Ernst Cassirer

  • Le mythe de l'etat

    Ernst Cassirer

    Avril 1945. Ernst Cassirer achève peu avant de mourir Le mythe de l'État : un ouvrage réalisé à la demande de ses amis afin de tenter de comprendre les origines et les causes du nazisme. Sans jamais prétendre réduire le tragique de l'Histoire, mais sans renoncer non plus à toute explication, il invite la modernité à repenser son rapport au mythe. Les déformations qu'il fait subir à la pensée ne sont-elles pas la préfiguration, voire la caution, des violences politiques qui viennent ensanglanter les sociétés ? L'obscur besoin d'ordre qu'il véhicule et qui hante les fondements de la culture n'est-il pas responsable de la transformation de celle-ci en cauchemar, lorsqu'elle s'avise de ne plus lui résister mais de se confondre avec lui ? Le XXe siècle n'a-t-il pas basculé dans le tragique parce que subitement la culture s'est mise à célébrer le culte du héros, de la race et de l'État tout en versant dans un pessimisme dénigrant la Raison ? Ce livre peut être considéré, à bien des égards, comme le testament philosophique de l'un des plus grands penseurs de ce siècle, et en tout cas du plus digne héritier des Lumières. Livre savant attaché à reconstituer la mémoire de la Raison en refaisant l'histoire de toute la pensée politique, c'est aussi un livre de philosophe plaidant, à travers une critique du mythe, pour que la raison politique ne déroge pas à la plus haute de ses fonctions : réaffirmer la culture contre les tentations d'ériger l'idéologie, et donc la violence, en raison.
    Pour Cassirer, trois cultes particuliers ont propagé la déraison en politique : 1/ le culte du héros qui défend la nécessité de dirigeants politiques forts, voire d'hommes providentiels ; 2/ le culte de la race, véhiculé par Gobineau ; 3/ la conception hégélienne de l'État, dans laquelle l'institution étatique n'a pas à être limitée par les droits individuels, car elle est une réalité suprême, transcendante, divine, qui n'a sa finalité qu'en elle-même. Cassirer reproche à cette théorie de fournir une justification à la toute-puissance de l'État totalitaire.

  • Essai sur l'homme

    Ernst Cassirer

    • Minuit
    • 1 Septembre 1975

    Dans essai sur l'homme, ouvrage qu'il écrivit à la fin de sa vie, ernst cassirer présente une théorie générale du mythe et de la religion, du langage, de l'art, de l'histoire et de la science qui se fonde sur une théorie unitaire de la fonction symbolique : en plus d'un point, cassirer précise et nuance les acquis de ses recherches antérieures - par exemple en ce qui concerne la relation entre sa théorie du symbolisme et le structuralisme linguistique - en même temps qu'il en systématise les résultats.

  • " la philosophie des formes symboliques " est une tentative pour fonder une philosophie de la culture - la culture non seulement entendue comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l'usage de l'outil et les troubles du langage (tome i) que les cérémonies religieuses et l'organisation d'une cité (tome ii) ou la pensée scientifique et ses catégories (tome iii).


    A l'interprétation " allégorique " des produits culturels, qui s'efforce de les rapporter à une instance extérieure, ce qui a pour effet d'annihiler leur spécificité et leur diversité, cassirer veut substituer une interprétation symbolique. la fonction symbolique, la " forme symbolique ", n'est donc rien d'autre que la loi de production de ces produits, l'orientation générale qui, par exemple, transforme une pratique magique en geste religieux, et qui confère à un objet resté identique un sens inédit.
    On abandonne ici les lois universelles de la nature humaine puisque, à l'inverse, ce sont les lois de production elles-mêmes, les " formes symboliques ", qui distinguent et définissent (génétiquement, à la manière de spinoza) les domaines culturels.

  • La philosophie des formes symboliques est une tentative pour fonder une philosophie de la culture - la culture non seulement entendue comme la pensée théorique et l'activité artistique, mais aussi comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l'usage de l'outil et les troubles du langage (tome i) que les cérémonies religieuses et l'organisation d'une cité (tome ii) ou la pensée scientifique et ses catégories (tome iii).

