Sylviane Roche

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    Sylviane Roche

    Quand on dit savoir-vivre, politesse, bienséance, code social, certains entendent atmosphère guindée, contrainte, artificielle, empreinte d'hypocrisie.
    Il s'agirait aussi de préoccupations dépassées et ringardes. Notre société d'aujourd'hui serait bien au-delà (ou au-dessus) de ces questions surannées. Le succès, depuis plus de trois ans, de ma chronique hebdomadaire du Temps dément absolument cette analyse. Toutefois, les sciences humaines nous ont apporté de nouveaux instruments et un nouveau regard. Il ne s'agit plus d'être uniquement normatif, de dire " cela se fait, cela ne se fait pas", mais d'essayer de comprendre pourquoi.
    D'essayer aussi de tenir compte de l'évolution des règles dans le temps et de différences dans l'espace. Ces règles font maintenant l'objet d'études très sérieuses dans plusieurs universités. Mon regard, certes, ne prétend absolument pas arriver au niveau de la recherche sociologique. Mais c'est ma passion pour l'être humain dans tous ses états qui est à l'origine de mon intérêt pour ces questions de vie sociale, et ma démarche n'est pas loin de celle qui m'a, naguère, amenée à écrire quelques romans.
    Car le savoir-vivre est loin de n'être qu'une simple liste de conventions sociales surannées. Il constitue la base de la vie sociale. " Comprendre la politesse, comment et pourquoi elle fonctionne, savoir ce qui la sous-tend et à quoi elle sert, c'est pénétrer au coeur même des cultures, et c'est aussi comprendre la logique profonde qui préside aux relations humaines."

  • Chaque mois, vers le 15, je commence à paniquer.
    Vers le 20, j'ai des troubles du sommeil, je me réveille en sursaut, je me tourne et me retourne dans mon lit. Ma tête est vide, pas une idée, c'est l'horreur. C'est clair, c'est évident, je n'ai RIEN à dire. Et d'ailleurs, je sens bien que c'est dé-fi-ni-tif, que je n'aurai JAMAIS plus rien à dire... Et pourtant, le délai approche, c'est après-demain, c'est demain, c'était avant-hier ! Et je n'ai toujours pas envoyé mon texte pour PrOfiL femme ! Un conte tous les mois ! C'est de la folle ! Cela tourne à l'idée fixe.
    Je scrute ma propre vie, je bassine mon entourage, je mendie des suggestions, des idées, des histoires. J'utilise mes amis, mes hommes, mes enfants, je les vampirise même. Je me vois, désormais, à l'affût de ce qu'ils me racontent, de ce qui leur arrive, de ce qui peut, à leur insu même, me fournir une matière pour le " conte psy " de PrOfiL, mon obsession. Je suis désormais rivée à ma chronique comme Sisyphe à son rocher...
    Mes amis supporteront-ils longtemps encore la cannibale avide d'aventures fraîches que je suis devenue ? Et moi, jusqu'à quand vais-je endurer de cohabiter, au coeur même de mes émotions, avec ce double cynique qui saisit son stylo quand je voudrais tendre les bras ou sortir mon mouchoir ?

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