Bernard Campiche

  • RSVP

    Sylviane Roche

    Quand on dit savoir-vivre, politesse, bienséance, code social, certains entendent atmosphère guindée, contrainte, artificielle, empreinte d'hypocrisie.
    Il s'agirait aussi de préoccupations dépassées et ringardes. Notre société d'aujourd'hui serait bien au-delà (ou au-dessus) de ces questions surannées. Le succès, depuis plus de trois ans, de ma chronique hebdomadaire du Temps dément absolument cette analyse. Toutefois, les sciences humaines nous ont apporté de nouveaux instruments et un nouveau regard. Il ne s'agit plus d'être uniquement normatif, de dire " cela se fait, cela ne se fait pas", mais d'essayer de comprendre pourquoi.
    D'essayer aussi de tenir compte de l'évolution des règles dans le temps et de différences dans l'espace. Ces règles font maintenant l'objet d'études très sérieuses dans plusieurs universités. Mon regard, certes, ne prétend absolument pas arriver au niveau de la recherche sociologique. Mais c'est ma passion pour l'être humain dans tous ses états qui est à l'origine de mon intérêt pour ces questions de vie sociale, et ma démarche n'est pas loin de celle qui m'a, naguère, amenée à écrire quelques romans.
    Car le savoir-vivre est loin de n'être qu'une simple liste de conventions sociales surannées. Il constitue la base de la vie sociale. " Comprendre la politesse, comment et pourquoi elle fonctionne, savoir ce qui la sous-tend et à quoi elle sert, c'est pénétrer au coeur même des cultures, et c'est aussi comprendre la logique profonde qui préside aux relations humaines."

  • On ne reprochera certainement pas à Amalia de pécher par paresse : que d

  • Vous pouvez faire la connaissance d'Alex Capus en lisant Le Roi d'Olten, ça ouvre l'appétit, et permet d'approcher un auteur formidable et une ville dont la plupart d'entre nous ne savent rien. Dans une série de vignettes, Alex Capus dépeint avec humour et tendresse (et sans complaisance) le cadre dans lequel il vit : les policiers bourrus et tatillons, l'ivrogne unijambiste, les industriels qui délocalisent (le problème est décrit par petites touches à travers les odeurs qui flottent dans l'air d'Olten), les baigneurs de la piscine municipale, et surtout Toulouse, un chat noir et blanc auquel aucune porte ne résiste. Et dans ce cadre, Alex Capus se dépeint lui-même. L'ensemble donne à la fois un portrait inédit d'Olten, et un excellent autoportrait d'Alex Capus. On voit se profiler l'écrivain, le journaliste, le responsable politique (Capus est président de la section d'Olten du parti socialiste), qui essaie, pas toujours avec bonheur, de tout faire à la fois : écrire, militer, s'occuper de ses enfants (il en a cinq), se préoccuper de la vie sociale d'Olten, éviter de mettre les pieds dans le plat. Je vous conseille un exercice (que j'ai fait) : lisez Le Roi d'Olten puis allez faire un tour à Olten en suivant les itinéraires suggérés par Capus. Vous irez sans doute comme moi de découverte en découverte. Et vous direz, comme l'auteur, qu'il y a des Olten partout et que, tout compte fait, même une grande ville est faite de cinquante Olten mis bout à bout.
    Vous constaterez peut-être en fin de compte, vous aussi, que la magie opère. En réalité, il y a à Olten plusieurs rois : Toulouse, Alex Capus et, le temps d'une visite, vous-même.

  • La vie est comme la liberté.
    On n'en mesure jamais si bien le prix que lorsqu'elle est menacée. Atteinte par le cancer, l'auteur d'Une cuillerée de bleu combat sa maladie en l'écrivant. Parcours en dents de scie entre l'espoir, l'abattement, et surtout des instants d'une lucidité nouvelle car chaque jour désormais compte et qu'il n'y a plus de place pour les masques et les alibis. D'où vient le mal Qui m'a faite telle que je suis aujourd'hui On déchiffre les runes de l'enfance, de la jeunesse, des premières amours.
    Les réponses se précisent, on regagne sur le temps perdu. Cette quête est aussi une conquête qui donne au récit une transparence à laquelle toute écriture devrait tendre. " Attar le parfumeur ", mystique du Moyen Age iranien a écrit : " Il appartient à l'homme, en s'élevant d'un cran, d'inverser le signe d'un événement. " C'est-à-dire tirer un bien d'un mal. C'est l'opération à laquelle on assiste dans ce texte qui m'a touché autant qu'il m'a appris.