    Il s'agit pour cassirer d'écarter à la fois la spéculation philosophique du xixe siècle avec son discours historique sur l'absolu (même si hegel et schelling sont souvent présents dans le discours cassirérien), et la psychologie empirique qui rapporte l'ensemble des productions humaines à certains lois de la " nature humaine ". dans un projet qui n'est pas sans rappeler husserl, cassirer entreprend de fonder un discours rigoureux sur les manifestations culturelles de l'homme (ce qu'il appelle une " phénoménologie de la culture ") qui ne rapporterait pas celles-ci à " autre chose ", à un terme substantiel, une instance ultime et extérieure.
    Le langage, par exemple, doit être compris en tant que tel, dans la spécificité de sa nature et par sa légalité propre.

  • Cassirer a mis un terme à l'aveuglement qui déniait toute activité philosophique à la vaste période de renaissance des lettres et des arts qui s'ouvre au XVe siècle avec Nicolas de Cues, premier théoricien du monde infini et s'achève en 1600 avec le supplice de son disciple Giordano Bruno. Cette philosophie était à déceler et à restituer dans sa vraie nature et son ampleur au prix d'un déchiffrage du riche tissu d'allégories poétiques et plastiques où se détache le ferme dessin du Microcosme, l'Homme de l'Humanisme, prenant possession du monde, ancêtre du Cosmotheoros des derniers textes de Kant.
    L'humanisme est questionnement universel, foisonnement littéraire, éclat de l'érudition, élargissement de l'horizon... Mais il ne le serait point sans la puissante armature intellectuelle de sa philosophie. Au-delà des riches et pittoresques figures de ces temps d'éclosion apparaît l'unité systématique de la pensée qui a produit le monde moderne.
    Les deux textes donnés en complément, De la pensée de Nicolas de Cues et Le Sage de Charles de Bovelles, sont, plus que des documents, les pièces à conviction de ce procès en réhabilitation de la philosophie de la Renaissance.

  • Rousseau, Kant, Goethe

    Ernst Cassirer

    • Belin
    • 22 Mars 2011

    NOUVEAUTÉ Lettres / Sciences humaines ????????????????







    Présentation de l'ouvrage Ce volume réunit deux ultimes essais d'Ernst Cassirer, parus initialement en 1945 (année de la mort de leur auteur). Consacrés à Rousseau, Kant et Goethe, trois figures essentielles du Siècle des Lumières, et aux relations entre leurs pensées, ces textes sont d'une précision et d'une subtilité insurpassables. Mais, en filigrane, l'auteur de la Philosophie des Formes symboliques revient aussi sur lui-même et sur l'effort de pensée de toute une vie.
    " C'est en allemand - souligne Jean Lacoste dans sa préface - qu'il rédige ces deux monographies ... comme si [...] il avait voulu arracher aux ruines et préserver des menaces de la barbarie nazie ce qu'il y avait de plus précieux, de plus humain, de plus "européen" dans la culture allemande. " Cet ouvrage est la réédition en poche d'un livre publié en 1991 dans la collection " L'Extrême contemporain ", dirigée par Michel Deguy.

    Présentation des auteurs Ernst Cassirer (1874-1945) fut l'un des philosophes majeurs du XXe siècle. Né en Silésie à Breslau (aujourd'hui territoire polonais), il fut titulaire de la chaire de philosophie de l'université de Hambourg, puis recteur de cette même université en 1929. Il fuit la montée du nazisme en 1933 et part enseigner à Oxford (1933-1935), en Suède (1935-1941), à Yale (1941-1944) et enfin à Columbia (1944-1945). Son oeuvre, rattachée au néo-kantisme et à l'École de Marbourg, explore les relations entre les sciences dures et les sciences de l'esprit, la nature du symbole et l'histoire de la philosophie.
    Jean Lacoste, traducteur et préfacier de cet ouvrage, est un essayiste germaniste français, docteur en études germaniques et agrégé de philosophie. Il est également l'auteur d'essais sur Walter Benjamin (2005) et sur Goethe (2007).

