Belin

  • L'amiral Georges Thierry d'Argenlieu est entré dans l'histoire sous les traits du « carme naval ». Incarnation à l'eau salée de l'alliance du sabre et du goupillon, il aurait déclenché la guerre d'Indochine en torpillant les efforts du général Leclerc en faveur d'une solution négociée avec Hô Chi Minh.
    Pourtant, la vie de ce très proche du général de Gaulle ne saurait se résumer à la légende noire d'un moine-soldat. L'homme est un marin qui a connu l'expérience de la Grande Guerre, un catholique intransigeant, un temps séduit par les thèses de l'Action française, résistant de la première heure, aux avant-postes de la France Libre ; la Seconde Guerre mondiale s'apparente pour lui à une croisade contre le nazisme et Vichy.
    Cette biographie, fondée sur des riches archives publiques et privées dont beaucoup sont inédites, est à la croisée de l'histoire navale, religieuse, politique et coloniale. Elle entend retrouver l'unité d'un homme et l'intransigeance d'une vie, sans éluder les interrogations soulevées par ce parcours singulier.

  • Détesté par les uns, adulé par les autres, Jean-Paul Marat est le plus controversé et le plus méconnu des grands acteurs de la Révolution française. Médecin et penseur au temps des Lumières, il subit l'hostilité ou l'indifférence de Voltaire et de Condorcet. Journaliste engagé, Marat illustre l'explosion de la presse d'opinion, le quatrième pouvoir, à travers son quotidien, l'Ami du Peuple, au fil de 685 numéros souvent censurés et publiés dans la clandestinité. Élu à la Convention, accusé d'aspirer à la dictature, associé à Danton et Robespierre, il est acquitté triomphalement par le Tribunal révolutionnaire, avant d'être assassiné, le 13 juillet 1793, par Charlotte Corday.

    Après sa mort, sublimée par le tableau de David, commence pour Marat une existence posthume, non moins agitée que la première. Héros d'un culte inouï rendu au « martyr de la Liberté » pendant la Terreur, il devient ensuite un anti-héros absolu, victime d'une « dépanthéonisation » spectaculaire. Dès lors, des mythes tenaces, des légendes inconciliables - dorée ou « maratiste », d'un côté, noire ou « anti-maratiste », de l'autre - s'affrontent et brouillent notre compréhension du personnage.

    Recentrant les analyses sur les documents et les archives, donnant la parole au principal intéressé, Serge Bianchi se propose de réduire, voire d'abolir, le fossé creusé entre ces mémoires si contrastées et la biographie de celui qui se voulut « l'Ami du Peuple ».

  • " Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner ", s'exclamait Maximilien Robespierre à la barre de la Convention la veille de sa chute, le 8 thermidor an II : la formule est caractéristique de sa passion et de son emphase. Elle fait partie de l'abondant florilège qui alimente aussi bien les critiques contre le tribun intolérant que les louanges envers l'homme politique intègre. Tellement intègre d'ailleurs, qu'il finit par agacer le Danton imaginé par Georg Büchner, qui lui lance : " Robespierre, tu es d'une probité révoltante ". Instigateur des horreurs perpétrées sous la " Terreur ", homme d'État rigide, implacable et déshumanisé pour les uns ; héros et héraut des droits de l'homme, dirigeant incorruptible, bouc émissaire pour les autres (moins nombreux cependant) : admirateurs ou contempteurs, rares sont les indifférents lorsque l'on évoque la figure de Robespierre.
    La Révolution française a transformé des anonymes en figures de premier plan. Robespierre est l'un de ces anonymes brusquement devenus célèbres. Comment un banal avocat d'Arras, promis à une traditionnelle carrière locale, s'est-il trouvé propulsé en quelques mois à l'avant-scène de l'actualité ? Comment a-t-il pu concentrer sur sa personne une bonne partie du ressentiment contre ce que l'on a appelé la Terreur ?
    Pour répondre à ces questions, Cécile Obligi a choisi de donner la parole au principal intéressé : Robespierre lui-même. Elle nous fait ainsi découvrir ou redécouvrir un orateur de grande classe et un penseur politique important, que la légende noire a fait oublier trop longtemps.

