrière ;
    D'autre part, elle répond à des objections qui ont été émises sur tel ou tel point du texte de 2010 ;
    Enfin, elle énonce en termes nouveaux l'enjeu décisif du conflit sur les retraites : qui travaille, qu'est-ce que travailler, quel statut économique des personnes ?
    D'où le nouveau titre : Le travail, enjeu des retraites.
    L'Enjeu des retraites, publié en mars 2010, a été vendu à 16 000 exemplaires. Nous ne tenons plus le compte des conférences, débats, lectures en librairie auxquels Bernard Friot a répondu. De même pour ce nouvel opus, Bernard Friot se rendra disponible pour toute sollicitation.

  • Il n'était écrit ni que le PCF occuperait une telle place dans l'histoire française du XXème siècle ni qu'un déclin brutal le renverrait vers la marge au siècle suivant. Telle est la double énigme que l'histoire est tenue d'élucider.

    Au-delà du parcours d'une organisation, c'est l'histoire de tout un courant sociopolitique du mouvement ouvrier et de la gauche qui est interrogé. Hors de toute complaisance et de tout dénigrement, il s'agit pour Roger Martelli, historien et longtemps membre du PCF, de comprendre, sans chercher à simplifier ce qui ne l'est pas et, surtout, sans s'ériger en avocat ou en juge. Un bilan de cette double trajectoire, militante et historienne, est offert ici au lecteur.

  • Cet ouvrage donne la parole à cinq philosophes marxistes français et de renommée internationale, qui présentent l'évolution de leur rapport à Marx, à la philosophie et à la politique, depuis les années 1950 jusqu'à aujourd'hui. En revenant sur leurs parcours intellectuels et militants respectifs, ils nous aident à mieux comprendre les transformations du marxisme depuis l'immédiat après-guerre, et plus largement les évolutions idéologiques et socio-politiques dont notre période est issue - et qui continuent de l'éclairer.
    Chacun à leur tour, les auteurs ont répondu aux questions posées par deux philosophes de générations différentes : Comment avez-vous rencontré la pensée de Marx, et avez-vous commencé à en faire usage ; dans quel contexte théorique et politique, pour répondre à quelle urgence et quel problème, en rapport avec quels engagements militants ? Quelles ont été les évolutions de leurs conceptions du communisme et que devraient être une action ou une organisation politique communiste aujourd'hui ? Que retenez-vous d'essentiel de la pensée de Marx pour penser la période politique présente ?
    Au fil de leurs réponses à ces questions, les auteurs analysent ainsi les rapports entre philosophie et politique, la trajectoire du marxisme en France, la signification du communisme aujourd'hui. Dans leur introduction à l'ouvrage, Alexis Cukier et Isabelle Garo analysent les complexes coordonnées théoriques et politiques de ces trajectoires singulières, leurs convergences et divergences, mais aussi leurs enseignements pour comprendre le renouvellement en cours de la philosophie marxiste et de l'engagement communiste.

  • L'idéologie sécuritaire a rarement été aussi prégnante dans l'espace public. Pourtant, ce n'est pas une demande de répression qui émane de celles et ceux dont on prétend restaurer la sécurité, mais plutôt une demande de protection effective de la loi, que nourrit leur exposition croissante à l'arbitraire, non seulement de la rue, mais encore et surtout des administrations et des puissances économiques.
    Cet ouvrage présente les différents dispositifs juridiques existants destinés à garantir notre liberté de tous les abus de pouvoir et, ainsi, les conditions à partir desquelles nous pouvons véritablement nous dire en sûreté. Il révèle les leviers qui nous permettent, dès à présent, de renforcer la garantie du droit au quotidien et d'opposer ainsi à la dérive autoritaire contemporaine une réponse fondée sur l'approfondissement de la démocratie. C'est en rendant l'État de droit palpable pour la majorité des citoyens qu'ils cesseront définitivement de donner crédit à la rhétorique sécuritaire.