    Points forts - oeuvre brève, pédagogique, portant sur trois auteurs qui sont incontournables pour les étudiants en littérature et philosophie.
    -Présence du siècle des Lumières dans toutes les disciplines des sciences humaines.
    - Seule traduction française disponible de ces deux essais-testaments, qui synthétisent la pensée de Cassirer.
    Public concerné Philosophes, historiens, littéraires, étudiants en littérature et philosophie Dans la même collection ???????????????????????????????????????????????????

  • La philosophie des formes symboliques est une tentative pour fonder une philosophie de la culture - la culture non seulement entendue comme la pensée théorique et l'activité artistique, mais aussi comme la pratique humaine en général, ce qui inclut aussi bien l'usage de l'outil et les troubles du langage (tome i) que les cérémonies religieuses et l'organisation d'une cité (tome ii) ou la pensée scientifique et ses catégories (tome iii).
    Répondant dans une certaine mesure à des objections d'heidegger, cassirer entreprend de définir le statut de son discours philosophique - discours " critique " au sens kantien, qui s'efforce de dégager les catégories fondamentales de la pensée humaine - par rapport à ce qui en est l'origine même, la pensée scientifique et ses catégories. quelle est la place de la science et la légalité scientifique dans le système en construction des formes symboliques, des fonctions culturelles (notamment par rapport à la pensée mythique) et quel est le statut du discours " philosophique " qui tente de construire et d'unifier ce système ? faut-il considérer le discours scientifique comme le modèle ultime (historiquement et structurellement) des formes symboliques ?.

  • L'oeuvre de Cassirer nous offre une vision pluraliste du XVIIIe siècle. Sous cet éclairage, Rousseau redevient citoyen de Genève et Bayle le banni de Rotterdam, le cartésianisme se fait principalement hollandais et Voltaire l'interprète de Newton. Pour Cassirer, le XVIIIe siècle est ce foisonnement convergent qui rompt les frontières nationales comme les frontières de langues, de classes ou de disciplines.

    Dans cette brillante synthèse, Cassirer s'emploie à balayer les poncifs. Certes, le XVIIIe siècle est le siècle politique, mais il est aussi un grand siècle religieux: celui de la lutte contre l'intolérance et la superstition, celui, surtout, de l'élaboration des fondements de la foi. Siècle qui marque la naissance de l'esprit historique, le XVIIIe a le sens de la relativité des valeurs. Enfin, il est le siècle de l'esthétique: toute théorie de l'art en viendra.

    Ernst Cassirer (1874-1945) fut professeur à Hambourg. Il démissionna en 1933 et enseigna ensuite en Suède puis aux Etats-Unis. La Philosophie des Lumières est le dernier ouvrage qu'il publia en Allemagne.

  • Liberte et forme

    Ernst Cassirer

    • Cerf
    • 17 Octobre 2001

    Achevé dans l'urgence et publié au milieu de la Première Guerre mondiale, le présent ouvrage tranche pourtant radicalement avec l'abondante littérature de circonstance qui, en Allemagne comme en France, visait avant tout à conforter l'intransigeance des belligérants.
    En retraçant la lente émergence, à partir de la Renaissance et de la Réforme protestante, d'une problématique culturelle allemande irréductible, en dépit de la circulation incessante des idées, aux aspirations fondamentales des autres peuples européens, Ernst Cassirer ne se propose nullement de démontrer la supériorité spéculative de la culture germanique, mais cherche seulement à rendre compte de la cohérence interne d'une quête spirituelle enracinée dans une certaine conception de l'individualisme religieux.
    C'est en effet la question de l'individu qui domine les débuts de la science en Allemagne ; et c'est toujours elle qui oriente le dépassement de la métaphysique leibnizienne par l'interrogation esthétique puis historique, chez Baumgarten, Lessing, Herder et Winckelmann.
    Pensé avec Kant comme synthèse de la liberté et de la nécessité, le problème de l'individualité se trouve au coeur des poétiques de Goethe et de Schiller. On le rencontre encore dans la philosophie politique et la théorie de l'Etat, telles qu'elles se déploient de Leibniz à Hegel, en passant par Kant, Humboldt, Fichte et Schelling. Or, cette trame du livre, ici sèchement résumée, s'enrichit de page en page de la réflexion vivante de l'auteur, dont l'érudition incomparable se fond dans une vaste fresque, à la fois historique et systématique, dédiée à l'une des grandes aventures de l'esprit humain.
    Par ses évocations et analyses, ses comparaisons et mises en perspective, l'oeuvre de Cassirer (1874-1945), annonçant la transformation du criticisme néokantien en philosophie de la culture, reste aujourd'hui encore la meilleure introduction à l'étude du modèle culturel allemand.

