Cerf

  • Pendant plus d'un millénaire, le christianisme oriental a eu pour centre la seconde capitale de l'Empire romain : Constantinople ou Byzance, la nouvelle Rome ".
    La division géographique entre l'Eglise orientale et l'Eglise occidentale ne faisait que manifester un fossé bien plus profond, creusé par une longue succession de conflits, de suspicions et de malentendus. Il est vrai qu'aujourd'hui on reconnaît l'influence exercée par le monachisme, la spiritualité et l'art byzantins sur la civilisation de l'Europe de l'Est, aussi bien au Moyen Age que pendant la Renaissance ; cependant l'Occident, dans son ensemble, est resté tout à fait ignorant de l'évolution historique et de l'importance doctrinale de la théologie byzantine.
    Voici, pour la première fois, une synthèse de la pensée chrétienne orientale, celle que, depuis longtemps, souhaitait le père Congar. Dans cet ouvrage, Jean Meyendorff introduit le lecteur à une compréhension authentique et simple de la théologie byzantine et de ses traits majeurs : sa vision de l'homme et de sa destinée, la " déification " ; sa capacité de transcender la " captivité occidentale " et de surmonter les circonstances historiques contraires.
    Au moment où le christianisme aspire à une saisie nouvelle de son identité, le point de vue mystique de l'Orient chrétien sur le monde et sur l'homme se révèle ici d'une actualité surprenante.

  • Dans la Russie du début du XXe siècle, les sciences théologiques connurent un véritable âge d'or. Les académies ecclésiastiques orthodoxes en étaient le principal foyer. Premiers établissements à proposer en Russie un système complet d'enseignement supérieur, elles étaient considérées comme le berceau de la vie intellectuelle russe et jouissaient d'une large reconnaissance nationale et internationale. Pourtant, cet essor rencontrait des oppositions : d'aucuns estimaient qu'il isolait la théologie de la société et perpétuait la « captivité occidentale » de la pensée russe, séparant quelquefois la science religieuse de l'expérience spirituelle. Aussi, dans le contexte de la préparation du concile de Moscou, l'Église orthodoxe russe organisa, entre 1905 et 1918, plusieurs commissions en vue de réformer les académies. Cette réflexion fut l'occasion d'un travail commun pour les représentants d'une nouvelle génération de théologiens laïcs, défendant la vocation scientifique de ces établissements, ou bien liés au courant « néopatristique » porté par le monachisme savant.

    En s'appuyant sur les archives inédites de ces commissions, le présent ouvrage en restitue les principaux débats : comment penser le rapport entre formation intellectuelle et formation spirituelle ? Quel est le statut de la recherche théologique dans l'Église ? Comment concevoir l'articulation entre sciences humaines et disciplines théologiques ? Ces discussions, qui témoignent de l'émergence d'un nouveau type de théologie en Russie, n'ont rien perdu de leur actualité à l'heure où l'Église orthodoxe russe doit former une nouvelle génération de théologiens.

  • A l'image et à la ressemblance de Dieu est un recueil d'études que Vladimir Lossky a repris et coordonné à la veille de sa mort.
    Il constitue donc le dernier état de sa pensée théologique. L'auteur réexamine, avec beaucoup de nuances, les positions classiques de l'Orthodoxie : l'expression de la vérité, la Tradition, la signification de la conciliarité et de la catholicité de l'Église, le rôle du Saint-Esprit dans l'ecclésiologie et dans la spiritualité. Fidèle à l'esprit des Pères de l'Église, il met en place les fondements d'une anthropologie et renouvelle la théologie de l'image de Dieu.
    Il précise " la notion théologique de la personne humaine " sans oublier " les implications anthropologiques du dogme de l'Église ", ni les problèmes eschatologiques. Sans hésiter à engager une véritable disputatio avec les auteurs latins comme Augustin, Anselme de Cantorbéry ou Thomas d'Aquin, l'auteur retrace, dans une approche apophatique, toute l'histoire du salut où Dieu vient à la rencontre de l'homme et l'élève jusqu'à son intimité divine.
    Le présent ouvrage de Vladimir Lossky reste, avec son Essai sur la théologie mystique de l'Église d'Orient, une référence incontournable de la théologie du xxe siècle.

