Littérature traduite

  • Le roi sejong (1418-1450), quatrième monarque de la dynastie des yi fondée en 1392, créa en 1420 le " palais des sages réunis ", académie des lettres et des sciences à laquelle il confia plusieurs travaux, dont le reflet de la lune se reflétant dans les mille fleuves.
    Ce livre est donc le fruit du travail collectif d'une équipe de lettrés, mais le véritable inspirateur, instigateur et auteur de ce monument de la littérature coréenne classique est bien sejong, le " roi-soleil du matin calme ". cet ouvrage fut écrit à la mémoire de sa mère, fervente bouddhiste, pour glorifier le bouddha, à une époque où la classe dirigeante était confucéenne dans l'âme et n'avait que mépris pour le bouddhisme accusé d'être en partie responsable du déclin de la dynastie précédente.
    Le chant de la lune se reflétant dans mille fleuves (wôrin ch'ôngang chigok) a été composé avec le nouvel alphabet coréen, le hangûl, en 1443, c'est-à-dire trois ans avant la promulgation officielle de celui-ci. il faisait partie d'une série d'ouvrages qui servaient à tester cette nouvelle écriture nationale, essai qui s'avéra concluant, pour ne pas dire brillant.

  • Le 22 janvier 1958, tout juste de retour de stockholm où il vient de recevoir le prix nobel de littérature, albert camus s'en va rejoindre les républicains espagnols en s'exclamant à leur endroit : " je ne vous abandonnerai jamais et je resterai fidèle à votre cause ! " d'origine espagnole par sa famille maternelle, il n'en connut pas d'autre.
    Il aimait avec " désespoir " cette mère fragile, et ce fut en ces termes qu'il exprima son amour pour l'espagne. il en éprouva le drame alors que ce pays était plongé en pleine guerre civile. jeune journaliste à alger, il le ressentit comme une " tragédie personnelle ". laver cette humiliation infligée par les ennemis de la liberté fut pour lui à la fois la plus amère des motivations et la plus grande des frustrations.
    L'écrivain souligna l'irresponsabilité des nations alliées lors du conflit mondial face à l'attitude du " plus orgueilleux des peuples ", face à cette nation où " l'honneur avait encore tout son sens ". l'europe n'existerait " jamais sans l'espagne ". ainsi réalisa-t-il des créations impérissables à sa gloire, et mobilisa-t-il les grands intellectuels français et étrangers. le long et profond amour qui l'unissait à la grande actrice espagnole maria casarès fut encore une forme raffinée de son amour pour l'espagne.
    En tant qu'étranger, l'engagement qui le lia à cette " espagne éternelle " n'eut pas de précédent. ce livre répond à un double propos : suivre camus dans son désir fou et entêté de s'affronter aux géants qui offensèrent la terre de ses ancêtres. et analyser l'énorme impact que l'espagne eut dans son oeuvre, une initiative qui n'a, tout comme la précédente, jamais été une source d'inspiration pour les essayistes et spécialistes de l'auteur.
    C'est ce à quoi nous avons souhaité remédier, afin d'appréhender ses écrits sous un jour nouveau. on pourra ainsi affirmer qu'albert camus fut un espagnol, c'est-à-dire un " des leurs "...

  • La poésie de Bruno Rombi, distendue entre un sublime inspiré par la leçon de Dante et la chronique d'une actualité triviale - comparable à celle dont se nourrissaient naguère les poèmes de T.S. Eliot - , à la fois " intimiste " et " citoyenne ", oscille entre les confidences pudiques d'un désespoir tout personnel et l'invective puissante à l'adresse de nos contemporains. Elle tient le pari d'un engagement polémique - et colérique ! - dans le réel moderne ou " postmoderne " si dépourvu de toutes convictions réelles. Dans son élan de foi, dans sa nostalgie de transcendance et de sacré, elle fait se refléter dans le miroir de nos culpabilités collectives la prédiction d'un avenir où véritablement notre humanité sera enfin découverte.

  • La mousson

    Yun

    Écrites au cours des années soixante-dix, ces nouvelles montrent la vie quotidienne des gens humbles - ouvriers, journaliers - de la campagne ou de Séoul, sacrifiés par le régime autoritaire de Pak Chônghûi sur l'autel de la croissance économique à tout prix, et marginalisés par les changements de la société sud-coréenne.
    Dans une langue alerte, souvent celle des provinces du Sud, aux intonations fortes et chaleureuses, et avec un humour volontiers corrosif, Hûng-kil Yun inscrit ses personnages entre un réel tragique et une dimension dans laquelle le plus modeste accède au rôle de héros.

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