Bord De L'eau

  • Ce livre aborde l'expérience de la solitude. Non pas cette espèce de solitude qu'est l'isolement médiatique dû à la faible diffusion, à la modeste réception d'une oeuvre faite de nombreux livres. La « notoriété », simple valeur honorifique, ne saurait être par elle-même une valeur digne d'intérêt puisqu'elle ne concerne que des individus considérés seulement dans leur « amour propre », cette libre attitude si détestable, si égocentrique et donc si peu apte à fonder quelque éthique que ce soit.
    La solitude à laquelle je songe est ce sentiment d'isolement et de séparation qui peut survenir en chacun à l'occasion d'une épreuve douloureuse qui ne pourrait être partagée, ou d'une situation sociale de crise ou de conflit, ou bien encore de heurt des « identités ».
    Cette solitude, que j'ai parfois vécue (comme beaucoup d'autres) avec une grande intensité, était « sociale », mais comportait des strates implicites de nature affective : solitude dans les relations sociales, face, par exemple, à l'indifférence profonde de mes contemporains à l'égard d'événements dramatiques survenus en des régions lointaines et me concernant au plus profond de moi-même ; solitude parfois aggravée et soulignée par une séparation affective, une divergence existentielle au coeur même de la relation. Cette double solitude a motivé en moi un redoublement, une focalisation particulière de la conscience de moi-même. J'en vins à me demander quels moyens étaient à ma disposition pour surmonter cette « crise » de la relation.

  • Tout en présentant une hypothèse originale sur la signifi - cation de la musique de Mozart, l'auteur ne manque jamais de rendre hommage au grand musicologue et spécialiste de Mozart, Jean-Victor Hocquard et, comme celui-ci le fait parfois, il offre à ses lecteurs un travail non de musicologue, mais de simple auditeur, passionné de Mozart.
    Aussi bien les livrets d'Opéras que les textes liturgiques ou maçonniques ne sont liés à la musique que par convention et d'une manière contingente.
    Ce premier pas permet à l'auteur de défi nir une compréhension intuitive de la musique, et de mettre en évidence le fait que le but et l'objet de la musique mozartienne sont bien des affects, mais considérés dans leur essence la plus générale, indépendamment des circonstances anecdotiques que les textes prétendent circonscrire. Le « Incarnatus est » exprime la force, la tendresse et la joie bouleversée de tout amour, indépendamment de tout texte liturgique.
    De même, Robert Misrahi donne des exemples de quelques « affects essentiels » : l'enthousiasme, l'angoisse, le proche et le lointain, l'adoration, la joie même, fondamentale, omniprésente.
    Enfi n l'auteur dégage une sorte d'itinéraire existentiel, indépendant de la chronologie des oeuvres, mais non pas de leur sens. Elles disent toutes et la joie de la perfection musicale, et la joie fi nale de l'accomplissement. Cette joie du grand Désir accompli est le sens même de l'oeuvre de Mozart.
    Si cet Eden existe quelque part, c'est dans et par la perfection réelle et sensible de l'oeuvre de Mozart.

  • Tous les sujets recherchent le « bonheur », qui est l'accomplissement de soi.
    Face à ce que l'on appelle « la crise » l'auteur propose un bouleversement total, une conversion des habitudes de pensée et des manières d'agir. Le désir de « bonheur » est la quête de tous.
    En creusant l'essence de la crise, il met en évidence en chacun l'existence d'un grand Désir, animant tous les désirs empiriques.
    Pour dépasser la crise, l'auteur propose d'abord, schématiquement, une doctrine unitaire dépassant le clivage de l'éthique et de la politique. La Visée est alors défi nie comme l'accès à un Préférable (l'amour, le bonheur), c'est-à-dire une vie choisie, à la fois dense et dynamique, fondée sur les principes de l'autonomie, de la réciprocité et de la jouissance.
    Ce but ne saurait être atteint sans que, au préalable, n'aient été remplies deux conditions incontournables : une théorie neuve du sujet (avec une liberté à deux niveaux) et une critique du déterminisme social.
    Cette action ne peut être réellement effi cace que si elle concerne d'abord l'éducation, source de toute société et de toute vie personnelle. L'auteur décrit les principes et l'esprit d'une éducation accordée à la visée eudémoniste. Et il souligne ses rapports à la philosophie. Mais l'éducation ne peut être effi cace sur le long terme que par l'action de médiateurs actifs, Partis, syndicats, associations, medias, édition, tous ayant renouvelé leur esprit.
    Ce qui est proposé n'est pas une utopie mais la prise conscience de la réalité intégrale des sujets humains comme Désir profond et comme liberté à deux niveaux.
    Chacun est responsable du pire et du meilleur. Mais seuls des sujets éclairés peuvent remplacer une démocratie souff rante et un personnel politique hésitant par une démocratie heureuse et un personnel politique motivé.

