Philosophie

  • Depuis l'Antiquité, l'Âme du monde constitue une figure majestueuse des courants philosophiques et spirituels. Après Platon qui, dans le Timée, décrit le monde comme possèdant une âme qui a pour principale fonction de justifier les mouvements régulier des corps célestes, puis les stoïciens, qui identifieront l'Âme du monde à la divinité elle-même, ce fut au tour des néoplatoniciens, des alchimistes de la Renaissance, des philosophes romantiques et des métaphysiciens de l'Orient d'attribuer à l'Âme une fonction essentielle dans l'ordonnancement du cosmos et des êtres. Retrouver aujourd'hui le sens et les chemins de l'Âme du monde apparaît, aux yeux de toute une lignée de poètes, de visionnaires, d'artistes, de scientifiques, de philosophes, comme une exigence spirituelle, une nécessité morale, un impératif de survie.

  • Si Platon l'a célébrée, l'Âme du monde le fut aussi, plus tard, par d'autres traditions métaphysiques. Elle est l'anima mundi des Chrétiens du Moyen Age, la nafs al-Kuliyya (l'Âme universelle) des Musulmans, la shakti de l'Inde. Nos philosophes nous disent qu'elle est Médiatrice entre, d'une part, le monde de la matière dans lequel nos corps se meuvent, et d'autre part, l'Intellect et, au-delà de lui, la transcendance de l'Un. Aucune parole rationnelle humaine ne peut saisir l'Essence, l'Origine ultime. Médiatrice, l'Âme du monde est cette immanence et cette présence du divin, elle tient son rang de liant universel.
    L'abandon de l'Âme et de l'Âme du monde n'a pas seulement généré la crise écologique, elle a aussi eu des conséquences sur la représentation sociale occidentale du monde et de ses diverses sociétés. Carl Gustav Jung était conscient de cette déformation. En 1928, dans Problèmes de l'âme moderne, il écrivait ces lignes qui gardent, encore aujourd'hui, leur pertinence : « L'âme de l'Occident se trouve dans une situation critique, d'autant plus critique que nous préférons encore les illusions de notre beauté intérieure à la plus impitoyable vérité. L'Occidental vit dans un véritable nuage d'ivresse individuelle qui tend à lui dissimuler son vrai visage. Mais que sommes-nous pour les hommes d'autres couleurs ? Que pensent tous ceux que nous exterminons par l'eau-de-vie, les maladies vénériennes et le continuel vol de leur terre ? ».
    Retrouver le chemin de l'Âme du monde, c'est donc incontestablement se donner la possibilité de faire advenir un monde de la réconciliation par-delà les dualismes qui déchirent l'unité du monde. C'est ce que tente de nous démontrer dans ce livre Michel Cazenave et Mohammed Taleb.

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