Entreprise, économie & droit

  • Michael Hudson est considéré par certains comme un des meilleurs économistes contemporains. S'il comprend mieux le capitalisme actuel - un capitalisme rentier et spéculatif - que nombre de ses collègues, c'est sans doute parce qu'il a travaillé à Wall Street et dans diverses commissions avant de se plonger dans l'étude à la fois de l'histoire économique et des diverses théories économiques. Il en résulte, pour commencer, un renouvellement complet de l'histoire de la dette et du crédit (qui a fortement inspiré David Graeber dans Dette). Où l'on voit qu'à Babylone et dans le judaïsme antique, on abolissait les dettes tous les 25 ou 50 ans (c'est ce qu'on appelait le jubilé) pour permettre à l'économie et à la société de repartir. « Et pardonnez- nous nos offenses... » voulait dire à l'origine :
    « Remettez-nous nos dettes. » De cette reconstitution historique résulte une critique radicale de l'économie de rente actuelle. L'endettement des États ne sert qu'à transférer la richesse aux prêteurs et aux financiers au détriment de l'économie réelle et des salariés.

  • Le travail disloqué ; organisations liquides et pénibilité mentale du travail Nouv.

    Souffrance, stress, burn out, RPS... Les témoignages de salariés faisant état d'une montée en puissance de la pénibilité psychique et mentale du travail se multiplient depuis deux à trois décennies, y compris parmi les franges du salariat les mieux loties, que ce soit en termes de conditions d'emploi, de rémunération ou de pénibilité physique du travail. Ce livre analyse ce phénomène à travers le cas de cadres, chercheurs dans l'industrie. Il montre en quoi les organisations contemporaines du travail, en se liquéfiant pour répondre aux exigences post-fordiennes du procès d'accumulation, disloquent le travail et les travailleurs.
    Cette dislocation s'observe à trois niveaux. Au niveau subjectif, d'abord, car en fabriquant des désillusions, des écarts croissants et de plus en plus répandus entre espoirs, investissements subjectifs et réalités observées, ces organisations déstabilisent la subjectivité et le rapport au travail de ces cadres, qui en viennent souvent à remettre en cause et leurs compétences et le sens de tous les efforts et sacrifices faits pour leur travail. Au niveau temporel, ensuite, car en accroissant les tâches périphériques, ces organisations atrophient les coeurs de métier et contraignent ces cadres à travailler plus longtemps, y compris chez eux, pour essayer, malgré tout, de faire un travail de qualité, dans lequel ils puissent encore se reconnaître et trouver du sens. Au niveau cognitif, enfin, car en démultipliant les sollicitations, ces organisations liquides, à travers l'usage des nouvelles technologies qu'elles sécrètent, coupent fréquemment les chercheurs, les empêchent de se concentrer et, par-là, les obligent à déployer une énergie particulièrement importante pour essayer, malgré tout, de sortir la tête de l'eau et continuer à avancer dans leur travail.
    Combinées entre elles, ces trois sortes de dislocation maltraitent les travailleurs. Ce qu'il faut soigner, en somme, ce ne sont pas les individus, mais le travail concret : la façon dont il est organisé, managé, reconnu, subordonné au travail abstrait. L'ambition de cet ouvrage est de montrer combien ces troubles de la santé constituent les symptômes contemporains d'une aliénation capitaliste, dont les racines remontent, non seulement à l'organisation du travail, mais plus fondamentalement encore, aux rapports de production et à ce que le capital fait au travail, en imposant aux hommes et aux femmes, travailleurs comme capitalistes, un usage de soi conforme à la conception productiviste de la qualité et de la performance.

