Dominique Kalifa

  • En novembre 1832, Vidocq, ancien chef emblématique de la Sûreté, crée le « Bureau de renseignements universels dans l'intérêt du commerce ». Ses agents ont pour mission de traquer dans le Paris de la monarchie de Juillet les escrocs en tout genre qui nuisent à la bonne marche des affaires. La police privée est alors une activité en plein essor. Peu à peu, les praticiens de ce nouveau métier passent de la surveillance des escrocs à la chasse aux criminels. Le détective devient une figure populaire incontournable, mais sa réputation sulfureuse le condamne très vite à la marginalité. Loin de l'image prestigieuse associée aux figures de Sherlock Holmes en Angleterre ou de véritables détectives comme Allan Pinkerton aux États-Unis, le détective français ne s'est pas imposé sans peine dans le monde judiciaire hexagonal.
    Peut-être parce que comme nous le dit l'historien, cet homme de l'ombre, « qui détient l'explication du monde social, qui ouvre et qui referme les portes comme il l'entend », a très vite représenté aux yeux de l'institution policière, une concurrence difficile à tolérer.

  • Depuis que l'on s'est progressivement convaincus, à la fin du XXe siècle, que le véritable sujet de l'Histoire, c'est le temps, les historiens se sont beaucoup interrogés sur la manière dont on le découpe (le « siècle » par exemple), dont on le périodise, dont on le caractérise. Ainsi s'est récemment développée l'étude des noms par lesquels une « époque » se caractérise. Nous sommes familiers des noms classiques des catégories du temps, Antiquité, Renaissance, Ancien Régime. Familiers aussi des noms plus récents comme « la Belle époque ».
    C'est précisément en étudiant comment, quand s'est constituée cette expression, les différentes significations qu'elle a revêtues dans les années vingt, trente, quarante, etc. - dans le vocabulaire commun, la littérature, le cinéma, les chansons, etc. - que Dominique Kalifa a eu l'idée d'appliquer ce que l'on appelle en langage savant, la « chrononymie » des périodes, les noms dont on caractérise les époques depuis la Révolution ou les noms dont elle s'affuble elle-même et qui lui restent.
    Il ne pouvait être question que d'exemples empruntés aux différents pays européens : depuis la « Restauration » et le « Risorgimento » jusqu'à l'» année 0 » et les « Trente Glorieuses ».
    Cette dénomination des temps s'inscrit dans des registres complexes du découpage du temps. L'opération ne consiste pas à dénoncer ce que l'expression a de fallacieux (comme la « Belle époque » ou les « Trente Glorieuses »). Mais cerner la genèse de ces expressions, peser leur poids mémoriel, analyser leurs sédimentations est à coup sûr une manière éclairante et pleine d'intérêt d'interroger l'Histoire et le temps.

    Sous la direction de Dominique Kalifa.
    COAUTEUR Pascal Ory.
    COAUTEUR Philippe Boutry.
    COAUTEUR Emmanuelle Retaillaud.
    COAUTEUR Laurent Douzou.
    EDITEUR BIBLIOGRAPHIQUE Dominique Kalifa.
    COAUTEUR Johann Chapoutot.
    COAUTEUR Jean-Claude Caron.
    COAUTEUR Venita Datta.
    COAUTEUR Jeanne Moisand.
    COAUTEUR Marie-Pierre Rey.
    COAUTEUR Willa Z. Silverman.
    COAUTEUR Isabelle Sommier.
    COAUTEUR Carlotta Sorba.
    COAUTEUR Miles Taylor.

  • Paris, capitale de l'amour ? En tout cas, c'est probablement la seule ville au monde dont on puisse dire qu'elle provoque tous les fantasmes, au point qu'on a pu parler, en 1869, de "parisine", le parfum sensuel qui émane du sol de Paris. On trouvera dans ce livre de l'historien Dominique Kalifa une foule d'anecdotes et de faits curieux : la carte imaginaire des adultères, arrondissement par arrondissement, établie en 1928 ; Léon Blum suivant une femme dans la rue ; Landru repérant ses victimes dans le métro ; ou encore des sections consacrées aux petits salons des restaurants, à l'amour dans les fiacres ou sous les portes cochères, aux rencontres amoureuses dans le métro ou, comme Marguerite Duras dans les années 1930, dans les piscines municipales, etc. Mais on pourra également lire ce «Paris» comme l'histoire sur un siècle, de 1860 aux années 1960, de la conquête de la ville, de l'espace public, par les femmes.

