Jean-Claude Croizet

  • Comment l'école interprète-t-elle les facilités et les difficultés d'apprentissage des élèves ? Comment cette interprétation influence-t-elle leur scolarité et l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes ? Les résultats de l'enquête -menée pendant plusieurs années dans des écoles maternelles, pour l'essentiel - présentée dans ce livre permettent de répondre à ces questions. En croisant les regards sociologique et psychosocial, Mathias Millet et Jean-Claude Croizet décortiquent le quotidien des classes et révèlent comment les difficultés cognitives, pourtant nécessaires aux apprentissages, sont transformées en un problème.
    Ils montrent que ces premiers apprentissages scolaires sont aussi, pour les élèves, une première confrontation aux inégalités. L'étude met en évidence les logiques quotidiennes d'une violence symbolique par laquelle élèves comme enseignants se persuadent que les verdicts scolaires disent la valeur des individus. Elle montre comment ces élèves et ces enseignants développent, dès l'école maternelle, des interprétations qui personnalisent les "échecs" ou les "réussites" et, ce faisant, les détournent des apprentissages.
    Cet ouvrage contribue ainsi de manière décisive à l'analyse de la manière dont l'école réduit ou augmente les inégalités sociales.

  • Un stigmate, au sens originel, c'est une marque corporelle, gravée selon une pratique très ancienne au couteau ou au fer rouge. Le stigmate identifiait son porteur - criminel, félon - et était à la fois le témoin et le moyen de sa mise au ban. Dans nos sociétés modernes, des stéréotypes, une perception péjorative de la différence, une «  mauvaise réputation » sont trop souvent encore accolés à de nombreuses catégories de personnes - étrangers, obèses, SDF, handicapés, gens du voyage, etc. - et fonctionnent comme autant de stigmates et contribuant à leur exclusion.Le fait est connu. Ce qui l'est moins, et qu'il est pourtant essentiel de prendre en compte si l'on veut sortir de la condescendance et du discours idéologique, même bien intentionné, c'est la manière dont les stigmatisés voient le monde environnant, ce qu'ils ressentent, l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes, les stratégies qu'ils mettent en place pour échapper à ce stigmate, ou en jouer face à la société.Première synthèse des recherches de psychologie sociale sur la stigmatisation, le présent ouvrage aborde de front cette problématique. Au fil d'un parcours toujours respectueux - sous l'angle épistémologique comme sous l'angle éthique - des groupes et individus étudiés, il casse les à-peu-près, démonte les visions faussées et montre que les effets de la stigmatisation sont beaucoup plus subtils, complexes et pernicieux encore qu'il n'y paraît au premier abord. Jean-Claude Croizet, docteur en psychologie, enseigne la psychologie sociale à l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Il étudie l'impact de la stigmatisation sur les performances scolaires au laboratoire de psychologie sociale de la cognition (UMR CNRS 6224). Jacques-Philippe Leyens est professeur de psychologie sociale à l'université catholique de Louvain-La-Neuve (Belgique). Ancien président de la European Association of Experimental Social Psychology, il mène actuellement des recherches sur les conflits entre groupes.
    Stigmatisation et estime de soi. Émotions et groupes stigmatisés. Perceptions différentes des discriminations individuelle et groupale. Les explications cognitives. La menace du stéréotype. Les enseignants contribuent-ils aux inégalités sociales ? La construction sociale et scolaire du stigmate. Stigmates sociaux et comparaisons interpersonnelles. Laffirmation de soi et du groupe chez les personnes stigmatisées. Stigmatisation et mouvements sociaux. Conclusions générales : Les raisons d'espérer.

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