  • Zaïda

    Anne Cuneo

    Vie et batailles d'une doctoresse à l'époque où les femmes n'étudiaient pas la médecine. Anne Cuneo dépeint un siècle d'existence en cinq cent soixante pages. Zaïda conquiert sa liberté dans une société rigide ; le privilège d'étudier la médecine quand les femmes sont tenues à l'écart de la faculté ; et, nouveautés inouïes, le droit de pratiquer de façon indépendante et même l'accès à la psychanalyse. Anne Cuneo, on le sait, n'invente rien d'essentiel : dans ses romans, tout ce qui importe est authentique... La destinée de son aristocrate anglo-italienne, qui perd tragiquement ses maris peintre et médecin anglais, puis traverse le reste de son âge avec un autre médecin, vénéto- triestin celui-là, l'emmène à Milan et à Zurich, à travers les deux guerres mondiales. Un siècle en cinq cents pages... vaste fresque ! Mais aussi miniatures : l'histoire, la grande, en train de se faire, est retracée avec vivacité et couleurs au travers de la vie quotidienne de Zaïda et des siens. Rédigeant ses mémoires pour son arrière-petite-fille, elle note une abondance de traits révélateurs ; cette chronique d'une tribu attachante, avec ses satellites, domestiques et compagnons de route, éclaire l'histoire des mentalités et des sensibilités politiques, en évitant 1'écueil du didactisme. Les deux guerres mondiales vécues en Italie, avec des flashs sur l'Angleterre, l'émergence et le triomphe du fascisme, la Suisse pendant la guerre, avec ses certitudes, ses doutes et ses compromis, l'immigration italienne... De ce roman vrai ne s' exhale pas tout à fait le parfum magique du Trajet dune rivière : nous sommes trop près dans le temps. Mais surprises et découvertes y abondent, l' intérêt ne se relâche pas. Et, en le refermant, on se dit que notre société est mal inspirée, qui jette des "vieux" encore jeunes et se prive de tant de sagesse et de connaissances...

  • Elisabeth Horem raconte une année à Bagdad, où elle s'en alla retrouver un homme arrivé au lendemain de la guerre.
    La route de l'aéroport a mauvaise réputation, on y lance des grenades afin d'immobiliser les véhicules. Voici : une capitale immense et jalonnée de sacs de sable, de palmiers poussiéreux, qu'elle ne connaîtra pas vraiment - " elle le sait depuis le début; parce qu'elle ne pourra sortir que très peu, jamais seule et jamais librement, condamnée à rester pour toujours en marge dans cette ville ". Shrapnels, du nom de ces projectiles de métal qui s'échappent des engins explosifs et qui font tant de ravages, est un livre saisissant et important.
    Faites passer. Alexandre Fillon, Madame Figaro. La vie qu'elle décrit, avec ses gardes du corps omniprésents, la chute des grenades, la voiture blinde, c'est un cercle qui se rétrécit. L'enfermement progressif avec la haine derrière la porte. Il y a quand même une soirée de poésie. Puis des morts inconnus... puis des morts qu'on pourrait connaître. Le jardinier, lui, continue de faire pousser des plantes, la gourmandise, un chat et Mozart font parfois oublier la violence.
    Pas longtemps. Le texte d'Elisabeth Horem est à lire absolument comme un témoignage littéraire de haut vol, une aventure de mots serrée et forte, sans concession au sensationnel. Didier Pourquery, Métro.