  • C'est en 1936 que le jeune frère Basile, du monastère Saint-Pantéléimon au mont Athos, se fait connaître de la communauté scientifique en publiant " La doctrine ascétique et théologique de saint Grégoire Palamas ", premier d'une longue série d'articles et de recherches. Après être passé par l'étude de Grégoire de Nysse, de Basile le Grand et de tant d'autres, Mgr Krivochéine édite ainsi successivement les Catéchèses de saint Syméon le Nouveau Théologien, dans la collection des " Sources chrétiennes ", puis une biographie fondamentale du mystique byzantin. A une époque où l'on commence à peine à redécouvrir les trésors du patrimoine des Pères de l'Eglise, il bénéficie du fonds exceptionnel que met à sa disposition la " république monastique ". Le présent volume regroupe la majeure partie des études patristiques et spirituelles de l'" évêque cultivé idéal (l'expression est d'Alexandre Schmemann), dont on a pu dire que la " vraie patrie, ici sur terre, était la foi des Pères "...

  • L'éthique de l'amour dépasse l'éthique des devoirs et des obligations.
    Les obligations morales, bonnes en soi, doivent être dépassées. Mais cela à condition de mener sa vie religieuse non à partir du Bien, catégorie abstraite, mais de Dieu, personne vivante, dans une communion vivifiante où l'homme se transforme. Il ne s'agit pas de collectionner les vertus, il s'agit de la metanoïa évangélique, du revirement total, de la métamorphose de la vie et de l'être humain. L'ouvrage présenté ici offre un parcours à travers l'oeuvre d'un homme qui n'a cessé de réfléchir au mystère de la foi et de son destin dans la grande aventure humaine.
    Fruit de plusieurs années d'enseignement de la théologie morale à l'institut Saint-Serge, entre les années 1950 et 1970 - mûri au contact vivant d'un auditoire -, l'ouvrage explore de vastes domaines : morale naturelle, éthique du monde ancien (hellénisme, bouddhisme), et conscience morale des systèmes modernes (Kant, Marx, existentialisme) ; l'anthropologie (des Pères de l'Église comme de la psychologie des profondeurs) ; le problème de la loi et de la grâce, celui du mal sont également analysés.
    Vient ensuite une étude solidement charpentée de la liturgie et du culte, des sacrements et de leur rôle dans la vie morale, du combat invisible de l'ascèse dans l'affrontement avec les passions. L'auteur s'adresse donc non seulement aux spécialistes de la théologie morale, qui y découvriront une voie d'approche orthodoxe, mais également à un large public désireux de s'informer et de " se former " à la lumière d'une méditation sur la Parole éclairant les divers aspects de la vie dans sa globalité, au-delà des clivages entre chrétiens, voire entre croyants et incroyants, pour saisir le monde dans son entier.

  • "Les orthodoxes orientaux des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne sont les témoins vivants d'un christianisme très ancien. La Mésopotamie fut le berceau des Syriaques orthodoxes qui pratiquent encore une langue cousine de l'araméen que parlait le Christ. Les Arméniens furent les premiers à fonder un Etat-royaume chrétien au tout début du IVe siècle. Les Coptes orthodoxes ont répandu le christianisme en Egypte dès le temps de l'évangéliste saint Marc. Quant aux Ethiopiens, rattachés juridiquement à l'Eglise copte jusqu'au milieu du XXe siècle, ils ont christianisé officiellement leur région dès le IVe siècle. Ce livre peut être un guide pour tous ceux qui visiteront les pays évoqués avec une âme de pèlerin. Ce livre peut aussi servir au dialogue oecuménique entre chrétiens, et également au dialogue interreligieux, en particulier avec les musulmans, autres enfants d'Abraham. Le dialogue passe aussi par la découverte de la spiritualité. Et c'est bien cette spiritualité profonde et vivifiante des Eglises orthodoxes orientales que ce livre nous permet de découvrir." Protopresbytre Boris Bobrinskoy.