  • Denis Clerc est économiste par vocation. Et contrairement à la réputation bien établie de cette profession, il est facilement lisible, compréhensible et souvent drôle. On découvrira dans ces entretiens comment il est tombé amoureux de l'économie politique et comment il a acquis, sur les terrains les plus divers, sa compétence pédagogique peu commune. On y verra aussi comment il a créé un journal - pas n'importe lequel : Alternatives Économiques - avec beaucoup de compétence, beaucoup d'énergie et de conviction, quelques copains et aucun capital. Et comment, après avoir transmis la présidence de la SCOP éditrice du magazine, conformément aux règles et surtout à l'esprit coopératif, il continue à se battre pour l'information économique et sociale, pour la démocratie, contre la pauvreté et les inégalités.

  • Crise des gilets jaunes et pandémie du coronavirus, deux raisons pour Christian Pierret et Philippe Latorre de favoriser une révolution de l'entreprise pour transformer la société française.
    Face à l'une des plus graves crises économiques que nous connaissons depuis le début du XXe siècle, l'entreprise est pour eux un des lieux centraux de l'exercice de la démocratie.
    En France, l'histoire a placé l'État au centre. Cette préférence est désormais un obstacle au changement.
    L'entreprise prend une responsabilité nouvelle et se transforme en objet politique : de Google, Amazon ou Facebook à la PME, l'entreprise, hyperpuissante ou simplement locale, conquiert une place nouvelle au coeur des débats de société : les inégalités, le climat, l'innovation, la santé...
    Leur connaissance intime du fonctionnement de l'État et de la gouvernance des entreprises conduit Christian Pierret et Philippe Latorre à proposer un double compromis historique.

  • Le capitalisme ressemble de plus en plus à ces trous noirs qu'ont identifiés les astrophysiciens. Entraîné par une logique d'expansion infinie, il entend absorber toutes les activités humaines, les ressources naturelles, les connaissances et tout le vivant, pour en faire des marchandises.

  • Pour la première fois, un scientifique se livre à une analyse rigoureuse du discours médiatique en matière d'économie

  • Le repli national-populiste, qui se nourrit du ressentiment des « perdants de la mondialisation », bouleverse les systèmes politiques des démocraties occidentales. Alors que la crise de la « première mondialisation » (1870-1914) avait engendré la montée des totalitarismes et la « grande transformation » des années 1930, la crise de la mondialisation actuelle débouche sur une réaction identitaire qui met en péril le multilatéralisme, la démocratie libérale et le vivre-ensemble.

  • Comment un mode d'organisation capitaliste - fondé sur un principe d'accumulation continue - autorise une autre logique ? En Roumanie, de grandes exploitations agricoles coexistent avec des petites propriétés qui pratiquent d'autoconsommation.

  • Dans les années 1970, Guy Floch fut l'une des stars de la magistrature, un juge d'instruction hors pair.
    Gros bosseur, infatigable, doué d'une patience sans limite, comme le décrivait la presse, il instruisit les plus gros dossiers de l'époque. L'affaire Carlos, Louis Hazan, Mesrine et surtout l'affaire Jean de Broglie, cousin de Valéry Giscard d'Estaing, assassiné le 24 décembre 1976, « polar » interminable qui secoua la société française toute entière et contribua à provoquer la chute du gouvernement Giscard.

  • L'histoire du « juste prix » dont la mention apparaît aujourd'hui sur des emballages de produits du « commerce équitable » est très longue et se situe au coeur des rapports entre valeur et sociétés, entre économie et justice sociale.

  • Le dialogue social « à la française » existe-t-il ?... Ou s'agit-il d'un euphémisme qui qualifi e les affrontements entre syndicats, patronat et gouvernements depuis quatre décennies faisant des syndicats français les champions de la grève ? Ces derniers seront-ils susceptibles comme leurs homologues allemands de négocier avant d'envisager le rapport de forces et de modifi er fondamentalement leurs relations en les rendant moins antagonistes et davantage orientées vers des réussites économiques et sociales communes ?
    Telles sont les questions posées par l'auteur, qui ose avancer, fort de son expérience dans ce domaine, des solutions pratiques.
    Les réformes d'Emmanuel Macron fondées sur les ordonnances et sa volonté d'agir vite laissent encore moins de place et de temps pour la négociation entre partenaires sociaux, au risque de la marginaliser défi nitivement.