  • Descartes

    Ernst Cassirer

    Le Descartes de Cassirer est un livre profondément original, tant par ses thèmes, qui touchent à la fois au fondement de la métaphysique cartésienne qu'aux rapports avec Corneille ou Christine de Suède, que par sa méthode, laquelle emprunte autant à Goethe qu'à Cohen et entretient une discussion de fond avec Dilthey. Ce livre appartient ainsi à la fois à une série d'études sur l'idéalisme propre à l'école de Marbourg, série en laquelle il côtoie par exemple le Descartes'Erkenntisstheorie (1882) de Natorp, et à des études biographiques plus proprement cassirerienne telles par exemple son Kant's Lebel' und Lehre, ou encore ses études sur Rousseau. En dépit de la limpidité du propos et de l'écriture, ici magistralement rendus par la remarquable traduction de Philippe Guilbert, c'est un principe herméneutique très novateur qui commande le travail biographique. Il s'agit de concevoir l'unité dynamique de la vie et de l'oeuvre en la reconduisant à la personnalité vivante dont la racine transcendantale est la spontanéité. Si donc Cassirer s'efforce ici de restituer l'unité de la vie et de l'oeuvre de Descartes et renvoie à un principe exégétique goethéen, c'est néanmoins sur fond d'une philosophie proprement transcendantale, et donc en se distinguant de Dilthey. Car cette herméneutique, que Cassirer applique notamment à Rousseau, Kant, Goethe, Schiller et Cohen, n'est rendue possible que par l'unité synthétique et productive du sujet que fonde la philosophie des formes symboliques. La structure même de l'ouvrage qui, partant des "Problèmes fondamentaux du cartésianisme", inscrit ensuite cette oeuvre dans l'ensemble de son époque, marque bien les niveaux historiographiques ici au travail : on s'élève progressivement de l'histoire vivante d'une oeuvre à la Geistesgeschichte, à l'histoire de l'esprit à laquelle elle contribue et en laquelle elle trouve sa pleine signification. Ce livre est donc tout aussi bien une passionnante étude sur Descartes, dont les traductions partielles et fort "libres" ne donnaient jusqu'à aujourd'hui qu'une médiocre idée, qu'un maillon essentiel de la reconstitution de la modernité philosophique.

  • L'ecole de marbourg

    Ernst Cassirer

    • Cerf
    • 15 Septembre 1998

    L'oeuvre de Cassirer n'est pas dissociable du creuset intellectuel où elle a pris sa source : l'Ecole de Marbourg, dont les deux piliers, Hermann Cohen et Paul Natorp, furent également ses maîtres.
    On trouvera ici rassemblés à la fois des textes d'ordre historique et des analyses croisées qui permettent de comprendre les origines philosophiques de la pensée de Cassirer, ce qu'il doit à ses maîtres, mais aussi les divergences qui, en dépit de l'amitié qui unit tous ces penseurs, existaient d'emblée au sein de ce courant. Natorp et Cohen, en effet, liés par une indéfectible estime, ont chacun poursuivi une voie singulière, et n'ont jamais cherché une unanimité qui eût pour tribut un quelconque compromis avec ce qu'ils pensaient être vrai.
    De même Cassirer, lorsqu'il leur rend hommage, a toujours soin de dégager ce qui fait leur originalité respective comme ce qui lui semble être leurs limites. Le lecteur découvrira donc, à travers ces textes pour la première fois réunis et traduits en français, quelle fut l'atmosphère de passion philosophique qui permit à cette école néokantienne de rayonner, au début du siècle, dans presque toute l'Europe, et jusqu'en Russie.