  • Mahomet naît à la fin du VIe siècle au sein des tribus du Hedjâz, dans l'ouest de l'Arabie. Orphelin dès l'enfance, il se lance dans le commerce caravanier, s'enrichit, mais s'avère insatisfait des cultes païens. Son existence bascule en 610 lorsqu'il entend une voix céleste lui ordonner de réciter un texte mystérieux, le Coran. Il devient alors le lecteur divin, celui qui appelle les gens de la Mekke à changer de vie devant l'imminence du Jugement. Raillé puis banni de sa cité, il trouve refuge à Médine, où son message rencontre un succès inespéré. Malgré les résistances des chefs tribaux, il organise la vie de la communauté, légifère et lance ses troupes à l'assaut de la Mekke, prélude à l¹unification de toute la péninsule.
    Les sources qui narrent son épopée et justifient son titre prophétique ne cessent d'interroger l'historien, car elles sont essentiellement musulmanes, donc partiales, et tardives, puisque rédigées entre le VIIIe et le Xe siècle. L'étude critique de cette documentation par la recherche moderne dévoile de multiples contradictions dans les récits, mettant au jour les « zones grises » de cette biographie officielle, parfois en opposition avec le Coran. La figure de Mahomet ressort de ces analyses plus complexe, moins monolithique.

  • Le long règne de Philippe Auguste (44 ans) a été d'une extraordinaire fécondité. Alors qu'à son avènement, le jeune roi de quinze ans ne contrôlait qu'une faible partie du royaume, à sa mort, sa souveraineté est largement reconnue. Philippe a réussi à enlever au roi d'Angleterre la Normandie, la Bretagne, le Maine, l'Anjou et l'Auvergne ; il a imposé son autorité au comte de Flandre et au comte de Champagne, et parfois même au pape ; il a réussi à vaincre une coalition dirigée par l'empereur germanique et a failli conquérir l'Angleterre... Dans le royaume, il a mis en place des baillis pour le représenter, il a augmenté ses revenus et il a structuré son gouvernement grâce à un petit nombre de fidèles conseillers. Il a développé Paris, qu'il a dotée d'une enceinte et dont il a renforcé l'Université.
    Ces réussites, Philippe Auguste les doit à son obstination, qui lui a permis de surmonter bien des revers, ainsi qu'au contrôle progressif de son tempérament impulsif, coléreux et inquiet. Cette biographie, fondée sur la richesse des chroniques et des documents d'archives retrace ce long cheminement d'un homme devenu roi de France à quinze ans, jeté au milieu de vassaux redoutables et éprouvé par la maladie contractée lors de la Croisade, mais qui finit par remporter d'éclatants succès politiques et militaires.

  • La Révolution française n'a pas seulement bouleversé la France et l'Europe, elle a aussi secoué les Amériques. De ces événements outre-mer, un nom se détache : Toussaint Louverture, esclave de Saint-Domingue devenu général de la République de cette colonie, meneur d'un mouvement d'émancipation des Noirs. Des générations d'historiens ont vu en lui le précurseur de l'indépendance d'Haïti et des mouvements de décolonisation. Lui-même a tout fait pour donner l'image d'un libérateur inspiré.
    Depuis un demi-siècle, les progrès de la recherche montrent de Toussaint Louverture un profil plus complexe. Certaines de ses attitudes trouvent une explication dans sa vie d'avant la Révolution, longtemps masquée ou inconnue et que l'on découvre peu à peu.
    Quand il entre dans l'arène politique, Toussaint a déjà une cinquantaine d'années. Il finit par devenir gouverneur à vie d'une colonie qui, avant 1789, était la plus prospère du Nouveau Monde ; il va s'efforcer de la remettre sur pied d'une poigne de fer. Jusqu'à se heurter à Bonaparte.
    Le parcours de Toussaint Louverture éclaire une page méconnue de l'histoire de France et des Amériques, une histoire à redécouvrir en ces temps de " mondialisation ".