  • La présente étude est consacrée à l'une des phases essentielles de la « synthèse byzantine » : la réforme liturgique associée au nom de Cyprien Tsamblak, né vers 1330 dans la région de Trnovo (Bulgarie), disciple du patriarche de Constantinople Philothée Kokkinos. Étroitement lié à cette grande figure de l'hésychasme byzantin du XIVe siècle, Cyprien fit un séjour à l'Athos où il fut ainsi initié à l'enseignement des moines hésychastes. Il devint par la suite métropolite de Kiev et de Lituanie (en 1375), avant d'être définitivement intronisé métropolite de Kiev et de toutes les Russies, siège qu'il occupa à deux reprises de 1381 à 1382, puis de 1390 jusqu'à sa mort en 1406. Imitant son maître Philothée qui avait canonisé l'ordo néo-sabaïte à l'origine de l'actuel rite byzantin, Cyprien entreprit une grande réforme liturgique en Russie à la fin du XIVe siècle. Jusqu'alors, deux Typika étaient en usage : le Typikon de la Grande Église de Constantinople dans les cathédrales et les églises paroissiales, et le Typikon du patriarche Alexis le Stoudite, observé dans les monastères. Cyprien s'efforça d'uniformiser la liturgie en opérant une grande synthèse consistant en l'introduction d'un seul et unique typikon néo-sabaïte observé à la fois dans les monastères et les églises séculières.

    En plus de raconter dans le détail les particularités de la réforme liturgique du métropolite Cyprien, ce livre évoque aussi l'ambiance historico-culturelle, et par-dessus tout spirituelle, du mouvement hésychaste de l'époque, pressentant les caractéristiques essentielles du métropolite-liturgiste, découvrant ses motifs, démontrant de manière convaincante que son but n'était pas tant une réforme qu'une restauration : un retour à la tradition patristique et monastique dans le contexte du renouveau hésychaste. Cela résume à la fois la manière dont la liturgie byzantine s'est développée et les problèmes ultérieurs qu'ont posés ses sources existantes non seulement aux liturgistes d'autrefois mais aussi aux chercheurs d'aujourd'hui.

  • Pendant longtemps, la théologie de l'Orient a eu pour principal objet de scruter la personne du Christ : le mystère du Verbe engendré avant les siècles, s'incarnant dans le temps et né de la Vierge. Une telle démarche ne semble guère avoir de points communs avec les soucis de notre époque, qui s'inquiète surtout des rapports entre le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi. Pourtant, le travail de l'exégèse scientifique, si nécessaire soit-il, ne saurait répondre seul aux questions que se pose l'homme dans sa recherche de la plénitude de l'humanité.

    En étudiant le cheminement de la christologie orthodoxe depuis le concile d'Éphèse (431), de Chalcédoine (451) et les deux conciles de Constantinople (553 et 681) jusqu'à la chute de Byzance (1453), le père Meyendorff montre que l'anthropologie orientale, en restant fidèle à l'intuition des Pères (« Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu »), rejoint les aspirations de notre époque et confirme la remarque de Karl Rahner : l'incarnation « se présente comme le cas unique et suprême de l'achèvement essentiel de l'humaine réalité ».

  • La théologie de l'icône ne se limite pas à des considérations sur la transfiguration de la beauté ou la sacralisation de l'art.
    Elle fait partie de l'édifice global de la tradition orthodoxe. Un concile oecuménique, peu connu et mal reçu en Occident, a énoncé une série de canons dogmatiques qui situent l'icône dans le droit fil de l'Incarnation et de la manifestation du Verbe de Dieu dans notre chair. Ces canons ont été repris et développés dans des conciles locaux lorsque l'iconographie tendait à perdre ses liens organiques avec la théologie et la célébration liturgique.
    Léonide Ouspensky, dans cet ouvrage, oriente vers une lecture approfondie du mystère de l'icône.
    Il le fait avec sa compétence de théologien et son talent d'iconographe.
    Beaucoup de textes - en particulier de la tradition orthodoxe russe - y sont minutieusement et attentivement présentés. Ce livre aidera à regarder les icônes avec un coeur intelligent et un oeil clair.

  • La beauté est un nom divin qui suscite toute communion écrivait Denys l'Aréopagite.
    La réflexion d'Olivier Clément n'a cessé de revenir sur ces deux thèmes. La vraie beauté rayonne du visage du Christ défiguré et transfiguré, abandonné à la mort et vainqueur de la mort. La communion, fondée sur le mystère de l'Un et de l'Autre en Dieu, permet d'évoquer la personne comme secret et amour. Un premier et long chapitre étudie la situation spirituelle d'aujourd'hui et tente de jalonner, vers l'avenir, les chemins de l'Esprit.