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  • Ne sommes nous pas devenus trop efficaces ? N'avons nous pas dépassé la limite du raisonnable quant à notre capacité à produire, quant à notre productivité ? Une productivité désirée non seulement par les chantres du néolibéralisme, mais aussi par la grande majorité des courants critiques du capitalisme. La critique de la croissance déjà ancienne désigne notre désir infini pour la consommation comme source de notre aliénation et de l'impasse écologique dans laquelle nous avons précipité la planète. Mais, ce désir de consommation infini n'est-il pas l'autre face de notre désir d'efficacité infinie ? De notre désir de maîtrise infinie ? Ne faut-il pas aussi s'interroger sur notre efficacité productive et sur les niveaux de productivité que nos économies ont atteints aujourd'hui ?
    La critique du capitalisme et de l'économie néolibérale s'appuie souvent sur la possibilité de faire une autre économie plus solidaire et écologique sans remettre en question le lien sacré entre la nécessaire productivité du travail et l'émancipation humaine vis-à-vis de la Nature. La productivité du travail est alors notre promesse d'infinité et d'abondance, notre mythe occidental et l'économie en est la science.
    Les débats économiques et politiques se cantonnent sur la répartition des fruits de cette efficacité productive (dividendes, salaires, revenu universel, protection sociale).
    Mais le problème n'est-il pas l'économie en tant que discours d'efficacité et de productivité ? Ce livre se propose de montrer que l'aliénation actuelle n'est pas seulement la mauvaise répartition des richesses, mais l'injonction toujours renouvelée à la productivité du travail.

  • Chômage, dette, mondialisation, retraites, environ-Chômage, dette, mondialisation, retraites, environnement...
    Comment se fait-il que les économistes se déchirent sur ces questions ?
    Eux qui se réclament de la " science économique ", ne disposent-ils pas d'instruments leur permettant d'apporter des réponses à ces questions si pressantes ? La thèse de ce livre est que les économistes ne sont pas seulement limités par la complexité de la réalité ou par l'impossibilité de prévoir le futur. En fait, si les débats entre économistes sont si âpres, c'est parce qu'ils se représentent différemment l'économie - parfois sans même s'en rendre compte. L'ouvrage retient quatre représentations ou visions de l'économie : l'économie comme marché, comme circuit, comme système de pouvoir, ou comme sous-ensemble de la nature et de la société. Connaître les fondements de la pensée économique c'est donc comprendre que la " réalité " économique ne se donne jamais immédiatement à voir, mais doit être saisie à travers divers modes de représentation.

  • Comment les acteurs, dans le cadre de leur travail, défi - nissent et perçoivent la rationalité économique et quelle place occupe-t-elle dans le rapport au travail ? À partir de deux univers opposés a priori, le secteur de l'industrie automobile et l'hôpital public, cette recherche tente de comprendre ce que l'économie fait au travail.
    Elle appréhende la rationalité économique comme une composante de l'activité et analyse comment les acteurs l'intègrent, s'en arrangent ou la contestent. Les deux univers retenus proposent différentes facettes de la rationalité économique, tour à tour perçue comme une entrave au travail, elle abime l'activité ; comme une de ses composantes qui ne saurait supplanter les règles de l'art et les savoirs faire ; et enfi n comme une dimension morale qui permet de mettre fi n à l'activité, elle fi xe les limites entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas. Ces trois manières d'éprouver la rationalité économique se combinent plus qu'elles ne s'opposent.
    Elles viennent d'abord rappeler que le rapport au travail n'est pas seulement donné par les éléments objectifs de la situation. Il est aussi le fruit de l'action des acteurs capables de rendre compte de ce qu'ils font. L'économie joue comme un révélateur. Elle anime et active en permanence la distance subjective qu'éprouvent les individus avec les organisations. C'est un de ses paradoxes, plus elle abime le travail, plus elle lui donne de la valeur. Elle le contrarie et le bride souvent, tout en lui donnant en même temps un sens pluriel et une fi - nalité collective. En s'imposant d'abord comme une contrainte, elle donne au travail tout son sens et toute sa dimension expressive. Elle entretient l'utopie du travail tout en le menaçant.

