Vie pratique & Loisirs

  • L'ouvrage propose un récit sonore de l'Anthropocène. Nous faisons dans cet ouvrage la proposition d'une éthique de l'écoute, adossée à une esthétique sonore de l'environnement, pour que l'être humain prenne conscience de son appartenance à une « communauté acoustique » et son rôle de participant aux paysages sonores.

  • Dans les années 1950, la France bascule dans une société de consommation. Cela ne se fait pas sans résistances. Bien que rarement motivées par l'« écologie » en tant que science de la biosphère, les résistances cherchent à préserver un « monde vécu » (André Gorz) contre l'envahissement de logiques extérieures et mal maîtrisées, cependant non sans un désir d'obtenir une juste part de la production, désir sur lequel s'appuiera le socialisme.
    Quelques décennies plus tard, sondages et enquêtes montrent qu'une large part de la population a conscience des enjeux écologiques au sens très général du terme, sans pour autant disposer d'une intelligibilité fine qui lui permettrait de se repérer avec suffisamment de certitude entre les causes et les conséquences des problèmes. De puissants intérêts s'opposent à une telle évolution des consciences, perçue comme pouvant menacer la bonne conduite des affaires. De fait, la pression consumériste demeure, comme en témoignent les travaux sur les usages d'Internet dans les classes populaires. Dans ce contexte, la réaction des Gilets jaunes face à la taxe carbone a pu être interprétée comme une contestation de ce qui était présenté comme une « mesure pour sauver la planète ». Et si les classes populaires investissaient l'écologie autrement que les écologistes attitrés ou les mouvements constitués ? Les enquêtes proposées ici montrent d'autres voies, d'autres rêves, plus proches de la maîtrise cégétiste low-tech de l'outil de production que de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

  • Faut-il changer l'école pour changer de modèle de société ou changer de modèle de société pour changer l'école ? L'Anthropocène impose une transition des sociétés modernes vers un nouveau modèle d'organisation politique et de fonctionnement économique. Une transformation sociale d'une telle importance requiert de sortir du paradigme de la Modernité. L'institution scolaire, qui participe a` cette construction d'un rapport au monde particulier, peut contribuer a` une métamorphose de la société, a` condition d'entreprendre une mutation conséquente.

  • Comment allons-nous manger demain et qui produira notre nourriture ?
    Cette question peut paraître saugrenue pour de nombreux Occidentaux qui ont accès à une nourriture abondante, variée et à un prix modeste. Elle l'est beaucoup moins pour des milliards de personnes qui souffrent de la faim ou de carences alimentaires dans les pays en développement.
    Manger à sa faim et à un coût modeste constitue une prouesse pour une partie seulement de l'humanité depuis moins d'un siècle.

  • Nous pouvons relever un ensemble de caractéristiques de la période contemporaine participant d'un empêchement de l'exercice de la citoyenneté (l'accélération, la modification de façon durable des conditions d'habitabilité de la planète Terre, la révolution numérique et technoscientifique, la montée des radicalisations religieuses et politiques, l'explosion des inégalités sociales...). Par ailleurs, la domination des logiques économiques de maximisation des intérêts individuels vient également entraver les conditions d'exercice de la citoyenneté, qui, elles, sont politiques. Ces caractéristiques confrontent l'exercice de la citoyenneté à un ensemble de difficultés. Pour bon nombre d'individus la citoyenneté apparaît d'abord comme étant empêchée. Peut-on aujourd'hui aller jusqu'à appréhender le temps présent comme caractérisé par une citoyenneté empêchée ? Les difficultés d'exercice de la citoyenneté ne seraient-elles pas un des enjeux fondamentaux du temps présent ?