  • Le présent volume est la seconde édition, revue et corrigée, de la traduction française de la thèse de doctorat de Mgr Zizioulas, publiée en 1993 pour la première fois dans une langue occidentale. Ayant comme principe méthodologique de base l'examen rigoureux des sources des trois premiers siècles, Mgr Jean Zizioulas confirme la théorie de l'ecclésiologie eucharistique, développée dans la diaspora orthodoxe par les travaux du père Nicolas Afanassieff et du père Alexandre Schmemann, tout en la corrigeant et en la complétant. En effet, pour l'auteur, il n'est pas possible de parler de l'Église et de son unité sans faire référence à la sainte eucharistie. Elle est le centre de l'unité des chrétiens avec le Christ dans le corps de l'Église, car c'est en elle et par elle que l'Église se révèle comme corps du Christ et comme communion du Saint Esprit. Mais, pour le métropolite de Pergame, c'est dans l'unique eucharistie conduite par l'unique évêque que l'Église doit retrouver son unité. L'ecclésiologie eucharistique est surtout " épiscopocentrique ". C'est l'évêque qui manifeste la catholicité et la plénitude de chaque Église locale. C'est également par lui que " l'union commune " se réalise au sein de l'institution conciliaire. Les thèses développées dans cet ouvrage, publié en grec pour la première fois en 1965, ont été confirmées par les recherches postérieures et sont considérées aujourd'hui comme un " lieu commun ". Ainsi, pour le cardinal Yves Congar, Mgr Zizioulas est " l'un des théologiens les plus originaux et les plus profonds de notre époque " et, pour Mgr Kallistos Ware, il est " le théologien le plus créatif et le plus brillant dans l'Église orthodoxe d'aujourd'hui ".

  • Ce paysan russe, né en 1866, entra en 1892 au monastère Saint-Pantéléimon du mont Athos, où il mourut en 1938.
    Simple moine parmi des centaines d'autres, il aurait vécu sans laisser de traces parti-culières si le père Sophrony, qui le fréquenta assidûment de 1931 à sa mort, n'avait trouvé en lui un père spirituel apte à répondre, pour la vie monastique et bien au-delà, aux multiples formes de désespoir que vivent les hommes d'aujourd'hui, et un homme capable d'exprimer, dans un langage très accessible, la plénitude de l'expérience chrétienne, à savoir la rencontre personnelle du Christ.
    La première partie du livre, fidèle en cela aux intentions du saint, ne présente sa Vie qu'en s'arrêtant aux événements qu'il a racontés à son disciple en raison de leur signification pour sa destinée spirituelle. Vient ensuite, exposé par l'archimandrite Sophrony, le développement de la Doctrine transmise par Silouane, une doctrine étayée autant qu'illustrée par les Écrits du saint, qui forment la deuxième partie du livre.
    Ces écrits, consistant le plus souvent, sauf rares exceptions, en un ensemble de petits bouts de papier, consignent des pensées notées çà et là. C'est le père Sophrony qui les a recueillis, classés thématiquement, puis ordonnés systématiquement ; un travail indispensable dont seul un disciple assidu pouvait proposer l'exposé synthétique. Cette synthèse, par bien des aspects, continue, confirme et explicite la tradition athonite et rejoint les grands courants de la spiritualité ascétique et mystique chrétienne.
    Fondé sur la même expérience, par exemple, que celle de Jean Climaque ou des auteurs de la Philocalie, l'enseignement de saint Silouane distingue, lui aussi, trois stades dans le progrès de la vie spirituelle : l'acquisition de la grâce, sa perte, son recouvrement et la progressive entrée dans la connaissance effective du Christ ressuscité. Certes, il y a dans sa spiritualité, comme en témoignent largement ses Ecrits, des accents propres, qui sont décisifs du point de vue de son actualité et de son originalité : son insistance sur l'humilité, où conduit l'esprit de repentir et de l'amour des ennemis, qui restaure l'homme dans toute sa plénitude.
    Le père Sophrony appelle cet homme l'" Adam total ". Vie, Doctrine et Ecrits de saint Silouane l'Athonite culminent dans cette prière qu'il adresse à Dieu et qui est le pôle de son expérience : " Seigneur miséricordieux, fais que tous les peuples de la terre Te connaissent par ton Saint-Esprit. "

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