  • Si les sociologues se sont intéressés au style de vie de la grande bourgeoisie, ils ont souvent laissé à l'arrière plan les questions d'argent, dont leur rapport à l'argent.
    Le livre présente les activités et les acteurs qui participent au maintien et à la légitimation de la richesse. Il lève le voile sur l'univers secret de la gestion de fortune à l'heure où accroissement des inégalités patrimoniales et la question de l'ISF font débat.
    L'auteure se frotte à certains mythes - l'exil fiscal ou la compétence des plus fortunés pour gérer leurs avoirs.
    Le travail du capital repose sur un triple art du contrôle, de la mesure et du secret.
    Il reste une affaire d'hommes, dont sont exclues les femmes.
    /> L'enquête révèle la place accordée à l'intime et à la préservation des petits secrets des clients dans les relations nouées avec les conseillers patrimoniaux. Enfin, elle met en lumière les formes de résistances à l'impôt des redevables de l'ISF, sous couvert de civisme.

  • Certains sujets ne sont que très peu abordés. Pourtant, les violences dans le couple, et plus précisément le viol, ne sont pas rares et n'alimentent que peu les rubriques « faits divers » de la presse, au regard du grand nombre commis tous les jours en France.
    Destiné au grand public, ce livre est un guide pratique qui permet de vulgariser la complexité de l'appareil judiciaire, tant dans son fonctionnement que dans la législation prévoyant les faits de viols conjugaux.
    Dans un premier temps, cet ouvrage aborde la thématique du viol dans le couple et surtout, comment le prouver. L'aspect juridique est abordé avec l'évolution des lois depuis le code napoléonien jusqu'à aujourd'hui. Cette approche permet de constater certains vides juridiques, de démystifi er certaines croyances concernant le devoir conjugal, et de faire le point sur la législation actuelle. Les évolutions législatives sont très récentes et il a fallu s'appuyer sur des décisions de la cours de cassation en matière de jurisprudence.
    Quelles preuve et quels sont les faisceaux d'éléments qui peuvent étayer une plainte pour viol (notamment dans le couple) ? Diff érents aspects sont abordés tels que : les éléments scientifi ques ; les auditions et confrontations des parties (auteur et victime présumés) ; les enquêtes de voisinage ; les antécédents judiciaires ; les expertises médicales ; les expertises psychiatriques et psychologiques ; les témoignages.
    Ce recueil de données doit permettre de répertorier diff érents éléments afi n de « matérialiser » une plainte car celle-ci ne peut être recevable que si l'on apporte une preuve ou un commencement de preuve.

  • « L'économie sociale et solidaire n'existe pas. » D'aucuns dénoncent une forme de privatisation qui consiste à transférer la solidarité de l'État social vers les initiatives socio-économiques, compatibles avec le nouvel esprit du capitalisme.
    En pointant une contradiction, ils laissent penser que l'économie sociale et solidaire n'est qu'un concept. Elle est pourtant une réalité sociale, dont les racines plongent au coeur du XIXe siècle. Le mot connaît une éclipse à partir des années 1930, à la fois en raison de la diff érenciation statutaire de ses organisations, séparées entre coopératives, mutuelles et associations, et de l'essor du Welfare state. L'économie sociale et solidaire réapparaît ensuite en 1968 à la faveur d'une réarticulation des rapports entre l'État, le marché et la société civile.
    Elle se décline en deux branches : l'économie sociale historique et l'économie sociale émergente, qui prend successivement les formes de l'économie alternative, de l'économie solidaire et de l'entrepreneuriat social.
    En mettant au jour une histoire, l'auteur interroge les métamorphoses de la société civile organisée de l'économie sociale et solidaire tant au niveau français qu'européen, scandées par trois événements : l'irruption sociale de Mai 68, le triomphe du marché en 1989 et la crise du capitalisme de 2008.
    Il est ici question d'explorer d'autres formes du marché où les coopérations ont fait preuve d'effi cacité tant sociale qu'économique.