  • émanciper le travail

    Bernard Friot

    • Dispute
    • 28 Août 2014

    Depuis quinze ans, Bernard Friot rencontre pour des débats ou des formations des militants qui s'interrogent sur les échecs répétés face à la mise en cause des droits sociaux et qui se mobilisent pour une production non capitaliste. Ils manifestent un intérêt croissant pour un propos qui montre les possibles politiques très concrets qu'ouvrent à l'échelle macro-sociale les conquêtes antérieures du mouvement ouvrier.
    Généralisation de la propriété d'usage des entreprises par les salariés et expropriation des propriétaires lucratifs, salaire à vie et suppression du marché du travail, cotisation économique à la place du crédit pour financer l'investissement : si nous savons nous appuyer sur le déjà-là considérable des conventions collectives, de la fonction publique et de la sécurité sociale, une émancipation décisive du travail est à notre portée.
    Devenus ainsi maîtres de la valeur économique, nous pourrons sortir la production de ses impasses écologiques, anthropologiques et politiques, et trouver, enfin, les moyens concrets pour émanciper le travail.

  • Le livre inscrit la « Blitzkrieg » de Macron dans le temps long de « la réforme » telle que Rocard l'a mise à l'agenda de tous les gouvernements depuis la fin des années 1980. Il sort la réforme du qualificatif vague de « néolibérale » pour la poser comme une contre-révolution. C'est l'objet du second chapitre qui explique tous les éléments dispersés des réformes du salaire, du droit du travail, de la protection sociale, du marché du travail, du travail indépendant, depuis trente ans, pour montrer que l'enjeu est d'instituer le travail selon des modalités capitalistes, en réponse au début de son institution selon des modalités communistes.
    Pour commencer, un premier chapitre présente donc cette institution communiste du travail, telle qu'elle se construit dans la révolution du salaire au cours du 20 e siècle, avec l'affirmation du salaire universel, à la fois pour tous dans le salaire à vie - qui concerne plus du tiers des personnes majeures -, et pour tous dans sa socialisation pour subventionner l'investissement et rendre ainsi possibles des prémices de copropriété d'usage de l'outil de travail, sans propriété lucrative.
    Le troisième chapitre analyse l'entreprise Macron comme la tentative d'une classe dirigeante rassemblée (mais avançant sous le masque de la « société civile »), de renouer avec la systématisation de la contre-révolution initiée par Rocard. Ce qui est perçu, aujourd'hui, par le gouvernement, le Medef et la Cfdt comme l'origine des insuffisances des réformes qui se sont succédé depuis Rocard, c'est seulement leur manque de systématicité ; ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est l'achèvement de ce mouvement réactionnaire et contre-révolutionnaire.
    Le quatrième chapitre est une adresse aux militants qui se battent dans les entreprises et dans les services publics, ainsi qu'à ceux qui explorent ici et maintenant des formes de travail alternatives.
    Sortir de la défaite ou de la marginalité suppose une mobilisation en permanence aimantée à la boussole de la copropriété d'usage de l'outil de travail, du salaire à vie et de la subvention de l'investissement, lesquels supposent une large socialisation de la valeur dans des caisses de salaire et d'investissement, gérées par les travailleurs en vue d'une tout autre production que la production capitaliste. Pour finir, l'auteur, dans le prolongement de L'enjeu du salaire et d'Emanciper le travail, explorera les voies concrètes que pourraient prendre une mobilisation se donnant pour objectif la révolution du travail.