  • Jacques Chessex n'a jamais été un enfant: il prétend n'avoir pas connu ce bonheur, ni la nostalgie de ce bonheur.
    (...) Né en 1934 en terre calviniste, il a grandi sur les bords du lac Léman en simulant chaque jour la joie, la politesse, l'insouciance. Cette enfance-là n'en finissait pas: il rongeait son frein, aspirait à être un homme. A quinze ans, il découvrit l'amour, et, encouragé par son professeur, Jacques Mercanton, publia ses premiers poèmes dans sa vingtième année. C est alors que son père, Pierre Chessex, directeur de collège, étymologiste du Pays de Vaud, se tira une balle dans la tête.
    Pendant quatre jours, le fils veilla celui dont, tout à son impatience de devenir adulte, il n'avait pas su écouter le désespoir ni comprendre la violence. je n'aurai jamais assez de regret pour sonder et revivre le regret de cet aveuglement, écrit Jacques Chessex dans un livre magnifique et déchirant, un livre d'éternel orphelin où il explore son passé avec rage, explique sa propre autodestruction par l'alcool et conclut: Il y a en moi un poids de la douleur que rien, je le sais calmement, n'épuisera.
    Depuis Carabas, en 1971, Chessex n'avait pas écrit de texte autobiographique. Il s'était consacré au roman, à la nouvelle, à la poésie, à l'essai. Il s'évitait. Voici qu'il se retrouve sans s'épargner dans ce texte âpre qui témoigne d'une étonnante mémoire olfactive odeurs de la terre, du lac, des femmes almées, des tartes aux cerises que sa mère préparait, de la poussière de blé, odeur de son père qui agonise dans une chambre d'hôpital où son fils a laissé son âme et conçu, à tout jamais, une fascination pour " l'imparfait " et ses ruines.
    Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur

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    En lisant A place du mort ; nous mesurons la reconnaissance que nous devons à son auteur. Parce qu'il donne une forme belle et émouvante à la matière trop informe de nos souvenirs, et parce qu'il nous restitue ainsi la proche présence du confrère ou de l'ami : sa générosité, sa droiture, ses colères toujours possibles, le regard vif sous le haut front, l'expression matoise, la moustache frémissante, ce visage pointu où l'on pouvait reconnaître quelque chose de la fouine, comme si Pascal-Arthur Gonet avait choisi de ressembler à l'animal emblématique de ses grands talents d'enquêteur.
    Mais nous sommes aussi émus par tout ce que nous ignorions. Il y a une force bouleversante dans ces pages où Gilbert Salem évoque la sévère dignité avec- laquelle Pascal-Arthur est allé à la rencontre de sa propre fin. A notre reconnaissance devrait pourtant s'en ajouter une autre. Celle de n'importe quel lecteur, aussi éloigné soit-il des cercles journalistiques, qui trouvera dans le livre de Gilbert Salem un récit d'une beauté poignante, où l'amitié qui en occupe le coeur ne cesse de croître par-delà la mort.
    A la place du mort est un livre d'écrivain, même si c'est un journaliste qui tient la plume. Michel Audétat, L'Hebdo.

  • Malgré toute sa fantaisie et son ironie, la vision du
    monde d'Anne-Lou Steininger apparaît plutôt sombre,
    marquée au coin de l'aphorisme selon lequel « Au commencement
    est la douleur ». Et à la fin un paradis
    moderne, « avec fitness, vitrines et pince-fesses », qui
    ne se distingue de la vie terrestre que par la couture de
    l'habit, aux points délicatement piqués dans la chair...
    Ces fables cruelles sont à déguster comme elles ont été
    écrites, par petites doses de poison insidieux délicatement
    pesées.

  • L'épaisseur des choses m'est tombée dessus comme un coup de tonnerre. J'aurais pu comprendre avant, lorsque j'ai passé quelques semaines dans ce qui était alors Leningrad, puis à Varsovie. Mais la bureaucratie était difficile à ignorer, surtout à Leningrad, et j'avais laissé mon irritation prendre le dessus. Pourtant, j'avais fait des rencontres formidables, passé des soirées inoubliables. Mais on était dans une époque où l'URSS était dans la crispation qui a précédé l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev, et mettons que les contraintes faisaient que le reste passait au deuxième plan. Je n'avais jeté qu'un regard distrait sur une société jugée d'avance.
    J'avais toujours raisonné comme, implicitement, la pensée dominante me le demandait. Il y avait deux mondes - eux et nous. Nous n'avions peut-être pas parfaitement raison, mais ils avaient absolument tort. Ils persécutaient des populations qui n'attendaient que notre intervention.
    Mes quelques expériences dans les pays de l'Est avaient confirmé cette façon de voir (même si je n'avais guère eu de contact avec les populations).
    Et puis, je suis allée à Cuba, prête à condamner selon mes schémas préétablis. Je m'étais attendue à des chicaneries à l'arrivée, et j'ai commencé par être servie: le garde-frontière qui a contrôlé mon passeport à l'aéroport de La Havane a exigé de moi que j'aille dans un hôtel de luxe...

