Denis Herlin

  • La bibliothèque de Versailles possède l'un des fonds musicaux les plus remarquables de l'Île-de-France, tant par sa richesse que par sa qualité. Les précieux exemplaires d'opéras de la Musique du roi annotés pour l'exécution ou les nombreux volumes de motets des demoiselles de Saint-Cyr sont autant de témoignages de la vie musicale à la cour. Divisé en deux sections, l'une consacrée aux imprimés, l'autre aux manuscrits, ce catalogue retrace également, dans l'introduction et les annexes, la genèse de cette collection prestigieuse.

  • Sous l'Ancien Régime, le système théâtral est à l'image de toute la structure sociale, fortement hiérarchisé. L'Opéra, qui jouit du statut d'académie dès son origine, y occupe la première place. La Comédie-Française vient en second : elle est constituée par la troupe des " Comédiens ordinaires du roi ", titre attribué également, à la mort du Régent Philippe d'Orléans, à la troupe de la Comédie-Italienne (Opéra-Comique par la suite), qui forme le troisième théâtre privilégié.
    Si l'édifice privilégié s'effondre à la Révolution française, les trois théâtres continuent à jouer un rôle prépondérant dans la capitale et à entretenir des relations ambigües, entre complémentarité et rivalité.
    À la croisée de deux domaines de recherche trop souvent séparés, l'histoire institutionnelle et l'histoire des oeuvres, cet ouvrage se propose de susciter une réflexion collective sur l'histoire administrative et artistique des trois théâtres parisiens. Avec l'espoir que, de la confrontation et la comparaison des données sur le temps long, ressorte une vision d'ensemble de la manière dont ces trois institutions théâtrales majeures dans le paysage culturel français ont conçu au fil des siècles leurs stratégies entrepreneuriales et artistiques, en rapport les unes aux autres.

  • Pelléas et Mélisande, depuis sa création en 1902, n'aura cessé d'interroger ou d'inspirer compositeurs, interprètes et mélomanes sans pour autant nous livrer tous ses secrets. Comme l'écrivait Debussy, " la beauté d'une oeuvre d'art restera toujours mystérieuse, c'est-à-dire qu'on ne pourra jamais exactement vérifier "comment cela est fait". " Son unique opéra demeure à juste titre comme un événement marquant et singulier de l'histoire du théâtre lyrique, car cette oeuvre ne suscita pas d'emblée l'adhésion de tous en raison de ses particularités qui déroutent parfois encore aujourd'hui. Le tumulte que causèrent la générale le 28 avril 1902 puis la création le 30 avril est bien connu. Ce climat polémique de la création constitua un extraordinaire moteur de diffusion de l'oeuvre qui s'est maintenue au répertoire jusqu'à nos jours en France et un peu partout dans le monde. Pelléas et Mélisande n'a jamais connu d'éclipse et l'image de Debussy, compositeur connu de cercles restreints, s'en trouve considérablement modifiée : l'auteur de Pelléas devient une figure majeure de la création musicale et de l'histoire du théâtre lyrique, ce qui peut apparaître comme un paradoxe pour un auteur qui n'a achevé aucun autre opéra.
    Aussi convient-il de s'interroger de nouveau sur la réception immédiate de l'oeuvre et son étonnante postérité, d'éclairer sous un nouveau jour ses conceptions, de définir la place qu'elle occupe dans le répertoire et dans la pensée des musiciens contemporains.

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