  • D'entrée de jeu, la préface de cette réédition répond et désarme avec brio les polémiques sur le care, polémiques parfois induites par la précédente édition. Ce qui conduit l'auteure à mettre la focale sur ce qu'est vraiment la « perspective du care » et à montrer l'inédit de cette position théorique.
    Cette préface apporte donc une plus-value incontestable à un ouvrage qui a déjà connu un vif succès.
    Le « care », le souci des autres, n'est pas une mode, un slogan ou une morale des bons sentiments, mais un travail réel, celui des professionnels du soin et de l'assistance, et en même temps une proposition politique concrète : celle d'une autre société, centrée sur la reconnaissance de ce travail. Mais une telle société, plus juste, ne serait pas pour autant pacifiée et idéale: le care est nécessairement une zone de conflits et de tiraillements, et on ne peut pas complètement évacuer le « sale boulot ». Dans cet ouvrage, Pascale Molinier, auteure de nombreux ouvrages sur le travail et sur le care, interroge l'activité réelle des travailleuses du care, salariat essentiellement « subalterne », c'est à dire surexploité, sous-payé, stigmatisé par sa couleur de peau, ses origines ou son « manque de qualification », et les questions pratiques, éthiques et politique qu'elle pose à nos sociétés.
    Pascale Molinier, professeure de psychologie à l'université Paris-XIII, s'appuie ici sur une enquête empirique approfondie dans une maison de retraite de la région parisienne, en 2012. A la différence des ouvrages philosophiques sur la question, elle ne s'appuie donc pas sur la théorie ou la fiction, mais sur l'activité des pourvoyeuses du care : aidessoignantes, infirmières, brancardières et femmes de ménage. Elle montre notamment que les conflits autour du care sont d'abord des tensions entre des femmes blanches qui dirigent et des femmes noires ou magrébines, comment les injonctions techniques et la dimension relationnelle peuvent s'opposer dans le travail, et que l'empathie envers les vieillards, la plupart du temps maintenue malgré le fait que l'encadrement le leur reproche souvent, ne peut jamais être déconnectée de ces conflits pratiques et hiérarchiques.
    Elle ne fait pas seulement entendre la voix des travailleuses du care, mais les fait également dialoguer avec le meilleur de la philosophie morale ; et, comme l'exprime l'auteur, elles sont le plus souvent à la hauteur.
    Cet ouvrage, très accessible et toujours vivant, propose donc de changer de regard sur le travail, sur le soin, et sur la société. Il fait entendre une voix singulière, sensible et forte, dans les débats autour du care.

  • La trace

    Anicet Le Pors

    • Dispute
    • 9 Octobre 2020

    Anicet Le Pors est l'un des ministres communistes dans le gouvernement de Mitterrand, en 1981, où il est chargé de la Fonction publique et des Réformes administratives. Il n'a jamais fait de la politique un métier s'il en a exercé successivement plusieurs : ingénieur, économiste, sénateur et conseiller général des Hauts-de-Seine, puis membre du Conseil d'État et juge à la Cour nationale du droit d'asile. C'est La Trace que reprend ici l'auteur développant ses réflexions sur ses thèmes fondamentaux d'une recomposition politique : laïcité, socialisme, communisme, propriété publique, institutions, citoyenneté, droit d'asile, service public dans une situation de crise qu'il analyse comme une métamorphose.

  • Je lis, j'écris entend garantir un apprentissage de la lecture en toute sécurité et accessible à tous, grâce au soin apporté à l'acquisition méthodique du déchiffrage. Je lis, j'écris joue en même temps la carte de l'intelligence que tous les enfants ont préalablement développée par le maniement de la langue et qu'ils peuvent continuer à construire en se confrontant à des textes exigeants. Je lis, j'écris contribue enfin à la formation du sens esthétique du jeune lecteur, en proposant une initiation au langage des formes et une confrontation originale au patrimoine artistique.

  • La richesse à la fois philosophique, historique et politique de ces deux chapitres sur les XIXe et XXe siècles fait qu'à eux seuls ils forment déjà un gros livre, publié comme première partie de ce vaste ouvrage sur le communisme. Est en cours de rédaction la deuxième partie, «Quel communisme pour le XXIe siècle?», dont le contenu à venir est esquissé en conclusion du présent volume.
    La question du communisme a été à nouveau intensément débattue ces dernières années dans le domaine de la philosophie et au sein des théories marxistes. La particularité de l'approche de l'auteur, auteur de travaux marxiens fondamentaux et figure notoire de la refondation communiste, est de l'aborder à partir d'une étude, précise et novatrice, de la signification, du contexte et des usages du terme « communisme » dans le corpus de Marx (et Engels). C'est sur cette base qu'il peut ensuite examiner ce qu'il en a été des prétendus « communismes réels » du XXe siècle - en montrant en détail l'abîme qui les sépare de la visée marxienne. Dans le deuxième chapitre de l'ouvrage, Lucien Sève prolonge ainsi la réflexion initiée dans son dernier ouvrage paru Octobre 1917 : Une lecture très critique de l'historiographie dominante. Suivi d'un choix de textes de Lénine (Les éditions sociales, 2017). Ce faisant, il intervient également dans les débats historico-politiques, toujours vifs, au sujet de l'héritage des expériences politiques soviétique, cubaine, chinoise, etc. ainsi que des ruptures et continuités au XXe siècle dans les stratégies de la gauche de transformation sociale.
    Cet ouvrage, attendu par les lecteurs des trois premiers tomes et qui pourra aussi rencontrer l'intérêt des plus jeunes lecteurs désireux d'aborder l'oeuvre philosophique majeure de Lucien Sève par son versant directement politique, comporte un index des noms propres et un index des matières détaillés, qui constitueront des outils de travail très utiles pour les militants, chercheurs et étudiants. Comme les autres tomes de la tétralogie, il constitue à la fois une pièce indispensable d'un travail de longue haleine et un ouvrage qui se suffit à lui-même, et peut donc se lire aussi bien comme un premier abord de la philosophie de Lucien Sève que comme une nouvelle étape de son développement, comme une initiation au marxisme ou comme un instrument d'analyse et de réflexion pour la théorie et la pratique du communisme.