  • Guerre et Lumières.
    Pièces choisies 1984-2010.
    Deux pièces vers l'Histoire et la guerre : Nationalité française (1984/1989) ; Kennel Club (2000).
    Quatre pièces vers les Lumières et Voltaire : Staël (1989/1992) ; Feu Voltaire- Monsieur le Multiforme (1993) ; Candide (2009) ; Notre jardin (2010), en collaboration avec Michel Beretti.
    Les cinq premières pièces ont été commandées à l'auteur et créées par Hervé Loichemol. La dernière est encore inédite.

  • Ce volume contient:
    Présentation de Dominique Catton ; Ahmed Belbachir - À dos d'éléphant ; Andreas C. Brügger - La Voix du loup ; Isabelle Daccord - Les Enfants chevaliers ; Emanuelle Delle Piane - Orage à Belle Maison ; Philippe Morand - Icare. Un rêve.
    Michel Viala - L'Arbre qui ne voulait pas mourir.

    Des auteurs confirmés qui consacrent une partie de leur oeuvre à la jeunesse et qui rendent hommage à l'écriture et à l'enfance, voilà qui doit nous réjouir.
    Chaque enfant est unique et complexe. En lui, la gravité alterne sans cesse avec le plaisir, le goût du jeu et de la curiosité.
    L'enfant et l'adulte partagent la même planète ; mais chacun l'habite avec son âme, et agit en fonction de son expérience et de ses désirs personnels.
    Le théâtre est un miroir poétique de la vie, et le spectacle vivant permet à chaque enfant spectateur de prendre conscience qu'il appartient à une communauté, que les personnages de la « comédie humaine » éprouvent les mêmes plaisirs ou chagrins que lui.
    Ce recueil témoigne de la richesse et de la diversité des histoires et des thèmes qu'on peut proposer à des enfants dès six, sept ou neuf ans.
    Avec diverses sources d'inspirations et leur différence de style, les pièces contenues dans ce volume parlent du monde d'aujourd'hui, s'adressent à des enfants d'aujourd'hui avec originalité, amour, passion, tendresse, humour, parfois gravité, sans jamais moraliser, ni tomber dans le désespoir.
    Souhaitons que cet ouvrage communique à d'autres auteurs le désir d'écrire leur plus belles pages dédiées à l'enfance, à la jeunesse tout en passionnant aussi les adultes.

  • L'Amour mortel ne pouvait plus être un récit de souvenirs insolents.
    Terriblement marqué par le destin, les forces du hasard, il est néanmoins plus curieux que triste. Pourquoi révéler au grand jour ces confessions, ces photos-souvenirs? Pourquoi publier ces pauvres explications, de la mère de G., de ses parents adoptifs; pourquoi s'attarder longuement sur le portrait de son frère Jean, petit délinquant devenu riche? Simone Oppliger répond en filigrane que la vie de chacun est un roman.
    " Comme au cinéma, comme dans les mauvais romans, mais ça n'est pas un roman, ni bon ni mauvais, c'est sa vie..."

  • Édition, en livre de poche, de l'un des grands succès d'Anne Cuneo, paru en édition originale, chez Bernard Campiche Éditeur, en 1990.
    .Les trouvailles heureuses abondent dans ce roman. Celle-ci me touche: Paola met au monde une fille, Francesca, en 1969. Fille de son mari ou de Stepan? Elle ne le saura que le jour de 1989 où, retrouvant à Paris Stepan qu'elle n'a jamais revu jusque-là, il lui semble rencontrer sa Francesca, qui se serait teint les cheveux en blanc!. Et ce n'est pas le seul endroit. Déjà, avec Station Victoria, Anne Cuneo avait réussi un coup de maître, parce que, comme dans Prague, elle accumule les difficultés, non par malice mais parce que tout romancier, au fur et à mesure que son travail progresse, doit choisir une manière de résoudre les problèmes posés par l'avance de la narration et la croissance des personnages; il peut recourir à des «trucs», et tricher, ou, comme les meilleurs et parmi eux Anne Cuneo, affronter la difficulté jusqu'à ce que la solution, la seule qui puisse convenir à l'oeuvre, soit enfin trouvée.