  • Après avoir lu de près et annoté le manuscrit de Cassirer sur la théorie de la relativité, Einstein se montra très intéressé et lui adressa cet éloge dans sa lettre du 5 juin 1920 : " C'est avec un très grand intérêt que j'ai étudié de manière approfondie votre ouvrage et j'ai surtout admiré l'assurance avec laquelle votre esprit maîtrise la théorie de la relativité.
    [...] Je crois que votre ouvrage est tout à fait propre à éclairer les pensées et les connaissances des philosophes sur le problème physique de la relativité. " En s'inspirant directement de la méthode kantienne et des fondements de la philosophie critique, Cassirer s'efforce de nous livrer ici une interprétation transcendantale des acquisitions de la théorie de la relativité d'Einstein. Ainsi, la philosophie de la connaissance n'a ni à déduire a priori la réalité physique (certains postkantiens l'avaient, hélas, oublié), ni à se borner à n'être que la servante des sciences : sa fonction critique consiste essentiellement à dégager de l'histoire effective des théories scientifiques la pensée qui les a produites, et à retrouver en celle-ci leur signification transcendantale déterminée.
    Tout se passe comme si Cassirer avait mis en mouvement la Critique de la raison pure en n'hésitant pas à tenter de " comprendre Kant mieux qu'il ne s'est compris lui-même ", de la même manière que ce dernier s'était proposé de comprendre Platon.

  • Bien que l'étude de cassirer s'intitule le problème jean jacques rousseau, celui-ci, en fin de compte, n'y apparaît pas comme un auteur problématique. ce qui fait problème, c'est bien plutôt le malentendu persistant auquel il a donné lieu. mieux : aux dernières lignes de son étude, cassirer, avec la souveraine aisance qui caractérise son style, nous invite à voir en rousseau un penseur qui a su poser des problèmes fondamentaux, dont l'actualité reste entière pour les hommes du xxe siècle.


    Face au péril du totalitarisme hitlérien, ce texte, publié en 1932 et enfin traduit en français, marque une date capitale dans l'interprétation de la pensée de rousseau. si les idées défendues par cassirer n'affrontent pas directement les problèmes de la politique, il définit avec netteté une exigence que l'on peut considérer, aujourd'hui encore, comme l'objectif final de toute action politique intelligente : l'idée de la culture conçue comme auto-libération de l'homme.


    Jean starobinski

  • Avec la publication du deuxième volume du Problème de la connaissance s'achève l'édition française de la grande reconstruction, à la fois historique et systématique, de la philosophie et de la science modernes, qui sous-tend l'ensemble de l'oeuvre à venir, et notamment la Philosophie des formes symboliques (1923-1929). Paru en 1907, un an après le premier volume, il en prolonge la disposition en livres et chapitres (1-III pour le premier, IV-VIII pour le second), qui sera abandonnée dans le troisième volume, consacré aux systèmes postkantiens (1920), pour être reprise dans le quatrième, publié d'abord en anglais (1950), dont les trois livres traitent successivement de l'émergence des sciences de la nature, des sciences de la vie et des sciences de l'histoire depuis la mort de Hegel. Le livre VIII du deuxième volume marque ainsi l'aboutissement d'un processus continu de réflexion, qui va de la thématisation inaugurale du problème de la connaissance chez Nicolas de Cues au criticisme kantien, interprété en dialogue constant, quoique largement implicite, avec les autres représentants de la mouvance néokantienne. C'est à partir de lui, en tout cas, qu'il convient de mettre en perspective la totalité du projet cassirérien, et plus particulièrement la structuration argumentative du deuxième volume. Alors que les livres IV et V confrontent l'empirisme naissant (Bacon, Gassendi, Hobbes) avec le rationalisme achevé (Spinoza, Leibniz, etc.), le livre VI expose la problématique de la connaissance dans le système de l'empirisme (Locke, Berkeley, Hume), pour déboucher avec le livre VII sur l'analyse circonstanciée des rapports entre science et philosophie au XVIIIe siècle, qui prépare la compréhension de l'avènement de la philosophie critique. Il n'est certainement pas exagéré d'affirmer que les deux premiers volumes du Problème de la connaissance demeurent l'une des meilleures initiations à l'histoire de la philosophie moderne, sinon à la philosophie tout court.