  • De la cour des Miracles aux territoires contemporains de la misère ou de la pègre, l'existence des " bas-fonds " revient régulièrement hanter nos imaginaires.
    Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, grands délinquants, détenus, peuplent de leurs figures hideuses, à la fois réelles et fantasmées, l'envers - pour ne pas dire le " Milieu " - de nos sociétés. Ils en constituent le repoussoir, la part maudite, mais aussi l'une des lignes de fuite symbolique et sociale.
    Quoique centré sur la France des XIXe et XXe siècle, cet ouvrage n'hésite pas pour autant à puiser ses références dans la société médiévale finissante, dans l'underworld victorien, les trottoirs de Hambourg ou les ports coloniaux. Dominique Kalifa élabore ainsi une sociologie comparée extrêmement précise et documentée de cet imaginaire, propre à susciter fantasmes et divagations. Pas à pas, il met ainsi au jour ses constituants (ses décors, ses figures et ses intrigues), ses procédés de fabrication (via le journalisme, la littérature, le cinéma...), mais aussi et surtout les ressorts d'une fascination : souvent dénoncée comme malsaine, celle-ci s'avère pourtant souvent un puissant régulateur des sensibilités et des aspirations sociales.

  • Biribi

    Dominique Kalifa

    Biribi, c'est le nom donné à la fin du XIXe siècle aux nombreux bagnes militaires installés en Afrique du Nord par l'armée française pour se débarrasser de ses « mauvais sujets ». Pour la première fois sont retracées ici les histoires tragiques des indisciplinés ou des condamnés des conseils de guerre, mais aussi parfois des opposants politiques, des homosexuels ou des faibles d'esprit qui y furent envoyés. L'auteur décrit brimades, sévices, parfois tortures infligées par des sous-officiers indignes, travail harassant sous un soleil de plomb et violence des relations entre hommes dans ce qui était considéré comme les bas-fonds de l'armée. Mais il montre aussi comment le courage de quelques-uns, condamnés, médecins, militants ou journalistes comme Albert Londres, contribua à faire peu à peu prendre conscience au pays de l'horreur quotidienne vécue dans ces camps disciplinaires. Les derniers « corps spéciaux » de l'armée française ne seront supprimés qu'au début des années 1970.

  • La « Belle Époque », qui désigne les quinze premières années du XXe siècle, fait partie de notre héritage culturel. Mais sait-on vraiment ce que recouvre cette notion et les différents usages qu'on en a faits ? Ce livre raconte quand et comment l'expression fut forgée - beaucoup plus tard qu'on ne l'a dit - et retrace les multiples visages d'une période perçue, en France et à l'étranger, comme un moment heureux, emblématique d'un certain art de vivre « à la française ». Un instant privilégié d'insouciance et de joie de vivre, de froufrous et de flonflons, d'audaces esthétiques et d'innovations scientifiques. Le Moulin-Rouge voisine avec l'Exposition, Toulouse-Lautrec dialogue avec Marie Curie et la belle Otero, Fantômas inaugure l'écriture automatique.
    /> Traquant les représentations de « 1900 » que nous ont données les mémoires et les souvenirs, la littérature et le cinéma, l'art et l'histoire, Dominique Kalifa lève le voile sur un pan méconnu de notre contemporain, expliquant pourquoi nous avons eu besoin, depuis un siècle, d'inventer et de réinventer sans cesse ce moment pensé comme « fondateur ». Car la « Belle Époque » des années 1930 n'est pas celle qui triomphe dans le cinéma des années 1950 ou celle qui s'exhibe en 1980 dans les collections de cartes postales. C'est tout l'imaginaire et la nostalgie d'un monde perdu qui se découvrent, offrant une lecture originale de ce qu'est vraiment l'histoire : une méditation sur le temps et ses interactions.

  • Fantômas, génie du crime, héros littéraire célébré par des générations d'écrivains et d'artistes, star du cinéma muet, témoin irremplaçable de l'univers de la Belle Epoque... De A comme Apollinaire à Z comme Zigomar, cet abécédaire propose 32 entrées (c'est le nombre de volumes de ce monument du romanfeuilleton) accompagnées de 32 illustrations contemporaines sur cette extraordinaire expression de la culture populaire française. On y trouvera des thèmes fondamentaux (le double, la sexualité) et la substance d'hommages postérieurs (Cendrars, Magritte, Desnos), tout en plongeant dans le décor et les mentalités de ces débuts du XXe siècle. Un voyage dans le temps orchestré par Dominique Kalifa, spécialiste reconnu de la période, et longtemps président de la Société des Amis de Fantômas...