  • Emanuelle delle Piane est l'auteur de plus d'une vingtaine de pièces pour adultes et pour enfants, mais aussi de scénarios, de pièces radiophoniques et de nouvelles.
    Chacun de ses sujets est une manière de mettre le feu à des portraits de vie, avec du piquant et du mordant, du tendre parfois et de l'humanité toujours. Elle aime décaper les certitudes avec une ardeur farouche. A titre d'exemple Amours chagrines ou l'Ecole de la vélocité démontre à l'évidence la curiosité et l'audace naturelles de cette fine plume. En quarante petits drames, ses "dramuscules ", elle tente autant de variations sur un même thème.
    Elle chiffonne avec délices les vérités trop bien rangées dans les armoires des civilités conjugales. Et le sujet déride justement là où il fait mal. Ses dialogues sont constamment d'une belle vivacité. Elle sait construire les situations en des évolutions alertes et subtiles. Même dans les moments les plus dramatiques son humour affleure, comme pour donner du recul face aux tourments et au malheur. Elle sollicite avec justesse la part physique du comédien et offre aux metteurs en scène des partitions ouvertes et riches.
    Jean-Pierre Delorme dans une des notices cerne avec pertinence l'efficacité de cette écriture: " Car de cette pluie d'acide, on ressort étincelant, nettoyé, prêt à plus d'intelligence et de force. Et d'amour aussi."

  • L'itinéraire autobiographique d'une adolescente puis d'une jeune femme traquée par l'angoisse et la dépression.
    Elle essaie d'en sortir par la danse. Les plus belles pages du livre sont celles sur les cours et les auditions, cet univers de la danse classique, univers clos, asphyxiant et fascinant. [...] Le travail à la barre, le " dédale aveuglant du miroir " sont admirablement évoqués. (...) Elle a finalement abandonné la danse pour se consacrer à l'écriture et au tissage. Désir d'échapper à cette emprise, de se définir et de se " soigner " autrement ? En tout cas, un itinéraire et un texte attachants.
    Claude Pujade-Renaud. Heures claires Il est certains livres qu'on sent portés par une telle furia qu'ils nous persuadent aussitôt de leur nécessité profonde ; et c'est très précisément ce qui se passe avec Crève-l'Amour d'Asa Lanova, roman-confession d'une vibrante authenticité et d'une très remarquable tenue littéraire, où l'on voit une femme interroger son enfance, ses grandes espérances de jeune artiste promise à mille merveilles, et ses désarrois successifs pour tenter de s'y retrouver, étant parvenue aux confins du désespoir.
    Jean-Louis Kuffer Le Matin.

  • Ce livre est de ceux dont on lève à tout moment les yeux pour songer à sa propre histoire.
    C'est à la fois une longue balade sur les crêtes jurassiennes et par les sous bois d'un automne qui a valeur de symbole, et une étape décisive à la faveur de laquelle le protagoniste, aidé par les circonstances, fait le point sur son existence passée tout en scellant de nouvelles alliances... Personnage en disponibilité s'il en est, le héros de Jean-Pierre Monnier, pasteur comme l'était le protagoniste de La Clarté de la nuit, il y a trente ans de ça, fait profession d'écouter les autres après avoir renoncé à prêcher du haut de la chaire.
    Répondant aux désemparés qui n'ont plus qu'un numéro de téléphone à composer comme recours à la solitude ou au désespoir, il s'est fait voix parmi les voix, et l'on présume que ses réponses n'ont pas le tranchant de la certitude. Au demeurant, sa fonction de pasteur n'a qu'une importance très secondaire en l'occurrence, et le lecteur peu porté aux " momeries " n'a rien à craindre assurément... La rencontre d'une femme - qui nous vaut un portrait à fines touches, d'une étonnante qualité de présence -, le dialogue renoué avec un fils rebelle, la confrontation avec des témoins de son adolescence ou de sa jeunesse, enfin l'ultime chemin parcouru aux côtés de sa mère : telles sont les ponctuations de ce mois de la vie d'un homme dont les incertitudes et les hésitations, mais aussi les attentes et les ferveurs, font écho aux nôtres.
    Jean-Louis Kuffer Le Matin.