  • Il y a 70 ans, Georges Pompidou devenait le principal collaborateur du général de Gaulle. Prisonnier du mythe gaullien, réduit à l'image du dauphin au destin brisé par la maladie, aujourd'hui Pompidou n'est plus pour beaucoup qu'un souvenir. Pourtant, il a été l'un des artisans les plus essentiels de la construction de la Ve République, d'abord en participant à la rédaction de sa Constitution, ensuite en en devenant le Premier ministre, de 1962 et 1968, enfin en succédant au général de Gaulle, en 1969, à la tête de l'État.
    Au-delà des événements exceptionnels qui ont jalonné son existence, cette biographie invite à pénétrer l'univers pompidolien à travers le regard qu'il pose sur le monde de son temps, un regard qui l'invite à privilégier un perpétuel questionnement entre sphère publique et espace privé, tradition et modernité.
    En s'appuyant sur quantité de documents inédits, les auteurs révèlent un homme d'État majeur, un témoin et acteur singulier d'une période faste, dont la vision du progrès se nourrit d'une certaine conception de la société. La liberté intellectuelle de Pompidou lui a permis de choisir et d'agir en faveur de la construction d'un bien commun au sein de la Nation française et de l'Europe.

  • Anne d'Autriche ? L'évidence s'impose à l'historien : trop de romanesque, trop de secrets, trop de partis pris entourent encore la figure de la mère de Louis XIV, longtemps victime de jugements péremptoires, d'accusations extravagantes, de présentations caricaturales. Peu de personnages de l'histoire de France conservent autant leur mystère qu'Anne d'Autriche.
    Le présent ouvrage ne s'engage pas à lever tous les secrets de la reine. Son objectif est ailleurs : sans évacuer ce qui constitue malgré tout la trame connue de sa vérité humaine, charnelle autant que psychologique, il cherche à atteindre la vérité politique du personnage - la seule qui compte vraiment - et qui se résume en cette interrogation : Anne d'Autriche fut-elle, oui ou non, une grande reine ?
    Anne d'Autriche ? Ni cocotte, ni bigote. Balayons nos idées préconçues. Voilà les premiers coups de pinceau d'un portrait politique jusqu'ici négligé.

  • Jamais roi de France n'a été mieux obéi ni aussi craint que Louis XI à la veille de sa mort, en 1483. Le domaine royal s'est agrandi de moitié, aux dépens des grands fiefs et des apanages. Les frontières du royaume ont été repoussées vers le Nord, l'Est et le Sud. Que d'épreuves, cependant, pour en arriver là ! Louis XI dut sa victoire à sa volonté, qui lui permit de triompher de tous et d'abord de lui-même. Loin d'avoir été une machine froide et efficace, au service exclusif de l'état et de la construction de la nation française, Louis XI était un homme anxieux, impatient, dominé par ses passions. Sans la force de l'institution monarchique française, sans la puissance démographique et financière du royaume, les nombreuses fautes politiques qu'il commit à son avènement lui auraient sans doute été fatales. Après un début de règne calamiteux, les maladresses et l'arrogance de Louis XI suscitèrent contre lui la ligue du Bien Public, formidable coalition qui fit chanceler son trône. Au Bien Public succédèrent les complots princiers, le grand duel avec Charles le Téméraire, les menaces d'invasion anglaise. En rupture radicale avec l'idéal de « bon gouvernement» de son temps, Louis XI sacrifia tout à sa volonté de puissance, le droit, la justice, et parfois l'honneur. À la suite de ses prédécesseurs, il étouffa tout ce qui pouvait limiter l'absolutisme naissant de la monarchie française. Les succès et les échecs du roi sont à la mesure de sa personnalité exceptionnelle et violemment contrastée. Leur étude contribue à rendre à Louis XI son originalité et son humanité.