  • Casque d'Or et les apaches, Jules Bonnot et les premiers bandits en automobile, Fantômas, Rouletabille ou Zigomar, sans oublier les silhouettes inquiétantes qui s'agitent sur les écrans muets du cinématographe, la Belle Epoque a donné naissance à une mythologie flamboyante. A l'aube de la Grande Guerre, en effet, la ferveur pour les récits de crimes devient un véritable phénomène de société. Tandis que la presse ouvre grand ses colonnes aux faits divers criminels et que triomphe la chanson de pègres, romans policiers et films de détectives attirent un public de plus en plus large, fasciné par un nouvel imaginaire fait d'empreintes sanglantes et de pas dans la neige, d'indices ténus et de cryptogrammes mystérieux.

    Au coeur de cet engouement, le reporter s'impose comme l'incarnation de l'aventure et de l'héroïsme. L'écriture du fait divers se professionnalise et l'on commence à voir dans l'enquête une nouvelle manière d'interpréter le monde.

    Mais tant de récits de crimes et de constats alarmistes ne menacent-ils pas la " sécurité publique "oe Déjà, certains s'inquiètent. Pour la presse, qui se veut le gardien vigilant de l' " opinion " et revendique depuis l'affaire Dreyfus sa place dans le débat public, la fabrique du crime est un excellent moyen d'investir la Cité et d'affirmer son rôle.

    Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d'histoire, Dominique Kalifa est maître de conférences à l'université de Paris-VII.

  • Evocation de la figure du détective privé et de son lot de silhouettes convenues qui instruit également sur le personnage du professionnel du renseignement, dirigeant une agence et facturant ses services. Publié à l'occasion de l'exposition Célérité et discrétion, les détectives privés de Vidocq à Burma.

  • Journal à grand tirage, livre bon marché, photo, cinéma, music-hall, sport spectacle, expositions universelles, réclames, tsf.
    Gomment la société française fut-elle, à compter du dernier tiers du xixe siècle, progressivement saisie par les logiques d'une industrie culturelle qui modifia profondément son organisation et ses métiers, ainsi que les valeurs et les pratiques culturelles du grand nombre ?
    Ce livre analyse les transformations qui ont affecté l'univers du livre, du journal, des spectacles, des loisirs et du divertissement entre la fin du second empire et le front populaire, ainsi que les discours récurrents sur la " mauvaise culture " et le " mauvais loisir ", largement constitutifs de cette entrée dans l'ère des masses.

  • En décembre 1901, Henri Vidal, un hôtelier de Hyères âgé de 34 ans, agresse à coups de couteau deux jeunes prostituées. Quelques jours plus tard, à Tamaris près de Toulon, il assassine une autre fille publique. Il récidive à la fin du mois, en tuant cette fois cette jeune Suissesse rencontrée dans un train, entre Beaulieu et Eze.
    Arrêté parce qu'il voyageait sans billet, celui que le pays tout entier va surnommer le « tueur de femmes » est condamné à mort par la cour d'assises de Nice en novembre 1902. Gracié par le président Loubet, il est envoyé au bagne de Cayenne où il meurt en juillet 1906. Mais entre- temps, l'assassin a suscité une immense littéra- ture, sur laquelle se fonde cette reconstitution biographique : faits divers bien sûr, chroniques journalistiques, témoignages, commentaires des magistrats et des experts, signés des plus illustres criminologues du temps, ainsi qu'une autobio- graphie du criminel, rédigée dans sa cellule l'été précédant le procès. À partir de ces nombreux matériaux, et sans ajouter le moindre mot aux paroles des contemporains, les auteurs ont réalisé un très étonnant montage, qui permet bien sûr de dérouler le film de cette existence singulière, mais qui montre aussi comment une société, dans sa diversité et parfois ses contradic- tions, construit la figure d'un criminel. On n'a jamais rien lu de pareil en histoire et le résultat est si saisissant qu'il fait songer aux textes les plus célèbres de micro-histoire.

  • Comment établir l'identité criminelle de Paris sur le long terme ? La ville fait-elle vraiment corps avec les larrons de la cour des miracles, avec les escarpes de la monarchie de Juillet, avec les apaches de la Belle Époque ou les caïds des années 1930 ? L'enquête débute au milieu du Moyen Âge et s'achève aujourd'hui. Au crime s'ajoutent les agressions, les atteintes aux biens, les délits en général.
    Ville ouvrière, Paris a longtemps été une fourmilière où le vol, l'altercation et la rixe étaient monnaie courante. Le départ des classes populaires vers les banlieues a fait surgir une autre géographie mais, tandis que la courbe des homicides est en constante décrue, voyous et criminels parisiens à l'ancienne sont devenus, par un étonnant retour des choses, des figures familières de l'imaginaire urbain.