  • Beaucoup de choses se bousculent et se mettent en place au cours d'Infiniment plus, le roman d'Anne-Lise Grobéty.
    On pourrait définir le thème du livre comme un doublé mouvement de désarroi, de dispersion, de vertige et, inversement, de prise de conscience et maîtrise de soi. La contradiction, ou, pour mieux dire, le déchirement, est au coeur de ce beau récit intense, dramatique et fervent, à la fois tourné vers un passé qu'il tente de ressusciter avec des joies et des plaies, ses découvertes, et vers un présent, non pas apaisé, mais réconcilié...
    Georges Anex, Journal de Genève. Rares sont les romans face auxquels il conviendrait non pas d'aligner des mots mais de se taire. Infiniment plus est de ceux-là. Il ne s'agit pas ici d'un silence critique ou de réprobation, mais d'un silence de respect, d'admiration, osons le mot. Résumer Infiniment plus serait lui enlever l'essentiel, le vertige des mots, la perfection de phrases qui disent le douloureux cheminement d'une femme au bout d'elle-même.
    Anne-Lise Grobéty entre lentement dans son récit, en hésitant, se demandant par quoi il faudrait commencer et où est le commencement... Monique Balmer, Femina

  • Nous sommes en deux mille dix. Au mois d'octobre vient de se tenir, à Montreux, le XIIIe Sommet de la Francophonie. Le grand gala d'ouverture a été organisé par notre télévision suisse romande, en collaboration avec d'autres chaînes soeurs. Le titre de la soirée : Quarante ans, quarante tubes. On a donc pu voir, sur la scène prestigieuse de l'Auditorium Stravinski, de nombreux chanteurs (et chanteuses) français, des Québécois, des Belges, deux Africains, chacun interprétant une de ses propres compositions, ou à tout le moins une chanson de chez lui.
    La Suisse romande, la Suisse francophone, pays organisateur, a été représentée par un seul jeune artiste, Jérémie Kisling, à qui on a imposé de chanter une oeuvre immortalisée par Claude François (paroles du vaudois Patrick Juvet, d'accord...) : Le Lundi au soleil.
    On n'a pas entendu une chanson de chez nous.
    Ce mépris affiché, à l'égard de notre culture, par ceux qui devraient au contraire la promouvoir, cette ignorance abyssale de certains responsables, cette bêtise fièrement revendiquée, qui fait qu'on laisse dans l'ombre un vaste patrimoine, pour ne mettre en lumière que de clinquantes chansonnettes, dont le principal mérite est d'avoir été adoubées par le « showbiz » parisien, tout cela m'a légèrement irrité le poil des jambes.
    De là est né ce que vous tenez dans les mains.
    {.} Que l'on soit averti : je ne suis sûr de pas grand chose... je cherche, je doute. Je vais donc réfléchir à haute voix, lancer des suppositions... J'aimerais que vous me suiviez.

  • Jura

    Michel Bühler

    Ce texte a été publié, en 2005, dans un « beau livre » avec des dessins de Pierre Bichet.
    Ce qui nous unit ? Un rêve d'humanisme, des convictions politiques proches, une soif de parcourir la planète, tant que nous sommes vivants. Et puis - on pourrait dire d'abord - de profondes racines jurassiennes.
    C'est dire que j'ai été heureux lorsque l'on m'a proposé de faire un bout de chemin avec Pierre Bichet, tout au long de ce livre. Inquiet aussi : serai-je à la hauteur, vais-je savoir dire les paysages et les humains aussi bien qu'il les peint ?
    Dans ce qui va suivre, il ne s'agira pas forcément de commenter les oeuvres de Bichet, de les prolonger par le texte. La plupart du temps, comme le peintre fait des croquis - il m'en a montré de pleins carnets, aux pages attachées, se dépliant en accordéon - j'ai simplement tenté de jeter sur le papier des images, des souvenirs de notre haut pays. Avec, comme modeste ambition, d'accompagner Pierre Bichet le mieux possible.
    De faire découvrir et aimer notre Jura, et ses gens.

  • Les mots ont belle allure ou une sale gueule. Ils mènent une existence étonnante, parfois maudite, perdue en caniveaux, retrouvée en poèmes ou en dictionnaires. Ils ont une histoire avec chacun de nous. Les mots jouent entre eux, aussi.

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