  • Erving goffman, l'inventeur de l'infiniment petit en sociologie, cherche la domination masculine non seulement dans les discriminations ou les comportements couramment dénoncés comme sexistes.
    Mais aussi et surtout dans les gestes du quotidien, dans chaque situation oú la différence des sexes est mise en jeu, mise en scène comme expression d'une prétendue " nature ". l'arrangement, alors, c'est la construction sociale du genre, qui donne à des différences biologiques entre les sexes, non pertinentes dans la plupart des entreprises humaines, une si grande importance sociale. comme le montre claude zaidman dans son introduction, ce texte contribue à enrichir notre analyse du monde contemporain en définissant un type bien particulier de relation sociale, entre ségrégation et proximité, oú femmes et hommes sont " with-then-apart " - ensemble-séparés.
    Il interroge chacun et chacune sur sa représentation du féminin et du masculin, et sur les rapports de sexe mis en oeuvre dans les sociétés modernes.

  • La parution de ce recueil de textes de Paola Tabet, l'une des théoriciennes féministes les plus novatrices des dernières décennies, constitue un événement éditorial important dans le champ des études anthropologiques et féministes. Dans ces textes inédits en français, l'anthropologue italienne présente son analyse matérialiste des rapports sociaux de sexe, poursuit sa critique de la naturalisation de la division sexuelle du travail et de la reproduction, et précise son concept « d'échange économico-sexuel », qui est devenu un concept nodal dans le champ des études féministes et queer. Ce travail offre aux lecteurs un ensemble d'outils théoriques et politiques originaux dont l'objectif est de comprendre et de déconstruire les rapports sociaux de sexe et les fondements de la domination masculine.
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    L'ouvrage se compose de trois parties principales et d'un entretien. Dans le premier chapitre, l'auteure montre que dans la majorité des sociétés connues, la sexualité apparait comme un échange asymétrique entre hommes et femmes, non un échange de la sexualité contre de la sexualité, mais comme une compensation masculine pour une prestation féminine, un paiement qui peut prendre les formes plus variées (prestige, statut social, argent, don) en échange d'une sexualité transformée en service. Le deuxième chapitre interroge la naturalité de la sexualité : comment passe-t-on d'une potentialité biologique à une reproduction imposée ? L'auteure examine l'action des agents qui interviennent aux différents moments du processus reproductif : depuis l'organisation sociale du coït, de la grossesse, etc., jusqu'au sevrage de l'enfant. Dans le troisième chapitre, Paola Tabet analyse un aspect de la division sexuelle du travail trop rarement étudié convenablement dans les travaux d'anthropologie et de sociologie : celui des outils dont se servent hommes et femmes. Le quatrième chapitre présente de manière synthétique les thèses principales de l'auteure dans l'ensemble de son travail. Pour terminer, dans l'entretien avec le sociologue Mathieu Trachman, l'auteure revient sur son parcours théorique et personnel dans le champ du féminisme matérialiste.