  • Guillaume le Conquérant est un personnage emblématique du Moyen Âge européen. Orphelin de père dès son plus jeune âge, héritier réputé illégitime des ducs vikings, Guillaume a réussi, avant même sa vingtième année, à s'imposer comme l'un des principaux acteurs de l'échiquier politique de la France du XIe siècle. Maîtrisant l'aristocratie normande, tenant tête au roi capétien, nouant de puissantes alliances, s'associant opportunément à la Réforme grégorienne, sachant s'entourer de chevaliers fidèles et de clercs savants, Guillaume le Bâtard est parvenu à bâtir ce qui demeure un modèle de principauté médiévale. Sa conquête de l'Angleterre en 1066 a profondément et durablement influé sur le sort de l'Europe.
    Pourtant, à chaque étape de sa vie, les périls menacent, près d'emporter l'édifice patiemment construit. Des guerres, des trahisons, des révoltes, Guillaume viendra à bout grâce à sa formidable capacité à retourner les situations les plus désespérées en victoires providentielles. Loin de la légende noire qui influencera la plume de Walter Scott ou de la légende dorée que les histoires médiévales ont édifiée, Guillaume nous apparaît tout à la fois flamboyant et calculateur, énergique et manipulateur, faisant sienne la formule antique : « Il contenait les lois par les armes et les armes par les lois. »

  • Jean-Jacques Régis Cambacérès (1753-1824) connut un parcours exceptionnel : simple conseiller maître à la cour des comptes, aides et finances de Montpellier en 1789, il parvint, dix ans plus tard, à se hisser à la deuxième place de l'État, devenant sans le titre le véritable Premier ministre du Consulat et de l'Empire.
    Authentique produit des Lumières, très attaché aux innovations révolutionnaires, il réussit à faire paraître, après bien des difficultés, le Code civil qui fonde encore une bonne partie du droit français. Il sut trouver bien des compromis pour rétablir et maintenir la paix civile en France. Sa tâche n'était pas facile : il était aux prises avec les circonstances dans un pays profondément divisé, mais aussi avec Napoléon, dont il régula souvent les emportements. Homme d'une prudence extrême, il acquit une véritable expertise dans l'art de survivre à la plupart des changements de régime... et dans celui de faire fortune. Sa circonspection finit-elle par le trahir ? En tout cas, sa réputation de girouette débauchée et gloutonne lui a survécu. Le paradoxe d'une telle injustice est, pour le moins, matière à réflexion.

  • A travers une réflexion sur le destin et les idées d'Hubert Lyautey (1854-1934) - officier colonial, gouverneur, ministre, académicien, maréchal de France, théoricien militaire et promoteur d'un catholicisme social rénové - cet ouvrage entend dépasser la seule approche biographique pour s'intéresser à une dimension plus singulière de cette grande figure, celle du « héros colonial ». La formulation peut sembler datée et rappeler les images d'Epinal : pourtant, au début du XXe siècle, nul mieux que Lyautey n'a su incarner les valeurs et les ambitions de cette République coloniale, exaltant sa mission civilisatrice. Véritable proconsul, Lyautey façonne le protectorat français au Maroc après avoir, au Tonkin, à Madagascar et en Algérie, contribué aux côtés du général Gallieni et d'autres, à la construction de « la plus grande France ».
    Reçu à l'Académie française en 1912, promoteur de l'exposition coloniale internationale de 1931, Lyautey semble l'enfant chéri d'une République inspirée par Jules Ferry, en quête d'un modèle alternatif au seul « régime du sabre». L'homme est unanimement décrit comme séduisant, héros tout en panache et en formules ciselées d'une certaine épopée coloniale, largement médiatisée. Mais le portrait académique du maréchal éclipse parfois la singularité du personnage, monarchiste impénitent et officier volontiers hétérodoxe, au temps d'une IIIe république encore fragile.
    Cet ouvrage, au confluent de l'histoire de la colonisation, de l'histoire politique et de l'histoire des représentations, entreprend donc de retracer la vie et les idées du maréchal Lyautey, au crible du héros colonial.

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