  • Publiées en 1942, ces cinq études constituent l'un des tout derniers ouvrages d'Ernst Cassirer.
    On peut les considérer comme un véritable testament intellectuel car elles reprennent, en les approfondissant, les thèses essentielles de l'oeuvre développées dans La Philosophie des formes symboliques. La question posée est bien celle de la fondation des " sciences de l'homme " : quelles sont les conditions de possibilité de l'objectivité dans les sciences de la culture ? Si le fait culturel est susceptible d'être abordé sous l'angle de l'explication, son caractère spécifique de phénomène humain exige également une interprétation.
    Cassirer construit donc une science herméneutique. L'existence et la connaissance culturelles sont cernées au moyen d'une conception globale qui permet d'envisager le problème de l'objectivité des sciences de la culture dans tous ses aspects essentiels. Jetant les bases d'une vaste herméneutique critique, cet ouvrage remet en cause la présentation doublement réductrice que l'on a parfois donnée de l'oeuvre de Cassirer : néokantisme épistémologique ou historicisme sans principes.
    Véritable discours de la méthode, son intérêt est double : il fait apparaître l'unité de l'oeuvre cassirérienne, et il renouvelle la réflexion sur l'univers historique de la culture.

  • Le Problème de la connaissance constitue l'une des plus remarquables fresques historiques dressées par et pour la philosophie. Avec la Philosophie des formes symboliques qui (précédée par Substance et fonction) lui sert de pendant et de cadre, c'est la grande oeuvre de Cassirer. Entre le premier volume, dont on trouve ici la première traduction française, et le dernier, la rédaction s'est étalée sur près de quarante ans, embrassant les sciences et la philosophie depuis la Renaissance jusqu'au XXe siècle. Comme l'écrit Massimo Ferrari dans sa Préface, il s'agit d'une " analyse théorique s'appuyant sur un matériau historique pour définir les étapes fondamentales qui ont marqué l'émancipation de la pensée moderne de toute forme de substantialisme, vers la conquête progressive du niveau transcendantal pur de la raison ". Ce volume I s'efforce tout d'abord de dégager les éléments proprement modernes du renouveau du problème de la connaissance chez Nicolas de Cues et en suit les déploiements tout au long de la Renaissance, dans l'humanisme - chez Bovelles, Ficin, Pomponazzi ou encore Pico - puis dans le scepticisme - de Montaigne notamment. Passant ensuite à la genèse du concept de nature, Cassirer nous offre des développements devenus classiques non seulement sur Paracelse, Telesio, Campanella ou encore Patrizzi, mais aussi sur Bruno, Copernic, Vinci, Kepler et Galilée. Enfin, la dernière fresque de ce triptyque est entièrement consacrée à Descartes et au cartésianisme. Le dernier chapitre sur Bayle met un terme à ce mouvement et nous place à l'orée de la contemporanéité ouverte par le XVIIIe siècle, qui fait l'objet du volume II. Paru en 1906, ce volume a été remanié pour la seconde édition de 1910-1911. La présente traduction s'appuie sur la version définitive et offre en annexe les variantes (à l'exception de l'introduction, consacrée à la pensée grecque, qui paraîtra dans les volumes des oeuvres sur la pensée antique).

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