Littérature argumentative

  • Ton coeur a la forme d'une île Nouv.

    « Ce sentiment d'appartenance comme un joyau et une blessure, de celles qui viennent de loin. De générations humiliées, de populations déplacées, massacrées. Je suis corse, sò corsa, je le clame, je le chante, je le soupire. Je le porte en étendard, en oeillères, parfois, en mot d'amour, toujours. C'est ce qui me constitue, ma colonne vertébrale, ne faisant pas l'économie des clichés : brune, petit format, traits à la serpe, yeux noirs, souvent vêtue de noir, caractère trempé. Quelle est la part de la génétique et celle de l'effort à coller à l'image du mythe ? ».
    Être ou ne pas être Corse, telle est la question posée dans cet objet littéraire pluriel - comme peut l'être la définition d'une identité. Après On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi aborde son lien avec cette île à la culture si singulière, en mêlant histoire, entretiens, fiction et passages autobiographiques.
    Enquêtes personnelle et collective se superposent pour illustrer le ressenti des Corses insulaires et de ceux de la diaspora quant à leurs racines, leur langue, leur culture, leur perception des poncifs sur l'île : ils sont à double tranchant, entre le rejet méprisant des insulaires tenant d'une forme de racisme et la fascination pour un ailleurs si proche et sa beauté sauvage, ainsi transformé en exclusif lieu de loisirs. Revenant sur l'histoire contemporaine, Laure Limongi explique la constitution du stéréotype du Corse fraudeur et violent après la Seconde Guerre mondiale, sur fond de désastre écologique, de bouleversements politiques et de revendications sociales. Et l'on retrouve Laví Benedetti, personnage fort en gueule et attachant du précédent livre, dont le destin est ici éclairé par les dérives des combats de son époque.
    Ton coeur a la forme d'une île nous emporte dans une traversée qui lève nos préjugés à mesure que l'on découvre une histoire méconnue. Une magnifique réflexion sur la notion d'identité comme un feuilletage mouvant, ouvert à l'altérité, et non un carcan sclérosant fermé sur ses traditions.

  • Indociles

    Laure Limongi

    Comment parler des livres qui nous font battre le coeur sans parler de soi ? La lecture engageant toute la vie du lecteur, Laure Limongi, écrivain et éditrice, mêle, dans ce manifeste esthétique, l'autobiographie à l'analyse. Cette vision subjective est aussi celle de la collection « Laureli » qu'elle dirige depuis six ans.
    Les quatre auteurs qu'elle fait entrer dans ce panthéon contemporain, Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker et B.S. Johnson, ont en commun de renouveler sans cesse la forme et les codes. Écrivains indociles, ils représentent une littérature qu'on dit exigeante mais dont Laure Limongi montre la lisibilité, la générosité, la contagieuse énergie. Quatre versions d'une même aventure, quatre manières, irrévérencieuses et émouvantes, d'explorer les chemins les plus inattendus de la création.

    Laure Limongi est née en 1976 à Bastia et vit à Paris. Elle a notamment publié Fonction Elvis (2006) et Le Travail de rivière (2009).

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