  • Cet essai propose une réflexion sur la destruction radicale des enfants par les écrans (smartphones, tablettes, télévisions, ordinateurs, consoles de jeu vidéo). Les effets néfastes de ces derniers sont de plus en plus dénoncés.
    L'originalité de cette analyse est de mettre en perspectives la somme des ravages causés par les écrans, habituellement isolés par les spécialistes, afin d'évaluer l'ampleur des dégâts et de démontrer qu'ils sont tous déterminés par le capitalisme mondialisé, à partir d'une documentation conséquente à l'appui (études, rapports, état des lieux de la littérature existante sur le sujet), d'observations empiriques et d'une expérience de terrain en tant qu'éducateur avec des jeunes.
    D'une vision systémique, l'auteur propose de saisir ensemble l'entrave au développement cérébral, la création de nouvelles addictions et maladies, la perturbation du sommeil, l'augmentation de l'isolement, l'altération des relations amicales et du rapport à la sexualité, la haine et la violence banalisées sur le web générant désensibilisation et tolérance répressive, etc. Les procédés marketing et publicitaires renouvelés par les multinationales du secteur high tech sont exposés tout en pointant divers responsables. Leur objectif affiché est un contrôle toujours plus accru sur les enfants, en les rendant dépendants des écrans et des nouvelles technologies (tant des contenus que du contenant), jusqu'à saturer leur univers par la logique marchande. Mais l'originalité de l'ouvrage est dans l'articulation avec une critique de l'économie politique : là où toutes les critiques actuelles se focalisent sur la destruction de l'enfance du point de vue de la consommation, l'auteur propose de dépasser cette limite typique d'une forme d'ethnocentrisme en passant d'une critique de la consommation à une critique de la production. Afin de saisir la destruction capitaliste dans sa totalité, il faut donc se pencher également sur la fabrication des écrans, qui implique travail des enfants en Asie et diverses violations des droit de l'enfant en Afrique centrale (enfants-soldats, enfants violés et tués dans les conflits armés déterminés par les minerais constitutifs des écrans). Cet ouvrage dépasse donc tout en les englobant les multiples critiques partielles et éparses des dangers des écrans pour l'enfance dans les centres capitalistes et pour les enfants dans les périphéries capitalistes, exposant ainsi une impasse pour les générations futures, et ce à l'échelle mondiale, alors même que le capitalisme actuel et futur repose et reposera sur toujours plus d'écrans.

  • Les écosystèmes dont nous dépendons pour notre survie sont en train de disparaître sous l'effet de notre propre action. En réponse, nous éduquons les individus et cherchons à corriger nos modes de production, soit en transformant volontairement les industries existantes, soit en créant des modèles considérés comme alternatifs. Cet essai propose d'expliquer pourquoi, malgré une conscience écologique toujours plus forte, ces initiatives n'infléchissent pas notre trajectoire. À la croisée des sciences sociales et de la biologie évolutive, il montre que nos organisations industrielles forment des systèmes si complexes et envahissants que nos recherches compulsives de solutions risquent au contraire de les renforcer et d'accélérer l'effondrement de la biodiversité.

  • Cultiver son jardin. Au coeur de cette activité ordinaire s'entremêlent des problèmes éthiques, cosmologiques, religieux, économiques, politiques, esthétiques. Ici, rien n'est pur.
    Pourquoi cette expérience a-t-elle été délaissée par les sciences humaines ? Est-ce parce qu'embrouillée et impure, on a préféré la dédaigner comme Bachelard, en son temps, méprisait la pensée au goût salé du charcutier ?
    Le jardin occidental prolonge sans doute l'imaginaire de la maison et de l'intimité mais ne s'y limite pas. Il entoure. Ce faisant, il est un trait d'union entre soi-même et les autres, le lieu d'expérimentations de relations au vivant et d'ordonnancement d'un bout d'univers. Comme l'histoire nous l'enseigne, derrières les haies, se déploient une fantaisie active et une variété de façons d'appréhender « l'usage de la nature ». Aujourd'hui, plus que jamais, bousculant l'ordre institué, des jardiniers inventent d'autres modes d'intervention pour une éthique renouvelée.

  • Les sociétés industrielles sont des (im)mondes technologiques.
    Les technologies y sont omniprésentes dans toutes les dimensions de l'existence et cette dépendance aux artéfacts ne cesse de s'accentuer avec l'expansion des nouvelles technologies, servant la pseudo- transition énergétique et numérique. La neutralité de cette accélération technologique, comme de sa capacité à surmonter les nuisances industrielles, est un leurre. Ne pas y succomber suppose au contraire de s'interroger sur ses conséquences environnementales et humaines, culturelles et politiques, et, plus généralement, sur la place qu'occupent les techniques dans les rapports villes-campagnes, en fonction du sens donné à la liberté, à la « vie bonne » et à la démocratie.
    La critique du progrès technologique porté par l'imaginaire de la maîtrise a donc pour corollaire le soutien aux projets cherchant à développer des techniques dont la finalité serait le progrès de l'autonomie d'humanités réaffirmant leur appartenance à la Terre.