  • Karl Polanyi (1886-1964), penseur des marchés et du marché depuis l'antiquité mésopotamienne jusqu'au grand marché mondial du vingtième siècle, reste aujourd'hui méconnu en France vingt ans après la publication dans notre langue de son ouvrage de référence. " La Grande Transformation ". Ses interprétations des sources de la civilisation de marché. du fascisme ou du New Deal. son anthropologie intriquant économie et société. sa critique du libéralisme, ses proximités et ses distances avec le marxisme et avec la religion... tout pourrait intéresser un large public à l'oeuvre multiple et considérable de Polanyi, cet austro-hongrois né dans une famille juive convertie au protestantisme, émigré en Angleterre, parti aux Etats-Unis, obligé par la chasse aux sorcières de vivre au Canada. Le livre de Jérôme Maucourant, maître de conférences de sciences économiques à l'université de Saint-Etienne (IUT) et membre de Triangle (ENS-LSH, CNRS. Lyon 2), présente le parcours intellectuel de Karl Polanyi, les principales articulations de son travail et donne à voir l'ensemble de son oeuvre dans une perspective résolument actuelle. Certes, comme le pensait Polanyi, la société de marché paralyse notre imagination, les modèles libéraux d'organisation de la société, qui prennent un caractère souvent naturel, nous empêchent de dépasser nos propres idées. Mais ne serait-il pas temps de lire cette introduction à la lecture de Polanyi ?

  • Pensée et langage

    Lev S. Vygotski

    • Dispute
    • 11 Avril 2019

    Paru en 1934, Pensée et langage, dernier livre de Vygotski, offre une vue panoramique sur son oeuvre fulgurante. Inaccessible durant cinquante ans au lecteur français, il lui a été révélé en 1985 par la présente traduction - intégrale - de Françoise Sève.
    Lev S. Vygotski (1896-1934) est le fondateur de la psychologie soviétique. Sa conception historico-culturelle inspirée de Marx et nourrie d'une très vaste culture fut mise sous le boisseau pendant toute la période stalinienne. Traduit aujourd'hui dans le monde entier, Vygotski est devenu une référence majeure en pédagogie, ainsi que pour celles et ceux qui, par-delà les réductionnismes de tout bord, cherchent à penser les activités humaines et à favoriser leur épanouissement à travers l'incessante dialectique de l'objectivité sociale et du sens subjectif.
    L'oeuvre de Vygotski est une référence majeure en pédagogie, ainsi que pour toutes celles et ceux qui cherchent à penser les activités humaines. Pensée et langage est un des ouvrages majeurs de Vygotski.

  • Le développement historique de la culture écrite a favorisé l'émergence d'une posture lettrée d'analyse réflexive des textes. Pour assurer aujourd'hui leur réussite scolaire, les élèves doivent parvenir à adopter à leur tour cette même posture métalangagière à l'égard des énoncés qu'ils ont à déchiffrer ou à rédiger. S'inscrivant dans la lignée des travaux de Jack Goody et de Bernard Lahire, la recherche d'Anne-Sophie Romainville interroge le développement des compétences métalangagières, et particulièrement métadiscursives, chez des élèves de l'enseignement secondaire engagés dans différents types de parcours scolaires.
    L'ampleur et la rigueur de la collecte des données réalisée permet à l'auteure de montrer combien la formation des compétences méta-langagières est l'objet de soins attentifs dans les établissements et les classes où se concentrent les "héritiers", alors qu'elle apparaît négligée dans les autres, où l'on permet aux élèves, au nom d'un enseignement "adapté", d'échapper à ses contraintes. Au plus intime des pratiques enseignantes, la démocratisation scolaire apparaît ainsi suspendue à la rupture avec la norme du donner moins à ceux qui ont moins, au profit d'une pédagogie de l'exigence intellectuelle pour tous.