  • Publié en 1957, Trade and Market in Early Empires figure l'aboutissement d'un programme de recherches, l'Interdisciplinary Columbia Project dont Polanyi est la figure marquante. Polanyi est en fait l'inspirateur et l'architecte de cet ouvrage. Nombre de textes de ce volume sont des mémoires universitaires qu'il a fortement encadrés. Le titre de cette traduction française de 1975 reflète bien le structuralo-marxisme de cette période. Mais, la primauté accordée au « système » et le déni du marché caractérise un air d'un temps révolu.
    Pour situer l'enjeu de Trade and Market, il faut le relier à la thèse, qui a fait connaître Polanyi, telle qu'elle est développée dans The Great Transformation : la volonté de créer, au XIXe siècle, un « grand marché » autorégulateur exprime une mutation de l'ordre culturel occidental qui, désormais, prétend réduire la terre, le travail et la monnaie à autant de marchandises. Cette idée est largement utopique car, aux premiers mouvements de construction de ces marchés, répondent des « contre-mouvements » de « protection sociale ». Un double mouvement caractérise ainsi la société libérale. Le fascisme ou le New Deal apparaissent comme l'aboutissement catastrophique ou heureux de cette dialectique qui travaille la société de marché. La Grande Transformation et l'essentiel des Essais de Karl Polanyi (Seuil, 2008) mettent donc en exergue le processus de constitution du capitalisme et les différentes réponses historiques apportées à ce bouleversement inédit de la place du marché dans la société.
    L'ambition de Trade et Market est complémentaire : il s'agit de mettre en évidence les structures et le fonctionnement des économies primitives et archaïques. La subsistance de l'homme, récemment traduit par Flammarion, et qui est une recollection de textes écrits entre la fin des années 1940 et 1951, avait esquissé ce projet théorique en prenant comme aire d'application la Grèce classique et hellénistique. Un tel travail ne peut être fait avec autant d'efficacité aujourd'hui par l'économie dominante, même teintée de « coûts de transaction », parce qu'elle est paralysée par le concept normatif de marché auto-régulateur.
    Les travaux empiriques de Trade and Market sont enchâssées dans une vision théorique globale, que développe Polanyi et ses élèves (notamment Pearson) : les mondes non-capitalistes contenaient des marchés clairement subordonnés à d'autres modes sociaux d'intégration de l'économie, ce qui les plaçaient sous l'influence décisive des comportements socioéconomiques de réciprocité ou de redistribution.
    L'intérêt de cette vision prend tout sens au-delà même des sociétés du passé dont l'étude a été le prétexte. Ce n'est pas un hasard si l'économie sociale et solidaire trouve dans le « substantivisme » une référence fondatrice. Quant à une alternative « éco-socialiste » pour le XXIe siècle, elle ne peut que se nourrir d'une théorisation qui implique que les structures économiques ne soient pas, par principe, abandonnées à l'errance de l'auto-régulation marchande de la société. Commentant ce livre, Richard Swedberg, écrit : « Certains travaux récents de sociologie économique ont assez correctement indiqué la pertinence de la pensée de Polanyi dans l'analyse de l'économie actuelle », au-delà même des réflexions d'anthropologie et d'histoire économique. Oui, la sociologie économique, discipline, très vivante aujourd'hui, conteste l'empire de la science économique orthodoxe sur ses propres terres ; ses acquis sont cruciaux pour repenser autrement les rapports entre marché et société que dans les termes d'une domination de celle-ci par celui-là.