  • Il faut repenser l'éducation en proposant des renouvellements paradigmatiques ainsi que des préconisations éducatives qui se doivent de dépasser l'éducation à l'environnement ou l'éducation au développement durable).
    L'entrée dans l'Anthropocène amène des questions sans précédent, notamment celle de la fin possible de l'espèce humaine. C'est sur l'existence même d'un avenir possible que porte l'incertitude contemporaine.
    Ce qui pouvait avoir de la valeur il y a quelques décennies peut devenir obsolète à la lumière de la conscience de l'entrée dans l'Anthropocène. Un chantier de définition de ce qu'est éduquer à l'époque de l'Anthropocène est à entreprendre.
    L'éducation est le moyen politique par excellence des changements durables du moyen et du long terme.

  • Le point de départ de cet ouvrage est de considérer que l'Anthropocène ne désigne pas seulement une crise de la nature comme dans l'interprétation qui en est habituellement donnée, mais que cette crise écologique est étroitement associée à une crise de l'homme, les deux crises puisant aux mêmes racines, dans une interaction continue entre nature et sociétés.
    Sans se limiter à la période industrielle, la question de l'Anthropocène est mise en perspective en l'envisageant dans la très longue durée pour suivre les trajectoires croisées des sociétés et de la nature depuis l'émergence de l'homme, soit depuis environ 3 millions d'années.
    Destiné à un large public, cet ouvrage offre une présentation de toutes les facettes écologiques de l'Anthropocène telles qu'elles sont envisagées par la communauté scientifique internationale : réchauffement climatique mais aussi expansion démographique, nouvelle extinction de masse des espèces, artificialisation et pollution des écosystèmes, autant de signes prémonitoires d'un effondrement imminent. Il explore également la crise de l'homme et des sociétés que recouvre le terme d'Anthropocène. À travers une relecture du récit de la Modernité et de son rôle dans la structuration du système-monde contemporain, il tente d'identifier les ressorts du piège qui s'est peu à peu refermé sur la nature et sur les hommes. Pour se réconcilier avec la nature, l'homme doit aussi se réconcilier avec lui-même.

  • Alors que la production de déchets prend des proportions inédites dans l'histoire de l'humanité, le renforcement des politiques de prévention et de recyclage a réactivé l'idée de lutte contre le gaspillage. En prenant appui sur la longue durée, montrant la relation étroite entre le gaspillage et la dynamique même du capitalisme, il s'agit d'interroger la capacité de rupture des initiatives et des pratiques en plein essor - zéro déchet, repair café, glanage et récupération...
    - qui s'inscrivent dans cette lutte. Loin de faire l'unanimité, la notion de gaspillage cristallise un antagonisme fondateur au sein de l'écologie politique et des mouvements environnementaux proche de l'alternative énoncée par André Gorz dès le milieu des années 1970 : « réforme ou révolution ? », accompagner ou refuser un modèle de société capitaliste fondé sur le gaspillage ? Les contributions de chercheurs issus de disciplines différentes (anthropologie, géographie, histoire, philosophie, sciences politiques, sociologie), spécialistes des questions de déchets, de pollution et des mouvements environnementaux, les terrains d'enquête contrastés entre pays industrialisés et pays dits du Sud où la sobriété est moins un choix de mode de vie qu'une nécessité, et le témoignage d'un des pionniers de la prévention des déchets, permettent de réexaminer cette « seconde vie » de la notion de gaspillage. Et si la récup' dans les sociétés d'hyperconsommation servait de motif à celle du mouvement social et donnait à un mode de production les moyens de se redéployer face à la crise écologique ?

  • Passer de l'immobilité à la plus rapide possible des mobilités : cette obsession humaine est immémoriale. De tous temps les humains ont cherché à se mouvoir le plus vite possible, à quitter le statut d'êtres immobiles, posés là quelque part à la surface du monde, pour conquérir celui d'êtres mouvants, en déplacement - un déplacement autant que faire se peut exceptionnel par sa vitesse, par la distance parcourue en un éclair, par la capacité à faire valoir l'espace contre le temps et le temps contre l'espace.
    Le dragster, dans cette entreprise anthropologique, est le vecteur par excellence approprié. Qu'il compte deux, trois ou quatre roues, cet engin mécanique né avec le XXe siècle est conçu pour l'accélération et pour elle seule. Le dragster, ce sont des prises de vitesse insensées, un parcours sur piste, en ligne droite, réduit au minimum (quelques centaines de mètres tout au plus) et, pour son pilote, des sensations à la fois brutales et complexes. Brutales, car le corps du dragstériste, lors du « run », peut encaisser en quelques secondes 7 G - sept fois la charge de son propre poids - ou plus encore. Complexes, car la compétition dragstérienne vise cet objectif aussi héroïque qu'absurde, annuler le temps écoulé en ne gardant que l'espace conquis.
    Challenge problématique d'office et quête d'un absolu inaccessible.
    Le dragstériste ? Il touchera au bonheur quand le drag strip sur lequel il élance sa machine aura été parcouru, comme le dit la formule, « en un rien de temps », dans l'abolition de toute durée, pour le plus grand triomphe de l'intensité.