  • Aharon Appelfeld : cent ans de solitude juive est un essai sur les nouvelles que l'écrivain a publiées au tout début de sa carrière. Le public francophone n'a pas accès à ces textes, environ une centaine dont six en tout et pour tout ont été traduits en français à travers deux revues et anthologies. Il s'agit donc de présenter la variété des thèmes qui vont fournir à l'écrivain le socle de toute son oeuvre romanesque future : les personnages et motifs de la vie juive en Europe orientale entre le XIXe et le XXe siècle, les langues à travers lesquelles évolue Appelfeld lui-même et dans lesquelles s'expriment ses personnages et enfin son Ars Poetica, son langage poétique qu'il développe à travers divers éléments de la nature.

    La langue hébraïque qu'Appelfeld a forgée d'une façon très personnelle est au centre de cette étude : il s'attache à sculpter la langue dans ses pleins mais surtout dans ses manques. Son admiration pour la langue de la Bible le mène à forger une langue tout en retenue et en même temps imprégnée d'une musique intérieure et de couleurs inédites dans la littérature hébraïque.

    D'autre part la quête de la mémoire qui occupe une place centrale dans l'oeuvre romanesque jusqu'aujourd'hui est présente dès les premières nouvelles. Les langages de la mémoire se reflètent métaphoriquement dans les langages de la nature ciselés par l'écrivain : l'eau, la forêt, le gel représentent autant de langages différents et dans le même temps entrelacés les uns aux autres.

    La première partie de l'ouvrage intitulée : « Entre mémoire et oubli » est consacrée aux lieux de vie des Juifs en Europe orientale, leurs traditions, leurs croyances, leurs relations avec les Chrétiens, la quête ou le refus de leur identité et la mémoire collective et individuelle. La seconde partie présente tout d'abord le palimpseste des langues de l'écrivain : sous l'hébreu, les langues de l'enfance, suivi de la symbolique des langages à laquelle se référé Appelfeld tout au long de ses romans.

    L'essai s'achève avec un chapitre sur les influences littéraires qui ont marqué Appelfeld (la Bible et Kafka) suivi d'une ouverture sur les romans à partir des motifs analysés dans les nouvelles.

  • Spinoza, né en 1632 et mort en 1677, n'a jamais été aussi vivant.
    Adulé par les uns, dénigré ou travesti par les autres, il reste mal connu. Pour le connaître mieux vaut l'aimer et pour cela devenir familier - sans chercher à le posséder. Considérer Spinoza comme un ami c'est converser avec lui, par exemple dans son atelier d'opticien. Atelier que nous imaginons devenir un café philosophique, où nous écoutons ses leçons, lui demandons son avis sur d'autres savants, passés ou futurs, sans souci d'anachronisme. Il y côtoie Épicure, Darwin, Nietzsche, Freud, Lévinas, quelques biologistes (Uexküll, Goldstein, Gould, Atlan). Il pense souvent à Descartes et à Hobbes. Il n'oublie pas, même s'il les rejette, les rabbins qui lui ont appris à lire et à écrire.
    Ce livre, composé de douze épisodes, qui peuvent être lus chacun pour soi, a été conçu - et en bonne partie « testé » en groupe - pour aider le lecteur à entrer dans le cercle des amis de Spinoza.

  • Plus que le récit de la vie d'une famille d'écrivains, il est question ici de la vie d'un jeune garçon qui a grandi à Londres entre les deux guerres mondiales dans une famille juive réfugiée et pauvre. La mère de Moshe (ou Maurice), le narrateur, Esther Kreitman, était la soeur aînée des écrivains Israël Joshua et Isaac Bashevis Singer. La première de la fratrie, elle se mit à écrire.
    Mais dans ces familles hassidiques, le destin d'une fi lle ne se discute pas : mariage, enfants et tâches ménagères. Mais elle, elle ne pouvait s'y résoudre... Esther voulait devenir écrivain. Elle consentit alors à un mariage arrangé avec Avrum Kreitman, fi ls d'un riche prédicateur. Fuyant Anvers et les bombardements de la Première Guerre mondiale, elle, son mari et le petit Moshe, âgé de six mois, se sont installés à Londres où ils se sont retrouvés sous le Blitz.
    Esther, tout comme ses frères, a rejeté l'orthodoxie, a enlevé sa perruque, Avrum, lui, s'est rasé la barbe. Quand le père d'Avrum a eu vent de la nouvelle, il leur a coupé les vivres. Réduits à faire des petits boulots, ils furent dépendants de l'aide de l'Agence Juive. Mais Esther a néanmoins continué à écrire.
    Dans cet ouvrage, Maurice/Moshe se souvient de son enfance, des rêves fous et des souvenirs de sa mère, de l'école où il subit l'antisémitisme, de son séjour en Pologne où il rencontre sa famille, la famille Singer.
    Ce récit nous permet d'entrer en conversation avec l'oeuvre foisonnante des Singer.

empty