  • Comment appréhender les réalités criminelles ? L'enquête judiciaire s'attache à élucider les transgressions, à les construire comme « réalité » sociale. Mais l'opération judiciaire n'est ni mécanique, ni homogène. Elle constitue au XIXe siècle un enjeu majeur de l'ordre social, un instrument de sa protection, un outil de sa reproduction. Rétablir l'ordre importe souvent davantage qu'établir la vérité, et l'enjeu répressif domine. La conjoncture politique, les conflits de classe, les préjugés pèsent sur le déroulement de l'enquête. L'investigation « scientifique » est marginale, l'élucidation rare. En dépit de la méfiance qu'il suscite, c'est le témoignage qui gouverne l'enquête, avec ses mensonges et ses approximations, ses préjugés et ses stéréotypes, ses intimidations et ses règlements de comptes. Et ce sont l'aveu et la dénonciation qui sont plébiscités par des services de police dont la puissance s'affirme tout au long du siècle. Quel est le rôle véritable de la culture indiciaire, probatoire, technique, promue par la modernité judiciaire qui se veut rationnelle et scientifique et voudrait que l'enquête soit une « mécanique judiciaire » ? Des « progrès », sans doute, sont indéniables. Les procédures s'améliorent, le nombre des « actes » d'enquête augmente, les outils se perfectionnent : plans, relevés techniques, photographies se multiplient. Certains parlent de triomphe de la police technique au début du XXe siècle ; mais ces pratiques se limitent à un type très particulier de crimes, ou affaires retentissantes. Ce livre éclaire le fonctionnement des enquêtes dans l'Europe du XIXe siècle, censé être celui des « progrès » de la rationalité judiciaire.

  • Connu pour ses talents de conteur, Pierre Bellemare présente dans ce second tome 10 affaires de faits divers et de crimes, qui permettront au lecteur curieux de découvrir un lieu (la rue Montaigne), un moment (l'empire, l'entre-deux guerres), la France des paysans ou celle des aristocrates. Du XVIIe au XXe siècle, de Papillon (le premier évadé de l'île du Diable) à Claude Bridel (femme d'origine modeste qui se confronta à Louis XV), ce sont 10 nouvelles histoires extraordinaires qui sont rassemblées ici.
    Pour le plus grand bonheur des amateurs des histoires de Pierre Bellemare, riches de rebondissements, de détails étonnants et de mystères au coeur de la France des siècles passés !

  • " Dans la ville où fut assassiné le duc de Guise, nous étions invités à réfléchir sur les connivences qu'entretiennent Crime et Pouvoir.
    Non pour ressasser l'inventaire des malheurs du passé et se lamenter sur leur caractère inexorable. Mais bien plutôt pour en analyser les mécanismes, en comprendre la signification, aujourd'hui et demain en reconnaître les prémices pour agir en conséquence. Car, si l'Histoire ne peut en aucun cas servir une idéologie, elle contribue de façon privilégiée à informer la conscience de chacun. " Extrait de la préface de Maurice Sartre

  • On connaît bien le commissaire de police du XXe siècle, devenu une figure familière grâce à la fiction, dans la littérature d'abord, au cinéma et à la télévision ensuite. On connaît beaucoup moins bien son devancier du XIXe siècle, mal vu par ses contemporains et négligé par les historiens. Il ne correspond pourtant que peu à l'image du froid bureaucrate à laquelle on l'a souvent réduit. Si, contrairement à l'inspecteur ou au " limier " de la Sûreté, il n'a alors guère sollicité l'imaginaire, ce fonctionnaire moderne a constitué à partir de la célèbre loi de février 1800 (28 pluviôse an VIII) un rouage essentiel de la construction de l'Etat. Au contact de citadins de plus en plus nombreux, il a été un agent décisif de l'acculturation à la norme et à l'autorité, gérant au jour le jour les transgressions ordinaires, contribuant à l'édification d'un ordre quotidien. Homme de l'entre-deux -entre pouvoir central et pouvoir local, entre Etat et société, élites sociales et petit peuple urbain, politisation et professionnalisation -, il résume et accompagne bien des contradictions du siècle. Cet ouvrage collectif, dirigé par Dominique Kalifa (Paris 1) et Pierre Karila-Cohen (Rennes 2), est le premier livre entièrement consacré à ce personnage méconnu qu'il étudie en un long XIXe siècle, de la Révolution à la Grande Guerre. Aussi attentif aux origines sociales des commissaires qu'à leurs itinéraires, à leurs pratiques professionnelles ou à leurs conditions de vie, il offre aussi une ample sélection de documents, pour partie inédits, qui témoignent de l'activité quotidienne de ces policiers, appelés à devenir une des figures majeures de notre contemporain.

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