  • Le développement économique mondial de la société thermo-industrielle repose sur une réalité physique que l'on a longtemps eu du mal à saisir et qui peut être résumée à une accélération vertigineuse des flux de matières utilisées pour alimenter l'activité humaine.
    L'extractivisme décrit cette logique de prélèvement massif de ressources venant alimenter la machine économique.
    Utilisé de manière critique au tournant du XXIe siècle par des chercheurs et des militants d'Amérique du Sud pour décrire le phénomène d'exploitation intensive et généralisée de la nature dont ils étaient témoins sur leurs territoires, le terme d'extractivisme tend par la suite à se généraliser à l'ensemble des projets d'exploitation industrielle de la nature. Projets qui ignorent aussi bien l'épuisement des ressources que les impacts destructeurs d'un point de vue social et environnemental. Cette logique d'extraction de valeur à des fins d'accaparement ou de dépossession, peut s'appliquer à l'exploitation de ressources sous toutes ses formes : force de travail, savoirs (data mining), connaissances autochtones (biopiraterie), etc.

  • Que l'on soit pratiquants ou spectateurs, les sports occupent dans nos vies une place importante - sans avoir conquis de véritable dignité culturelle dans des sociétés où l'on distingue soigneusement, comme le bas et le haut, activités physiques et intellectuelles.
    Pourtant le sport s'écrit et se raconte, s'enregistre et se filme, se met en scène et se monte, sur des formats et des supports de plus en plus inventifs et diversifiés.
    Faisant trace des rencontres publiques organisées à Rennes au printemps 2017, cet ouvrage se propose d'interroger les représentations du corps provoquées par les sports. À travers un ensemble de textes, entretiens et documents, sportifs, journalistes, chercheurs et écrivains se rencontrent pour tenter de cerner ce qui se joue aujourd'hui dans les représentations du corps.

  • Les disputes de couple sont-elles une forme de langage ou une catégorie de langage ? En renonçant à une définition des disputes, ce texte pose la question de ce que nous acceptons de dire de nos disputes : leurs causes, leurs limites et leurs conséquences.
    Les couples sont ici envisagés en tant que communauté qui se dissout dès l'abandon d'un seul de ses membres. Ce qui implique non seulement qu'il est possible de considérer chaque couple comme un groupe « à part entière », comme un terrain d'enquête potentiel, mais aussi de reconnaître le doute constant qui plane sur nos arrangements quotidiens.
    Ce texte propose d'aborder, par l'étude de brefs extraits d'entretiens réalisés auprès de deux couples, les formes de vie comme mises en abîme par le langage : l'enquête consiste pour les acteurs à mettre en jeu les disputes, les disputes consistent à mettre en jeu le couple, le couple consiste à mettre en jeu les corps.

  • Éduquer ses enfants et maintenir de la joie dans le processus éducatif peut paraître complexe.
    La thérapeute familiale TaniaLowy répond avec simplicité à nos questionnements de parents.
    Elle livre ici sa propre théorie, a née depuis trente ans et agrémentée d'une série d'exemples concrets.
    Que voulons-nous vraiment, nous, parents?
    Cette question est un point de départ essentiel : elle nous impose de fi xer un cadre qui nous permettra de clarifi er nos pensées, de défi nir nos priorités, de faire le point sur ce qui est permis, toléré, accepté, interdit, obligatoire ou conseillé, et de (re)trouver du plaisir en tant que parents.