  • L'avenir démocratique de nos sociétés apparaît suspendu à la généralisation de l'accès aux savoirs élaborés de la culture écrite. La majorité des enfants des milieux populaires est aujourd'hui encore privée d'une telle perspective, que les politiques dites de « l'égalité des chances » ont échoué à réaliser dans les dernières décennies du vingtième siècle, les politiques actuelles dites « du socle commun » se contentant de prendre acte de cet échec.
    L'ouvrage de J-P Terrail : « Pour une école de l'exigence intellectuelle » (La Dispute, 2016) appelait à ne pas renoncer, soutenant qu'en lieu et place des pédagogies « concrètes » et « ludiques » recommandées pour ces publics depuis les années 1960, la solution passait par le maintien à leur égard d'une forte ambition scolaire, et bien sûr par la mise à leur disposition des moyens effectifs de répondre à l'exigence.
    Le présent ouvrage s'inscrit dans le prolongement de cette visée, puisqu'il rassemble les contributions de dix enseignants qui, du CP à l'université, du français aux maths et de l'économie à l'histoire, proposent avec succès à des publics « vulnérables » un enseignement exigeant, s'opposant ainsi au bon sens apparent d'une pédagogie « adaptée » s'avérant presque toujours, à l'expérience, ségrégative. Ces dix enseignants qui refusent de « baisser les bras » explicitent et illustrent ici leur conception du métier et leur façon de le pratiquer.
    Malgré l'urgence historique, la perspective d'une véritable démocratisation scolaire peut sembler lointaine, voire utopique. Son avènement supposerait un changement profond des missions de l'institution scolaire, ainsi qu'une confiance du monde enseignant dans l'éducabilité de tous les élèves, confiance loin d'être acquise aujourd'hui.
    Si la première de ces deux conditions est au prix d'une conquête politique et d'une décision d'État, la réalisation de la seconde se joue sur le terrain des pratiques quotidiennes. La conviction qu'il est irréaliste de prétendre assurer à tous les jeunes une formation de haut niveau se nourrit du constat, réitéré année après année, des difficultés et des échecs d'une partie importante des élèves. Bien des enseignants s'investiraient volontiers au service d'une réussite ambitieuse pour tous, car il en va de leur bonheur professionnel, si l'expérience pouvait les convaincre que l'entreprise avait quelque chance d'aboutir. Ils trouveront dans cet ouvrage collectif de quoi nourrir leur réflexion à cet égard.
    On mesure ainsi l'importance politique de cette publication, entreprise totalement inédite, qui démontre par la pratique la possibilité d'une pédagogie à contre-courant de l'opinion dominante.

