Emmanuelle Tixier

  • Traitant du sujet d'Histoire médiévale du CAPES d'Histoire-Géographie et de l'agrégation d'Histoire pour les sessions 2015 et 2016, cet ouvrage réunit les spécialistes les plus prometteurs du monde arabo-musulman classique.

  • Deux principaux axes d'études : le premier s'articule autour des notions de géographie savante et de géographie symbolique, lorsque le voyage n'apparaît qu'en filigranes et non comme le préalable à l'établissement de la discipline.
    De véritables représentations du monde sont alors élaborées; elles constituent un objet historique extrêmement riche qui permet de mieux comprendre les contextes qui les ont vues naître. Le second axe est consacré aux rapports étroits qui unissent dans d'autres cas le voyage et l'écriture de la géographie; nous verrons de quelles manières les informations recueillies au cours de périples, justifiés souvent par le départ en pèlerinage, sont ensuite fondues dans un récit géographique qui rend compte tout à la fois de l'élaboration de la discipline géographique, mais aussi des avancées dans la découverte du monde.

  • Dans l'Occident des XIIe-XVe siècles, le désordre, en particulier politique, ne saurait à l'évidence être tenu pour un bien. Les chroniqueurs donnent volontiers à sa forme radicale, l'anarchie, des accents diaboliques. Ces phases déplorables et les périodes qui les suivent immédiatement fournissent tout au plus l'occasion de réaffirmer l'idéal monarchique. Au lendemain de la guerre civile anglaise qui oppose Étienne de Blois à la reine Mathilde (1135-1154), Henri II place le début de son règne sous le double signe d'une reprise en main et d'un changement de style : rompant avec la mansuétude coupable de son prédécesseur, il s'emploie à récupérer les châteaux illégalement tenus, à recevoir les hommages de toute l'aristocratie et à frapper une nouvelle monnaie unitaire.
    Le désordre, sous différentes formes, est fréquent, qu'il s'agisse de schismes, de sécessions, de révoltes ou de désobéissance à des degrés divers. Il n'est pas seulement suivi d'un simple retour à la normale, car il peut stimuler la capacité d'invention des sociétés politiques. Il paraît certes difficile à l'historien d'appliquer à son objet le savant dosage d'évolutionnisme et de catastrophisme qui a cours aujourd'hui dans les sciences de la nature : les pires troubles viennent rarement à bout des vieilles formes politiques pour en faire surgir de nouvelles. Après tout, même la Peste Noire n'a fait tomber aucun gouvernement. Il est toutefois incontestable que les crises ont suscité des réactions qui vont bien au-delà des seuls assauts de propagande : les pratiques se transforment (comment comprendre le durcissement opéré par Édouard Ier d'Angleterre sans le rapporter aux tribulations de la guerre des Barons ?), des mutations institutionnelles ont lieu (dans le royaume de France, Charles V prend enfin le temps de formuler des lois de succession et de régence après la terrible secousse du milieu du XIVe siècle), le débat s'enrichit (la notion de réforme doit, elle aussi, énormément à un contexte frondeur), des renouveaux théoriques se font jour (que l'on songe à la créativité manifestée pour faire sortir l'Église du Grand Schisme et au succès d'estime rencontré par un conciliarisme jusque là plutôt timide).
    De la sorte, à côté des évolutions lentes, si fréquemment interprétées sous un angle téléologique (la patiente construction par les Capétiens et les Valois du royaume et des institutions.), les désordres doivent être compris comme autant d'opportunités d'articuler des réponses à des problèmes inédits posés avec intensité.

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