  • " Un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. [.] Quand on a un homme fort à la tête d'un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c'est plus facile pour nous les organisateurs ". C'est avec un tel postulat que Jérôme Valcke, Secrétaire général de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) et Sepp Blatter, Président, ainsi que les dirigeants du CIO (Comité International Olympique) entendent développer les institutions sportives et mettre sous leur coupe l'ensemble des populations, s'approprier les espaces publiques et les richesses naturelles avec l'aide des dirigeants politiques les plus détestables et la complicité des plus grandes entreprises transnationales.
    Dans cet ouvrage, les auteurs entendent analyser et faire connaître la politique anti-démocratique des institutions sportives au travers des manifestations les plus récentes ou futures (Chine, Afrique du Sud, Russie, Brésil, Qatar) ainsi que les ententes naturelles avec les régimes les plus autoritaires, corrompus et inégalitaires de la planète. Loin de plaider pour la réhabilitation du sport, c'est bien plutôt pour la reconnaissance de son caractère destructeur, l'arrêt de son financement public et son boycott permanent que s'engagent les auteurs.

  • Ce bref ouvrage propose de penser ensemble la montée en puissance des territoires et des crises écologiques et montre comment les territoires peuvent devenir le coeur de la nécessaire transition vers le bien-être, la résilience et la soutenabilité. Il explore d'abord le « moment territorial » que nous vivons qui résulte autant de la mondialisation que de l'urbanisation puis explique comment le territoire, entendu comme institution social-écologique, peut devenir l'écosystème par excellence de la transition. Mais le moment territorial que nous vivons est lourd d'une menace : l'aggravation des inégalités sociales. C'est l'avertissement sérieux des scrutins récents au Royaume-Uni, aux États-Unis mais aussi en France : à ne plus vivre dans le même espace, on ne vit plus dans la même époque, à ne plus partager le même territoire, on ne partage plus la même cité.
    C'est pourquoi la question de la justice territoriale est indissociable de celle de la transition et qu'elle fait l'objet de la dernière partie du livre. C'est à l'horizon de chaque territoire que la transition social- écologique doit être envisagée, mais c'est dans l'égalité des territoires qu'elle doit être menée à bien.

  • L'écologie c'est un peu l'Himalaya. L'urgence d'agir le dispute à la diffi culté d'imaginer un autre monde. En France plus qu'ailleurs peut-être. Au contraire de l'Allemagne, les débats écologiques y sont confl ictuels. Autant de questions sur les choix du modèle français : nucléaire, spécialisation industrielle, institutions, Europe.
    Est-ce un hasard si Eva Joly avait entamé sa campagne présidentielle en 2011 par la dénonciation du défi lé du 14 juillet ?
    Alors incompatibilité entre la France et le projet écologique ? Les signes d'un sentiment écologiste se multiplient dans la société. Mais les résistances au coeur du pouvoir, des élites politiques et économiques, et parfois scientifi ques, sont palpables. Ce n'est pas seulement une question de privilèges et d'intérêts. L'écologie remet en cause une manière de penser « à la française » : une égalité dont la mise en oeuvre repose sur la centralisation, un État qui assume des missions confi ées ailleurs aux entreprises, une proximité des grands groupes économiques, des administrations et des experts, une foi parfois déraisonnable dans le progrès technique, et des réfl exions sur la nature et les questions environnementales qui s'élaborent indépendamment de la culture politique. (La conférence sur le climat qui vient de se dérouler à Paris en a été un nouveau témoignage ?).
    La France changera-t-elle ? Oui si elle se décide à devenir écologique. Changer dans sa relation au monde. Avec l'écologie le Sud redevient au moins aussi important que l'Europe ; c'est là que sont les enjeux de l'adaptation et de la transformation du développement, c'est là que des mots comme justice et égalité prennent un sens vital. Penser le progrès avec la nature ensuite. Avec l'écologie il faut sortir de l'ingénierie et du mécano, renouer avec l'innovation économique, investir pour longtemps en prenant le risque de ne pas savoir à l'avance. Changer enfi n notre relation à la complexité et à la décision, pour penser démocratie et écologie ensemble.
    L'écologie n'est ni punitive, ni positive, ni sectaire. Elle dépend de ceux qui la font, la pensent et la pratiquent.
    Penser et agir autrement c'est être en situation de conquête. Qui seront dans l'État, le pouvoir économique et les scientifi ques cette avant-garde éclairée et active qui s'engagera dans la bataille culturelle de l'écologie ?