  • Au beau milieu d'une crise économique et financière sans précédent depuis quatre-vingts ans, les appels à la réduction des impôts et des dépenses publiques ne laissent pas de surprendre. Pour un peu, les salariés, victimes du chômage, de la précarité et des inégalités, et les États, ayant sauvé de la faillite nombre d'établissements bancaires et financiers, seraient tenus pour responsables de la situation, tandis que les plus riches bénéficient d'un bouclier fiscal, mettant leur fortune et leur revenu à l'abri.
    Ce livre Pour un « big bang » fiscal apporte un démenti catégorique à toutes ces divagations idéologiques. Les impôts et tous les prélèvements ne disparaissent pas dans un trou noir. Ils sont réinjectés dans l'économie sous forme de dépenses d'investissement, de fonctionnement des services publics, de subventions ou bien encore de transferts entre catégories sociales. Ils sont l'expression de la citoyenneté parce qu'ils permettent de financer l'action publique, de réduire les inégalités et de modifier certains comportements nuisibles à la société, comme la spéculation et la pollution.
    À l'heure où tout le monde reconnaît la nécessité d'une régulation collective forte, où quantité de besoins sociaux, notamment d'éducation, de santé, de retraites, et de préservation écologique ne sont pas encore satisfaits, la société ne souffre pas de trop d'impôts, plutôt d'impôts inadaptés et surtout mal répartis.

  • Le livre montre et illustre la rupture anthropologique en cours dans le travail et dans la consommation du citoyen. L'avènement du lean management s'est accompagné d'une promotion verbale de l'autonomie et de la responsabilisation au travail pour tous. Mais les exigences du capitalisme ont renforcé l'encadrement des salariés (et des travailleurs « indépendants ») de bas en haut de l'édifice productif dans l'industrie et dans les services privés ou publics. Les résistances sont rares dans un contexte d'affaiblissement du syndicalisme : l'augmentation des charges de travail et le nouveau management (brutal sous des apparences participatives) ont conduit à une détérioration de la santé au travail et à la multiplication des suicides au travail.
    Les promesses d'autonomie et de satisfaction dans le travail ne sont pas tenues et les travailleurs doivent « réaménager » leur psychisme pour survivre. Il en est exactement de même dans la consommation où les engagements des offreurs sont très rarement remplis, en particulier dans les services (téléphonie, services internet, transports, VPC...) :
    Le consommateur doit subir l'impersonnalité de ses correspondants (boîte vocale) et l'absence de réponse à ses réclamations, se soumettre à la mauvaise qualité du service et accepter de remodeler son esprit. Telles sont les conditions d'émergence de l'homme nouveau (déjà perçu par Gramsci comme pétri par le capitalisme) qui rétracte ses aspirations et à la liberté et au bonheur.
    L'ouvrage détaille la mise en oeuvre de ces processus dans plusieurs secteurs industriels et dans les services où l'identité des salariés est fracturée, où la reconnaissance est déniée et où, en fin de compte il est doublement dépossédé de son travail, économiquement et affectivement. Alliant les analyses micro-sociologiques aux causes macro-économiques, l'auteur déconstruit les concepts et les pratiques de l'évaluation, de la reconnaissance, du travail des clients, etc. Il conclut sur deux scénarios : l'un de régression sociale et l'autre d'un futur enchanté, sans oublier les questions de l'environnement ou de l'intensification des migrations internationales avant de débattre d'alternatives incertaines.

  • La montée en puissance des pays émergents contribue au décentrage du monde depuis l'entame du 21ème siècle. L'avènement d'un monde de plus en plus multipolaire marque la fin de plusieurs siècles d'hégémonie occidentale. La Chine, plus particulièrement, occupe un rôle central parmi les pays émergents, dont les politiques extérieures visent davantage à légitimer leur statut de puissances régionales qu'à promouvoir un multilatéralisme véritablement démocratique.
    Dans ce contexte d'évolution des rapports de force internationaux, l'impact sur la gouvernance économique mondiale est de plus en plus perceptible. L'architecture économique internationale semble de moins en moins adaptée aux enjeux mondiaux du 21ème siècle. Cet ouvrage analyse l'impact de la montée en puissance des pays émergents sur le système de gouvernance économique mondiale, en vue de définir comment adapter le système international au monde en décentrage.