  • Dans un contexte politique marqué notamment par les élections européennes, l'objectif de cet ouvrage est de proposer une analyse rigoureuse des conséquences économiques et politiques de l'Union européenne afin d'en extraire des alternatives politiques de gauche réalistes.
    L'Europe est entrée dans une phase critique. Ces trois dernières années, les menaces politiques se sont accumulées pour l'Union européenne ; le Brexit et l'ascension de forces d'extrême-droite dans plusieurs de ses Etats-membres l'attestent. Les grandes entreprises et leurs soutiens politiques se servent de la crise pour intensifier leur offensive contre les conquêtes sociales et démocratiques du XX e siècle. L'austérité, le démantèlement des droits sociaux, les politiques commerciales de libre- échange, joints au mépris des institutions européennes pour les droits fondamentaux et la démocratie ont conduit à une crise de légitimité sans précédent de l'UE.
    Corrélativement, l'Union économique et monétaire (UEM) a manifestement et irrévocablement échoué, les économies de la périphérie subissent une crise sévère, et les économies du centre rencontrent des difficultés persistantes. La monnaie unique est devenue un instrument du capitalisme allemand pour instaurer une politique économique mercantiliste au moyen du dumping des salaires, et pour dicter - avec le soutien des autres économies du centre de l'UEM - des « réformes structurelles » qui provoquent la stagnation économique, la pauvreté et le chômage. La capitulation de Syriza en Grèce a montré que l'UEM comme l'Union européenne (UE) constituent des obstacles majeurs à toute tentative de modifier l'agenda néolibéral qui domine en Europe.
    Dans ce contexte, que devrait faire la gauche ? C'est à cette question que répondent les contributions de l'ouvrage, qui réunit des chercheurs et militants de divers pays membres de l'Union Européenne.
    La première partie questionne la crise de l'Union européenne : quels sont les causes et les enjeux de cette crise multifactorielle, et que pourraient être les scénarios pour le futur de l'Europe ? La deuxième partie traite spécifiquement de l'Union économique et monétaire et montre que l'architecture même de l'UE est facteur de division économique en Europe : comment l'enrichissement de certains États au centre de l'UE résulte-t-il de l'appauvrissement d'autres États-membres, que signifie précisément le « centre » et la « périphérie » de l'Europe et quelles y ont été les conséquences différenciées des politiques néolibérales? Enfin, la troisième partie aborde la question de la dette, de l'euro et de l'emploi, et propose des solutions concrètes en partant de l'exemple de trois pays européens (la France, l'Espagne et la Grèce) : que devrait être le coeur d'une politique économique de gauche et quel type de confrontation avec les institutions européennes sa mise en oeuvre requerrait- elle ?
    L'ouvrage s'ouvre par un avant-propos de la co-directrice et des co-directeurs de l'ouvrage, et se conclut par un texte collectif, « Que faire en Europe ? » signé par de nombreux chercheurs, militants et responsables politiques ayant participé activement ces dernières années au débat sur les alternatives de gauche en Europe.
    La critique des institutions européennes et la question des alternatives qu'on peut lui opposer e sont devenues un élément central du débat politique à gauche. Pourtant, rares sont les ouvrages réunissant chercheurs et militants de divers États-membres de l'Union européenne autour de la question : que faire ? Cet ouvrage constitue une contribution substantielle, issues de recherches et de discussions organisées dans divers espaces académiques et militants en Europe, au débat nécessaire sur la question européenne.
    Les analyses et les propositions présentées dans ce livre sont le fruit d'un travail mené dans le cadre du réseau européen EReNSEP (European Research Network on Social and Economic Policy), avec des chercheurs et des militants, dont certains de renommée internationale (notamment Joachim Becker, Costas Lapavitsas, Éric Toussaint). Elles s'appuient entre autres sur les interventions réalisées lors des trois premières conférences internationales du réseau (Thessalonique, Paris et Barcelone) en lien avec les perspectives dessinées dans les sommets pour un Plan B en Europe. Cet ouvrage s'inscrit donc dans les débats théoriques et stratégiques qui ont traversé la gauche, notamment en France, en Belgique, en Grèce, en Espagne, en Italie, et aux Royaume-Unis, au sujet des conditions permettant de réaliser une politique sociale et écologiste dans les pays européens et au-delà.
    Sur la base de recherches empiriques rigoureuses, l'ensemble des chapitres défend que la gauche, pour se confronter à l'Union européenne néolibérale dans la perspective d'une Europe solidaire, doit renouveler et affiner ses propositions économiques, sociales et politiques. Elle doit se souvenir qu'elle tire sa force de la défense de la démocratie, de la souveraineté populaire, des intérêts des travailleuses et travailleurs et des opprimés. Face à l'impossibilité d'une réforme des institutions européennes, la gauche doit se préparer à une rupture radicale avec le carcan néolibéral imposé par les traités de l'Union européenne et par l'Union économique et monétaire. Si la gauche retrouve du courage politique, il est encore temps pour elle de reprendre la direction des événements. Mais, aujourd'hui, de nouvelles idées sont requises pour mettre l'égalité et la solidarité au coeur d'un projet d'émancipation en Europe, et ailleurs.
    Cet ouvrage, qui résulte des travaux d'un nouveau « think tank », académique et militant, à l'échelle européenne (EReNSEP), et qui pour la France intervient dans les débats qui ont traversé les mouvements sociaux (notamment Attac) et les partis de gauche ces dernières années, s'adresse ainsi à tous les chercheurs, militants et citoyens qui s'intéressent à la construction d'alternatives au néolibéralisme et au futur de l'Europe.

  • La souveraineté populaire doit être défendue.
    Patronat et banquiers pratiquent le chantage à l'emploi et à la dette pour réduire les droits sociaux. Les gouvernants de droite et de gauche. loin de leur résister. s'évertuent à leur envoyer des " signaux qui les incitent à réclamer davantage. Est-il possible de briser cette soumission ? Oui. répond cet ouvrage. qui propose de porter plus loin les institutions qui sont nées des luttes pour le salaire.
    Et dont nous faisons à grande échelle l'expérience de l'efficacité : la qualification personnelle et la cotisation. La qualification personnelle peut faire disparaître le marché du travail. à condition d'attribuer à chacun. à sa majorité, une qualification et donc un salaire. Et contre les projets de remplacer la cotisation sociale par la CSG. la TVA ou les mutuelles. il faut au contraire l'étendre en créant une cotisation économique pour un financement de l'investissement sans crédit et donc sans dette.
    L'enjeu du salaire. c'est la disparition du marché du travail. et donc du chantage à l'emploi. ainsi que la suppression du crédit lucratif. et donc du chantage à la dette. Ce n'est ni d'une réforme fiscale ni d'une plus grande régulation étatique que nous avons besoin. mais de plus de pouvoir populaire sur l'économie et sur le travail.

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