  • La dynamique des technosciences, qui participe de la mondialisation du capital et du néocolonialisme, en est venue, dans sa guerre d'extermination de la nature vivante, au projet de lui substituer une nature artifi cielle (biologie de synthèse, géoingénierie), préparant la construction de technocosmes et la colonisation de l'Univers. À ce dessein d'artifi cialiser la nature correspond celui d'artifi cialiser l'humain, découlant des progrès médicaux, génétiques et informatiques : cyborgisation du corps, extension illimitée des capacités physiques et corporelles, prise en charge technoscientifi que de la reproduction, eugénisme, allongement indéfi ni de l'existence. Soutenue par le mouvement transhumaniste aussi bien que par l'imaginaire propagé par les médias de masse, qui portent la religiosité du Progrès à son paroxysme, disposant de puissants soutiens politiques et fi nanciers, cette résolution de s'extirper de la condition humaine est-elle désirable et vraisemblable ? Ne va-t-elle pas conduire, plutôt qu'à l'avènement d'un « paradis artifi ciel », à la généralisation de conditions inhumaines, voire infrahumaines ? N'est-elle pas la tentative désespérée et suicidaire de maintenir intacts les invariants de la domination industrielle

  • La France renoue en 2018 avec le Grand-Prix de France de F1 après 10 ans d'absence.
    Les sports mécaniques présentent une situation paradoxale :
    Caricature de l'idéologie sportive et de ses méfaits comme le rappelait Albert Jacquard, il n'existe pourtant aucun ouvrage critique ni en France ni à l'étranger. La difficulté vient déjà de ce que tout l'imaginaire des sports mécaniques se développe dès le milieu du XIXe siècle autour de la bicyclette :
    Mêmes acteurs, même industrie, mêmes valeurs avec le culte de la technique et de la vitesse, avec la fusion de l'homme et de la machine, avec une fusion industrie et médias. Le sport mécanique fut beaucoup plus aristocratique que populaire.
    Le sport mécanique a la passion de l'inégalité et la haine de la démocratie.
    Le sport mécanique a la passion de la pollution sonore et de la pollution de l'air.
    La Formule 1 est depuis toujours un sport de riches payé par les pauvres.
    Le Dakar et autres rallyes sont la continuation du colonialisme avec d'autres moyens.
    Si le stock-cars et le rallye font la promotion du capitalisme sauvage,la F1 est le parangon de l'hypercapitalisme.
    La Formule E est l'extension du domaine du sport mécanique.
    Le baron de Coubertin refusait que l'on fasse des sports mécaniques une épreuve olympique car il se disait convaincu qu'ils étaient une telle provocation avec leur exhibition de richesse obscène et du culte de la puissance qu'ils causeraient des révolutions. Face aux dirigeants de la F1 qui clament leur amour des dictateurs, soyons démocrates, interdisons les sports mécaniques véritables armes de destruction massive.

  • Partout dans le monde et dans de nombreux secteurs de production, une gigantesque main-d'oeuvre est employée sans que soient évaluées les richesses matérielles et immatérielles qu'elle produit, ni que soit compris et reconnu le travail qu'elle eff ectue. Cette main-d'oeuvre est constituée des millions d'animaux impliqués dans le travail et dans la vie humaine, soit dans la production de biens alimentaires (animaux de ferme), soit dans la production de services (animaux de traction, d'assistance, de loisirs, de compagnie, de spectacles, d'armée, de police, etc.), soit dans la production de données (animaux d'expérimentation, de surveillance du climat, de la biodiversité, etc.). Sans la participation, voire sans la coopération des animaux au travail, ces entreprises, ces emplois et toute cette production de richesses n'existeraient pas. Car les animaux ne sont pas seulement impliqués dans le travail humain, ils contribuent à le rendre possible. Au travers du travail en commun, c'est donc une dimension centrale de nos relations aux animaux qui est en jeu mais aussi, par voie de conséquence, une redéfi nition de ce que travailler veut dire.
    Pourtant, les théories et les concepts relatifs au travail ne concernent que les seuls humains. Seule l'activité des animaux de trait (équidés, bovidés, etc.) est historiquement reconnue, en partie, comme travail sans que des conséquences en soient d'ailleurs tirées du point de vue de la place des animaux dans les relations de travail. De fait, le travail des animaux est un fait social impensé.
    Il s'agit donc de reconsidérer les rapports des animaux au travail en dehors des cadres convenus de la domination et de l'exploitation : comment les animaux travaillent-ils ? Peut-on valider l'hypothèse d'un travailler animal ? Qu'est-ce que la prise en compte de ce travailler animal peut changer au travail humain ? Le travail peut-il être une solution innovante pour reconfi gurer les questions et les modalités de conservation d'espèces animales ? Le travail est-il une proposition morale, politique, juridique ad hoc pour repenser les relations entre humains et animaux ?

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