Elias Canetti

  • "La mort me brûle" : tout au long de sa vie, le Prix Nobel de littérature Elias Canetti n'a cessé d'écrire sur le thème de la mort. Le livre qu'il projetait de lui consacrer a enfin vu le jour en 2014. Principalement composé d'inédits découverts après sa disparition, en 1994, ce recueil mêle notes, aphorismes, portraits et réflexions. Le regard de l'anthropologue alterne avec celui du romancier qui commente poètes, philosophes et scientifiques, tandis que le critique invoque mythes et satires.
    Et toujours, au coeur de sa réflexion, ce questionnement : pourquoi les hommes s'entretuent-ils avec tant de fougue ? A l'image d'un écrivain cosmopolite au talent protéiforme, cet ouvrage déploie les multiples facettes d'une réflexion hors norme et toujours d'actualité. Un des plus grands esprits du XXe siècle. Nicolas Weill, Le Monde des livres. Les pensées libres et obstinées d'un Prix Nobel injustement oublié.
    Jacques Morice, Télérama. Postface de Peter von Matt. Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss.

  • Auto-da-fe

    Elias Canetti

    " le professeur peter kien, un homme long et maigre, savant sinologue [...], avait l'habitude de jeter un coup d'oeil aux devantures de toutes les librairies devant lesquelles il passait.
    Il trouvait presque plaisant de constater que la mauvaise graine et l'ivraie gagnaient chaque jour du terrain. lui-même possédait la plus importante bibliothèque privée de cette grande ville. et il en emportait toujours une parcelle sur lui. la passion qu'il éprouvait pour elle, la seule qu'il se permît dans sa vie sévère et studieuse, le contraignait à des mesures de prudence. "

  • Masse et puissance

    Elias Canetti

    Elias Canetti parle de Masse, comme Michelet du Peuple, Tocqueville de la Démocratie ou Spengler des Cultures. Et comme ces grands devanciers auxquels il fait souvent penser, l'auteur s'empare d'une intuition brutale, profonde, et commence par s'abandonner à la révélation d'une évidence - la conjuration panique de tout ce qui, en l'homme, menace de la détruire, et d'abord l'inconnu - pour élaborer progressivement une théorie des rapports qui unissent les phénomènes de masse à toutes les manifestations de la puissance.
    Mais quel contemporain des guerres mondiales et des révolutions, des fascismes et du national-socialisme, ne sentira à quel point cette intuition nourrie de forte érudition anthropologique et psychanalytique s'enracine au plus intime, au plus charnel des bouleversements du siècle ?
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  • D'un séjour à Marrakech en 1953, Elias Canetti enregistre d'abord des voix, des bruits, des gestes et des images. Et imperceptiblement, par le jeu d'une simple et grave précision dans la relation des faits, ce récit de voyage devient aussi, au sens le plus strict et le plus concret du terme, un récit philosophique...

  • a langue sauvée constitue le premier volet de l'autobiographie d'Elias Canetti, prix Nobel de littérature. L'intellectuel, l'homme de toutes les tentatives, revient pour la première fois sur sa propre vie et parle de son enfance en Bulgarie, en Angleterre, en Autriche et en Suisse. L'origine espagnole de sa famille, le caractère quasi oriental de ce confluent de langues et de races qu'est la petite ville bulgare où il est né, le mode de vie patriarcal sous la houlette d'un grand-père tout-puissant qui s'inscrit encore dans la tradition des juifs séfarades d'origine espagnole, le déclenchement de la Première Guerre mondiale vécu dans la Vienne impériale, les années de guerre et d'immédiat après-guerre... tout cela constitue la riche toile de fond qui nourrit les observations de l'enfant.
    Mais au-delà, c'est l'éducation sentimentale et l'intensité des premières révélations sur le coeur humain qui nous retiennent. Car tout ici parle au coeur : l'amour du père dont la mort prématurée délivre à l'enfant sa propre crainte de la mort ; le rapport à la mère qui lui ouvre les portes du vaste monde de la langue et de la littérature ; les premières inimitiés et toutes les petites expériences quotidiennes déterminantes ; et, enfin, l'écroulement nécessaire de l'enfance.