  • Avec plus d'une trentaine de monnaies locales complémentaires (MLC) en circulation aujourd'hui sur ses territoires, la France s'inscrit désormais dans l'importante vague d'innovation monétaire qui se développe un peu partout sur la planète. On estime en eff et à près de 5000, le nombre d'initiatives et de dispositifs qui promeuvent dans la quasi-totalité des régions du monde de nouveaux systèmes d'échange construits autour de monnaies diff érentes des seules monnaies nationales. Ainsi, les monnaies complémentaires, mais aussi les systèmes d'échange local et les banques de temps sont entrés à l'agenda politique alors que parallèlement de très nombreuses collectivités territoriales se sont associées à ces initiatives novatrices.
    Cette dynamique ne fait sans doute que commencer. La crise économique et fi nancière de 2008 a conduit en eff et à renforcer beaucoup de citoyens dans la conviction qu'il importe de ne pas laisser aux banques et aux Etats le monopole de l'émission de la monnaie. De même, de nombreuses entreprises portent un intérêt croissant à ces nouveaux systèmes d'échanges qui leur permettent de contrecarrer les eff ets délétères des crises fi nancières à répétition sur l'activité tout en amoindrissant leur dépendance vis-à-vis du crédit bancaire. Voilà donc que la question démocratique et celle de l'ancrage local du développement économique et social convergent une fois de plus aux travers de ces innovations.
    Cet ouvrage est une version remaniée et raccourcie d'un rapport remis au gouvernement en avril 2015. Analysant la situation française replacée dans ce mouvement planétaire, il retrace notamment le cheminement d'une des avancée majeure obtenue par la Mission : la reconnaissance des monnaies complémentaires dans la loi relative à l'Économie Sociale et Solidaire de juillet 2014.
    Il comporte enfi n dans sa deuxième partie, quelques-unes des contributions des meilleurs experts de ces sujets mobilisés tout au long de ce travail. Tous les éléments sont ainsi réunis pour permettre l'ouverture d'un vaste débat public sur ce sujet potentiellement décisif pour notre avenir.

  • Mais que se dessine-t-il pour l'avenir ?
    Reconversion énergétique, élargissement d'une sphère non marchande soustraite à l'impératif de rentabilité, un droit du travail et un partage du travail pour restreindre les prérogatives de la propriété. Ce sont quelques pistes pour sortir de la dictature de la marchandise et concevoir autrement la richesse sociale.
    La forme du livre alterne contes et exposés, et il fraye son chemin entre sérieux et dérision.
    Car le capitalisme de fin de cycle n'est-il pas affairiste et grippe-sou, avide et gaspilleur, surréaliste et terre-à-terre, scientiste et ridicule, violent et ubuesque, effrayant et pitoyable ?
    Pour le dépasser, il faudra un peu de raison, un brin de folie inventive, le tout embrasé par beaucoup de passion citoyenne pour la démocratie.

  • Le principe d'égalité fonde notre démocratie parce qu'il fonde notre justice. Il nourrit tellement notre sentiment du juste que nous peinons à imaginer une justice en dehors de ce principe. Pourtant, avant son affirmation par les révolutionnaires français, les tribunaux de l'Ancien Régime examinent et condamnent quotidiennement. Mais sur quelle base ? Au nom de quoi ? Selon quelles règles et procédures ? Et puis, qui sont ces condamnés ?
    Arlette Farge convoque ici les faits les plus divers ou des grandes affaires pour dresser le tableau très vivant d'une justice bien singulière à nos yeux, celle du XVIIIe siècle. Ignorant la prison, obsédée par l'aveu, déchirant les corps et poursuivant les mauvaises pensées, la justice d'Ancien Régime régit un ordre social qui, par contraste, nous permet de mieux concevoir notre propre idéal de justice. Grâce à ce récit brillant, Arlette Farge nous aide à comprendre le terreau sur lequel les grandes réformes judiciaires et politiques de la fin du XVIIIe siècle ont été pensées. C'est là un moment décisif et fondateur de notre histoire.

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