  • Le Cour secret de l'horloge prolonge très exactement les réflexions d'Elias Canetti des années 1942 à 1972, qu'Armel Guerne traduisit naguère sous le titre Le Territoire de l'homme. Pensées, aphorismes, citations, maximes et sentences, évocations d'écrivains (Stendhal, Joubert, Dostoievski, Kafka, Sophocle, Shakespeare ...), analyses de textes ou souvenirs de jeunesse alternent toujours aussi librement. Nous sommes désormais dans la décennie 1973-1985 qui verra encore Canetti écrire l'immense chef-d'oeuvre en trois volumes qu'est l'Histoire d'une vie.
    Les affirmations de Canetti, ses convictions fulgurantes et exaltées, ses interrogations et ses imprécations provoquent et dérangent. On y admire sa sagesse, on y apprécie sa malice et son ironie à l'égard de lui-même, on y goûte sa compassion, en particulier à l'égard des animaux.
    /> Le regard sur le monde et la vie de celui qui reçut le prix Nobel de Littérature en 1981 (13 ans avant sa mort à Zurich) est plus que jamais empreint de lucidité et de lumière, d'humour mélancolique et d'espoir. Ce qui lui fait par exemple écrire à propos de la mort : « Si je l'acceptais, je serais un assassin. »

  • Après les trois volets de son autobiographie - La langue sauvée, Le flambeau dans l'oreille et Jeux de regard -, Elias Canetti s'est penché sur ses « années anglaises ». Rassemblée et ordonnée après sa mort en 1994 à l'instigation de sa fille, cette suite fragmentaire et inachevée de l'« Histoire d'une vie » mêle journal intime et galerie de portraits.
    Émigré à Londres dès 1939 avec sa femme Veza, Canetti se fait le témoin de l'Histoire et brosse un brillant panorama de la vie britannique pendant et après la guerre. De l'aristocrate au balayeur des rues, il observe avec curiosité les moeurs et le caractère des Anglais, peinant lui-même à s'intégrer dans ce monde dont il dénonce la suffisance et la froideur sous le masque de la courtoisie. Gens de lettres, savants, historiens, politiciens sont croqués avec une causticité redoutable, comme T.S. Eliot, Iris Murdoch ou Margaret Thatcher. Mais Canetti côtoie également, avec plus de bonheur Kokoschka, Bertrand Russell ou Anna Mahler, et se fait une poignée d'amis précieux, Anglais ou Viennois émigrés comme lui.
    Outre leur intérêt documentaire, ces réflexions et ces portraits reflètent la personnalité profonde et secrète de l'auteur de Masse et puissance, oeuvre majeure dont il entreprend la rédaction à Amersham pendant le Blitz.

  • Elias Canetti (1905-1994) avait quitté Vienne en 1938 pour fuir le nazisme et s'installer à Hampstead, au nord de Londres. Il y rédigea, entre 1954 et 1971, ces notes où se déploient, une fois de plus, son art de l'aphorisme et du portrait, ses réflexions littéraires ou philosophiques, l'évocation de personnages et d'écrivains - Stendhal, Pavese - qui lui sont chers, en bref tous ses thèmes de prédilection pour lui, le futur prix Nobel 1981 : la solitude, le vieillissement, la mort, l'éthique de l'écriture, l'oeuvre qui s'élabore, la magie des mots, la barbarie des temps modernes et la quête du divin.

    Ainsi ces notes prolongent-elles La Conscience des mots, Le Territoire de l'homme, et Le Coeur secret de l'horloge.


    "Un livre ! Les trois quarts de ta vie y sont contenus : ton espoir, ton plaisir, ton abattement ta colère et ton doute." "Le plus beau serait de pouvoir vivre seulement de mots sans qu'il soit besoin de se nourrir."

  • Marie-Louise von Motesiczky fait la connaissance de Canetti au début de ses années d'exil en Angleterre en 1941. Leur correspondance amoureuse sur près d'un demi-siècle témoigne d'une relation mouvementée et torturée, d'abord placée sous le signe de l'argent et de la distance de façon continue. Au fil de ces lettres, Canetti apparaît comme un tourmenteur, parfois tendre, souvent colérique voire tyrannique, qui a, cependant, toujours soutenu et encouragé Louise en tant que peintre. Et jamais, même au comble de la déception amoureuse, elle n'a douté du génie de celui qu'elle désigne dans son journal intime comme sa « catastrophe personnelle » et qu'elle a résumé dans une lettre à Sophie Brentano :
    « Sans Canetti, monde dépourvu de sens - avec Canetti, interminable supplice. »

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